Les décabristes N° 470
« Décabristes » est le nom donné aux 3.000 soldats du régiment de la garnison de Moscou, emmenés par le prince Serge Troubetzkoï qui, le 25 décembre 1825 refusèrent de prêter serment au nouveau Tsar Nicolas 1er (frère d'Alexandre 1er qui venait d'abdiquer).
Ils revendiquaient un régime constitutionnel. Mais une majorité de l'armée resta fidèle à la couronne impériale et le putsch échoua. 120 mutins furent exécutés ainsi que 7 princes de la maison impériale qui furent pendus.
Avant d'analyser le contexte de cet événement, remarquons que « décabristes » est parfois confondu avec « décembristes » alors que les « décembriseurs » furent les membres de « la Société bonapartiste du 10 décembre » en références à l'élection présidentielle des 10 et 11 décembre 1848 qui vit l'élection de Louis Napoléon Bonaparte qui recueillit 74,31 % des suffrages exprimés et devint le premier citoyen français à recevoir le titre de « Président de la République » ; puisque sous la première République française (de 1792 à 1804), il y eut des directeurs au moment du Directoire, des consuls sous le Consulat mais pas de Président de la République.
*Le contexte :
La Russie avait combattu Napoléon et connu des défaites à Austerlitz (2 décembre 1805), à Friedland (14 juin 1807), à Eylau (le 8 décembre 1807), puis avait été envahie en 1812. Même si la Grande Armée dut battre en piteuse retraite, la Russie y avait aussi laissé des plumes et Moscou avait brûlé. En même temps (de 1806 à 1812) la Russie fit la guerre à l'empire ottoman puis envahit la Finlande. Tout cela coûta beaucoup de vies, beaucoup d'impôts et dans ce contexte le pouvoir impérial devint de plus en plus autoritaire. En outre la question du servage n'était toujours pas réglée. Cela faisait l'affaire des seigneurs, mais entretenait le mécontentement de la plus grande partie de la population. Ce n'est qu'en 1861 que le servage fut aboli en Russie par le tsar Alexandre II.
*Paul 1er : Il naquit à Saint Pétersbourg le 1 octobre 1754 (toutes les dates de cette note sont celles du calendrier grégorien et non celles encore en vigueur à l'époque en Russie) ; fils de Pierre III et de Catherine de Russie dite la Grande Catherine.
Son père n'eut le temps d'être tsar que 6 mois au début de 1762 puis fut renversé par son épouse Catherine qui le fit emprisonner et fut assassiné sur ordre de Catherine ou à tout le moins avec son assentiment. Catherine prit le pouvoir ; à sa mort, le 17 novembre 1796, son fils Paul devint Tsar.
D'abord allié des ennemis de la France, mécontent des Autrichiens et des Anglais, Paul se rapprocha de Bonaparte en 1800. Il fut assassiné le 21 mars 1801. Beaucoup y voient la main de la perfide Albion, ce qui est, au minimum, vraisemblable.
Alexandre 1er : né le 23 décembre 1777 à Saint Pétersbourg, il devint tsar à la mort de son père en mars 1801, mort dans laquelle il fut probablement impliqué.
Il fut l'un des plus grands ennemis de Napoléon et la retraite de Russie signa le début de la fin de l'épopée napoléonienne.
Aussi Alexandre 1er passa pour le vainqueur de Napoléon, il eut beaucoup d'influence au congrès de Vienne et fut ensuite le principal artisan de la « Sainte Alliance » entre toutes les têtes couronnées d'Europe pour s'opposer aux droits des peuples et aux tentatives de démocratie. Cela mit une chape de plomb sur l'Europe jusqu'en 1848, « année des Révolutions » ou « du printemps des peuples ».
Alexandre 1er abdiqua le 13 septembre 1825, annoncé mort le 1er décembre de la même année, il fut inhumé dans la cathédrale orthodoxe Saint Pierre et Saint Paul de Saint-Pétersbourg dès le 2 décembre 1825.
En 1835, en Russie, une rumeur commença à circuler : « Alexandre 1er n'est pas mort ».
La rumeur ne cessant d'enfler, le tsar Alexandre III fit ouvrir le cercueil d'Alexandre 1er : il était vide !
Cela échauffa les esprits, chacun y alla de son explication comme ce fut le cas en France au XVIIe siècle avec un prisonnier (l'homme au masque de fer).
Même Léon Tolstoï en publia un récit en 1905 avec « journal posthume du vieillard Fiodor Kouzmitch ».
Selon Tolstoï, Alexandre, bourré de remords pour l'assassinat de son père, aurait abdiqué, organisé ses propres funérailles puis se serait retiré en Sibérie à Tomsk (ville située à 2880 kms à l'est de Moscou et qui a aujourd'hui dans les 570.000 habitants) où il aurait mené une vie de Saint Ermite sous le nom de Fiodor Kouzmitch. Ce Kouzmitch décéda le 1er février 1864 et fut béatifié par l'église orthodoxe en 1984. Beaucoup de Russes (et pas que) sont persuadés qu'Alexandre 1er et Kouzmitch ne sont qu'une seule et même personne. La ville de Tomsk est encore l'objet de nombreuses visites sur la tombe de Fiodor Kouzmitch.
Ainsi le vainqueur de Napoléon aurait terminé sa vie en saint ermite.
J.D. 21 juillet 2018