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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 17:17

Venise et les fêtes N°325

 

Si le carnaval de Venise est mondialement réputé, il y a d'autres fêtes traditionnelles dans la cité des doges qui sont moins connues. En voici un aperçu :

 

Fête de la Senza (ascension en vénitien)

Cette fête aurait débuté en l'an 997 mais sa célébration fut fixée le jour de l'Ascension en 1173 par le doge Sebastian Ziani. Trois ans plus tard (donc en 1176) le pape Alexandre III remit à ce doge un anneau d'or comme symbole des épousailles de Venise avec la mer.

Depuis, chaque année à l'Ascension, le doge se rendait en grande pompe et avec nombreuse compagnie de Venise à San Nicolo di Lido (un des lieux de jonction entre la lagune de Venise et l'Adriatique) et jetait un anneau d'or dans la mer avec cette formule : « Desposamus te, mare, in signum veri perpetuique domini » (nous t'épousons, mer, en signe de véritable et perpétuelle domination).

Cette cérémonie se déroula jusqu'en 1797 date de la conquête de Venise par Bonaparte. Elle fut reprise par la municipalité de Venise depuis 1965.

Le doge se déplaçait pour cette cérémonie à bord du « Bucetaure » somptueux navire d'apparat, accompagné de nombreux notables de Venise. Le dernier exemplaire du Bucentaure fut construit dans les chantiers navals de Venise en 1728. Ce dernier navire mesurait 34,80 mètres de long sur 7,30 de large et 8,50 mètres de haut. Il était actionné par 168 rameurs (à raison de 4 par rame). Il fut détruit le 9 janvier 1798 par les soldats de Bonaparte. Une maquette de ce navire se trouve au musée naval de Venise, voir illustration.

En 2008, la reconstruction de ce Bucentaure de 1728 a commencé. La France a offert 800 chênes venus d'Aquitaine pour cette reconstruction, peut-être en réparation de la destruction par des soldats français.

La prochaine fête de la Senza est prévue le 28 mai 2017.

 

Fête de la Vogalonga (longue course)

Il s'agit de régates vénitiennes féminines et masculines, organisées depuis 1974 et qui partent du palais des doges pour arriver à la Dogana da Mar en passant par le Grand Canal, Burano et Murano.

Elles se déroulent traditionnellement le dimanche suivant la Pentecôte mais peuvent être le même dimanche que la fête de la Senza.

En 2016, cette course s'est déroulée du 14 au 16 mai, ce qui correspondait avec la Pentecôte, et a regroupé 1800 bateaux et 7.000 participants pour un parcours de 32 kms. Le coup d'envoi est donné par un canon depuis l'île de San Giorgio.

En 2017 l'épreuve est prévue le 4 juin.

 

Fête du Redentore (rédempteur)

En 1575, 1576, une épidémie de peste fit un grand carnage dans la population vénitienne. Le 4 septembre 1576, le Sénat délibéra pour la construction d'une église dédiée au Christ Rédempteur sur l'île de la Giudecca afin d'arrêter la peste, ce qui finit par se faire.

Depuis 1577, chaque troisième week-end de juillet se déroule la fête du Rédempteur.

Le samedi soir, la population assiste à un feu d'artifice tiré depuis l'île de la Giudecca. Le dimanche matin, il y a messe solennelle dans l'église du Rédempteur. De tradition un pont de bateaux était construit pour permettre le passage à pied depuis le quai Zaterre jusqu'à l'île. Dans les temps plus récents, c'est le génie de l'armée italienne qui installe un pont métallique de type Bailley.

Après la messe ont lieu des régates de « Gondolini » (gondoles de courses à 2 rameurs) et de Pupparini (bateaux de surveillance maritime). En 2016 , 1500 bateaux ont participé à ces régates en présence de 30.000 spectateurs.

 

Regata storica : (régate historique)

Celle-ci se déroule le premier dimanche de septembre depuis le XIIIe siècle, époque où beaucoup de navires étaient encore à rames et ces régates permettaient de stimuler les marins rameurs par l'organisation de concours. La prochaine aura lieu le 3 septembre 2017.

 

La San Martino (Saint Martin) :

Elle est fêtée chaque année le 11 novembre. Les enfants vont de porte en porte réclamer des bonbons, ce qui peut faire penser à Halloween.

 

La fête des Marie(s) :

Vers l'an 943, 12 jeunes filles vénitiennes furent enlevées par des pirates dans l'église San Pietro du Castello. Ils furent poursuivis, les jeunes filles récupérées et ramenées triomphalement à Venise. L'événement a été commémoré chaque année le 2 février jusqu'en 1380, puis rétabli en 1999. Depuis, à cette occasion, 12 Marie(s) et 24 demoiselles d'honneur sont élues après un cortège en costumes du XIVe siècle, qui va de l'église San Pietro à San Marco.

 

Le marathon de Venise :

Celui-ci va de Stra à Venise via la Riviera del Brenta. La dernière manifestation s'est déroulée le 23 octobre 2016.

 

Su e Zo per i Ponti : il s'agit encore d'un marathon mais à travers les ponts et ruelles de Venise. Le prochain aura lieu le 2 avril 2017.

 

Madonna della Salute :

Cette fête commémore chaque 21 novembre la grande peste de 1630, et suite à un vœu qui entraîna la construction de l'église de la Salute. Là encore un pont de bateaux est installé pour permettre le passage jusqu'à La Salute.

 

Et le carnaval ?:

Celui-ci est vraiment très connu, je rappellerais seulement que la première organisation comme fête avant les rigueurs du carême remonte probablement à l'an 1094 au temps du doge Vitale Faliero. Mais c'est en 1269 que le Sénat de Venise reconnut officiellement le carnaval en vertu du principe : « Semel in anno licet insanire » (une fois par an il est permis d'être fou).

 

Pour conclure :

Comme on le voit les autorités de Venise et leurs services du tourisme ont su conserver les anciennes traditions et même récupérer celles qui avaient été abandonnées faisant de Venise une ville de fêtes très fréquentes pour ne pas dire permanentes.

J.D. 4 novembre 2016

 

 

 

maquette du Bucentore, image du net

maquette du Bucentore, image du net

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 18:18

L'Acqua alta et Mose à Venise N° 324

 

*Mose est l'abréviation de : « Modulo Sperimentale Elettromeccanico ». Ce sigle est bien trouvé puisque en italien Mose signifie Moïse (le sauvé des eaux)

*L'Acqua alta en traduction littérale est : « l'eau haute ». Celle-ci se définit par rapport à une hauteur témoin définie en 1897 et appelée : « zero mareografico di Punta della Salute ».

*L'Adriatique se termine dans sa partie nord par un cul-de-sac dans lequel se trouve Venise. La lagune de Venise communique avec l'Adriatique par trois passes : la passe du Lido au nord, celle de la Choggia au sud et celle de Malamocco entre les deux.

*Sous l'effet conjugué des grandes marées, du vent… l'eau peut monter et envahir Venise. Le phénomène n'est pas nouveau puisque dans les annales de la Ville on trouve des montées d'eaux très importantes en 1283, 1442, 1600, 1867….

*Mais tous les travaux effectués au vingtième siècle, spécialement, mais pas que, le « canale dei Petroli » pour relier Malamocco au pôle pétrochimique de Marghera, effectué dans les années 1960, ont aggravé la situation. C'est le 4 novembre 1966 qu'a été mesuré le record de hautes eaux à Venise avec 1,94 mètres au dessus de la morne établie en 1897.

*De façon plus générale, on enregistrait en moyenne 5 phénomènes annuels dépassant 1,10 mètres dans les années 1920, 10 dans les années 1950, 30 dans les années 1960, et plus de 50 depuis le début des années 2000. C'est principalement dans la période d'octobre à février que se situent les « hautes eaux ».

*Depuis le début du vingtième siècle Venise s'est enfoncée d'environ 25 cms pendant que lentement mais sûrement, sous l'effet du réchauffement climatique, les eaux montent.

*L'exceptionnelle crue du 4 novembre 1966 a amené le gouvernement italien a promulguer une loi spéciale de protection de Venise le 16 avril 1973. A la suite de quoi s'est formé en 1982 un consortium comprenant une cinquantaine d'entreprises est appelé « Venezia nuova ». Parallèlement une comité de coordination (comitatone) a été constitué sous l'autorité du premier ministre. Ce comité a pris le consortium « Venezia nuova » comme maître d’œuvre du projet. Ce consortium travaillant avec toutes les autorités italiennes et des experts internationaux a mis au point tout un programme comportant la pose de 78 digues articulées permettant de fermer les 3 passes en 30 minutes à chaque montée des eaux, avec la réalisation d'une écluse dans la passe de Malamocco pour permettre le passage des navires. Cela est possible parce que le fond marin est peu profond à cet endroit.

*Mais à cela s'ajoutent : le renforcement de 65 kms de plages, la surélévation de 100 kms de rives habitées et de 11 kms de quais et la réalisation de 8 kms de dunes côtières et de 12 îlots lagunaires. Le tout sous l'autorité du ministère des travaux publics etc.

*Les travaux ont commencé en 2003 et sont très largement avancés. Le coût total prévisionnel des travaux est de 5,5 milliards d'euros.

*début juin 2014, 35 personnes ont été interpellées à Venise dont le maire de la ville (Giorgio Orsoni) et le gouverneur de la région (Maurizio Galan) pour pots de vin…

*Enfin ajoutons que le programme protège Venise jusqu'à des hautes eaux de 3 mètres.

J.D. 3 novembre 2016

ajout du 22 novembre 2019 :

Dans l'hebdomadaire Le Point du 21 novembre 2019, il y a page 20 un article sur les moyens mis en oeuvre pour éviter les inondations à Venise. Extraits :
"Pharaonique, le chantier aurait nécessité pour son bon accomplissement rigueur et compétence. Il n'a bénéficié ni de l'une ni de l'autre. Il a été confié à un consortium public sous le contrôle des politiques. Derrière le paravent d'un projet national, ceux-ci ont distribué les contrats à leurs fidèles et se sont servis au passage grâce à un système de caisses noires et de fausses factures. Le maire de Venise, Giorgio Orsoni, a été appréhendé en 2014; le procès a révélé les ramifications foisonnantes de la corruption. Plus d'une centaine de personnes étaient impliquées, y compris le conseiller à la Cour des comptes chargé de veiller à la conformité du financement. Et ce n'est pas fini. Une expertise récente a révélé que les joints sous-marins articulés censés actionner les 78 barrières anti-inondations souffraient d'un état avancé de corrosion après quatre ans sous l'eau, alors qu'ils étaient censés durer un siècle au moins..."

 

plan de la lagune de Venise, image du net

plan de la lagune de Venise, image du net

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 22:48

A Venise, c'est fin mars 1516 qu'a été prise la décision de regrouper, c'est-à-dire d'isoler, les personnes de confession juive, dans un quartier à part avec des contraintes : interdiction de sortir la nuit etc. Ce quartier fut appelé « Geto » qui devint en français ghetto.

A l'occasion du cinquième centenaire de l'institution du ghetto, une Italienne nommée Donatella Calabi, qui a exercé de 1974 à 2014 comme professeur d'histoire urbaine à l'Université de Venise, a publié un livre dont le titre dans l'édition française (chez Liana Levi) est « Ghetto de Venise 500 ans », imprimé en janvier 2016.

Ce livre est très clair, bien illustré et agréable à lire. Je ne vais pas le reprendre, j'y renvoie les lectrices ou les lecteurs intéressés par le sujet. Je rappellerais seulement que c'est l'arrivée de l'armée de Napoléon Bonaparte en 1797 qui a mis fin à la République de Venise et à l'isolement des Juifs, tout au moins à Venise.

La lecture de ce livre m'a amené une fois de plus à me poser la question suivante : pourquoi constate-t-on une constante à travers les siècles et même les millénaires dans l'hostilité pour ne pas dire la haine d'une grande partie de la population envers les Juifs, et ce un peu partout?

Il y a probablement une multitude d'humains qui se sont posés la même question. Je n'ai pas la prétention d'y répondre mais seulement et modestement d'apporter sur ce sujet quelques éléments de réflexion.

J'ai déjà mis sur ce blog un article sur l'histoire d'Israël, note N°6 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html.

En complément voici quelques données qu'on ne risque pas de trouver sous la plume ou la voix des journalistes du « politiquement correct », mais pour ce qui me concerne, à 77 ans, le politiquement correct….:

Les trois monothéismes :

On entend souvent, très souvent des journalistes employer l'expression « trois monothéismes » pour rassurer les citoyens car cette expression laisse penser que les racines sont les mêmes pour le judaïsme, le christianisme et l'islam et qu'au fond il n'y a pas beaucoup de différences entre les 3.

Il faut d'abord rappeler que la bible hébraïque a au minimum 7 siècles d'antériorité sur la bible chrétienne, que cette bible chrétienne reprend intégralement la bible hébraïque dans sa partie intitulée « ancien testament » et que la bible chrétienne a elle-même 6 siècles d'antériorité sur le coran.

Le coran pour sa part a pillé la bible hébraïque en déformant tout pour l'adapter aux besoins de Mahomet.

Pour les Musulmans, les religions chrétiennes ne sont pas monothéistes à cause de la croyance en la trinité de Dieu. Dans le coran, les chrétiens sont considérés comme des polythéistes, qualifiés « d'associateurs » et « d'impies » voués aux flammes de l'enfer, appelé « géhenne » dans le coran. Voir spécialement les versets 72 et 73 de la sourate V

Juifs et Chrétiens sont appelés « gens du livre » et traités de singes et de porcs. Voir verset 65 sourate II, verset 60 sourate V, verset 166 sourate VII etc.

Mahomet mets les Juifs et les Chrétiens dans le même sac. Voici le texte du verset 51 sourate V :

« Ô vous qui croyez !

Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens ;

ils sont amis les uns des autres.

Celui qui, parmi vous, les prend pour amis,

est des leurs.

Dieu ne dirige pas le peuple injuste »

Alors, parler des « 3 religions monothéistes » alors que le coran qualifie à de nombreuses reprises les chrétiens de polythéistes, c'est de l'imposture !

Il suffit de lire le coran et si on veut aller plus loin, la sunna, la loi musulmane et la biographie de Mahomet la plus ancienne qui existe. Le coran, ce serait déjà beaucoup, mais je connais des gens très chrétiens qui ne liront jamais le coran, parce qu'ils se doutent que si ils découvrent toutes les monstruosités qu'il y a dans ce livre, cela remettrait en cause leurs grands principes chrétiens de tolérance, de respect, d'écoute, de charité, d’œcuménisme… et ils ne le veulent pas, ce qui est leurs droits, mais mettre la tête dans le sable pour ne rien voir n'est pas la solution.

Les raisons de la haine :

*Les Hébreux sont les premiers à avoir mis leurs textes religieux par écrits et ils se sont auto-proclamés « peuple élu de Dieu », ce qui n'était pas très malin car cela a provoqué la jalousie des autres. De même lorsque Dieu déclare qu'il leur réserve un territoire allant de la Méditerranée à l'Euphrate. Mais si il y a une catégorie de citoyens qui n'auraient pas dû en prendre ombrage, ce sont bien les chrétiens puisque l'alliance de Dieu avec le peuple hébreux est dans l'ancien testament de toutes les bibles chrétiennes (Genèse, 15, 17 et 21). De même pour le territoire allant jusqu'à l'Euphrate, on le trouve 4 fois dans l'ancien testament : Genèse 15, Exode 23, Les Nombres 34 et le livre de Josué 1. En outre les chrétiens ont accusé les Juifs d'avoir tué Jésus alors qu'il fut condamné par Ponce Pilate procurateur romain de Judée et il fut crucifié par des soldats romains.

*Outre la bible hébraïque (dont les 5 premiers livres constituent la Thora, appelée « Pentateuque » dans l'ancien testament), les Juifs ont le Talmud ou interprétation qui a probablement depuis des siècles développé leur esprit d'analyse alors que dans l'islam à l'inverse toute étude historique, critique, rationnelle est interdite. Le résultat est que les Juifs ont souvent développé une intelligence supérieure à la moyenne. Marx, Freud, Einstein… étaient d'origine juive. Il suffit d'ailleurs de consulter les listes de prix « Nobel ». Mais cela a aussi augmenté la jalousie des autres.

*Durant des siècles, l’Église catholique a interdit les métiers de l'argent qui ont été exercés par des Juifs, ce qui n'a pas arrangé leur image.

Mais au-delà de ce qui peut constituer un fond diffus de causes, il faut ajouter la haine particulière contre les Juifs de Mahomet et de Luther.

Mahomet : a passé les dix dernières années de sa vie (de 622 à 632, la période de Médine) à faire la guerre. Il a personnellement participé à 27 batailles dont la liste est fournie dans la biographie la plus ancienne qui existe sur Mahomet, celle d'Ibn 'Ishâq (érudit arabe mort en l'an 768). Comme il avait la haine des Juifs il en a fait exterminer un maximum : les hommes étant décapités par centaines, les femmes faisaient partie du butin réparti entre les combattants musulmans. Si le coran se contente de présenter les Juifs sous un jour très négatif, la sunna appelle ouvertement les musulmans à les tuer ! Mahomet n'a fait qu'amplifier une ancienne tradition puisque au premier siècle de notre ère, Flavius Josèphe parle déjà de la haine des Arabes envers les Juifs (dans « Guerre des Juifs » livres 4 et 5) ! Ignorer tout cela, c'est se condamner à ne rien comprendre à ce qui se passe au Proche-Orient.

Luther : Plus de 8 siècles après Mahomet, Luther (1483/1546) a eut lui aussi la haine des Juifs et si il ne les a pas fait décapiter, il a publié 3 pamphlets particulièrement virulents contre les Juifs. Ce que les nazis 4 siècles plus tard ont exploité au maximum dans une Prusse majoritairement protestante !

En 1944, dans un essais intitulé « sur une philosophie de l'expression », Albert Camus a écrit : « Mal nommer un objet c'est ajouter au malheur du monde »

Cela est souvent repris sous la forme : « mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde ».

Si la citation n'est pas tout à fait exacte, l'idée est la même.

Refuser de considérer le caractère guerrier et antisémite de Mahomet et des textes fondateurs de l'islam, c'est ajouter au malheur du monde !

J.D. 20 août 2016

une entrée du ghetto, image du net (Claudie)

une entrée du ghetto, image du net (Claudie)

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18 février 2016 4 18 /02 /février /2016 10:08

L'église Saint Roch (chiesa San Rocco) est située à Venise dans le quartier San Polo.

Église très intéressante mais malheureusement pour sa réputation, elle est « coincée » entre la Scuola Grande di San Rocco et l 'église Santa Maria Gloriosa dei Frari (voir la note N°275), beaucoup plus réputées.

On a par exemple 8 tableaux du Tintoret (Tintoretto) dans l'église Saint Roch , alors qu'il y en a près de 60 dans la Scuola San Rocco juste à côté. La même église serait située dans un village de France, elle attirerait de nombreux touristes, mais noyée dans les splendeurs de Venise, elle passe inaperçue. On en a confirmation par le Guide Vert Michelin « Italie du Nord » (édité en 2010) qui consacre une page entière à la Scuola mais ne mentionne même pas l'église.

1-Les écoles (scuole) de Venise :

Ces écoles étaient des confréries soit professionnelles (corporatives), soit charitables. Placées sous la protection d'un Saint. Les plus importantes avaient leurs locaux et leur église.

*En 1400, les « scuole » furent divisées en scuole Grandi : San Rocco, Santa Maria della Carità (la plus ancienne confrérie de Venise fondée en 1260), San Marco, San Teodoro, San Giovanni Evangelista, et la Misericordia

*et en scuole Minori qui furent dans les 400 au temps de leur plein développement.

*En 1806, ces confréries furent supprimées par Napoléon, sauf celle de San Rocco qui subsista et existe toujours. Elle comporte encore dans les 350 membres qui se réunissent régulièrement et qui sont dirigés par une chancellerie comportant 15 membres.

*En son temps Tintoretto (1518/1594) fut membre de cette confrérie, ce qui explique aussi les nombreuses peintures qu'il réalisa dans les bâtiments de cette confrérie qui en possédait 3 : l'actuel musée (scuola Grande di San Rocco), l'église et un bâtiment appelé « scoletta » rarement ouvert au public.

2-Saint Roch :

Il naquit en France à Montpellier, dans une riche famille en 1295 (on trouve aussi pour sa naissance la date 1350, mais 1295 paraît plus crédible). Il perdit ses parents à l'âge de 20 ans et décida de consacrer sa vie aux pauvres.

Voyageant en Italie il soigna les pestiférés à Acquapendante, Rome, Rimini, Cesena, Forli et Piacenza où il fut lui-même atteint de la peste. Il s'isola dans une forêt pour ne pas contaminer d'autres personnes et fut aidé par un chien qui lui apportait du pain. Intrigué par le manège de son chien, le maître découvrit Saint Roch, et le secourut.

Il rentra dans sa ville natale en 1322, mais n'étant pas reconnu, il fut emprisonné et mourut en prison le 16 août 1327. Il fut reconnu par sa famille après son décès. Inhumée en France, sa relique fut enlevée par des Vénitiens dans la nuit du 24 au 25 février 1485, c'est tout au moins ce que rapporte la légende de Saint Roch. Avant cet enlèvement, une confrérie au nom de San Rocco, reconnue en 1478 par le Conseil des Dix de la République de Venise avait vu le jour.

C'est le pape Urbain VIII qui approuva le 26 octobre 1629 le culte de Saint Roch. Depuis, le culte de Saint Roch s'est répandu un peu partout dans le monde et de nombreuses églises ou chapelles sont consacrées à ce Saint. Il y a même des hôtels appelés Saint Roch. Il est le Saint patron des pestiférés et de beaucoup d'autres.

3-l'église :

L'église, pour honorer Saint Roch, fut construite de 1489 à 1508 sous la direction de Bartolomeo Bon. Elle fut en grande partie reconstruite en 1725. La façade actuelle a été érigée entre 1765 et 1771, une sculpture au dessus de la porte d'entrée représente Saint Roch avec des pestiférés.

L'église renferme 8 toiles de Tintoretto consacrées à la vie de Saint Roch ainsi que des peintures de Guiseppe Angeli, de Sébastiano Ricci (dont une œuvre de 1733 représente Hélène, la mère de l'empereur Constantin retrouvant la croix du Christ), de Giovanni Pordenone , de Giovanni Fumiani, de Francesco Solimena, de Felice Carena, de Francesco Trevisani, et de Aldo Schiavone.

L'urne contenant les reliques de Saint Roch se trouve au dessus de l'autel, ainsi qu'une statue du Saint.

J.D. 18 février 2016

façade de l'église Saint Roch (San Rocco) à Venise

façade de l'église Saint Roch (San Rocco) à Venise

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 17:43

Santa Maria Gloriosa dei Frari (Sainte Marie Glorieuse des Frères) est une église de Venise située dans le quartier San Polo.

De mon opinion, et du point de vue intérêt touristique, c'est l'église la plus intéressante de Venise juste après Saint Marc, même si beaucoup d'autres sont de véritables musées.

*L'histoire de cette église est liée à celle des Franciscains.

*Cet ordre monastique a été créé par Saint François d'Assise en 1210 sous le nom de « frères mineurs ». Mais celui de « Franciscains » s'est très vite imposé. Cet ordre s'est rapidement répandu en Italie et hors de ce pays.

Les Franciscains se sont aussi implantés en France, où vers l'an 1250, au cours de la septième croisade, sous Saint Louis (Louis IX), ils reçurent le nom de « Cordeliers ».

*Juste avant la Révolution, les Cordeliers avaient 284 couvents en France qui disparurent. Des « Révolutionnaires » qui s'étaient installés à Paris dans un ancien couvent de cet ordre reçurent le nom de « Cordeliers ». Il en reste bien d'autres traces en France comme à Lyon où l'on trouve une place des Cordeliers avec une église rebaptisée « Saint Bonaventure ».

*A Venise, les Franciscains arrivèrent dans les années 1220. En 1231, ils construisirent une première chapelle et un petit couvent. Très vite trop petite, une nouvelle église fut bâtie dans les années 1250. Enfin une troisième église, l'actuelle, fut mise en construction dans les années 1330 et fut consacrée le 27 mai 1492. Depuis, les œuvres d'art n'ont cessé de s'y multiplier.

L'église de style gothique, est construite sur un plan classique en forme de croix (85 mètres sur 30), augmentée sur sa gauche par un campanile achevé en 1396 , haut de 80 mètres (celui de Saint Marc est haut de 96 mètres) et de 2 chapelles extérieures (Cappella Corner financée en 1420 par le Vénitien Giovanni Corner, chapelle en principe dédiée à Saint Marc) et Chapelle Saint Pierre construite de 1431 à 1434 (financée par Pietro Miani évêque de Vicence). Sur la droite se trouvent les bâtiments du vieux monastère et 2 cloîtres. Derrière le chœur, une abside principale avec 3 absides secondaires à sa gauche et autant à sa droite. La chapelle Corner est considérée comme huitième abside et une chapelle ajoutée au fond de la sacristie en 1478 comme la neuvième.

La façade fut achevée en 1440, un jubé clôturant le chœur en 1475 (c'est le seul jubé restant à Venise), 124 stalles de bois sculptés dans le chœur de l'église en 1468 (œuvre de Marco Gozzi) et l'autel du chœur lui-même en 1516.

1-le culte marial :

Cette église est dédiée à Marie comme son nom l'indique. Même sans le nom, on le devinerait aisément tellement sont nombreuses les œuvres dédiées à la Vierge. En voici quelques-unes :

-L'Assomption de la Vierge, célèbre tableau du Titien (Titiano Vecellio) réalisé entre 1516 et 1518, situé dans l'abside

-Vierge en majesté avec l'enfant, tableau de 1487 de Bartolomeo Vivarini, dans une abside secondaire à droite derrière le chœur

-Vierge à l'enfant avec des saints, tryptique de Giovanni Bellini de 1488, dans la sacristie, au fond de l'église à droite.

-Vierge à l'enfant, tableau de Paolo Veneziano de 1339, dans la salle du chapitre à laquelle on accède par le cloître, lui même accessible à partir des archives nationales de Venise (entrée à gauche en sortant de l'église)

-La Madone de Ca' Pesaro, tableau du Titien réalisé de 1519 à 1526, dans le bas-côté gauche

-La Vierge et plusieurs saints franciscains, tableau de Bernardino Licinio de 1535, dans une abside secondaire au fond de l'église à gauche.

-La Vierge est encore représentée en peinture sur le portail d'entrée principale de l'église et en sculpture sur un portail d'entrée latérale (côté campanile)

2-le culte des Saints :

outre les 2 tableaux de la Vierge accompagnée de Saints (voir point 1), on trouve :

-Saint Marc et des Saints (Saint Jean Baptiste, Saint Jérôme, Saint Pierre, Saint Nicolas), tableau de Bartolomeo Vivarini de 1474, dans la Cappella Corner (chapelle au coin extérieur, côté campanile)

-Saint Ambroise et des Saints (Saint Grégoire, Saint Jérôme, Saint Augustin, Saint Gervais, Saint Protais, Saint Sébastien) , retable de Marco Basaiti et d'Alvise Vivarini en 1503, dans une abside secondaire au fond de l'église à gauche.

-Saint Michel auteur du XVe siècle inconnu dans une abside secondaire au fond de l'église à gauche.

-Saint Jean Baptiste, œuvre de Donatello de 1438, dans une abside secondaire au fond de l'église à droite.

-Martyre de Sainte Catherine d'Alexandrie, tableau de Jacopo Palma le Jeune, de 1590 à 1595, bas-côté droit près du chœur.

-Saint Joseph de Copertino en extase, tableau de Giuseppe Nogari de 1753, dans le bas-côté droit

-Saint Jérôme d'Alessandro Vittoria de 1564, dans le bas-côté droit

-Saint Antoine de Padoue de Giacomo di Caterino en 1450, dans le bas-côté à droite en entrant dans l'église

.-Miracles de Saint Antoine de Padoue, de Flaminio Floriani de 1603, dans la nef, à droite en entrant.

3-les personnages de l'ancien testament :

le Jubé est sculpté sur son tour extérieur avec de nombreux personnages de l'Ancien Testament dont Abraham, Isaac et Jacob. Sur leur filiation voir la note N°6 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html

4-monuments funéraires :

Cette église contient une quinzaine de monuments funéraires ; 4 sont consacrés à des doges (voir fiche N° 274) les autres à diverses personnalités dont Canova (monument initié par Canova et primitivement destiné au Titien), Le Titien (monument réalisé de 1843 à 1852 par Luigi Zandomeneghi et ses 2 fils), Monteverdi, 1 procurateur de Venise, 1 sénateur, 2 capitaines de la flotte vénitienne, 2 généraux et un franciscain .

J.D. 15 février 2016

N.B. pour les touristes qui partiraient à Venise je signale que le musée Correr et le musée des Antiquités ont fusionné. Il ne reste plus qu'une entrée par le Musée Correr au fond de la place Saint Marc (face à la basilique). On a en enfilade : le musée Correr, le musée des Antiquités et la bibliothèque Marciana.

monument au Titien

monument au Titien

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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 18:41

Le doge Francesco Dandolo, le doge Francesco Foscari, le doge Niccolo Tron (s'écrit aussi Trono) et le doge Giovanni Pesaro ont un point commun : ils ont chacun un somptueux tombeau où ils sont inhumés dans l'église Santa Maria Gloriosa dei Frari à Venise (Sainte Marie Glorieuse des Frères - il s'agit des frères franciscains).

Francesco Dandolo :

Il naquit à Venise en 1258. Il fut ambassadeur de Venise auprès des papes Clément V et Jean XXII. Il parvint en 1313 à obtenir une levée d'excommunication qui avait frappé Venise. Il fut élu cinquante-deuxième doge de Venise le 4 janvier 1329.
Le principal événement de son règne est une guerre contre Vérone. Commencée en 1330, cette guerre s'acheva par un traité signé dans la basilique Saint Marc le 24 janvier 1339. Venise y gagna des possessions en terre ferme
.

Dandolo mourut le 31 octobre 1339. Son tombeau se trouve dans la salle capitulaire.

Francesco Foscari :

*Il naquit en 1373 en Egypte où son père avait été exilé. Il put revenir à Venise en 1391, devint sénateur en 1400, entra au conseil des dix en 1404, fut procurateur de Saint Marc (intendant chargé du bâtiment de la basilique) en 1418 et se vit confier diverses ambassades auprès du Saint Empire, du Sultan et du Seigneur de Mantoue (les Seigneurs de Mantoue ne devinrent marquis qu'en 1433 et ducs qu'en 1530. Le duché de Mantoue fut annexé par Milan en 1708).

*Francesco Foscari avait de l'ambition et présenta sa candidature pour devenir le 65e doge lorsque décéda Tommaso Moncenigo le 4 avril 1423.

*Moncenigo avait dit de Francesco Foscari : « il est orgueilleux et menteur, sa fortune est sans assises, il promet beaucoup et tient peu, s'il est nommé doge vous serez perpétuellement en guerre ». Voilà un jugement qui peut s'appliquer à bien d'autres !

*Francesco Foscari fut élu doge le 15 avril 1423, en étant préféré à l'amiral Pietro Loredano. Celui-ci passa dans l'opposition, mais peu de temps plus tard Loredano et son frère mourraient subitement probablement empoisonnés. Il n'y a pas que les Borgia qui savaient éliminer leurs ennemis !

Le règne de Foscari dura 34 années et ne fut pas un long fleuve tranquille, ni pour lui ni pour les Vénitiens.

*Il y eut des catastrophes naturelles : sécheresse en 1424, gel de la lagune en 1431, épidémie de peste en 1440 (à Venise il y eut des épidémies de peste en 1348, 1440, 1462, 1485, 1506, de 1574 à 1577 dont Le Titien mourut le 27 août 1576, et de 1630 à 1632) , tremblement de terre en 1451 et en prime des guerres contre Gênes en 1431, contre Bologne en 1441, et contre Milan de 1423 à 1454, dites « guerres de Lombardie » qui se terminèrent par le traité de Lodi le 5 avril 1454 et début de guerre contre les Turcs qui après 7 siècles de tentatives étaient parvenus à s'emparer de Constantinople (le 29 mai 1453).

*En 1457, le conseil des 10 obligea Foscari à démissionner, ce qu'il fit le 22 octobre 1457. Il mourut le 1er novembre suivant après avoir appris la nomination de son successeur.

*Son fils Jacopo avait été exilé suite à des malversations, ce qui n'arrangea pas le doge Foscari.

*Il y eut cependant probablement des remords après son décès car Venise lui fit exécuter un somptueux tombeau dans le chœur de l'église, côté droit ; œuvre de Nicolo di Giovanni et d'Antonio Rizzo.

*La vie de Foscari et de son fils ont inspiré un drame à Lord Byron, un opéra à Verdi ainsi qu'un tableau à Eugène Delacroix et un à Francesco Hayez.

*Francesco Foscari est en outre représenté agenouillé devant le lion de Saint Marc au dessus de la « Porta della Carta », porte d'entrée du palais des doges.

Niccolo Tron :

*Il naquit à Venise en 1399. Il voyagea surtout en Egypte et à Rhodes. Il fut élu soixante-huitième doge de Venise le 25 novembre 1471. La même année son fils prisonnier des Turcs était scié vivant !

Il fut le premier doge à faire frapper une monnaie à son effigie.

Après la mort sans descendance de Jacques II roi de Chypre le 6 juillet 1473, Niccolo Tron envoya une escadre vénitienne s'emparer de Chypre, mais il n'eut pas le temps d'en connaître le dénouement étant décédé le 28 juillet 1473 soit moins de 2 ans après son élection comme doge.

*Venise lui fit exécuter un tombeau dans le chœur de l'église (en face de celui à Francesco Foscari), œuvre de l'architecte Antonio Rizzo. Le monument fut financé par le butin pris sur les Turcs.

Giovanni Pesaro :

*Il naquit à Venise le 1er septembre 1589. Il exerça diverses missions d'ambassades à Turin auprès de la Maison de Savoie, à Paris, Londres, Rome, Varsovie, Vienne.

Il fut impliqué dans différentes malversations mais il était riche et parlait bien. Il fut élu cent-troisième doge de Venise le 8 avril 1658, il avait 68 ans.

*Au moment de son élection, Venise était déjà sur sa pente descendante. Les Turcs s'étaient emparés des îles grecques détenues par Venise en 1537, de Chypre en 1570 et assiégeaient Candie (ancien nom d'Héraklion en Crête) depuis 1647. Le siège dura 22 ans et la ville affamée dut se rendre. Ce que ne vit pas Giovanni Pesaro décédé le 30 septembre 1659. Il régna comme doge moins de 18 mois.

Son tombeau fut construit de 1665 à 1669. Situé sur la contre-allée gauche de la nef, il est l’œuvre de Baldassare Longhena et de 4 sculpteurs.

J.D. 14 février 2016

Giovanni Foscari et le lion de Saint Marc au dessus de la porte du palais des doges

Giovanni Foscari et le lion de Saint Marc au dessus de la porte du palais des doges

tombeau de Giovani Pesaro, photo J.D. 3 février 2016

tombeau de Giovani Pesaro, photo J.D. 3 février 2016

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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 07:19

La Vénétie est une des 20 régions administratives italiennes. Elle est bordée à l'est par l'Adriatique et le Frioul-Vénétie Julienne, au nord par le Trentin Haut-Adige avec une pointe qui confine à l'Autriche, à l'ouest par la Lombardie et au sud par l'Emilie-Romagne.

La Vénétie a une superficie de 18.391 kms2 et une population qui avoisine les 5 millions d'habitants répartis dans 7 provinces (Belluno, Padoue, Rovigo, Trévise, Venise, Vérone, Vicence) qui comportent 581 communes.

En signalant que les provinces italiennes sont en voie de disparition dans le cadre des réformes menées tambour battant par Matteo Renzi ; ce qui va entraîner la suppression de 86 présidents de province, de 3400 élus et d'environ 20.000 postes de fonctionnaires.

Bien que hors du sujet, je ne résiste pas à l'envie de signaler que Matteo Renzi né à Florence en 1975 était Président de la province de Florence le 13 juin 2004, maire de Florence le 22 juin 2009, secrétaire du Parti Démocrate Italien le 15 décembre 2013, et Président du Conseil italien le 22 février 2014. Il a formé un gouvernement restreint de 16 ministres… qui travaillent et c'est autre chose que la « République des couacs » ; suivez mon regard (il mène vers le Palais de l'enlisé pour reprendre un titre d'article paru sur un journal en ligne du 9 février 2016) !

1-Rattachement à l'Italie :

Ce sont les 21 et 22 octobre 1866 que se déroula la consultation de la population de la Vénétie pour le rattachement à l'Italie. Il y eut 69 NON et 641.758 OUI

Ce résultat est gravé sur le socle de la statue équestre de Victor-Emmanuel II, quai Schiavoni à Venise.

Sur le même socle on trouve :

-la date de 1848 (premier soulèvement des Vénitiens contre l'occupant autrichien)

-la date du 1er mai 1887 (inauguration du monument à Victor-Emmanuel II)

-la croix de Savoie qui resta le symbole de la royauté italienne jusqu'à la fin (1946)

- les lettres SPQR (Senatus Populusque Romanus : le Sénat et le Peuple romain), probablement pour marquer la continuité de l'histoire du royaume d'Italie avec la Rome antique.

*La consultation faisait suite à la guerre de la Prusse contre l'Autriche. Le nouveau royaume d'Italie, proclamé le 17 mars 1861, s'était allié à la Prusse. Les Italiens furent vaincus sur terre le 24 juin 1866 à la bataille de Custoza (province de Vérone) et sur mer à la bataille de Lissa (aujourd'hui île de Vis en Croatie) le 20 juillet 1866. Mais les Autrichiens furent vaincus par les Prussiens à la bataille de Sadowa (dans l'actuelle République tchèque) le 3 juillet 1866.

2-Les Vénètes :

L'antique peuple des Vénètes a donné son nom à la Vénétie ainsi qu'à Venise.

Dans « Guerre des Gaules » (au livre III) Jules César combat les Vénètes en Armorique (actuelle Bretagne). Ces Vénètes « bretons » ont donné son nom à la ville de Vannes. Je crois que le lien entre les 2 peuples « Vénètes » vient des textes légendaires sur la guerre de Troie.

*Selon les textes de Virgile (Enéide, livre I), de Tite-Live (Histoire romaine livre I), de Tacite (Annales livre XVI) et de Caton l'ancien (Origines livre II), après la prise de la cité par les Grecs, des survivants troyens emmenés par Anténor (beau-frère de Priam roi de Troie) débarquèrent au fond de l'Adriatique et fondèrent Aquilée, Adria, Padoue, Vérone…

*Brutus, aïeul du roi Arthur et petit-fils d'Enée (qui, lui, avait débarqué dans le Latium après un séjour à Carthage chez la reine Didon), aurait été le premier roi légendaire de Bretagne où il se serait installé avec des descendants des Troyens. Cela est rapporté au début du douzième siècle par Geoffroy de Monmouth dans « l'Histoire des Rois de Bretagne ».

Il fut une époque où chaque peuple cherchait à se donner des ancêtres glorieux. Les Troyens en étaient, en outre ils avaient disparu; ils constituaient donc des ancêtres commodes qui furent revendiqués par plusieurs peuples (Romains etc).

Le point commun entre les Vénètes bretons et les Vénètes italiens tiendrait donc dans leurs légendaires ancêtres troyens.

Il convient en outre de rappeler que dans l'antiquité, le nord de l'Italie était appelé « Gaule cisalpine », tandis que la France actuelle étendue jusqu'au Rhin était la « Gaule transalpine ». C'est au tournant IIIe / IIe siècles que la Gaule cisalpine fut conquise par Rome ; période durant laquelle les Vénètes furent toujours les alliés de Rome. Mais elle ne devint province romaine, sous le nom de « Gaule cisalpine », qu'en -81 avec un siège à Modène. Enfin en -43 la Gaule cisalpine fit partie de l'Italie et le terme de « Gaule cisalpine » disparut. Mais avant, Vénètes de l'Adriatique ou Vénètes de l'Armorique étaient tous Gaulois, cisalpins ou transalpins mais Gaulois !

3-Venise :

Sur l'histoire proprement dite de Venise, voir la fiche N°144 http://jean.delisle.over-blog.com/2013/12/florence-et-venise-souvenirs-n-144.html

et plus marginalement les fiches N° 225 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/02/chevaux-de-saint-marc-n-225.html, 227 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/03/le-lion-de-saint-marc-n227.html, 270 à 272, 274 à 279 et 309

En complément aux informations fournies par les notes précitées, voici quelques données :

*120 doges se succédèrent comme chefs de l'exécutif de la République de Venise.

Le premier, Paolo Lucio Anafesto fut doge de l'an 697 à 717 et le dernier, Ludovico Manin (s'écrit aussi Lodovico Manin) fut élu doge le 9 mars 1789 et abdiqua le 12 mai 1797 suite à l'invasion des troupes de Bonaparte. En même temps prit fin la République de Venise qui avait duré 11 siècles.

*Le premier doge résida à Eraclea (en terre ferme, au nord-est de la lagune le long du Piave) ; le quatrième doge (Teodato Ipato doge de 742 à 755) transféra le siège à Malamocco (sur l'île du Lido), enfin le dixième doge (Angelo Participazio doge de 811 à 827) transféra les institutions au Rialto en attendant la construction du palais des doges commencée en décembre 1340 et qui fut le siège des institutions de la République de Venise durant plus de 4 siècles.

*Jusqu'en l'an 764, les premiers doges étaient nommés par Byzance ou Constantinople. Il y eut d'ailleurs une interruption de 737 à 742, période durant laquelle Byzance administra directement le territoire. Ensuite les doges furent élus à vie, mais durent gouverner avec un système un peu complexe qui comprenait :

-Un Grand Conseil formé des seuls représentants des familles inscrites au livre d'or de Venise (les descendants des familles considérées comme fondatrices). Le Grand Conseil se réunissait tous les dimanches et possédait le pouvoir législatif, restreint par le pouvoir des autres organes de gouvernement,

-Un Sénat responsable de la politique extérieure et de la nomination des ambassadeurs de Venise

-Un collège de 26 membres et un collège suprême de 9 membres recueillaient les doléances des habitants, les transmettaient aux différentes instances et répondaient aux citoyens.

-enfin un Conseil des 10 (créé en 1310) qui comportait en fait 17 membres et qui était une institution judiciaire

*La ville de Venise est construite sur 117 îles, comportant 150 canaux et 416 ponts. En 1171 elle fut divisée en 7 quartiers (Arsenale, Cannaregio, Castello, Dorsoduro, San Marco, San Polo, Santa Croce).

*En 1846, la ville fut reliée à la terre ferme au moyen d'un pont ferroviaire de 3600 mètres comportant 222 arches. Il fut doublé d'un pont routier en 1932

*Le Grand Canal long de 4 kilomètres est traversé seulement par 4 ponts

*Il reste 84 églises dans Venise intra-muros et l'on atteint 123 églises en ajoutant celles des îles de la lagune. Il y en avait plus de 200 au XVIIIe siècle. Ces églises renferment des œuvres d'art (peintures, sculptures..) d'une richesse inestimable. En ajoutant le contenu des musées, palais et fondations, si il est une ville qui mérite d'être inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, c'est bien Venise.

J.D. 11 février 2016

ajout du 11 septembre 2016 : A Constantinople, dans l'hippodrome, il y avait des courses de chars avec 2 camps : les « bleus » et les « verts » qui quelquefois s'affrontaient durement. Procope de Césarée (500/565) dans « Histoire secrète de Justinien » dit que le camp des « bleus » était des Vénètes. Mais quels liens avec les Vénètes bretons ou ceux de Vénétie ?

résultat du référendum de 1866 sur la base du monument à Victor-Emmanuel II à Venise. photo J.D. 2 février 2016

résultat du référendum de 1866 sur la base du monument à Victor-Emmanuel II à Venise. photo J.D. 2 février 2016

symbole romain sur la base du monument à Victor-Emmanuel II à Venise, photo J.D. 2 février 2016

symbole romain sur la base du monument à Victor-Emmanuel II à Venise, photo J.D. 2 février 2016

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 16:26

La Ca' d'Oro ou « maison d'or » est un des plus célèbres palais de Venise, situé sur le Grand Canal dans le quartier du Cannaregio.

Histoire :

*La construction de la Ca' d'Oro commença en 1421 et se termina selon les sources entre 1436 et 1440. Ce palais fut construit pour le compte de Marino Contarini procureur de Saint Marc, à l'emplacement d'un palais qui appartenait à la famille Zen (on trouve aussi écrit Zeno), une des familles fondatrices de Venise et qui fournit à la Sérénissime, au fil des siècles, nombre de ses notables.

*Le premier architecte fut Marco d'Amadio à qui succédèrent Matteo dei Raverti de Milan (qui participa à la construction du dôme de Milan) et les Bon (Zane le père et Bartolomeo son fils) de Venise. Les architectes réutilisèrent le fondement (pieux préexistants), mais le résultat est que le palais s'est déjà enfoncé de 70 cms par rapport au temps de la construction, alors que le niveau de l'eau monte lentement mais sûrement.

*23.000 feuilles d'or furent mises en œuvre sur la façade (d'où le nom du palais) par un artiste nommé Jean Charlier. La façade à l'origine était également décorée avec du lapis-lazuli.

*Le palais de style gothique flamboyant ne fut pas terminé, il y manque l'aile gauche

*Au XIXe siècle, une propriétaire nommée Marie Taglioni fit détruire l'escalier gothique de la cour intérieure ainsi que les balcons donnant sur cette cour.

*En 1894, le palais fut acheté par le baron Giorgio Franchetti (né à Turin le 18 janvier 1865) qui le légua à l’État italien en 1916.

*L'escalier détruit fut reconstruit et le palais transformé en musée qui ouvrit au public en 1927 avec une galerie nommée « Giorgio Franchetti ».

*Ce nouveau musée récupéra des œuvres de différentes provenances (dont les réserves de la galerie de l'Académie) et particulièrement d'un « entrepôt des Allemands » qui servit longtemps pour les négociants germaniques et qui fut supprimé en 1797 lors de l'invasion de la Vénétie par Bonaparte.

*On trouve maintenant dans ce musée des sculptures, des bronzes, des céramiques, des meubles, et des peintures des écoles toscane, flamande, et vénitienne.

*Parmi les grands artistes exposés, on trouve : Luca Signorelli, Andrea Mantegna, Carpaccio, Tintoret, Titien, Vivarini, Van Dyck, Van Eyck…

*En additionnant les œuvres de tous les musées, palais, églises... de Venise, on parvient à un patrimoine impressionnant !

J.D. 30 janvier 2016

détail de la façade de la Ca'd'Oro

détail de la façade de la Ca'd'Oro

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 12:26

L'église consacrée à Saint Zacharie (père de Saint Jean Baptiste) est située à Venise dans le quartier du « Castello » presque à mi-chemin entre la place Saint Marc et l'arsenal.

1-Histoire :

*Léon V, empereur byzantin offrit à la cité de Venise les restes de Saint Zacharie, père de Saint Jean-Baptiste (voir l’évangile selon Saint Luc). Pour honorer cette relique, un couvent de religieuses (qui accueillit surtout des filles de familles nobles) et une église furent fondés en l'an 827, sous le doge Giustiniano Participazio, à l'emplacement actuel mais qui était à l'époque une petite île du nom d'Ombriola. Le financement de la construction fut assuré par Byzance. L'empereur envoya même des ouvriers qualifiés pour la construction.

*En 864, le doge Pietro Tardonico fut assassiné sur le parvis de l'église San Zaccaria. L'abbesse Morosini lui avait offert un bonnet ducal richement décoré. Il servit ensuite de coiffe pour tous les doges de Venise lors de leur investiture. De tradition les doges rendaient visite à l'église et à son couvent chaque année à Pâques.

*En 1001 l'église reçut la visite de l'Empereur (germanique) Otton III accompagné du doge Pietro II Orselolo

*une première reconstruction eut lieu en 1105 suite à un incendie qui fit une centaine de victimes parmi les religieuses

*l'église fut ensuite reconstruite en 1170, un campanile, à droite, lui fut alors adjoint.

*une autre reconstruction eut lieu dans les années 1300

*enfin, l'édifice actuel fut réalisé entre les années 1444 et 1515. Des pierres de réemploi provenant de l'île de Torcello furent utilisées. De la première construction il reste la crypte romane où sont inhumés 8 doges des neuvième au douzième siècles, ainsi qu'une mosaïque. Cette crypte est souvent inondée par les eaux de la lagune. On accède à la crypte par la chapelle San Tarasio.

*La construction fut d'abord confiée à l'architecte Antonio Gambello puis après son décès à Mauro Codussi (écrit aussi Coducci) qui réalisa la façade. Le style est de la fin du Gothique et du début de la Renaissance. La consécration se déroula sous le doge Pietro Lando.

*En 1595 fut ajoutée la chapelle San Atanasio

*En 1771, l'édifice reçut la visite de la famille de Mozart (qui avait lui-même alors 15 ans)

*En 1790, l'orgue fut ajouté

2-l’œuvre :

Cette église est célèbre pour un autel latéral et les très nombreuses peintures.

L'autel conserve les tombes de Saint Zacharie et d'Athanase qui fut évêque d'Alexandrie. Décédé le 2 mai 373, il est considéré comme un des Pères de l’Église.

Les peintures dans les chapelles, l'abside, le déambulatoire sont l’œuvre de très nombreux peintres dont :

Le Tintoret, Giambattista Tiepolo, Giovanni Bellini, Antonio Balestra, Jacopo Palma (le Vieux et le Jeune), Van Dyck, Francesco Rosa, Antonio Zonca, Niccolo Bambini, Antonio Vassilacchi, Leandro Bassano, Antonio Vivarini, Giovanni d'Alemagna, Andrea del Castagno….

Un vrai musée de peintures

J.D. 30 janvier 2016

visite de l'empereur Otton III, tableau de Gian Antonio Fumiani vers 1705, photo Didier Descouens

visite de l'empereur Otton III, tableau de Gian Antonio Fumiani vers 1705, photo Didier Descouens

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 18:19

Santa Maria della Salute, souvent appelée « la Salute » est une église de Venise située dans le quartier « Dorsoduro » presque à la pointe sud du Grand Canal (Canal grande) ; en fait entre le Grand Canal et le Canal de la Giudecca (qui doit son nom à l'île du même nom, lui même dérivé de « giudicato » : jugement ou sentence).

1-Histoire :

*En 1629, une épidémie de peste emporta le tiers de la population vénitienne en quelques mois. Le Sénat de Venise fit le vœu, le 22 octobre 1630, de construire une église dédiée à Marie si l'épidémie se calmait. L'épidémie se calma, un terrain fut dégagé et l’œuvre fut confiée à l'architecte Baldassare Longhena (qui est aussi l'architecte de la Ca' Rezzonico et de la Ca' Pessaro)

*La première pierre fut posée le 1er avril 1631 par le doge Nicolo Contarini. Il fallut 1.156.627 pieux (je n'ai pas recompté!) pour stabiliser le sol et pouvoir construire.

L’œuvre fut terminée en 1687, l'architecte décédé 5 ans plus tôt n'en vit pas la fin.

*Depuis 1867 , chaque 21 novembre est célébré à Venise la fête de la Salute. Un pont de bateaux est construit pour la circonstance afin de permettre de traverser à pied le Grand Canal.

2-L’œuvre :

Le style général est baroque. La construction a été faite pour le principal en pierre blanche d'Istrie (en Croatie). L'église comporte une façade monumentale , 2 dômes, 2 campaniles, 125 statues.

-Sur la façade : les 4 évangélistes et une vierge à l'enfant au sommet du fronton

-Au sommet du dôme le plus élevé : une vierge et au sommet de l'autre dôme : Saint Marc. Des volutes, ou « oreilles » (orecchioni en italien) assurent la transition entre les 2 dômes.

-A l'intérieur, autour d'un pavage remarquable, voir illustration, 6 chapelles en couronne qui symbolisent le couronnement de la Vierge.

-Au maître-autel, une icône byzantine, rapportée de Crête en 1672, représente Marie et des sculptures illustrent la Vierge sauvant Venise de la peste.

-Dans les chapelles, les plafonds, la sacristie : de nombreuses peintures dont « les noces de Cana » du Tintoret (où il s'est représenté parmi les personnages du tableau) ,« Cain et Abel », « le sacrifice d'Abraham », « David et Goliath », « Saint Marc », « la descente du Saint Esprit » réalisés par Le Titien etc

Cette église figure parmi les monuments les plus représentatifs de Venise.

J.D. 29 janvier 2016

pavage à l'intérieur de Santa Maria della Salute

pavage à l'intérieur de Santa Maria della Salute

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