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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 15:00

1-Saint Louis :

*Le futur roi Louis IX naquit le 25 avril 1214. Il est le fils de Blanche de Castille (1188/1252, fille d'Alphonse VIII roi de Castille et d'Aliénor d'Angleterre, et par elle, nièce de Richard Cœur de Lion) et du roi de France Louis VIII (1187/1226). Il est également, par son père, le petit fils de Philippe-Auguste (1165/1223).

*A la mort de son père, le 8 novembre 1226, il devint roi de France et fut couronné à Reims le 29 novembre 1226. Il avait 12 ans. Il régna donc d'abord sous la régence de sa mère jusqu'en 1234.

*Il dut faire face à des révoltes de seigneurs ainsi qu'à la guerre contre l'Angleterre. Cette dernière se termina par le traité de Paris le 28 mai 1258.

Durant son règne, Louis IX parvint à affermir le pouvoir royal, à en agrandir le domaine, à réformer les institutions, à imposer une monnaie unique sur l'ensemble du domaine royal, à créer la Sorbonne, l'hospice des Quinze-Vingts...Sans oublier que son règne correspond à l'époque de la construction des grandes cathédrales françaises.

*Il acheta à Constantinople les instruments de la passion du Christ, d'abord la couronne d'épines puis le reste et c'est pour eux qu'il fit construire la Sainte Chapelle de Paris à partir de 1242.

*Il épousa Marguerite de Provence, fille de Raymond Béranger comte de Provence et de Béatrice de Savoie (voir note N°5 http://jean.delisle.over-blog.com/article-beatrice-de-savoie-55880926.html).

Le mariage fut célébré le 27 mai 1234 en la cathédrale Saint Étienne de Sens (Yonne) par Guillaume de Savoie évêque de Valence et oncle de Marguerite. Elle fut couronnée reine de France dès le lendemain.

*Il participa à la septième croisade puis à la huitième.

*A la septième croisade, Louis IX embarqua d'Aigues-Mortes le 25 août 1248, guerroya en Egypte où il fut fait prisonnier le 7 avril 1250. Sa femme prit le commandement de l'armée et parvint à réunir la rançon demandée par les musulmans. Louis fut libéré et se rendit en terre sainte avec le reste de son armée. Il réorganisa le domaine chrétien au Proche-Orient, faisant particulièrement renforcer les défenses des places fortes. Il embarqua de Saint Jean d'Acre pour la France le 24 avril 1254. Pendant ces 6 années d'absence, en France ce fut Blanche de Castille qui assura encore la régence.

*Pour la huitième croisade, Louis IX partit encore d'Aigues-Mortes en mai 1270, débarqua près de Tunis le 15 juillet 1270, s'empara de la ville de Carthage le 24 juillet 1270 et mourut de maladie (la peste) sur le site de Carthage le 25 août 1270.

Louis IX fut canonisé par l’Église en août 1297.

L'inhumation et la canonisation de Saint Louis mériteraient d'en écrire un gros roman !

Son fils (1245/1285) devint roi de France sous le nom de Philippe III. Il fut en conflit avec son oncle, Charles d'Anjou (1227/1285) qui fut roi de Naples et de Sicile pour l'inhumation de Louis IX, que Philippe voulait ramener en France et Charles en Sicile. Finalement Charles eut les entrailles et le reste du corps fut disséqué et bouilli pour enlever les chairs. Le reste du squelette fut ramené en France via la Sicile et l'Italie. Il arriva à Paris le 21 mai 1271 et fut inhumé à Saint Denis le 22 mai. Plusieurs tombeaux se succédèrent. Le dernier en or de 1298 disparut vers 1420 récupéré et fondu par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans. Entre temps, des morceaux d'os de Saint Louis avaient été donnés à de nombreux souverains d'Europe.

Quant à la canonisation, entre le décès de Louis IX en 1270 et la canonisation 27 ans plus tard, 10 papes se succédèrent, chacun voulant reprendre le dossier !

2-Carthage :

Selon les fouilles archéologiques et les datations au carbone 14, la cité de Carthage fut fondée en l'an 814 avant notre ère, par les Phéniciens de la cité de Tyr, c'est-à-dire une soixantaine d'années avant Rome. Voir « Carthage » de Serge Lancel Fayard 1992. Cette date ne correspond pas avec celle issue des légendes (Enéide de Virgile…).

Aujourd'hui la ville est située sur le golfe de Tunis dans la banlieue nord-est de Tunis. A noter que l'antique Utique (ça rime) avait été fondée par les Phéniciens sur le golfe de Tunis à une trentaine de kms au nord de Carthage, mais environ 3 siècles avant Carthage.

Très vite, Carthage devint la principale cité phénicienne en Méditerranée occidentale, tandis que Rome prospérait de l'autre côté de la mer. Inévitablement les 2 cités entrèrent en conflit : ce furent les guerres « puniques » de -264 à -146 date de la destruction de Carthage par les Romains.

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux guerres puniques et à Carthage, voir spécialement la note N°18 http://jean.delisle.over-blog.com/article-hannibal-1-texte-59402856.html et ses annexes et la note N°224 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/02/la-reine-didon-n-224.html

La reconstruction d'une ville (romaine) sur l'ancien site de Carthage se fit sous le règne d'Auguste (de -27 à +14).

A partir de la christianisation de l'empire romain (édit de Milan en 313), la Tunisie devint un important centre de la chrétienté notamment sous l'influence de Saint Augustin (354/430), un des « pères de l'Eglise » qui fut évêque d'Hippone (Annaba au nord-est de l'Algérie).

Les Vandales s'emparèrent de la ville romaine de Carthage en l'an 439, les Byzantins la reprirent en 534 et les Arabes s'emparèrent de la Tunisie entre les années 647 et 670. Les Ottomans s'imposèrent à partir de 1574 et les Tunisiens s'affranchirent des Ottomans en 1612 sous la direction de Mourad Bey.

Lors d'un congrès tenu à Berlin en 1878, Allemands et Anglais donnèrent leur feu vert à la France pour annexer la Tunisie et ce au détriment du nouveau royaume d'Italie qui avait des visées sur ce pays. L'annexion par la France fut effective en 1881.

Des soulèvements pour l'indépendance commencèrent en 1952. Par accords des 3 juin 1955 et 20 mars 1956, la France concéda l'indépendance à la Tunisie mais en conservant la base de Bizerte (sur la Méditerranée, au nord de la Tunisie) qui fut finalement rétrocédée à la Tunisie le 15 octobre 1963.

3-Saint Louis à Carthage :

3a-la chapelle Saint Louis :

Le 8 août 1830, Hussein II bey de Tunis faisait don au roi de France Charles X du terrain situé à Carthage sur la colline de Byrsa où était décédé Saint Louis.
En fait, Charles X venait d'être renversé par la révolution des 27 au 29 juillet 1830 (les Trois Glorieuses). Louis-Philippe prit le relais. La première pierre d'une chapelle dédiée à Saint Louis fut posée le 25 août 1840. Cette chapelle fut construite sur le modèle de la chapelle royale de Dreux (au nord de l'Eure-et-Loir). Cette chapelle terminée en 1845 fut détruite en 195
0.

3b-la cathédrale Saint Louis :

Sur la même colline de Byrsa et proche de la chapelle, une cathédrale dédiée à Saint Louis fut mise en chantier en 1884, année où le cardinal Charles Lavigerie fut nommée archevêque de Carthage. Cette cathédrale Saint Louis fut consacrée le 15 mai 1890. Lavigerie fondateur de l'ordre des « pères blancs » fit construire en annexes de la cathédrale des locaux pour l'ordre des pères blancs qui y organisèrent un musée Saint louis qui regroupait nombre d'antiquités découvertes dans les parages. L'ensemble fut cédé à la Tunisie en 1964.

Depuis, la cathédrale a été transformée en édifice culturel pour expositions etc et dénommé « Acropolium » en 1993. les locaux des pères blancs sont eux devenus le musée national de carthage.

3c-la statue de Saint Louis :

Une statue de Saint Louis, réplique de celle figurant à Saint Denis fut envoyée à Carthage par le roi Louis-Philippe et fut mise en place le 11 août 1841. Elle figure dans les jardins du musée national de Carthage.

On trouvera en illustration, des représentations de la chapelle en 1888, de la cathédrale et de la statue, empruntées sur le net.

J.D. 8 septembre 2016

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 17:08

I La Libye italienne :

En octobre 1911, l'Italie qui cherchait à se constituer un empire colonial, avait envahi la Libye, suite à une déclaration de guerre contre l'empire ottoman le 29 septembre 1911. Le 5 novembre 1911, un décret royal (de Victor-Emmanuel III) annexait officiellement la Cyrénaïque et la Tripolitaine (toute la partie nord c'est-à-dire la zone côtière de la Libye) à l'Italie. Le 17 décembre 1912 par le traité d'Ouchy (ou de Lausanne) l'empire ottoman cédait ces régions à l'Italie.

Cependant les populations locales islamisées depuis le début du huitième siècle organisèrent la résistance contre l'occupant chrétien, sous la direction d'Omar al Mokhtar. Les Italiens firent de la répression et Omar al Mokhtar capturé le 11 septembre 1931 fut pendu dès le 16 septembre.

En 1934, le maréchal Italo Balbo fut nommé gouverneur général de la Libye. Sous sa direction, l'Italie fit d'importants investissements d'infrastructures en Libye (400 kms de voies ferrées, 4.000 kms de routes, des hôpitaux, écoles etc) et favorisa l'implantation de colons italiens. En même temps des fouilles firent réapparaître des sites romains (Leptis Magna, Sabratha...).

Après le début de la seconde guerre mondiale et l'entrée en guerre de l'Italie, Mussolini ordonna en septembre 1940, une offensive en direction de l'Egypte occupée par les Anglais. Les Anglais contre-attaquèrent et envahirent la Libye. Le 12 janvier 1941, ils avaient pris le port de Tobrouk (port en eaux profondes situé en Libye presque à la frontière avec l'Egypte et permettant le débarquement de troupes), le 5 février 1941 ils occupaient Benghazi.

Italo Balbo pour sa part était décédé le 28 juin 1940 ; son avion ayant été abattu, semble-t-il, par erreur, par la DCA italienne.

II L'intervention allemande :

Pour venir en aide à son allié Mussolini, Hitler envoya un corps expéditionnaire en Libye : l'Afrikakorps (Deutsches Afrikakorps), formé dès février 1941, sous la conduite du Général Erwin Rommel. Ce corps comprenait 45.000 soldats et 250 chars.

Rommel lui-même débarqua à Tripoli le 12 février 1941 où il fut accueilli par le général italien Italo Gariboldi (à ne pas confondre avec Garibaldi). L'ensemble du corps expéditionnaire allemand débarqua jusqu'à fin mai. Sans attendre que ses effectifs soient complets, Rommel lança une offensive en direction de l'Est avec comme objectif de s'emparer du canal de Suez.

En 3 semaines, il avait repris 800 kms de territoire aux Britanniques, s'emparant de Bengazi le 5 avril 1941, de Derna le 7 avril de Bardia le 9 avril et commençant le siège de Tobrouk dès le 11 avril 1941. Mais là, la résistance fut forte, il faut dire :

*que les Britanniques considéraient la possession du canal de Suez comme primordial et qu'ils mirent le paquet pour empêcher Rommel de s'en emparer.

*que la flotte britannique en Méditerranée était plus puissante que les flottes allemande et italienne et que les Anglais reçurent beaucoup plus de renforts que les Allemands

*parallèlement les Anglais et les Italiens se combattaient en Somalie et en Abyssinie, la victoire anglaise sur ces deux fronts leur permit de rapatrier des troupes.

*A Tobrouk même, pour défendre le port-forteresse il y avait les Anglais bien sûr mais aussi des Australiens, des Néo-Zélandais, des Polonais, des Tchèques et des Français des forces françaises libres.

Finalement Rommel parvint à s'emparer de Tobrouk le 21 juin 1942. Dès le lendemain Hitler le nommait Maréchal.

Rommel franchit alors la frontière égyptienne.

Devant l'avancée et les victoires de Rommel, les Allemands et les Italiens durent y croire. Ils firent fabriquer des médailles célébrant cette victoire. Une de ces médailles fut retrouvée en 1943 en Tunisie au Cap Bon. Elle m'a été communiquée par un voisin né en Tunisie en 1927 et qui s'y trouvait au moment de la guerre. J'en joins la représentation en annexe. (En septembre 1914, Guillaume II avait déjà fait fabriquer des médailles pour célébrer l'entrée de l'armée allemande dans Paris. Il est vrai que la percée allemande n'était plus qu'à une trentaine de kms de Paris)

Dans son ambition de s'emparer du canal de Suez, les Allemands furent arrêtés à El Alamein , ville située à 106 kms à l'ouest d'Alexandrie. Il y eut en fait 2 batailles d'El Alamein , la première, sans vainqueurs ni vaincus du 1er au 27 juillet 1942 et la seconde du 23 octobre au 3 novembre 1942 où les Allemands furent vaincus par les Anglais nouvellement commandés par Montgomery et durent battre en retraite. Ce fut la première grande défaite de l'Allemagne nazie. La seconde devait suivre peu après puisque la capitulation de Stalingrad est du 31 janvier 1943 soit 3 mois plus tard. C'était le commencement de la fin.

Rommel fit replier son armée vers la Tunisie où elle fut prise entre deux feux : celui les Anglais qui partis de l'Egypte les poursuivaient et celui des Américains qui avaient débarqué en Afrique du Nord à partir du 8 novembre 1942 sous la conduite d'Eisenhower.

Rommel avait regagné Berlin pour demander le rapatriement de ses troupes vers l'Italie mais cela ne se fit pas. Et les troupes durent capituler le 12 mai 1943 et furent embarquées, du Cap Bon, à partir du 16 mai vers les Etats-Unis et le Canada comme prisonniers de guerre.

Rommel était très apprécié de ses soldats. Il avait été surnommé « le renard du désert ». Il fut utilisé par la propagande nazie. Chargé du front de l'ouest, mais de plus en plus critique vis-à-vis d'Hitler, il reçut l'ordre de se suicider, ce qui fut fait le 14 octobre 1944. La propagande nazie présenta sa mort comme un accident et des funérailles nationales furent organisées.

III la position des Arabes :

Certains se joignirent aux Alliés, mais la majorité fut favorable aux puissances de l'Axe (Rome/Berlin), pour les raisons suivantes :

*Les Arabes espéraient qu'une victoire de l'Allemagne les délivrerait de leurs colonisateurs ou occupants

*parce que les promesses faites par les Anglais lors de la première guerre mondiale ne furent pas tenues (voir Lawrence d'Arabie)

*et enfin parce que la haine millénaire des Arabes envers les Juifs (Flavius Josèphe en parle déjà au premier siècle de notre ère) amenait « naturellement » les Arabes du côté nazi. Des dignitaires musulmans comme l'Irakien Al-Gailani ou le grand mufti de Jérusalem Al Husseini furent reçus par Hitler à Berlin. Ils espéraient une aide des nazis pour éliminer les Juifs de Palestine. Des volontaires arabes formèrent même une division SS. Il existe plusieurs livres sur ce sujet comme :

*« Croissant fertile et croix gammée » de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann aux éditions Verdier septembre 2009

*« Le croissant et la croix gammée » de Faligot et Kauffer chez Albin Michel 1990.

En février 1996, étant en voyage au sud de la Tunisie, dans le grand hôtel de Tataouine j'ai pu voir dans le hall un mur plein de photos de Rommel et de l'Afrikakorps, c'est-à-dire 54 ans après leur passage !

J.D. 22 décembre 2014

médaille préparée pour la victoire et trouvée au Cap Bon en 1943, communiquée par Mr Edouard Cattoir professeur d'histoire-géo en retraite en Savoie

médaille préparée pour la victoire et trouvée au Cap Bon en 1943, communiquée par Mr Edouard Cattoir professeur d'histoire-géo en retraite en Savoie

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:05

La cote de popularité de François Hollande descend au même rythme où celle d'Angela Merkel monte, y compris en France. C'est le principe du funiculaire : un wagon descend pendant que l'autre monte. Il faut espérer que le succès d'Angela Merkel lui donne assez d'autorité pour « cadrer » Hollande et l'empêcher de continuer à faire n'importe quoi et son contraire ! Ce n'est pas l'intérêt des Allemands de laisser sombrer la France et cela me rassure plus que les compétences du « capitaine de pédalo » ! Titre à la UNE du Canard enchaîné du mercredi 25 septembre 2013, Merkel à Hollande : « moi chancelière, toi chancelant ! » Réaliste !

Les Français qui n'ont pas encore compris vont comprendre à l'automne 2014 quand ils vont recevoir les feuilles d'impôts non seulement de l'Etat mais aussi des collectivités territoriales qui vont devoir compenser les baisses de dotations de l'Etat ainsi que les charges nouvelles. Il va en aller de même des cotisations pour les mutuelles qui vont, elles, devoir suppléer les baisses de remboursements de la Sécurité Sociale.

Les sorts de l'Allemagne et de la France sont liés depuis des siècles pour le meilleur et pour le pire et hélas sur le passé plus souvent pour le pire ! (voir sur mon blog la fiche N° 110, « comme en 14 » http://jean.delisle.over-blog.com/comme-en-14-n-110 ainsi que la fiche N°55 « la fin des 4 empires ») jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html.

L'an prochain va être célébré le centenaire du début de la première guerre mondiale. Je me demande combien de citoyens en connaissent les causes ?

Dans sa biographie d'Aristide Briand (tome II de 1938, chapitres IX à XII) Georges Suarez en donne une analyse intéressante.

Rappel de quelques faits :

*L'empire allemand proclamé après la guerre de 1870 et le royaume d'Italie (proclamé le 17 mars 1861) avaient beaucoup de retard sur d'autres pays (Portugal, Espagne, Grande-Bretagne, France...) dans la constitution d'empires coloniaux. Ce fut une importante cause de tensions en Europe au début du XXe siècle.

*Pour protéger sa frontière algérienne, la France avait des visées sur le Maroc que l'Allemagne, l'Espagne et la Grande-Bretagne convoitaient aussi.

*Les Anglais qui étaient inquiets de la montée en puissance de l'Empire allemand avaient signé des accords avec la France le 8 avril 1904 : La France laissait l'Angleterre libre en Egypte pendant que l'Angleterre soutenait les prétentions françaises au Maroc. C'était manifestement un court-circuit de l'empire allemand, mais aussi de l'Espagne.

*Le 31 mars 1905, l'empereur Guillaume II rencontra le sultan du Maroc Moulay al-Aziz à Tanger et fit un discours très offensif sur les droits allemands sur le Maroc, ce qui envenima les rapports franco-allemands.

*Devant la menace de guerre, une conférence internationale fut organisée à partir du 16 janvier 1906 à Algésiras (en Andalousie) pour régler le différent franco-allemand sur le Maroc. La conférence se termina par la signature d'un « acte général » le 7 avril 1906. Cet acte « au nom de Dieu tout puissant » était signé au nom de :

-l'empereur d'Allemagne, roi de Prusse,

-l'empereur d'Autriche roi de Bohême et de Hongrie

-le roi des Belges

-le roi d'Espagne

-le Président des Etats-Unis (ils avaient été appelés comme « médiateurs »)

-le Président de la République française

-le roi du Royaume-Uni empereur des Indes

-le roi d'Italie

-le Sultan du Maroc

-la reine des Pays-Bas

-le roi du Portugal

-l'empereur de toutes les Russies

-le roi de Suède

Cette liste en rappel a le mérite de montrer qu'il y a à peine plus d'un siècle, il n'y avait pas beaucoup de Républiques en Europe !

Cet accord donna quelques droits particuliers à la France et à l'Espagne au Maroc tout en accordant un droit de regard aux Allemands, et en plaçant le Maroc sous la protection de tous les pays signataires. Autrement dit, rien n'était réglé, mais la face était, provisoirement, sauvée !

*un accord signé à Berlin en février 1909, prévoyait une coopération économique entre la France et l'Allemagne pour le développement du Maroc et du Congo.

*en mars 1911, l'armée française occupa Rabat, Fès et Meknès.

*l'Allemagne y vit une violation des accords d'Algésiras de 1906 et envoya, à partir du 1er juillet 1911, des navires de guerres dans la baie d'Agadir, d'abord la canonnière « Panther » puis le croiseur « Berlin » et la canonnière « Eber ».

*En France, depuis le 27 juin 1911, Joseph Caillaux avait remplacé Monis dont le gouvernement avait duré moins de 4 mois en succédant à Aristide Briand comme Président du Conseil. Caillaux négocia directement et seul avec les Allemands, court-circuitant son ministre des Affaires étrangères, notre ambassadeur à Berlin, le parlement français et nos alliés, en l'occurrence la Grande-Bretagne et la Russie. Caillaux céda aux Allemands des territoires pris sur le Congo, le Gabon et l'Oubangui-Chari pour permettre aux Allemands d'agrandir le Cameroun allemand, moyennant quoi le 28 novembre 1911, les navires de guerre allemands levèrent l'ancre de la baie d'Agadir et l'Allemagne ne revendiqua plus le Maroc.

*Voilà les faits brièvement récapitulés ci-dessus. Caillaux, lui, s'attribua le mérite d'avoir sauvé la paix (d'autres en 1938 prétendront aussi sauver la paix!) , mais le jugement qu'en porte Suarez est terrible, il n'est pas conventionnel. Le voici, chacun se fera son opinion. En rappelant pour la petite histoire que le 16 mars 1914, Henriette Caillaux, épouse de Joseph, assassina Gaston Calmettes directeur du Figaro.

Extraits du texte de Suarez (publié en 1938) :

« Briand dans un discours prononcé le 21 décembre 1913 à Saint-Etienne, porta sur la politique de Caillaux ce jugement : J'ai connu la douloureuse surprise de voir se liguer contre moi, sur des questions qui touchaient à ce qu'il y avait de plus grave dans les intérêts extérieurs de ce pays, des hommes prêts à m'abattre et à tout faire pour y parvenir, au risque de voir avorter une politique de prudence et de paix. Ils combattaient aveuglément cette politique, avec l'espérance d'écraser sous elle l'homme qu'ils voulaient chasser du pouvoir. Je suis parti... Quand la faute est commise, elle entraîne vite toutes ses conséquences. L'une des conséquences fut Agadir, une autre fut la conquête militaire du Maroc. Pour soutenir cette conquête, il faut maintenir là-bas 60.000 soldats français, dont notre armée métropolitaine se trouve diminuée. D'autres conséquences suivirent celle-ci. La conquête militaire du Maroc entraînait l'Italie vers les Turcs, en Tripolitaine (dans l'actuelle Libye) . Elle s'y porta. Ce fut la Turquie affaiblie. Cet affaiblissement de la Turquie amena la guerre d'Orient : la Serbie et la Bulgarie s'arrachant des morceaux de la Turquie, ce furent les guerres successives des Balkans (1912/1913), d'où de nouvelles formations et des combats entre les peuples. Et le régime de la paix armée fut plus lourd que jamais et oppressa l'Europe.

Ce fut l'Allemagne augmentant sa force militaire et nous, dans le même moment, contraints de réduire la nôtre, contraints d'envoyer au Maroc, pour soutenir la conquête, de nouvelles troupes prises dans l'élite de notre armée. Aussi le danger s'accroît, l'horizon s'obscurcit de nuages. L'inquiétude à cette heure est partout.

Pour Caillaux, ce qu'avait fait le prédécesseur ne pouvait être bon à rien. Les accords qu'il avait préparés en vue d'une pénétration pacifique au Maroc, il fallait les piétiner, les détruire, ces accords qui favorisaient des rapprochements d'intérêts, en réduisant au minimum les dangers de conflits, on les détruisit.

En 1922, attaqué à la Chambre (des députés) par un caillautiste, il (il s'agit de Briand) répondit : Nous nous étions dit qu'en donnant satisfaction aux intérêts économiques allemands, étant donné leur puissance, nous parviendrions peut-être à écarter les dangers de guerre. Oui, oui car après la destruction de ces accords, ces dangers se sont déchaînés. Lorsque les hommes d'affaire allemands ont vu que tout espoir de tractation économique ou financière était perdu, ils se sont ralliés au parti militaire et l'Allemagne a couru où fatalement la poussaient ses secrètes aspirations : vers la guerre...

Le 6 juillet de la même année (1922) à la tribune de la Chambre, Léon Blum exprimera la même thèse : Répercussion immédiate et indéniable des faits les uns sur les autres, des ambitions et des convoitises les unes sur les autres, l'affaire marocaine déterminant l'affaire de Tripolitaine livrant la Turquie affaiblie aux convoitises des petits Etats balkaniques.

Agadir ne sera en effet qu'un commencement. Les accords de 1909/1910 une fois remis en question, l'Allemagne plus largement pourvue, chacun des Etats avec qui la France avait traité, demandera que ses avantages soient accrus en proportion des avantages que s'étaient réservés les contractants. L'Italie occupera la Tripolitaine et la Cyrénaïque. Elle se heurtera à des bandes d'indigènes commandés par des officiers turcs. La guerre italo-turque déchaînera une crise décisive dans les Balkans. Les Etats chrétiens, voisins de la Turquie, profiteront de ses embarras pour former sous la direction de la Russie une coalition. La France, liée par l'alliance russe, devra soutenir moralement et matériellement, les nations liguées contre l'empire ottoman. Celui-ci sera battu dans une première guerre par la Bulgarie, la Grèce et la Serbie. Mais le partage des dépouilles du vaincu tournera la Serbie et la Grèce contre la Bulgarie qui succombera à son tour.

En Allemagne, l'opinion verra avec une irritation croissante la défaite de la Turquie et de la Bulgarie ainsi que l'agrandissement de la Serbie qui barrait à l'Autriche la route de Salonique. La France qui avait soutenu la Grèce et la Serbie, deviendra la cible de la colère allemande. Quatre incidents de frontières se produiront coup sur coup et le gouvernement impérial fera voter au Reichstag un impôt d'un milliard de marks pour porter l'effectif de l'armée allemande à 850.000 hommes (1913). enfin l'attentat de Serajevo, qui sera la conséquence directe de la victoire serbe dans la guerre balkanique, mettra le feu aux poudres. Ce sera la guerre ; le point initial, ce fut Agadir qui ne fut possible que par la rupture imposée par Caillaux des accords de 1909.

dans ses notes intimes de guerre, Briand le relevait aussi à la date du 7 février 1918 : Conversation à l'Elysée avec le président de la République qui m'avait fait dire par Barthou son désir de me voir. Il me dit son horreur de Caillaux à propos des papiers trouvés à Florence.

A ce propos, je rappelle au président les accords faits par moi en 1910 avec l'Allemagne, déchirés ensuite à l'instigation de Caillaux. La conséquence : Agadir, véritable germe du conflit actuel (il s'agit de la guerre de 14 pas encore terminée à la date du 7 février 1918) Le vrai responsable de la guerre c'est Caillaux. C'est à ce moment là que, pour essayer de réparer sa faute, il s'est jeté dans les bras de l'Allemagne et s'est fait l'agent financier de l'Allemand Cassel. Poincaré approuve....

Pour faire une politique qui ne fut pas celle du prédécesseur , Caillaux se condamnait à en chercher d'impossibles et se privait délibérément des bénéfices de l'expérience. Il vivra dans un ouragan d'alertes incessantes, de menaces mortelles, duquel il ne s'échappera pour reprendre du souffle, que par l'arbitraire, l'intrigue, les tractations obliques, la violation constante des règles du pouvoir, les démentis mensongers et les engagements contradictoires.

Finalement, pressé de toutes parts par le danger extérieur, il sera entraîné à rattraper par des sacrifices supplémentaires et vains les chances de paix qu'il avait compromises...
Son impuissance devant les obstacles que son tempérament s'ingéniait à accumuler, le rendait irritable, nerveux, inconséquent. Il n'était plus de taille à débrouiller tout seul les fils qu'il avait su emmêler avec tant de virt
uosité....

Sous la menace (il s'agit de l'envoi de navire de guerre allemands à Agadir) l'Allemagne engageait la France à négocier au plus vite des compensations. Selves (notre Ministre des Affaires étrangères), après avoir reçu l'ambassadeur allemand, eut aussitôt le réflexe logique qui convenait à la situation et à l'intérêt du pays. Il avertit notre ambassadeur à Londres qui prévint sir Edward Grey. (alors Ministre des Affaires étrangères en Grande-Bretagne). Celui-ci offrit si le gouvernement français répliquait à l'Allemagne par l'envoi d'un bateau de guerre, de le faire accompagner par un navire anglais. Caillaux refusa de recourir à la solidarité franco-britannique et déclara qu'il préférait négocier avec l'Allemagne. Qu'attendait-il donc d'une négociation engagée sous la contrainte des canons et de quelle liberté espérait-il pouvoir user pour sauver le renom français ? Mais Caillaux était débordé par les conséquences irrésistibles de ses erreurs et il se croyait seul qualifié pour les enrayer. Happé par l'engrenage combiné de sa présomption et de ses égarements, il rebondit de faute en faute sans retrouver jamais le sang-froid, l'équilibre, la mesure qu'il fallait pour faire face à la pression du péril. Il avouait au milieu de son affolement, des préoccupations puériles.

Il oubliait qu'en se plaçant délibérément sous l'imminence du danger, et en refusant le concours de l'Angleterre, il avait perdu l'initiative des moyens et le choix des solutions. Il persista cependant à inventer quelque chose de personnel, d'original, d'inédit. Par-dessus la tête de son ministre des affaires étrangères, il noua des pourparlers secrets avec l'Allemagne...

Il (il s'agit de Selves notre ministre des Affaires étrangères) comprit, dès lors, le sens de bien des choses et de bien des attitudes qui étaient restées pour lui des énigmes (Selves venait d'apprendre les tractations secrètes que Caillaux menait dans son dos). Tandis que Selves s'appuyait sur l'Angleterre pour tenir tête aux Allemands, Caillaux s'appuyait sur l'Allemagne pour faire échec au Quai d'Orsay et au Foreign Office.

Dans un numéro de l’œuvre en 1914, Robert de Jouvenel écrivait : c'est là le fait monstrueux. Il s'est trouvé à un moment donné, un président du Conseil français dont la politique personnelle était telle à ce moment qu'il en fut réduit à s'appuyer sur l'ambassade d'Allemagne pour la défendre. Il fut à ce moment là solidaire de Berlin contre Paris »

Si l'on suit Suarez, la responsabilité de Caillaux est importante dans les raisons qui ont amené la première guerre mondiale. La presse de l'époque, spécialement Le Figaro (d'où l'assassinat de Calmettes) fut très critique vis-à-vis de Caillaux. Mais après la guerre et eu égard à l'hécatombe il fut plus glorieux de rejeter la seule responsabilité sur les Allemands dont le bellicisme fut mis en avant plutôt que de rappeler qu'un responsable français eut pour principale ligne politique de faire le contraire de son prédécesseur qu'il détestait (Aristide Briand en excluant l'intermède de Monis) et que cela fit partie des causes de la guerre.

J.D. 28 septembre 2013

ajout du 22 janvier 2016 :

on trouvera des photos en illustration qui se passent de commentaires.

Pauvre France!

à Paris en juin 2014

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