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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 07:59

Le bulletin édité par le Conseil Général de la Savoie (numéro daté février 2014) consacre ses pages 10 et 11 à la loi N°2013-403 du 17 mai 2013 qui réforme l'administration départementale.

*Les Conseils généraux deviennent des Conseils départementaux et les Conseillers généraux des... Conseillers départementaux

*le nombre de cantons est modifié. En Savoie on avait 37 cantons, il n'y en aura plus que 19.

*le nouveau découpage est pour le moins curieux. On voit par exemple des communes du canton de Cognin qui se trouve dans la banlieue de Chambéry rattaché au canton de Pont-de-Beauvoisin qui se trouve de l'autre côté de la Chaîne de l'Epine. Le canton d'Aiguebelle qui se trouve en Maurienne rattaché au canton de Saint Pierre d'Albigny dans la vallée de l'Isère. Le nouveau canton de Modane qui regroupe les anciens cantons de Modane, Saint Michel de Maurienne et de Lanslebourg s'étire sur près de 100 kms. Les cantons de Beaufort, du Châtelard et de La Rochette qui correspondaient à des sites géographiques bien définis (Massif du Beaufortin, Massif des Bauges et Vallée du Gelon) sont fondus avec d'autres cantons....

Officiellement ce sont des critères « démographiques » qui ont été retenus pour le nouveau découpage.

*les élections correspondantes auront lieu en mars 2015 et ensuite tous les 6 ans. Il va y avoir à élire 2 candidats par canton de « sexe différent » avec 2 suppléants de même sexe que le titulaire, alors qu'il n'y avait jusqu'à présent à élire qu'un conseiller par canton. Le résultat est qu'en Savoie on va passer de 37 conseillers à 38 ! Si l'on pensait que cette réforme avait pour but de réduire le nombre d'élus, c'est raté ! Sur les bulletins de vote , les candidats devront être mis par ordre alphabétique ainsi par exemple : Madame Dupond et Monsieur Dupont !

*Le Conseil Général de la Savoie a eu à se prononcer sur ces nouvelles dispositions dans sa séance du 10 février 2014 : 13 conseillers ont voté pour la réforme, 23 ont voté contre et 1 s'est abstenu. Dans les intervenants au débat, lorsque l'un a parlé pour cette réforme de « bidouillage politique » il a été très applaudi. Voir sur le site : « www.savoieactu.com ». Mais enfin, le « charcutage » des circonscriptions électorales ce n'est pas nouveau !

J.D. 5 mars 2014

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:38

Genève et son canton sont en Suisse, l'ancien duché de Savoie est en France, sauf 24 communes de l'ancien duché de Savoie qui ont été cédées à la Suisse par le traité de Turin du 16 mars 1816. Voici la liste de ces anciennes communes savoyardes : Aire-la-Ville, Anières, Avusy, Bardonnex, Bernex, Carouge, Chêne-Thonex, Choulex, Collonge-Bellerive, Compesières, Confignon, Corsier, Hermance, Laconnex, Lancy, Meinier, Onex, Perly-Certoux, Plan-les-Ouates, Presinge, Puplinge, Soral, Troinex, Veyrier.

Il s'agit des noms de communes tels qu'ils existaient en 1816 car depuis il y a eu, dans le canton de Genève, des scissions ou fusions qui ont changé des noms communaux.

Par le traité de Paris du 20 novembre 1815, la Suisse avait déjà récupéré 6 communes françaises prises sur le département de l'Ain : Collex-Bossy, Le Grand-Saconnex, Meyrin, Pregny-Chambésy, Vernier, Versoix.

Ces 24 anciennes communes savoyardes qui appartenaient au royaume de Sardaigne avant d'avoir été annexées par la France en 1792, les 6 anciennes communes françaises plus Genève et quelques autres communes forment le canton suisse de Genève (en tout aujourd'hui : 45 communes)

Mais si Genève et le duché de Savoie sont séparés, il n'en a pas toujours été ainsi dans « la légende des siècles ».

1-Genève et la Savoie allobroges :

« la dernière ville des Allobroges et la plus voisine de l'Helvétie est Genève. Un pont la joint à ce pays ». Voilà ce qu'écrit Jules César dans la « Guerre des Gaules » (livre I en 6).

L'Allobrogie occupait sur la rive gauche du Rhône une partie des actuels départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, de l'Isère et de la Drôme, allant de Genève jusqu'au confluent du Rhône et de l'Isère, plus une partie de territoire sur la rive droite du Rhône jusqu'au Mont Pilat. Vienne était la principale ville des Allobroges. Voir sur mon blog les notes 27/28 consacrées aux Allobroges. http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-allobroges-62129941.html

C'est en l'an 121 avant notre ère que les Romains firent la conquête de l'Allobrogie et érigèrent ce territoire en « cité de Vienne » et le rattachèrent à la Gaule narbonnaise. Genève, ville allobroge fit partie du lot et partagea le sort du reste de l'Allobrogie.

2-Genève et la Savoie romaines :

Genève fut intégrée à la cité de Vienne jusqu'au partage de la cité de Vienne en 3 cités sous l'empereur Dioclétien vers l'an 290 de notre ère : la cité de Vienne, celle de Grenoble et celle de Genève. La limite entre la cité de Grenoble et celle de Genève passait juste au nord d'Aix-les-Bains. Ainsi, Genève devint la principale ville d'une nouvelle cité qui englobait la Haute-Savoie et une partie de la Savoie.

Mais avant d'en arriver là, Genève faillit être envahie par les Helvètes c'est-à-dire par les Suisses au printemps de l'an 58 avant notre ère. Ce fut le début de la guerre des Gaules. Selon César (« Guerre des Gaules » livre I, en 2), le territoire des Helvètes avait deux cent quarante milles de long et cent quatre-vingts de large. Le mille romain valant 1.478,50 mètres, cela fait 355 kms d'est en ouest et 266 du nord au sud, soit 94.430 kms2 contre 41.285 kms2 pour la Suisse d'aujourd'hui. La Confédération « helvétique » ne possède donc qu'une partie minoritaire de l'ancien territoire des Helvètes.

Les Helvètes avaient décidé de quitter leur territoire pour venir s'installer en Gaule et voici ce qu'écrit César (Guerre des Gaules, livre I en 7 et 8) :

« César, à la nouvelle qu'ils (il s'agit des Helvètes) prétendaient faire route à travers notre province (il s'agit de la Narbonnaise), se hâte de quitter Rome, gagne à marches forcées la Gaule transalpine (c'est-à-dire la France) et arrive devant Genève. Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats possible ; il y avait en tout dans la Gaule transalpine une légion ; et fait couper le pont de Genève (celui qui faisait communiquer Genève avec le territoire des Helvètes)....

En attendant, il employa la légion qu'il avait et les soldats qui étaient venus de la province à construire, sur une longueur de dix-neuf milles (soit 28 kms), depuis le lac Léman, qui déverse ses eaux dans le Rhône, jusqu'au Jura, qui forme la frontière entre les Séquanes (les Séquanes étaient installés dans la partie sud de la Franche-Comté), et les Helvètes, un mur haut de seize pieds (soit 4,74 mètres de haut) et précédé d'un fossé. Ayant achevé cet ouvrage, il distribue des postes, établit des redoutes, afin de pouvoir mieux leur interdire le passage s'ils veulent le tenter contre son gré....

Les Helvètes, déchus de leur espérance, essayèrent, soit à l'aide de bateaux liés ensemble et de radeaux qu'ils construisirent en grand nombre, soit à gué, aux endroits où le Rhône avait le moins de profondeur, de forcer le passage du fleuve, quelquefois de jour, plus souvent de nuit ; mais ils se heurtèrent aux ouvrages de défense, furent repoussés par les attaques et les tirs de nos soldats, et finirent par renoncer à leur entreprise »

Moralité : Jules César sauva Genève d'une invasion suisse ! A noter que c'est dans le texte de César sur la « Guerre des Gaules » qu'apparaît le nom de Genève pour la première fois.

3-Genève et la Savoie burgondes :

En l'an 443 de notre ère, les Romains cède la Sapaudia aux Burgondes, peuple d'origine germanique. La Sapaudia a donné son nom à la Savoie, mais la Sapaudia de l'époque était plus vaste que l'actuelle Savoie (dans cette note, le terme « Savoie » désigne les actuels départements de Savoie et Haute-Savoie) et comprenait une partie de la Suisse. Et c'est Genève qui se retrouve capitale d'un premier royaume burgonde, mais pas pour longtemps car les Burgondes transfèrent leur capitale à Lyon en 467 et entreprennent une politique d'expansion territoriale. Cette expansion les fait entrer en conflit avec les Francs dès 523 et les Burgondes vaincus en 534, les fils de Clovis se partagent le royaume burgonde et c'est Childebert qui récupère un secteur comprenant Lyon, Vienne, Grenoble, la Savoie et Genève.

4-Genève et la Savoie franques :

Sous la domination franque, Genève comme la Savoie dépendent des souverains mérovingiens puis carolingiens dont Charlemagne.

5-Genève et la Savoie dans le Saint Empire romain germanique :

En 888, avec la mort du dernier carolingien, de nouveaux royaumes de Bourgogne voient le jour dont un royaume de Bourgogne tranjurane dans lequel se retrouvent Genève et une partie de la Savoie.

En 1032, Savoie comme Genève tombent sous la coupe du Saint Empire romain germanique, mais avec des évolutions différentes. A Genève ce sont les évêques qui gouvernent tandis qu'en Savoie apparaît une nouvelle dynastie vassale du St Empire : celle de la Maison de Savoie. Voir sur mon blog la fiche N°66 : « histoire de la Maison de Savoie ».

Autour de Genève s'était créé dans les années 900 un comté de Genève, appelé plutôt par les historiens « comté de Genevois », ce qui est beaucoup plus logique car un comté de Genève ne comprenant pas la cité de Genève, prête à confusion. Cela entraîna des conflits de pouvoir entre les évêques de Genève et les comtes de Genevois. Une vingtaine de comtes se succédèrent et le dernier nommé Odon vendit le comté de Genevois en 1401 à Amédée VIII alors comte de Savoie ; mais cela n'incluait pas la cité de Genève elle-même. Les souverains de Savoie récupérèrent le titre de comte de Genève. Ils avaient déjà entrepris depuis le XIIIe siècle une politique d'expansion et annexé une partie de l'actuelle Suisse jusqu'à Sion.

Genève se trouva complètement encerclée par les possessions de la Maison de Savoie et naturellement les Comtes devenus Ducs de Savoie en 1416, rêvaient de prendre Genève dont ils auraient probablement fait leur capitale.

6-la séparation :

En 1309 l'évêque de Genève Aymon avait accordé l'indépendance à la cité de Genève qui à ses débuts fut gouvernée par 4 syndics. Le 14 novembre 1477, la cité de Genève s'alliait avec Berne et Fribourg pour se prémunir contre la Savoie.

Le 10 décembre 1525, la Savoie parvenait à imposer un protectorat à Genève mais celui-ci fut annulé dès 1526. Le 21 mai 1536 Genève adoptait la réforme et se déclarait ville protestante (probablement pour s'affranchir plus sûrement de la Savoie). Calvin résida à Genève en 1536, fut expulsé de la ville en 1538 et fut rappelé en 1541 où il résida jusqu'à sa mort le 27 mai 1564.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les Savoyards tentèrent de s'emparer de force de Genève qui résista. Cette « nuit de l'escalade » est célébrée chaque année à Genève. Voir "Genève" sur la note N°56 http://jean.delisle.over-blog.com/article-savoie-et-maison-de-savoie-99226231.html

Par le traité de Saint Julien du 21 juillet 1603, la Savoie reconnaissait l'indépendance de Genève. Un traité de Turin du 3 juin 1754 précisait les frontières entre Genève et Savoie. Dès 1535, Genève cité indépendante prit le nom de « République de Genève ».

7-retrouvailles :

En septembre 1792, la France envahissait la Savoie et transformait l'ancien duché de Savoie en département du Mont-Blanc dont Chambéry fut la capitale puis en 1798, la France s'emparait de Genève et adoptait un nouveau découpage administratif : Genève devenait chef-lieu d'un département du Léman tandis que Chambéry restait chef-lieu du département du Mont-Blanc. Le département du Léman fut créé par une loi du 25 août 1798. Il comprenait le pays de Gex, Genève et une partie prise sur le département du Mont-Blanc. Ce département était divisé en 3 arrondissements (Genève, Bonneville et Thonon) et 27 cantons. Puis une loi du 17 février 1800 prit encore 5 cantons au département du Mont-Blanc ((Chamonix, Saint-Gervais, Megève, Flumet et Sallanches) pour les rattacher au département du Léman. Le département dont la capitale était Chambéry conserva son nom de département du Mont-Blanc malgré que le Mont-Blanc ne s'y trouvait plus.

Réunir Genève et la Savoie, ce que les souverains de Savoie n'étaient pas parvenus à réaliser malgré plusieurs siècles d'efforts, le Directoire le fit.

8-dernière séparation :

Avec la chute de Napoléon, Genève devint un canton suisse, officiellement le 31 décembre 1815.

Lors des négociations en 1859/1860 pour la réunion de la Savoie à la France, il y eut (tant à Genève qu'en Haute-Savoie) un important mouvement de partisans d'un rattachement à la Suisse d'une grande partie de l'actuelle Haute-Savoie, mais cela échoua. Sur cette question particulière, on peut se reporter à l'étude de Paul Guichonnet (historien genevois) : « La Savoie du Nord et la Suisse » publiée par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie en 2001 dans la série « L'Histoire en Savoie ».

9-conclusion :

Actuellement, il y a d'importants mouvements de frontaliers entre Genève et les départements français limitrophes, avec d'une part des Genevois qui viennent habiter en France et des Français plus nombreux qui travaillent à Genève. Une coopération transfrontalière se développe. Pour l'encourager, on peut rappeler que grosso-modo, sur les 25 derniers siècles, Genève et Savoie cohabitèrent une vingtaine de siècles sous la même autorité politique, dont celle de César, celle de Charlemagne et celle de Napoléon 1er.

J.D. 12/12/2013

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

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17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 15:08

Savoie-Mag (magazine du Conseil Général de la Savoie) daté de juin 2013, célèbre les 50 ans du Parc National de la Vanoise. Ce parc, le premier en France, fut créé par décret publié le 6 juillet 1963 en application de la loi promulguée le 2 juillet 1960 sur la création des parcs nationaux français (le Grand Paradis, mitoyen du Parc national de la Vanoise avait été déclaré parc national en Italie dès 1922 et avait fait suite à une réserve royale créée par Victor-Emmanuel II en 1856. Dans ce parc, la chasse aux bouquetins fut interdite depuis un arrêt du 21 septembre 1821, ce qui montre que l'Italie fut très en avance sur nous en matière de protection). On peut rapprocher ce cinquantenaire du centenaire de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques. Mais en 2013, il y eut plus de Français à savoir que le tour de France 2013 était le centième qu'à savoir que la loi sur la protection de notre patrimoine en monuments historiques fut votée il y a 100 ans.

Ce Savoie-Mag publie page 14 un article sur les gypaètes barbus. Il s'agit d'une des quatre grandes espèces de vautours européens. Le gypaète barbu disparut complètement des Alpes françaises vers les années 1930. Il fut réintroduit à partir de 1987. Voici un extrait de l'article de Savoie-Mag :

« Une caméra équipée d'un télé-objectif, placée à distance du nid d'un des couples reproducteurs formés, a récemment confirmé la présence d'un gypaéton à Termignon (en Maurienne, canton de Lanslebourg). Il est désormais possible de suivre en direct des gypaètes. Ponte, couvaison, naissance, élevage, une partie du cycle de reproduction a été suivi en direct. Chez cette espèce nécrophage (qui se nourrit de cadavres), l'aîné accapare toute la nourriture et présente un comportement très agressif envers le plus jeune, qui finit par mourir (c'est le caïnisme) . Le second gypaéton, né quelques jours après son grand frère, a, comme prévu, disparu de l'écran... ».

La lecture de ce texte m'a rappelé une note que j'avais rédigée en 1991 sur Caracalla, un des empereurs-monstres de l'histoire romaine.

Caracalla naquit à Lyon en l'an 188. Fils de l'empereur Septime Sévère et de Julia Domna d'origine syrienne, il avait un frère cadet nommé Geta, né à Rome en 189. De son vivant, Septime Sévère fit donner le titre d'Auguste à ses deux fils afin qu'ils règnent conjointement pour lui succéder. Les deux frères furent ainsi proclamés empereurs après la mort de Sévère le 4 février de l'an 211.

Mais les deux frères se haïssaient au plus haut point. Ils se murèrent chacun dans une partie du palais impérial (à Rome) et ne se déplaçaient qu'accompagnés d'une forte escorte armée. Caracalla, le plus fourbe des deux, proposa à son frère une rencontre sans armes et sans escorte en territoire neutre, c'est-à-dire dans les appartements de leur mère. Le lecteur a déjà compris que Caracalla vint armé et qu'il tua son frère le 26 décembre 211. Julia Domna tenta de protéger son fils Geta, mais le monstre acheva son frère dans les bras de sa mère qui fut éclaboussée du sang de son fils.

Caracalla n'emporta pas ce meurtre au paradis car le 8 avril 217, il fut assassiné par ses gardes en Syrie alors qu'il était descendu de cheval pour faire ses besoins.

Il doit y avoir plus de 50 ans que je n'ai pas lu de texte de Freud, mais du souvenir que j'en ai, c'est dans « Totem et tabou » (ouvrage de 1913) que Freud développe le concept de « meurtre du père ». Dans les sociétés humaines primitives, il y avait un mâle dominant dans chaque groupe comme dans beaucoup de hardes animales. La génération suivante devait « tuer le père » pour avoir eux aussi accès aux femmes etc.

Mais il me semble que tant dans la mythologie que dans la réalité, le « meurtre du frère » (pour s'emparer seul de la succession, du pouvoir …) est plus fréquent que le meurtre du père. Que ce soit le meurtre d'Abel par Caïn dans la bible, celui de Remus par Romulus dans les légendes romaines ou celui d'Osiris par son frère Seth (qui fit découper Osiris en 14 morceaux…. comme 2 fois Seth!) dans la mythologie égyptienne, les exemples abondent. Ils sont encore plus nombreux dans la réalité concrète de l'histoire. Caracalla n'étant qu'un exemple parmi une multitude de ceux qui comme le vautour de Termignon tuent leur(s) frère(s). Ainsi au quinzième siècle, Yvan III en Russie qui fit assassiner ou empoisonner ses 4 frères pour garder seul le pouvoir.

Le summum dans ce domaine semble avoir été la « loi du fratricide » dans l'empire ottoman. Les sultans avec leur harem avaient une nombreuse descendance. En cas de succession le nouveau sultan pouvait avoir de nombreux frères ou demi-frères. Il les faisait exécuter en prenant le pouvoir pour être certain qu'ils ne puissent devenir des rivaux. Il semble que ce système perdura du XVe siècle au XVIIe siècle.

J.D. 17 septembre 2013

Caracalla au musée national de Naples

Caracalla au musée national de Naples

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 15:48

« L'écho » journal du parc naturel régional du Massif des Bauges (à cheval sur Savoie et Haute-Savoie) consacre un article dans son numéro daté de juin 2013 à 2 courses cyclistes qui vont traverser le parc :

*Le samedi 20 juillet 2013, la vingtième (et avant-dernière étape) du tour de France qui part d'Annecy pour arriver au Semnoz (juste au sud d'Annecy, à l'ouest du lac, ce qui fait une étape presque en boucle) en passant par Sévrier, Saint Jorioz, Saint Eustache, La Chapelle Saint Maurice, col de Leschaux, Bellecombe-en-Bauges, La Motte-en-Bauges, Le Châtelard, Aillon-le-Vieux, Aillon-le-Jeune, Col des Prés, Thoiry, Saint Jean d'Arvey, La Féclaz, Le Revard, Trévignin, Le Montcel, Saint Offenge-Dessus, Saint Offenge-Dessous, Viuz-la-Chiésaz et Quintal.

*Le dimanche 7 juillet 2013, sur exactement le même parcours, une course de cyclotouristes amateurs et voici ce qui est écrit dans le journal du parc des Bauges : « 14.000 vélos sont attendus, soit un peloton continu sur 50 km de long environ »

La lecture de ce commentaire m'a rappelé des réflexions que je m'étais faites en contestant le passage des Alpes par Hannibal (voir sur le blog les notes N° 16 à 18http://jean.delisle.over-blog.com/article-hannibal-1-texte-59402856.html). Si 14.000 cyclistes roulant sur des routes goudronnées, assez larges pour que des voitures se croisent, forment un peloton long de 50 km, sur combien de km devait s'étirer l'armée d'Hannibal composée de 37 éléphants, 50.000 fantassins, et 9.000 cavaliers sans compter les mulets de charges... alors qu'il n'y avait pas de route mais seulement des sentiers. Les premières routes à travers les Alpes seront tracées au temps de Pompée et César c'est-à-dire au siècle suivant celui d'Hannibal. Et comment approvisionner une telle armée aux mois d'octobre/novembre de l'an 218 avant notre ère ? Il semble que tous ceux qui ont cherché, dans la foulée de Polybe, à faire franchir les Alpes à Hannibal ne se soient pas poser ces questions matérielles pourtant élémentaires.

Le texte de Polybe est le plus ancien que l'on possède sur Hannibal. D'autres auteurs avaient écrit avant lui (Polybe le dit), mais les textes antérieurs à Polybe ont disparu. Les effectifs de l'armée d'Hannibal signalés ci dessus viennent de Polybe : Histoires livre III- 35.

J.D. 30 juin 2013

buste d'Hannibal sur couverture "Histoire romaine" de Mommsen

buste d'Hannibal sur couverture "Histoire romaine" de Mommsen

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 15:15

Durant des siècles, « Dauphinois » et « Savoyards » vécurent sous la même autorité. La plus ancienne connue est celle des Allobroges (voir sur mon blog la note consacrée aux Allobroges et à l'Allobrogie http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-allobroges-62129941.html). Puis l'Allobrogie fut annexée par les Romains en l'an 121 avant notre ère et leur domination dura près de six siècles.

A la fin des années 430, le général romain Aétius laissa les Burgondes s'installer dans la région. Après la chute de l'Empire romain d'occident en l'an 476, un royaume burgonde s'organisa et s'étendit sur une grande partie du sud-est de la France et sur une grande partie de la Suisse.

Rapidement il y eut des conflits pour le pouvoir à l'intérieur du royaume puis des guerres avec les Francs à partir de la fin du cinquième siècle et le royaume de Burgonde disparut en l'an 534 au profit des Francs.

Dauphinois et Savoyards étaient toujours sous la même autorité. Ils connurent les rois Mérovingiens puis les Carolingiens dont le célèbre Charlemagne couronné roi des Francs en l'an 768, puis roi des Lombards en l'an 774 et enfin empereur d'Occident le 25 décembre de l'an 800 à Rome par le pape Léon III.

Avant sa mort à Aix-la-Chapelle le 28 janvier 814, Charlemagne avait couronné son fils Louis (Louis-le-Pieux) empereur d'Occident le 11 septembre 813 à Aix-la-Chapelle. Ce couronnement fut confirmé à Reims en octobre 816 par le pape Etienne IV.

Ce Louis-le-Pieux mourut près de Mayence le 20 juin 840. A la fin de sa vie il dut faire face à des conflits armés contre ses propres fils. Après sa mort les conflits continuèrent pour le pouvoir. Deux des frères, Louis et Charles se liguèrent contre Lothaire, l'aîné. Ce Lothaire avait été couronné co-empereur à Rome par le pape Pascal 1er le 5 avril 823.

Cela se termina le 11 août de l'an 843 par le traité de Verdun par lequel les trois frères se partagèrent l'empire de Charlemagne leur grand-père.

Charles reçut la partie occidentale de l'empire ou « Francie occidentale ». Il devint roi de France sous le nom de Charles II (surnommé « Charles-le-Chauve »), avec pour capitale Paris. Louis hérita de la « Francie orientale » et devint roi de Germanie sous le nom de Louis II surnommé Louis le Germanique avec pour capitale Mayence. Enfin Lothaire, l'aîné, conserva le titre d'Empereur sur la « Francie médiane » qui allait de la mer du Nord à l'Italie et prit plus tard le nom de « Lotharingie » avec pour capitale Aix-la-Chapelle. La Saône servit de frontière entre la Francie occidentale et la Francie médiane; Savoie et Dauphiné se retrouvèrent, toujours unis, dans la Lotharingie.

Lothaire mourut le 29 septembre 855. Avant sa mort il avait lui-même partagé la Francie Médiane entre ses trois fils eux aussi prénommés Lothaire, Charles et Louis, ce qui ne simplifie pas la compréhension de l'Histoire. Lothaire II hérita de la partie nord de la Francie médiane et du titre d'Empereur. Après la mort de Lothaire II le 8 août 869, ses oncles Louis-le-Germanique et Charles-le-Chauve se partagèrent son territoire, ce qui mit en contact le royaume de France et celui de Germanie, ceux-ci n'étant plus séparés par la « Francie médiane ». Enfin, Charles-le-Chauve parvenait à récupérer le titre d'empereur en se faisant couronner à Rome à Noël de l'an 875 par le pape Jean VIII. Pour la petite histoire savoyarde, ce Charles-le-Chauve mourut en Savoie à Avrieux le 6 octobre 877.

Tout ce petit monde, petits-fils et arrières petits-fils de Charlemagne se fit naturellement la guerre, chacun cherchant à augmenter son pouvoir et son territoire. A l'occasion des luttes, alliances et désordres, un Rodolphe reconstitua un royaume de Bourgogne en 888, tandis qu'un Bosson devenait roi de Provence ou d'Arles en 890. Ces deux royaumes fusionnèrent en 933.

Le « Saint Empire romain germanique » succéda à la Lotharingie lorsque Otton fut couronné empereur à Rome le 2 février de l'an 962 par le pape Jean XII.

En 1030, un archevêque de Vienne (Isère), nommé Burchard, légua ses domaines en les partageant entre un Savoyard nommé Humbert, originaire de Maurienne et surnommé « Humbert aux blanches mains » et un Dauphinois nommé Guigues d'Albon et dont la branche s'était attribuée différents titres dont celui de « Dauphins du Viennois ». Humbert est considéré comme le fondateur de la dynastie « Savoie » et les Guigues comme les premiers dauphins. On peut ainsi considérer que les entités « Savoie » et  « Dauphiné » naquirent en même temps. (voir « Histoire de la Savoie » d'Henri Ménabréa, La Fontaine de Siloé 2005, pages 30/31)

En 1032, l'Empereur romain germanique Conrad II récupéra la Bourgogne (partie à l'est de la Saône) après la mort, sans héritier, du dernier roi de Bourgogne Rodolphe III.

Conrad II donna en 1034 un titre de Comte à « Humbert aux blanches mains ». En même temps la Savoie devint vassale du Saint Empire romain germanique et le resta jusqu'à ce que les ducs de Savoie deviennent rois en 1713. (voir sur mon blog l'histoire de la Maison de Savoiehttp://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html).

Le 13 janvier 1155, au cours d'une cérémonie au château de Rivoli (Piémont), le dauphin Guigues V reconnaissait la suzeraineté de Frédéric Barberousse empereur germanique, tandis que cet empereur confirmait les titres que les Dauphins s'étaient attribués.

Savoie et Dauphiné étaient donc toujours sous la même autorité, mais le Saint Empire romain germanique ne fut pas organisé comme un Etat-nation avec une autorité centralisée, mais comme une confédération d'Etats qui conservaient par ailleurs leur souveraineté. (voir sur mon blog la note intitulée « la fin des quatre empires, partie 1 consacrée à l'Empire allemandhttp://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html) et qui par conséquent pouvaient continuer à se faire « allègrement » la guerre.

Les siècles passent mais la nature humaine évolue peu. Depuis l'aube des temps, sur tous les continents, il y eut des guerres pour le pouvoir, pour les territoires, pour les biens et même pour les femmes (voir « l'enlèvement des Sabines »).

Dauphinois et Savoyards revendiquèrent des mêmes territoires et particulièrement le nord-Isère ou les Alpes du sud. Dans l'Isère par exemple, toute la zone Rives, Voiron, Saint Laurent-du-Pont appartint à la Savoie, quant aux Alpes du sud, il fallait aux Savoyards un passage pour relier Nice et la Savoie. Il y eut donc des guerres, avec une zone qui concentra l'essentiel des combats, celle de Montmélian, Poncharra, Chapareillan. Aujourd'hui, les promeneurs ne se doutent pas que sous leurs pieds des milliers de Dauphinois et de Savoyards s'étripèrent et y laissèrent la vie. Petit résumé :

*C'est le dauphin Guigues IV qui inaugura la première guerre en envahissant en 1133 la Savoie, alors même que le comte de Savoie Amédée III était marié avec la sœur de Guigues IV. Guigues IV fut tué au siège de Montmélian

*En 1153 c'est au tour du dauphin Guigues V d'envahir la Savoie. Il fut vaincu par le comte de Savoie Humbert III

*En 1253, le dauphin Guigues VII épouse Béatrice fille du comte de Savoie Pierre II dit le petit Charlemagne. Elle lui apporte en dot le Faucigny. A cette époque la maison de Savoie avait annexé une partie de la Suisse (l'équivalent de la Suisse francophone d'aujourd'hui sauf Genève). Donner le Faucigny aux Dauphinois c'était introduire le loup au milieu de la bergerie et cela fut bientôt motif de guerres.

*1282, la guerre reprend entre le comte de Savoie Philippe 1er et le dauphin Humbert 1er. Cette guerre qui se poursuivit entre le comte Amédée V et le dauphin Humbert 1er se termina par le traité de Saint Jean de Moirans en 1293.

*7 août 1325 : le comte de Savoie Edouard 1er dit le Libéral fut vaincu par le dauphin Guigues VIII à la bataille de Varey près de Pont d'Ain

*23 juillet 1333 : le dauphin Guigues VIII est tué au siège du château de La Perrière, à Saint Julien de Ratz dans l'Isère (qui à l'époque appartenait à la Savoie)

*En 1334, le comte de Savoie Aymon dit le Pacifique fait un traité de paix (traité de Chapareillan) avec le dauphin Humbert II qui avait succédé à Guigues VIII (un comte de Savoie et un roi d'Italie s'appelèrent aussi Humbert II)

*En 1349, le dauphin Humbert II, sans héritier et criblé de dettes vend le Dauphiné à la France pour 200.000 florins et une rente de 24.000 livres payable chaque année « à Pâques ou à la Trinité ». Le 16 juillet 1349, à Lyon au couvent des Dominicains a lieu une cérémonie appelée « cérémonie de transport du Dauphiné à la France ». Dans les traités qui précédèrent le transfert, il fut prévu que le titre de dauphin reviendrait à l'héritier de la couronne de France. Charles, fils de Jean-le-Bon devient le premier « héritier dauphin ». Il deviendra roi de France sous le nom de Charles V dit Charles-le-Sage de 1364 à 1380. Le plus célèbre « héritier-dauphin » fut Louis II qui devint roi de France sous le nom de Louis XI et qui régna comme roi de France de 1461 à 1483. Pour la petite histoire dauphinoise, le dauphin Guigues VII avait acheté une tour et un hôtel à Grenoble qui servirent de résidence au dauphin Louis II (futur Louis XI) jusqu'en août 1456. C'est sur le même emplacement que sera construit à partir de 1602, l'hôtel de Lesdiguières.

*Pendant que le Dauphiné devenait français, la Savoie restait dans le giron du Saint Empire. Ce fut un motif de plus de guerres, mais avaient-ils besoin de motifs pour s'entre-tuer ? Les guerres prirent seulement une nouvelle dimension. Depuis la fin de l'Empire romain d'occident en l'an 476, l'Italie était restée très morcelée. Elle fut convoitée par plusieurs Etats, principalement l'Autriche, la France, l'Espagne. L'Italie devint un des champs de batailles privilégié de l'Europe. La Savoie se trouvait sur la route d'Italie et vassale du Saint Empire. Certains de ses souverains surent habilement jouer des alliances, mais d'autres non. La Savoie vit défiler les armées françaises de Louis XI, de Charles VIII, de Louis XII, de François 1er, d'Henri II, d'Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, de la Révolution, de Napoléon, et j'en oublie probablement. Pauvres Savoyards et pauvres Savoyardes car de tous temps, le flux et le reflux des armées entrainèrent des réquisitions (il fallait bien nourrir les troupes), mais aussi des pillages, destructions, viols...! La Savoie fut occupée par la France de 1536 à 1559 sous François 1er et Henri II, En 1630/1631 sous Louis XIII, de 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV, de fin septembre 1792 à la chute de Napoléon, avant d'être réunie à la France le 14 juin 1860 à midi. Ainsi, à nouveau Savoie et Dauphiné se retrouvèrent sous la même autorité et cela termina les guerres, car même la réunion du Dauphiné à la France n'avait pas arrêté les conflits :

*En avril 1354 le comte de Savoie Amédée VI dit le comte Verd, fut vainqueur du Dauphin Charles et des Dauphinois à la bataille des Abrets. La guerre de « cent ans » entre la France et l'Angleterre avait commencé en 1337. Le Dauphin Charles et son père le roi de France Jean-le-Bon préférèrent négocier avec les Savoyards par le traité de Paris du 5 janvier 1555. La Savoie s'alliait à la France contre l'Angleterre, récupérait le Faucigny, le Beaufortain et diverses baronnies et Amédée VI épousait Bonne de Bourbon cousine de Jean-le-Bon et nièce de Philippe VI qui fut roi de France de 1328 à 1350.

*En 1430, la noblesse savoyarde fut vaincue à Anthon-sur-le-Rhône par les dauphinois.

*De 1591 à 1600 nouvelle guerre entre Dauphinois et Savoyards. La venue d'Henri IV termina le conflit avec la défaite du duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er. Le traité de Lyon du 17 janvier 1601 fit perdre à la Maison de Savoie la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex.

 

Pour se protéger de l'ennemi, Dauphinois et Savoyards avaient construits de nombreux forts. Le plus célèbre fut celui de Montmélian, assiégé de nombreuses fois, pris sous Henri IV et Louis XIV puis démoli. Le plus cocasse est le fort Barraux que fit construire le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er et dont Lesdiguières (pas encore duc) s'empara par une nuit de clair de lune le 15 mars 1598 avant que le fort ne fut armé et occupé.

J.D. 30 septembre 2012

Fort Barraux, vue d'avion, image du net (landes graphisme)

Fort Barraux, vue d'avion, image du net (landes graphisme)

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 09:04

La croix blanche est celle de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem, appelé aussi « Ordre des Hospitaliers », avant de devenir « l'Ordre de Rhodes », puis « l' Ordre de Malte ».

La croix rouge est celle des Templiers

et la croix noire celle des Chevaliers Teutoniques.

Enfin, en principe, car, au fil des siècles et selon les lieux, notamment la croix rouge semble avoir représenté les 3 ordres à un moment ou à un autre.

 

Les Hospitaliers :

En 1 048, des moines partis d'Amalfi sous la direction du vénérable frère Gérald se rendirent à Jérusalem et y fondèrent un hospice, dédié à Saint Jean Baptiste, pour accueillir les chrétiens qui venaient en pèlerinage au Saint Sépulcre, en terre musulmane puisque les Arabes s'étaient emparés de Jérusalem en l'an 638. Après la prise de Jérusalem par les croisés le 15 juillet 1099 et l'instauration d'un royaume chrétien de Jérusalem, les moines prirent le nom d'Ordre Hospitalier de Saint Jean de Jérusalem.

Cet ordre à vocation uniquement humanitaire à son origine se transforma en ordre militaire vers 1140, tout en conservant sa vocation hospitalière.

Après la reconquête musulmane, la défaite d'Hatin le 4 juillet 1187, la perte de Jérusalem reprise par Saladin le 2 octobre 1187 et celle de Saint Jean d'Acre en 1221, les Hospitaliers installèrent leur siège à Chypre en 1291, puis à Rhodes en 1302 après la perte de Chypre. C'est là qu'ils prirent le nom de Chevaliers de Rhodes... jusqu'à la perte de Rhodes en 1522.

En 1530, Charles Quint, par acte du 24 mars leur donna l'île de Malte, c'est ainsi qu'ils s'appelèrent Chevaliers de Malte. Cette île avait appartenu à Carthage puis aux Romains de -218 à 533, à Byzance de 533 à 869, aux Arabes de 869 à 1091, puis aux Normands en 1091 et enfin au royaume de Sicile à partir de 1127.

Le 18 mai 1565, une flotte turque débarqua 30.000 hommes pour s'emparer de l'île. Le Grand Maître de l'Ordre (Jean Parisot de la Valette) ne disposait que de 800 chevaliers et 1450 soldats. Ils parvinrent néanmoins à résister jusqu'à l'arrivée d'une armée espagnole le 7 septembre. Ils fondèrent La Valette à partir de 1566.

Malte resta un état souverain appartenant à l'ordre jusqu'à la conquête de Bonaparte en octobre 1798, les membres de l'Ordre se réfugièrent alors en Russie. Les Anglais s'emparèrent de l'île en 1800 et l'annexèrent officiellement en 1814. L'île de Malte devint indépendante le 21 septembre 1964, mais avec la reine d'Angleterre comme souveraine, jusqu'à la proclamation de la République le 13 décembre 1974.

L'Ordre de Malte participa de manière importante à la bataille de Saint Jean d'Acre en 1151, à celle d'Ascalon du 16 au 22 août 1153, à la célèbre victoire navale de Lépante le 7 octobre 1571 contre les Ottomans et fut également victorieux des Ottomans à la bataille navale de Damiette (au large de l'Egypte) le 16 août 1732.

Après la dissolution de l'Ordre des Templiers le 22 mars 1312 par le pape Clément V, l'ordre de Malte récupéra les biens des Templiers sauf bien sûr ceux que Philippe IV le Bel avait récupérés. En dehors de leurs possessions à Malte, l'Ordre s'était répandu dans toute l'Europe, mais perdit beaucoup de ses possessions en Allemagne et Europe du nord lors de la réforme protestante ainsi que ses possessions anglaises en 1540.

En 1834, le Pape Grégoire XVI autorisa l'installation de l'Ordre de Malte à Rome au palais de Malte, sur un terrain de 12.000 m2. C'est toujours là que se trouve le siège de l'Ordre. Un certain nombre de gouvernements ont reconnu la souveraineté de l'Ordre de Malte sur ce territoire de 12.000 M2, ce qui permet à l'Ordre d'avoir des représentations dans diverses instances internationales.

Depuis le XIXe siècle, l'ordre est uniquement caritatif et s'est répandu dans de nombreux pays. En 1998, le gouvernement maltais autorisa l'ordre à se réinstaller au fort Saint Ange à La Valette.

A ses débuts les membres religieux de l'ordre portaient une cape noire à croix blanche, jusqu'à ce que la croix blanche sur fond rouge devint leur emblème. La forme de leur croix a reçu le nom de « croix de Malte ». En 1999, l'Ordre de Malte célébra le neuf-centième anniversaire de sa fondation.

Il existe également une branche protestante et une branche orthodoxe de l'Ordre de Malte. Les 3 branches (catholique, protestante et orthodoxe) ont, pour leurs actions caritatives, un comité de coordination situé à Berne.

 

Les Templiers :

Après l'instauration du royaume chrétien de Jérusalem, il fallut défendre le territoire repris aux Musulmans et assurer la sécurité des pèlerins qui venaient en Palestine. L'Ordre religieux et militaire des Templiers fut fondé en 1119 par Hugues de Payns et Godefroy de Saint Omer. Le roi de Jérusalem Beaudoin II leur concéda une partie de son palais à l'emplacement de l'ancien temple de Salomon. Cet ordre qui s'appela d'abord « ordre des pauvres chevaliers du Christ et du temple de Salomon », prit vite le nom de Chevaliers du Temple puis de Templiers. La règle de l'ordre fut approuvée par le concile de Troyes le 13 janvier 1129. Cette règle était un mélange de la règle de Saint Benoit et de Saint Augustin.

Les templiers furent une force militaire d'élite. Ils participèrent à de nombreuses batailles, celles où les chrétiens furent vainqueurs : celle du 16 au 22 août 1153 pour la prise d'Ascalon sous Beaudoin III (mais les templiers qui s'étaient élancés les premiers furent pris, exécutés et leurs corps exposés sur les remparts dont celui de Bernard de Tramolay alors maître de l'ordre), celle de Montgisard le 25 novembre 1177 sous Beaudoin IV, celle d'Arsouf le 7 septembre 1191 sous la conduite de Richard Cœur de Lion, celle de Mansourah sous la conduite de Louis IX (Saint Louis) le 8 février 1250..., mais aussi à des batailles qui furent gagnées par les Musulmans : la reprise d'Ascalon par Saladin le 4 septembre 1187, de Jérusalem le 20 octobre 1187, de Saint Jean d'Acre en 1191 etc.

Saladin avait une haine particulière envers les Templiers, ceux qu'il faisait prisonniers étaient décapités. Des Templiers participèrent également à des opérations militaires en Espagne dans le cadre de la « reconquita ». Pour se financer et financer leurs opérations, les Templiers fondèrent dans plusieurs pays d'Europe (spécialement France, Belgique, Italie, Espagne, Portugal) un réseau de monastères appelés « commanderies ». Les succès militaires des Templiers leur attirèrent la sympathie de toute la chrétienté occidentale et l'Ordre reçut de nombreuses donations. Ils firent fructifier leur domaine qui ne cessait de grandir. Leur fortune leur permit d'assumer un rôle de banque. Ils furent même gardien de certains trésors royaux.

Après la disparition du royaume chrétien de Jérusalem, les Templiers achetèrent l'île de Chypre à Richard Cœur de Lion et y installèrent leur siège. Mais ils avaient été créés pour défendre le royaume chrétien de Jérusalem; dans la mesure où celui avait disparu, la papauté se demanda si il fallait maintenir l'Ordre. Il fut d'abord proposé de le fusionner avec les Hospitaliers, mais les Templiers y étaient opposés. Leur fortune suscita des convoitises et pour corser le tout il y eut conflit entre la papauté et certains souverains, dont le roi de France Philippe IV le Bel, pour savoir qui allait contrôler cette force armée.

L'avide roi de France Philippe IV le Bel qui avait déjà expulsé les Juifs de France en juin 1306 pour récupérer leurs biens, confia à son confident, Guillaume de Nogaret, le soin de monter une opération contre les Templiers. Les 13 et 14 octobre 1307, dans toutes les commanderies de France, les templiers furent arrêtés. Sous la torture certains avouèrent les vices que leurs bourreaux voulurent leur faire avouer. Les Templiers furent accusés de sorcellerie. Un premier contingent de 54 templiers fut envoyé au bûcher le 12 mai 1310. Le Pape Clément V prononça la dissolution de l'Ordre du Temple le 22 mars 1312 lors du concile de Vienne, puis les biens des Templiers furent dévolus aux Hospitaliers par une bulle papale du 2 mai 1312, sauf en France ou Philippe le Bel fit mains basses sur tous leurs biens. Il était parvenu à ses fins et bien ingratement car fin décembre 1306, lors d'une révolte du peuple de Paris, le roi avait trouvé refuge auprès des Templiers !

Le grand maître de l'ordre du Temple Jacques de Molay et l'un de ses compagnons Geoffroy de Charnay furent conduits au bûcher le 18 mars 1314 à Paris dans « l'île aux Juifs », île située à l'ouest de l'île de la Cité et depuis rattachée à l'île de la Cité.

Mais, si les Templiers ont disparu, leur légende subsiste et alimente tous les fantasmes, entre leur nom lié au temple de Jérusalem, leur richesse et leur fin tragique, il y a de quoi. Ainsi depuis 8 siècles il y a toujours des gens pour rechercher le « trésor des Templiers ». Selon la légende, sur le bûcher le 18 mars 1314, Jacques de Molay aurait lancé une malédiction contre ses bourreaux. La mort le 20 avril 1314 du Pape Clément V qui avait abandonné l'ordre, celle le 27 avril 1314 de Guillaume de Nogaret qui avait organisé l'arrestation des Templiers en 1307, puis celle de Philippe le Bel le 29 novembre 1314 alimenta le fantasme, mais cette « malédiction » est probablement du même type que la prétendue « malédiction des Pharaons » en 1922 après la découverte de la tombe de Toutankhamon par Howard et Carter.

Dans les batailles, le drapeau des Templiers comportait une bande noire dans sa partie inférieure et une bande blanche avec une croix rouge (en forme de croix de Malte) dans sa partie supérieure.

 

Les Chevaliers Teutoniques :

En 1128, des pèlerins germaniques fondèrent à Jérusalem un hôpital pour l'accueil des pèlerins germaniques. Cet hôpital fut dédié à Sainte-Marie-des-Teutoniques. Il se transforma en ordre religieux reconnu par le Pape Clément III en 1191 et suivant la même pente (dans le même contexte) que les ordres précédents il se transforma en ordre militaire en 1198. Dès 1191, leur siège fut à Saint Jean d'Acre. Il fut transféré à Venise après la perte de Saint Jean d'Acre en 1291. Ils prirent part aux combats en Palestine mais furent aussi appelés pour christianiser les peuples de l'est (pays baltes etc). Leurs principales implantions furent en Suisse, en Allemagne, en Pologne et dans les Pays Baltes. Ils régnèrent sur un état dont ils furent souverains et peuvent à ce titre être considérés comme les fondateurs de la Prusse, région dans laquelle ils fondèrent plusieurs villes. Leur capitale fut alors transférée à Marienbourg.

A partir de 1525, les Teutoniques se divisèrent entre une branche devenue protestante et une branche restée catholique et qui s'installa en Autriche.
Le 24 août 1809, Napoléon prononça le dissolution de l'ordre des Teutoniques.

Ils se reconstituèrent comme mouvement caritatif à partir de 1929 avec un siège à Vienne, transféré à Rome depuis 1957.

 

Ainsi dans l'histoire de la chrétienté il y eut trois ordre religieux à vocation militaire.

Qu'en aurait pensé l'auteur du célèbre : « Tu ne tueras point » ?

Il faut néanmoins reconnaître que sans Charles Martel, sans Jean Sobiesky, sans le prince Eugène de Savoie, sans beaucoup d'autres, il y a longtemps que la charia s'appliquerait à toute l'Europe.... mais ce n'est peut-être que partie remise car actuellement les musulmans envahissent l'Europe, l'occupent et y imposent leurs mœurs, sans même avoir besoin d'armée !

 

 

 

...et deux autres Croix

 

La Croix de Savoie

Le drapeau de la Savoie est constitué d'une croix blanche sur fond rouge comme le symbole des Hospitaliers, à la forme de la croix près.

Voici à ce sujet ce qu'écrit Samuel Guichenon dans « Histoire généalogique de la royale maison de Savoye » chez Guillaume Barbier à Lyon en 1660 ou dans une réédition de 1976 aux éditions Horvath à Roanne.

« L'Ancienne chronique de Savoye Manuscripte Françoise & Latine, Champier, Carra, Curtil, Simler & Herminges, ont escrit que le premier des Comtes de Savoye qui prit la croix en ses armes fut Amé III sur ce qu'ayant fait voyage en Palestine, fait lever le Siège d'Acre & secouru les chevaliers de l'ordre de S. Jean de Jerusalem. Il fut prié par eux en memoire d'une action si remarquable, de prendre les Armes de Rhodes, qui ait de gueules à la croix d'argent »....

« Pour moy, s'il m'estoit permis de porter mon jugement ou plustost ma coniecture sur une chose si obscure & si ancienne, ie me persuaderois volontiers qu'Amé III comte de Savoye, qui fit le voyage de la Palestine, en une fameuse croysade l'an 1147, ayt voulu garder la Croix pour ses armes, tant pour la veneration qu'il avoit a cet illustre caractère de nostre Redemption que pour marque de cette expedition militaire »

Les Comtes de Savoie participèrent largement aux Croisades. Non seulement Amédée III, cité par Guichenon, qui fit lever le siège de Saint Jean d'Acre à l'occasion de la deuxième croisade, mais aussi Amédée V qui sauva Rhodes assiégé en l'an 1315 et enfin surtout le comte Verd (Amédée VI) qui vainquit les Turcs à la bataille de Gallipoli et parvient en 1366 à faire libérer son cousin Jean V Paléologue Empereur byzantin qui avait été fait prisonnier par les Bulgares.

Le sceau le plus ancien avec la croix de Savoie est apposé sur une charte de 1143 conservée à l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune (Valais Suisse).

Il n'y a ainsi rien de surprenant que les souverains de Savoie aient repris depuis le douzième siècle, le blason des Hospitaliers pour leurs propres armes. Lorsque l'ancien duché de Savoie a été réuni à la France en 1860 et divisé en 2 départements, ils ont l'un et l'autre conservé l'ancien blason des Hospitaliers, devenu celui de la Maison de Savoie, comme drapeau, ce qui est un beau symbole d'unité.

En outre, la croix de Savoie resta dans les symboles de la royauté italienne jusqu'à la proclamation de la République italienne en 1946.

 

Et la Croix suisse

C'est seulement par un décret de la Diète du 21 juillet 1840 que les Suisses ont adopté un drapeau national : croix blanche sur fond rouge, mais les Suisses vous le jugeront, cela n'a rien à voir avec le drapeau de la Maison de Savoie qui n'a jamais que sept siècles d'antériorité. Les habitants des 24 anciennes communes du Duché de Savoie qui furent rattachées à la Suisse après la chute de Napoléon, ne furent en tous cas pas dépaysés en ce concerne le drapeau.

J.D. 20 août 2011, complémnt le 19 septembre 2014

 

 

 

 

 

 

les croix rouge, noire, blanche

les croix rouge, noire, blanche

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 09:28

Le 14 juin 1860, à midi, le duché de Savoie et l'ancien comté de Nice étaient officiellement réunis à la France. L'acte de remise fut signé à Chambéry au château des ducs de Savoie.

C'était l'aboutissement de l'HISTOIRE d'une DYNASTIE et d'un TERRITOIRE. Histoire commencée en Maurienne au début du XIe siècle et terminée à Rome au XXe siècle.

 

LA DYNASTIE

L'histoire commence en 1034, lorsqu'Humbert 1er dit Humbert aux Blanches Mains, seigneur de Maurienne, reçoit un titre de Comte de Conrad II le Salique empereur du Saint Empire Romain Germanique. 19 comtes de Savoie se succèdent, le dix-neuvième comte reçoit le titre de duc le 19 février 1416 de Sigismond autre empereur du Saint Empire Romain Germanique. Le quinzième duc devient d'abord roi de Sicile en décembre 1713 (suite au traité d'Utrecht qui mettait fin à la guerre de succession d'Espagne), puis roi de Sardaigne en août 1720 après avoir échangé la Sicile contre la Sardaigne. Enfin, le huitième roi de Sardaigne devient roi d'Italie le 17 mars 1861. En tout la dynastie de la Maison de Savoie aura compté :

19 comtes, 15 ducs, 8 rois de Sardaigne et 4 rois d'Italie, la dynastie prenant fin avec la proclamation de la République italienne en juin 1946

En éliminant les doubles comptes (un comte qui devient duc, un duc devenant roi de Sardaigne et un roi de Sardaigne roi d'Italie), la dynastie « Maison de Savoie » aura compté 43 souverains sur 912 années.

Durant ces 9 siècles de règne, la dynastie utilisa tous les moyens possibles (alliances, traités, achats, guerres, mariages...) pour accroître son influence et agrandir ses territoires. Les alliances par mariages furent très nombreuses avec toutes les cours d'Europe, mais particulièrement avec la France. C'est ainsi que 8 rois de France eurent une épouse issue de la Maison de Savoie tandis que 10 rois de France eurent une mère ou une grand-mère venant de la Maison de Savoie. Durant le même temps, 7 souverains de Savoie eurent une épouse issue de la Cour de France.

De nombreux souverains de Savoie eurent une grande influence sur les événements de leur temps. Dans cette dynastie il y eut aussi des personnages qui furent célèbres sans être pour autant souverains de Savoie, comme le comte Thomas II, Béatrice de Savoie, Louise de Savoie, le Prince Eugène, la Princesse de Lamballe etc Un certain nombre des membres de la famille de Savoie ont un tombeau ou un cénotaphe à l'abbaye d'Hautecombe, tandis que beaucoup d'autres reposent à la basilique de Superga qui domine Turin. Victor-Emmanuel II qui réalisa l'unité italienne et le roi d'Italie Humbert 1er sont, eux, au Panthéon à Rome.

 

LES TERRITOIRES

Humbert aux Blanches Mains possédait un château-fort en Maurienne au dessus d'Aiguebelle. Ce fut la première résidence de la Maison de Savoie avant Le Bourget du Lac (au château-prieuré du Bourget, sous Amédée 1er vers 1050), puis Chambéry après l'acquisition du bourg de Chambéry par le comte Thomas 1er le 15 mars 1232, Turin à compter de 1562, Florence en 1866, et enfin Rome en 1871.

Parti de Maurienne, puis d'acquisitions autour de la région Aix-Chambéry, le territoire s'étendit rapidement au nord vers la Bresse/Le Bugey, à l'est en englobant le Genevois (mais pas la ville de Genève elle-même), à l'ouest un territoire allant presque jusqu'à Lyon et au sud jusqu'à Nice. En même temps, un mariage du comte Othon 1er avec Adélaïde de Suse en 1045, permettait à la dynastie de prendre pied en Piémont. Au fil des siècles, le territoire de la maison de Savoie se réduisit de ce côté-ci des Alpes tandis qu'il augmentait du côté italien, cette situation et le transfert de la capitale de Chambéry à Turin en 1562 portaient en germes la réunion de la Savoie et de Nice à la France et ce d'autant qu'un édit de François 1er du 6 janvier 1539 avait imposé l'usage du français en Savoie.

 

 

L'HISTOIRE

Après la chute de Rome en l'an 476, il n'y eut plus d'unité en Italie et ce malgré la splendeur de la République de Venise, de celle de Gênes ou de Pise, de la Toscane des Médicis, du royaume de Naples etc. Au fil des siècles, l'Italie fut divisée en de nombreux états différents, avec des souverains, des législations, des drapeaux, des monnaies et mêmes des langues différentes. De l'Italie, durant quatorze siècles il ne resta que le nom, hérité des « Italiotes », peuple antique qui occupait l'Italie centrale et était divisé en plusieurs rameaux : les Latins, les Samnites et les Marses (voir Theodor Mommsen, histoire romaine livre 1er). Mais jusqu'au 1er siècle avant notre ère, le terme d'Italie ne s'appliquait pas à l'actuelle Italie du nord qui s'appelait « Gaule cisalpine » par opposition à la Gaule transalpine (l'actuelle France étendue au nord jusqu'au Rhin). Le célèbre Rubicon (rivière qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini) constituait alors la frontière entre la Gaule cisalpine et l'Italie proprement dite

Pendant le même temps, des Etats-Nations se constituaient lentement mais sûrement dans le reste de l'Europe : l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la France, le St Empire Romain Germanique, la Russie etc. L'Italie fut considérée comme un bien vacant et sans maîtres et fut la cause de nombreuses guerres entre des candidats conquérants, principalement l'Autriche, la France et l'Espagne.
La Savoie qui se trouvait sur le passage menant à l'Italie et qui en outre était vassale du Saint Empire Romain Germanique jusqu'en 1713, fut de ces faits, souvent envahie. Elle fut même occupée de 1536 à 1559 par la France de François 1er et d'Henri II, ainsi que par les Espagnols de 1743 à 1749 et carrément annexée suite à l'invasion des troupes révolutionnaires françaises en septembre 1792 et ce jusqu'à ce que le congrès de Vienne rende les territoires conquis à la Maison de Savoie, suite à la chute de Napoléon 1er (Waterloo : 18 juin 1815).

Ce congrès de Vienne laissa l'Italie divisée en 10 états, alors que Napoléon 1er avait réalisé une certaine unité de l'Italie durant quelques années. Dans l'Italie issue du Congrès de Vienne, la partie la plus riche et la plus peuplée (le royaume Lombard-Vénitien) avait été annexée directement par l'Autriche qui avait également placé ses pions dans la plupart des autres états. Mais la relative unité de la période napoléonienne, la diffusion des idées des philosophes et de la révolution française sur le droit des peuples et les révolutions et soulèvements de 1848 (en France, en Autriche, à Berlin etc) encouragèrent des soulèvements pour l'unité italienne qui partirent de Venise et de Milan. En outre, Charles-Albert roi de Sardaigne (qui avait sa capitale à Turin) avait accordé le 4 mars 1848 un « Statut Fondamental », c'est-à-dire une constitution qui transformait la royauté au pouvoir absolu en monarchie parlementaire. C'était le premier état de l'Italie à accorder ces droits. Beaucoup de patriotes italiens placèrent alors leurs espoirs dans le royaume de Sardaigne pour faire l'unité de l'Italie. A la suite du soulèvement des Vénitiens et Milanais, Charles-Albert se lança dans une guerre contre l'Autriche mais vaincu à Novarre le 23 mars 1849, il dut abdiquer en faveur de son fils (ou supposé tel) qui devint roi sous le nom de Victor Emmanuel II. Le 4 novembre 1852, Victor-Emmanuel II appelait Cavour à la présidence du royaume de Sardaigne et ils firent alliance avec la France de Napoléon III pour vaincre l'Autriche. Par un traité dit « traité de Turin » daté du 24 mars 1860, le royaume de Sardaigne cédait le duché de Savoie et l'arrondissement de Nice à la France. Une consultation des populations eut lieu les 15 et 16 avril 1860 à Nice et les 22/23 avril en Savoie qui donnèrent une écrasante majorité pour la réunion à la France. Il faut dire que les fonctionnaires et militaires piémontais étaient rentrés en Piémont et que ce sont les fonctionnaires français qui organisèrent la consultation. Dans les bureaux de vote les électeurs n'eurent à leur disposition que des bulletins de vote « oui »; en outre, à Turin, Cavour avait fait voter des lois anticléricales, et tant en Savoie qu'à Nice, le clergé vit d'un bon œil la réunion à la France très chrétienne de Napoléon III. Et c'est ainsi que la Savoie devint française, tandis que l'autre côté des Alpes se réalisait l'unité de l'Italie.

 

Ce texte a été publié dans le bulletin municipal de Saint Jean d'Arvey Savoie de décembre 2010

 

  P.V. de remise

façade du bâtiment de la Grenette où se déroula le vote d'avril 1860 à Chambéry pour la réunion à la France, photo J.D. 15 avril 2015

façade du bâtiment de la Grenette où se déroula le vote d'avril 1860 à Chambéry pour la réunion à la France, photo J.D. 15 avril 2015

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 11:22

 

Réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France en 1860 (1)

 

Voici l'en-tête du traité du 24 mars 1860entre l'empereur Napoléon III et le roi Victor Emmanuel II. Comme vous pouvez le constater, ce traité concerne la réunion, et non l'annexion, le rattachement ou la cession de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Chacun sait que ce qui est appelé « Savoie » avant 1860 représente la Savoie et la Haute-Savoie d'aujourd'hui. Dans les documents de l'époque la Savoie est d'ailleurs encore souvent appelée « le Duché de Savoie », même si les ducs de Savoie sont devenus rois dès 1713. Nice et sa région avaient été annexés à la maison de Savoie, par Amédée VII dit le comte Rouge, en 1388, avait reçu le titre de comté de Nice en 1526. Monaco était devenue indépendante en 1489. Le titre de comté a officiellement disparu en 1860, mais n'était plus utilisé à Turin, de fait, depuis le début du XIXe siècle. Nous allons donc parler de la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France.

Plan de l'exposé

I)les causes des événements

II)les événements eux-mêmes

III)leurs conséquences

et si il reste du temps : causes lointaines et pour terminer hommage particulier à Garibaldi

 

I)Les causes

Tout le monde connait les célèbres panneaux de la SNCF : « attention danger, un train peut en cacher un autre ». Cet avis me paraît particulièrement convenir aux événements qui ont amené la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France.

Voici une carte d'Italie au début des années 1850. Elle nous montre :

1- que la Savoie et Nice appartenaient au royaume de Sardaigne. Ce royaume avait sa capitale à Turin et était en fait plus le royaume du Piémont, mais son nom officiel était royaume de Sardaigne.

2- que l'Italie était divisée en 10 états distincts, avec chacun son souverain, sa législation, sa monnaie et même sa langue puisqu'à l'époque en Italie on parlait le vénitien, le lombard, le toscan, le sarde, le sicilien, le calabrais etc. l'Italie étant plus réduite que la France en superficie, à la même échelle, imaginez la France divisée entre 15 états!

Voici la liste de ces 10 états : le royaume de Sardaigne, le royaume lombard-vénitien, le royaume de Naples et de Sicile, les états de l'Eglise, le duché de Parme, le duché de Modène, le grand duché de Toscane, le duché de Massa, le duché de Lucques et Saint Marin.

3- que l'Eglise, le Vatican possédait encore un important territoire qui était administré par un cardinal-légat représentant le Pape et qui se comportait comme un souverain vis-à-vis de ce territoire.

4- enfin que la partie la plus peuplée et la plus riche d'Italie, la Lombardie et la Vénétie qui constituaient le royaume lombard-vénitien, avaient été annexées par l'Autriche, la première fois en 1714. Cette région représentait le tiers de la population italienne.
Cette situation résultait des décisions du congrès réuni à Vienne à partir de novembre 1814, en rappelant que la première abdication de Napoléon 1er est du 6 avril 1814 et la bataille de Waterloo du 18 juin 1815. Avec ce congrès, les vainqueurs (principalement l'Autriche, la Russie, la Prusse et bien sûr l'Angleterre) voulaient :

*se répartir les dépouilles de l'empire napoléonien,

*ramener autant que faire se peut l'Europe à l'état où elle était avant la révolution française

*arrêter la diffusion en Europe des idées de la révolution et des philosophes.

L'acte final du congrès de Vienne prévoyait qu'aucune modification territoriale ne pouvait plus intervenir en Europe sans l'accord des puissances signataires au congrès de Vienne. Une autre clause stipulait qu'aucun membre de la famille Bonaparte ne pouvait plus remettre les pieds sur le territoire français. (C'est Louis Philippe qui autorisa le retour des Bonaparte en France le 27 septembre 1847). Voici une caricature de l'époque représentant les souverains se partageant l'empire de Napoléon, et une carte de l'Europe après le congrès de Vienne . Cette carte montre que l'Autriche s'était taillée la part du lion. Elle avait été représentée au Congrès de vienne par Metternich, excellent diplomate qui a dû dépasser tous les autres de plusieurs coudées. Non seulement l'Autriche s'était agrandie mais avait placé ses pions en Italie comme Marie-Louise, ex- épouse de Napoléon, fille de l'empereur d'Autriche et qui avait hérité du duché de Parme. A titre de parenthèses, Parme est vraiment une très belle ville qui mérite un détour et qui possède un musée « Maria-Louisa » avec de nombreux souvenirs non seulement de Marie-Louise mais aussi de Napoléon et du roi de Rome.

Cela consacra pour près d'un demi siècle l'existence d'une Europe des têtes couronnées et d'une Europe chrétienne, et figée aux décisions du congrès de Vienne. Cette situation reçue le nom de « Concert européen ». Cela s'était fait au détriment des peuples, des nationalités, de la démocratie et de la France.

Depuis la chute de Rome en 476, il n'y avait plus d'unité italienne. Il y avait eu des splendeurs en Italie : la République de Venise, celle de Gênes, la Toscane des Médicis, le royaume de Naples etc, mais pas d'unité. Il avait existé un empire germanique appelé « Saint Empire Romain Germanique » fondé le 2 février 962 et qui prit fin en août 1806 par la volonté de Napoléon 1er. Ces empereurs germaniques s'auto-proclamaient aussi « rois d'Italie ». Mais cela n'avait aucune réalité pratique. Voici par exemple une carte montrant le morcellement de l'Italie du XIe au XIIIe siècles

Par contre Bonaparte/Napoléon 1er avait réorganisé complètement l'Italie en la divisant en 3 parties principales :

*une partie importante allant jusqu'au sud de Rome directement annexée par la France, avec cependant une enclave : le duché de Lucques (Lucca) donné à Elisa une des soeurs de Napoléon.

*le royaume de Naples confié à Murat marié à Caroline Bonaparte, une des soeurs de Napoléon (il avait le sens de la famille!)

*et enfin, il avait créé une république cisalpine le 27 juin 1797, qui s'était transformée en république italienne le 26 janvier 1802 puis en royaume d'Italie le 17 mars 1805, dont voici la carte. Napoléon s'était fait couronner roi d'Italie le 28 mai 1805 (après avoir été sacré empereur des français le 2 décembre 1804). Il prit son beau-fils Eugène de Beauharnais comme vice-roi d'Italie.

Pour la petite histoire, Napoléon fut sacré roi d'Italie avec la couronne de fer des rois lombards. Voici cette couronne. Comme vous pouvez le voir elle n'a rien d'une couronne en fer. Cette appellation lui vient d'une mauvaise traduction en français. Elle aurait du être appelée « couronne du fer ». Au quatrième siècle, Hélène, la mère de l'empereur Constantin prétendit avoir retrouvé la croix du Christ et au siècle suivant, l'empereur byzantin Théodoric fit don d'un clou de la crucifixion à un roi lombard, et ce clou fut intégré dans la couronne. Cette couronne servit pour le couronnement de 9 rois lombards du cinquième au huitième siècle, dont pour le couronnement de Charlemagne comme roi des Lombards le 5 juin 774 (après avoir été couronné roi des Francs en 768 et avant de devenir empereur d'Occident à Rome que le 25 décembre 800), et pour le couronnement de 9 empereurs du St Empire Romain Germanique dont Charles Quint le 24 février 1530 à Bologne . Cette couronne fut donc sur la tête de Charlemagne, de Charles Quint et pour rester dans les Charles, sur la tête du fils de Charles Bonaparte. Cette couronne est conservée dans le trésor de la cathédrale de Monza à une quinzaine de kms au nord de Milan.

L'existence de ce royaume d'Italie donna des idées d'unification à de nombreux italiens et entraina la formation de mouvements la plupart occultes comme les Carbonari ou comme le mouvement « jeune Italie » fondé par le patriote Mazzini. Plusieurs révoltes populaires pour renverser les têtes couronnées en place furent vite matées. Pour la petite histoire, en 1831, un certain Charles Louis Napoléon Bonaparte (futur Napoléon III), âgé de 23 ans et qui avait adhéré aux carbonari, prend part à un soulèvement en Romagne (région autour de Ravenne). Son frère aîné est décédé en Romagne durant ces événements. Devant l'échec de plusieurs mouvements, les patriotes italiens arrivèrent à la conclusion que l'unité italienne ne pouvait se réaliser qu'à partir d'un royaume existant et placèrent leurs espoirs dans le royaume de Sardaigne, bien qu'un certain nombre comme Garibaldi ou Mazzini auraient préféré un régime républicain. Le 4 mars 1848; le roi Charles-Albert avait publié le « Statut fondamental » qui transformait la royauté de type absolu en royauté parlementaire. Le royaume du Piémont fut à l'époque en avance sur les autres royaumes d'Italie ce qui explique aussi le ralliement des progressistes. Parmi les patriotes célèbres figura le compositeur Guiseppe Verdi. Comme le montre cet ancien dessin,les Italiens utilisèrent le nom de Verdi pour écrire partout sur les murs Viva Verdi, ce qui signifiait pour eux : Viva Vittorio Emmanuelle Re D'Italia.

La révolution de février 1848 en France qui mit fin à la royauté et la démission de Metternich à Vienne suite à des révoltes populaires en Autriche, encouragea des soulèvements en Italie :

Le 17 mars 1848, les habitants de Venise chassèrent les soldats autrichiens et proclamèrent le 22 mars la « République de Saint Marc ». La ville fut reprise par les Autrichiens le 24 août 1849.

Le 18 mars 1848, les habitants de Milan se révoltèrent contre l'occupation et parvinrent à chasser les soldats autrichiens de la ville le 22 mars.

A Turin c'était Charles-Albert qui était roi de Sardaigne. Voici un beau portrait de Charles-Albert. Lorsqu'il eut connaissance des révoltes contre l'Autriche, il pénétra en Lombardie avec son armée qui fut accueillie triomphalement à Milan le 25 mars 1848. Voici un tableau de l'époque montrant l'entrée triomphale de l'armée piémontaise en Lombardie.

Mais les Autrichiens ne l'entendaient pas de cette oreille et mobilisèrent d'importantes troupes. Il y eut 2 batailles en 1848, dont la bataille de Custozza (près de Verone) le 25 juillet 1848 qui fut un désastre pour l'armée de Charles-Albert. L'armée autrichienne était commandée par le vieux Maréchal Radetzky qui avait combattu Napoléon 1er et qui avait alors 82 ans. C'est pour ce maréchal autrichien que Johann Strauss père composa la fameuse « marche de Radetzky », et qu'en 1932 Joseph Roth écrivit son roman « la marche de Radetzky » qui devint un téléfilm.

Il y eut une trêve puis les combats reprirent en 1849 avec une bataille le 23 mars 1849 à Novare (à une cinquantaine de kms à l'ouest de Milan). 40.000 piémontais affrontèrent 60.000 autrichiens qui disposaient en outre de 120 canons. Les pauvres Pîémontais furent démontés, complètement. Le lendemain le roi Charles-Albert abdiquait en faveur de son fils qui devint roi de Sardaigne sous le nom de Victor Emmanuel II.


Le nouveau roi dût commencer par négocier avec les Autrichiens qui imposèrent la loi du vainqueur. Il dût aussi faire face à un soulèvement de la population de la Ligurie (région autour de Gênes). La république de Gênes avait été proclamée en 1099 et avait pris fin avec l'invasion des troupes françaises en 1797. Le congrès de Vienne attribua la Ligurie au royaume de Sardaigne contre l'avis des populations. Les habitants pensèrent profiter de la défaite des Piémontais pour retrouver leur indépendance et se soulevèrent contre le royaume de Sardaigne. V.E. II qualifia les Gênois «  de vile et infecte race de canailles » ! Avec la bénédiction des Autrichiens, Victor Emmanuel II envoya des troupes, de l'artillerie et organisa contre les rebelles de Gênes la même répression que les Autrichiens organisèrent contre les rebelles de Venise ou de Milan. Comme quoi dans notre petite espèce humaine il est difficile de faire le tri entre « le bon, la brute et le truand ».

Le 4 novembre 1852, Victor-Emmanuel II appelait Camillo Benzo comte de Cavour à la présidence du conseil du royaume de Sardaigne. Ce Cavour était un patriote italien convaincu, un royaliste, mais aussi un anti-clérical. Voici une représentation de Victor Emmanuel II et de Cavour, et une autre représentation de Victor Emmanuel II.

V.E. II comme Cavour se rendirent compte que l'armée piémontaise seule ne parviendrait jamais à vaincre l'empire d'Autriche. Ils se cherchèrent un allié. Pour des raisons autant géographiques que politiques, un seul allié était possible : la France. La cour de Turin commença par envoyer dans les bras de Napoléon III une très belle comtesse italienne : Virginia di Castiglione. Voici une représentation de Napoléon III et voici le portrait de la Comtessede Castiglione. Cavour profita d'un congrès tenu à Paris début 1856 (pour régler la fin de la guerre de Crimée), pour amener la Castiglione à Paris où elle arriva le 5 janvier 1856. Le personnel diplomatique de Turin en poste à Paris se chargea de la mettre en rapport avec Napoléon III et une « collaboration horizontale » de la comtesse avec l'empereur prépara une collaboration diplomatique et militaire de la France avec le royaume de Sardaigne.

Début 1858, il y eut à Paris un attentat contre Napoléon et Eugénie un soir qu'ils se rendaient à l'opéra. Les conjurés furent arrêtés, leur chef était un Italien nommé Orsini. La cour, Napoléon en tête, en profitèrent pour accuser le royaume de Sardaigne d'avoir armé les assassins. Pour toutes les cours européennes, le torchon brûlait entre Napoléon et Victor-Emmanuel. Mais pendant le même temps, Napoléon III envoyait un homme de confiance à Turin, son propre médecin, un nommé Louis Conneau (cela ne s'invente pas!). Ce Conneau rencontrait Cavour et lui faisait connaître les dates de séjour de l'Empereur à Plombières. Cavour vint rencontrer secrètement Napoléon III à Plombières-les-Bains (dans les Vosges, à une vingtaine de kms au sud d'Epinal) les 20 et 21 juillet 1858. Il en résultat un accord sur une aide de la France pour chasser les Autrichiens de l'Italie contre la réunion de la Savoie et de Nice à la France. L'idée n'était pas nouvelle . Elle avait germé la première fois sous Henri IV mais son assassinat par Ravaillac en 1610, avait mis fin au projet. Puis en 1735, un ministre de Louis XV (Germain Louis Chauvelin) avait lui aussi envisagé un tel accord.

Cette rencontre secrète fut suivie d'un traité d'alliance en bonne due forme en date du 10 décembre 1858. La rencontre de Plombières ne fut révélée au public qu'en 1883, c'est-à-dire bien après la mort de Napoléon III (1873) et de Cavour (1861). Quant au contenu de cette rencontre, il ne fut révélé qu'en 1928, lors du dépouillement des archives personnelles de Cavour. Le traité d'alliance de décembre 1858 fut donc une surprise pour toutes las capitales européennes.

Napoléon III soutenait le « concert européen » en ce qui concerne la défense des têtes couronnées et le caractère chrétien de l'Europe. Par contre, toute sa politique de 1848 à 1870 eut pour objectif de remettre en cause l'aspect territorial du congrès de Vienne. Cela explique probablement son engagement aux côtés du royaume de Sardaigne. Son ancienne appartenance aux carbonari pesa peut-être aussi dans la décision.

La cour à Turin multiplia alors les provocations contre l'Autriche qui déclara la guerre au royaume de Sardaigne le 29 avril 1859. La France de son côté déclara la guerre à l'Autriche le 3 mai 1859. L'Autriche envoya d'importantes troupes avec consignes de conquérir tout le Piémont avant l'arrivée des troupes françaises. Mais la résistance pièmontaise d'une part et l'arrivée rapide des troupes françaises par un débarquement à Gênes et par le col du Mont Cenis empêchèrent la conquête du Piémont par les Autrichiens. Les troupes avaient pu prendre le train jusqu'à St Jean de Maurienne, franchir le Mont Cenis à pied et reprendre le train de l'autre côté à Suse. Ce fut probablement une des premières utilisations du chemin de fer à des fins militaires. Napoléon III et Mac Mahon étaient arrivés par Gênes le 14 mai. Voici un dessin montrant l'entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859, ainsi qu'une carte des opérations militaires.

Pendant plus d'un mois, il y eut de nombreuses bataillesdont voici les principales :

le 20 mai 1859 à Montebello,

le 26 mai à Varèse

le 27 mai à San Fermo,

les 30 et 31 mai à Palestro,

le 3 juin à Turbigo

le 4 juin à Magenta

le 8 juin à Marignan

le 15 juin à Treponti

le 24 juin à Solferino et San Martino ( ce fut un même front juste au sud du lac de Garde)

Ces combats mirent aux prises 350.000 soldats, plus 30.000 cavaliers et 1200 canons.

Les batailles commencèrent en Piémont mais eurent lieu pour l'essentiel en Lombardie. Elles se déplacèrent vers l'est au fur et à mesure que les Autrichiens reculaient. Ce fut un vrai carnage, rien qu'à la bataille de Solférino, il y eut 17.000 tués côté français et 22.000 côté autrichien, sans compter 36.000 blessés. A la bataille de Magenta, les Autrichiens eurent 10.000 tués etc. C'est à la suite de la bataille de Solférino que le Suisse Henri Dunant créa la Croix Rouge pour secourir les blessés sur les champs de bataille. Voici plusieurs tableaux de l'époque montrant les batailles de Palestro, San Martino, Magenta et Napoléon visitant les blessés à Solférino. Voici également une plaquette de timbres éditée par la poste française en novembre 2009, au profit de la croix-rouge et sur laquelle la bataille de Solférino figure en illustration. Pour la petite histoire, les troupes piémontaises à San Martino étaient commandées par le général Mollard d'Albens en Savoie

Napoléon III et V.E. II étaient entrés triomphalement à Milan le 8 juin.

Le 11 juillet, sans consulter ses alliés, Napoléon III rencontrait l'empereur autrichien François Joseph à Villafranca (près de Verone) et signait avec lui un armistice. Les Italiens qui voulaient continuer contre les Autrichiens étaient furieux. Les Piémontais, là, ne furent pas démontés, mais complètement … remontés contre Napoléon III. Dès le lendemain de l'entrevue de Villafranca, Cavour démissionnait avec fracas. Napoléon III qui n'avait pas tenu sa promesse de libérer toute l'Italie du Nord renonçait à la Savoie et à Nice.

Le 10 novembre 1859 un traité était signé à Zurich entre la France et l'Autriche, qui permettait au royaume de Sardaigne de récupérer la Lombardie.

Plus fort avec la Lombardie, le royaume de Sardaigne poursuivait la conquête de l'Italiequi fut terminée en une dizaine d'années comme le montre cette carte. Rome fut le dernier territoire annexé au nouveau royaume car Napoléon III défendait les Etats du Pape et des troupes françaises protégèrent Rome jusqu'à la chute de Napoléon III. La conquête fut facilitée par le soulèvement des populations qui chassèrent le Grand-Duc de Toscane, l 'Archiduchesse de Parme, le Duc de Modène et le Cardinal-Légat de Bologne, ainsi que par l'expédition dans le sud de l'Italie de Garibaldi et de ses chemises rouges.

Mais dès le 18 février 1861, un parlement italien était réuni à Turin et le 17 mars de la même année, V.E. II était proclamé roi d'Italie « par la grâce de Dieu et la volonté de la nation ». Cavour que l'on peut considérer comme le principal artisan de l'unité italienne, n'eut guère le temps de profiter du résultat de sa politique car il décéda le 6 juin 1861, à l'âge de 50 ans. La capitale de l'Italie passa de Turin à Florence en 1866 puis à Rome en 1871. Le toscan devint la langue italienne, la lire, créée au moyen-âge, comme monnaie par la république de Gênes devint la monnaie nationale italienne, tandis que le drapeau vert blanc rouge qui avait été créé le 7 janvier 1797 pour la république cispadine, devint le drapeau national italien. Mais ce n'est que le 12 octobre 1946 que « Fratelli d'Italia » chant créé en 1847 par 2 Gênois devint l'hymne national italien en remplacement de « Marcia Reale » qui était l'hymne du royaume d'Italie.

II) La réunion à la France

Le 16 janvier 1860, Cavour était revenu au pouvoir et le 12 mars 1860 était signé à Turin une nouvelle convention sur la réunion de la Savoie et de Nice à la France, en échange de la reconnaissance par la France du rattachement de l'Italie centrale au royaume de Sardaigne. Puis, un traité Franco Sarde du 24 mars 1860 confirmait la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France. Voici les principales dispositions de ce traité:

*Le roi de Sardaigne consent à la réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France, les populations seront consultées. On note que c'est seulement une partie de l'ancien comté de Nice qui fut réunie à la France en 1860. Cette cartemontre qu'il fallut attendre 1947 pour la réunion complète de l'ancien comté.

*le roi de Sardaigne renonce pour lui et ses descendants à tous ses droits et titres sur les territoires concernés et ce au profit de l'empereur Napoléon III.

*participation de la France à la dette publique de la Sardaigne pour des contrats passés ou des travaux entrepris. Contrairement aux sentiments des Savoyards, le royaume de Sardaigne avait investi massivement en Savoie entre 1815 et 1860 : endiguement de l'Isère, endiguement de l'Arve, création du réseau ferroviaire jusqu'à St Jean de Maurienne et raccordement au réseau français par le pont de Culoz franchissant le Rhône, création de plusieurs ponts dont le Pont de la Caille, construction du palais de justice de Chambéry, reconstruction de l'abbaye d'Hautecombe, création de la liaison Aix-Lyon par bateaux à vapeur, réaménagement de l'ancienne voie romaine franchissant la montagne de l'Epine, une première extension aux thermes d'Aix inaugurée ne 1834 et une seconde en cours en 1860, mise en chantier du tunnel ferroviaire du Fréjus en cours en 1860 ...

*garanties assurées aux fonctionnaires en poste

*les habitants de Savoie et de l'arrondissement de Nice conservent la faculté durant un an de transporter leur domicile en Italie en conservant la nationalité sarde. Ils peuvent conserver leurs immeubles en France.

Ce traité court-circuita un vote prévu le 25 mars pour l'élection des députés savoyards au parlement de Turin. L'élection prévue de 18 députés eut quand même lieu. Furent élus 16 partisans de la réunion à la France, un haut-savoyard partisan de la réunion à la Suisse et un député qui n'avait pas fait connaître son choix. 15 des 18 élus firent immédiatement connaître qu'ils n'iraient pas siéger à Turin.

Dans le royaume sarde, seuls participaient aux élections les citoyens qui justifiaient d'un minimum de fortune (suffrage censitaire). En France le suffrage universel avait été institué par un décret du 5 mars 1848. Pour autant que l'on puisse appeler « universel » un système qui exclut la moitié du corps électoral (les femmes). Pour la consultation d'avril 1860, la participation aux élections fut étendue à tous les citoyens, mais pas encore aux citoyennes! En 1860, le droit sarde était encore plus en retard que le droit français sur l'égalité hommes/femmes. Aussi les femmes furent très favorables à la réunion à la France. Des comités féminins pour la réunion à la France s'étaient constitués dans plusieurs villes de Savoie. A Entremont-le-Vieux en Chartreuse, des femmes organisèrent même un vote féminin qui donna 450 oui sur 450 votantes. Ce vote ne fut bien sûr pas pris en compte dans les résultats officiels, mais l'impératrice Eugénie fut tenue au courant de cette consultation.

Comme il n'existait pas de fichiers électoraux de l'ensemble des citoyens, les autorités se servirent des fichiers paroissiaux.

Figurèrent sur les listes électorales les citoyens de sexe masculin d'au moins 21 ans, ayant au minimum 6 mois de résidence dans leur commune, et jouissant de leurs droits civils. Le suffrage universel fit passer le nombre d'électeurs en Savoie de 20.000 environ à 135.000 (non compris les militaires)

Il y eut 2 votes séparés, un pour les civils, un pour les militaires

Voici le résultat de la consultation :

A Nice, vote le dimanche 15 avril 1860 et le lundi 16. Vote civil: inscrits : 30706, votants : 25933, pour : 25.743, contre 160, 30 nuls

vote militaire: 1912 votants 1648 pour et 194 contre

En Savoie vote les 22/23 avril 1860 : vote civil: inscrits : 135449, votants : 130.839, pour 130.533, contre 235, nuls 71,

vote militaire: votants :6349, pour 6033, contre 282, nuls 34.

et voici le résultat électoral que tout le monde attendait ce soir, celui de St Jean d'Arvey : 262 votants, 1 non et 261 oui.

Voici la représentation d'un bulletin de vote « OUI »

Les historiens aujourd'hui pensent généralement devant ces résultats qu'il y eut du « bourrage d'urnes » Au XIXe siècle on savait déjà faire! Ainsi le 21 avril 1860, un journal piémontais (Le Campanile) affirmait qu'à Nice même, il y eut 6800 votes oui pour 4300 votants!.

Il faut se rappeler par exemple qu'en février/mars 1860, 99 communes du Chablais et du Faucigny (correspondant grosso modo aux arrondissements de Thonon et de Bonneville) avaient demandé leur rattachement à la Suisse et qu'en décembre 1859 s'était constitué en Savoie un comité patriotique « antiannexionniste ». Dans le Chablais et le Faucigny, une pétition rassemblant 13 651 signatures demandait le rattachement à la Suisse. Il faut dire que Genève occupée à partir de 1798 par les troupes françaises était devenue capitale du département du Léman dont le Chablais et le Faucigny faisaient partie. Ce département du Léman qui avait reçu le N° 99 parmi les départements français comprenait les arrondissements de Genève, Thonon, et Bonneville. 35.000 protestants avaient été « noyés » parmi 171.000 catholiques. Mais en 1860 le problème était différent, c'est une partie de la Haute-Savoie qui aurait été « noyée » dans l'ensemble suisse à majorité germaphone et surtout protestante. On comprend que le clergé haut-savoyard a dû faire du zèle.

Il y eut donc probablement plus d'opposants que ne le laissait penser le résultat officiel. Si le bourrage permit d'améliorer les résultats il semble cependant qu'une majorité de citoyens voulait la réunion à la France. Voici par exemple ce qu'écrivit Léon Brunier député de la Maurienne en 1848 :

« ce qui constitue principalement la nationalité d'un peuple, c'est la langue, la position géographique; ce sont les relations de commerce et d'intérêt, les alliances de famille, les souvenirs historiques, enfin les rapports de tous les jours. Or tout cela nous l'avons en commun avec la France et nullement avec l'Italie. Nous ne parlons que la langue française, nous ne connaissons pas d'autre littérature que la littérature française; nous ne lisons que les journaux français; notre éducation se fait avec les classiques français ; sous le rapport intellectuel nous ne pouvons recevoir nos inspirations que de la France ». Nous avons un autre témoignage analogue qui date de 1858, dans une correspondance d'Hermione Quinet (épouse d'Edgar Quinet écrivain et historien). Voici ce qu'elle écrivait : «  Pendant notre séjour à Amphion nous pressentions déjà l'annexion...On y étudiait que l'Histoire de France, la littérature française; tous les journaux étaient en français. Le moindre fait arrivé de France y était aussitôt connu, tandis qu'on ignorait complètement ce qui se passait à Turin. Le lien avec le Piémont n'avait aucune raison d'être... La partie la plus éclairée de la Savoie eût désiré l'annexion à la Suisse, mais l'intérêt du terroir et le catholicisme la poussait dans les bras de la France; »

En 1848, un député de la Tarentaise (Jean-Antoine Jacquemoud) écrivait quant à lui :

« Ah! Cette soeur qui nous est chère. De tous nos voeux nous l'appelons. Nos coeurs vont où va notre Isère, et le penchant de nos vallons. ».

Tout était dit.


Il faut en outre rappeler :

*que le 21 octobre 1792, après l'invasion de la Savoie par les troupes révolutionnaires, les délégués des 658 communes de Savoie se réunirent dans la cathédrale de Chambéry et 583 d'entre-eux (88,6%) se prononcèrent pour la réunion à la France. Cela fut suivi, en 1796, d'un traité par lequel, le royaume de Sardaigne cédait formellement la Savoie au Directoire.

*que 24.000 savoyards furent soldats dans la « grande armée », que 800 furent officiers et que 23 atteignirent le grade de général. Malgré les pertes, les Savoyards comme beaucoup de Français gardaient de cette période où la France domina l'Europe, un souvenir nostalgique. En 1857, Napoléon III avait créé la médaille de « Ste Hélène » qui avait été distribuée aux « vieux de la vieille », les anciens de la grande armée. Les Savoyards décorés de Ste Hélène furent utilisés en 1860, pour prêcher la réunion à la France

*Qu'il fallait 40 heures à une diligence pour aller de Chambéry à Turin dans la première moitié du XIXe siècle, et encore à condition que la route ne soit pas bloquée par la neige! Le tunnel du Fréjus permettant la liaison ferrée entre la Savoie et Turin ne fut inaugurée que le 17 septembre 1871, alors que le pont ferroviaire de Culoz permettant la liaison avec la France avait été mis en service le 2 septembre 1858.

*Que la Savoie avait été occupée à plusieurs reprises par les troupes françaises ce qui fut le cas

-de 1536 à 1559 sous François 1er et c'est un édit de François 1er en date du 6 janvier 1539 qui imposa l'usage du français en Savoie et que cela facilita probablement grandement la réunion de 1860.

-en 1600/1601 sous Henri IV,

-en 1630/1631 sous Louis XIII

-de 1690 à 1696 et de 1703 à 1713 sous Louis XIV

*Que durant la période d'annexion (1792/1815), la Savoie et Nice avaient été relativement prospères en participant à un marché comprenant la France et ses annexions dont Genève et une partie de l'Italie. Le retour au royaume de Sardaigne vit aussi le retour des frontières avec la France et avec la Suisse, le rétablissement des douanes et des droits sur le transit des marchandises ce qui fut un handicap pour les affaires. En 1848, le député Léon Brunier rédigea un mémoire de 16 pages récapitulant tous les effets négatifs, pour l'économie savoyarde, du rétablissement des frontières avec la France et la Suisse. Le retour au droit et à l'organisation sardes fut également vécu comme une régression par la population. Même le système décimal fut aboli fin 1814 et ne fut rétabli que 31 ans plus tard. Voici le récit d'un voyageur lors de son passage à la frontière des Echelles le 3 juillet 1824.

*Le comté de Nice avait également été occupé par la France de 1691 à 1697 et de 1707 à 1713.

Il convient pour comprendre le résultat d'ajouter plusieurs considérations :

*de nombreux savoyards vivaient en France, dont 50.000 pour la seule ville de Paris (à la même époque, Chambéry avait 19.000 habitants), cela créait des liens. Ces savoyards expatriés militaient de leur côté. Ainsi le 19 mars 1848, le gouvernement provisoire à Paris, représenté par Lamartine, Ministre des Affaires étrangères, recevait une délégation de Savoyards de Paris demandant la réunion de la Savoie à la France.

*Une bonne partie de l'élite savoyarde, dont beaucoup d'anciens de la grande armée, quitta la Savoie pour la France au moment du retour au royaume sarde en 1815, ce qui fut un handicap supplémentaire pour la Savoie.

*En 1848, pour financer la guerre contre l'Autriche, le gouvernement sarde avait lancé un « emprunt forcé » qui avait été très mal ressenti par les Savoyards, et renforça leur sentiment qu'ils fournissaient plus au royaume de Sardaigne qu'ils n'en recevaient. Ils supportaient également mal la présence des carabiniers piémontais.

Voici une caricature de l'époque montrant une vache tarine préférant aller pâturer en France qu'en Italie. (sur cette caricature, c'est le roi Charles-Albert qui essaie de retenir la vache savoyarde)

*Ce furent les autorités françaises et non sardes qui organisèrent la consultation.

*La cour de Turin avait la réputation d'être anti-cléricale. Cavour avait fait voter des lois abolissant tous les privilèges de l'Eglise, entraînant l'expulsion des Jésuites et la saisie des biens de certaines congrégations (les contemplatives). Cavour affirmait par ailleurs haut et fort vouloir récupérer les Etats du Pape en Italie . Le clergé vit donc d'un bon oeil la réunion à l'empire très chrétien de Napoléon III. Le dimanche, les bureaux de vote ouvrirent à 8 heures. Dans beaucoup de paroisses les curés avancèrent l'heure de la messe à 7 heures et c'est un peu partout qu'au sortir de la messe, les paroissiens se rendirent en cortège dans les bureaux de vote, fanfares et drapeaux français en tête.

*Par accord secret avec Cavour, Napoléon III avait obtenu que les troupes de retour d'Italie puissent stationner en Savoie et à Nice pendant la consultation sur la réunion à la France.

*Le 1er avril 1860 le roi Victor Emmanuel avait proclamé officiellement qu'il libérait les Savoyards et les Niçois de leur serment de fidélité envers sa dynastie.

*Le 7 avril 1860 les autorités françaises avaient fait savoir qu'elles s'engageaient à laisser une zone franche autour de Genève et à maintenir la cour d'appel à Chambéry (c'est l'ancien Sénat de Savoie qui était devenu Cour d'Appel suite à un édit du 4 mars 1848). Cela rallia probablement un certain nombre d'opposants.

*Une délégation savoyarde avait été reçue à Paris par l'empereur et l'impératrice le 21 mars. Cette délégation demandait que l'unité de la Savoie soit conservée. Voici une illustration de cette rencontre

 

A la suite de cette consultation, il y eut successivement :

Une ratification par le Parlement de Turin le 29 mai 1860, où il y eut 229 pour et seulement 33 contre. La cour de Turin avait bien abandonné la Savoie et Nice. Voici une caricature de l'époque (parue dans le Charivari, un journal turinois) où l'on voit l'Italie répondre « j'ai bien autre chose à faire pour le moment »

Une ratification par le Sénat de l'empire le 12 juin 1860 avec 126 oui sur 126 votants.

La prise de possession officielle par les Autorités françaises le 14 juin 1860 à midi.Voici une illustration montrant la signature au château de Chambéry du procès-verbal de remise de la Savoie le 14 juin 1860. C'est donc cette date du 14 juin 1860 qu'il convient de retenir comme date réelle de réunion de la Savoie et de Nice à la France. Nice fut rattaché au département des Alpes maritimes et la Savoie divisée en 2 départements. Voici une carte de la Savoie en 1848. Comme le montre cette carte, la Savoie était divisée en 7 arrondissements et c'est une partie de l'actuel arrondissement d'Albertville qui s'appelait « Haute-Savoie », tandis que l'arrondissement de Chambéry s'appelait la Savoie d'où souvent son appellation, à l'époque de « Savoie propre » à l'intérieur de la grande Savoie.. A la tête de chaque arrondissement, il y avait un intendant nommé par Turin; les intendants nommaient les syndics chargés d'administrer les communes. Le tout était chapeauté par un gouverneur représentant le Roi, qui résidait au château de Chambéry et qui était assisté d'un intendant général. Voici la France accueillant ses nouveaux enfants (caricature)

Fin août début septembre 1860, l'empereur et l'impératrice vinrent faire un voyage officiel dans les nouveaux territoires réunis à la France. L'accueil des populations fut partout très enthousiaste. Pour la petite histoire, lors de son passage à Thonon, Napoléon III signa un décret faisant remise de toutes les amendes prononcées à l'encontre des habitants de la Savoie, de la Haute-Savoie et des Alpes-Maritimes par le gouvernement sarde et non encore acquittées. Voici une illustration d'époque montrant Napoléon III et Victor Emmanuel II sous « l'Italie reconnaissante ». D'autres furent plus critiques, telle cette caricature montrant Napoléon III enlevant la Savoie et Nice à l'Italie.

Si le royaume de Sardaigne avait fait son deuil de la Savoie et de Nice, le résultat de la consultation entraîna quelques dépits comme le montre cet article publié le 22 juin 1860 dans « l'indépendant » (journal du val d'Aoste) : «  Il nous a été bien pénible de voir la joie manifestée par la Savoie, le jour de son entrée définitive dans la famille française. Nos frères d'outre-monts, unis à nous par une affection huit fois séculaire, se sont séparés de leurs cadets, sans verser une larme, sans pousser un soupir... La résignation dans les Savoisiens ne nous aurait pas étonnés; ils ont été vendus, il fallait obéir. Mais se détacher du Piémont avec tant de joie, embrasser la France avec tant de bonheur ; voilà ce qui impressionne bien péniblement ». Le Val d'Aoste représentait 85.000 francophones. Le français était devenu la langue officielle du Val d'Aoste suite à un édit du 22 septembre 1561 du duc de Savoie Emmanuel Philibert. Avec les 5 à 600.000 habitants de la Savoie, le Val d'Aoste constituaient un nombre important de francophones dans le royaume de Sardaigne, et le français était une des 2 langues officielles du royaume de Sardaigne. Sans la Savoie, les 85.000 valdotains furent noyés parmi 20 millions d'italiens et dès le 10 août 1860, un décret imposa en Val d'Aoste, l'italien comme langue d'enseignement dans les écoles. Dans le Piémont à l'époque on parlait le Pïémontais lui-même divisé en plusieurs dialectes dont le principal était le « turinois », langue plus proche de l'italien que du français

Les modifications territoriales qui découlèrent des événements de 1859/1860 furent contraire au traité de Vienne de 1815. Malgré cela les autres puissances européennes n'intervinrent pas, probablement pour les raisons suivantes :

*La guerre de Crimée en 1854/1855 avait divisé les alliés de 1815,

*Les négociations entre Napoléon III et Cavour restèrent à l'époque secrètes. Voici un récapitulatif chronologique des événements. Il montre qu'entre la première entrevue à Plombières et la réunion à la France tout fut réglé en moins de 2 ans. La rapidité d'exécution de l'opération en assura aussi probablement le succès.

*C'est l'Autriche qui prit l'initiative de déclarer la guerre,

*Truquée ou pas, l'adhésion massive des populations, pour la réunion à la France, en Savoie et à Nice et pour l'unité italienne de l'autre côté des Alpes, légitima l'opération.

*Si la France seule contre toute l'Europe avait été vaincue en 1815, les idées de la révolution continuaient de faire leur chemin spécialement en ce qui concerne le droit des peuples. C'est ainsi qu'au début de la guerre entre l'Autriche et les troupes franco-sardes, en Angleterre, lord Palmerston (1er ministre de 1855 à 1858 et de 1859 à 1865) déclara : « Si les conséquences de l'agression autrichienne étaient qu'elle se verrait forcée à se retirer jusqu'au nord des Alpes et à rendre l'Italie aux Italiens, tout bon esprit éprouvera le sentiment que parfois, le mal engendre le bien, et nous allons nous féliciter du résultat ».

Cette déclaration de Palmerston est révélatrice : c'est Cavour et son compère Napoléon III qui furent à l'origine des choses, mais ils manigancèrent si bien que l'idée s'imposa jusque dans la tête d'un premier ministre anglais que c'était l'empire autrichien l'agresseur! Ce sentiment était probablement partagé par beaucoup d'européens. Joli coup.

Pour la petite histoire, ce même Palmerston déclara à propos de Napoléon III : »La tête de Napoléon III ressemble à une garenne, les idées s'y reproduisent continuellement comme les lapins ».

III) Les conséquences

Il y eut à tout ceci 3 conséquences principales :

L'unité de l'Italie : très bien

La réunion de la Savoie et de l'arrondissement de Nice à la France : très bien

Mais aussi et c'est quelques fois oublié : l'affaiblissement de l'Autriche parce qu'elle avait perdu beaucoup de soldats, de chevaux, de canons dans les batailles, et parce qu'en cédant la Lombardie, elle perdait une zone peuplée c'est-à-dire une zone de recrutement de soldats (un recensement de 1857 donnait 245.000 habitants à la seule ville de Milan, ce qui pour l'époque était beaucoup).

Le congrès de Vienne en 1815 avait laissé 2 puissances principales dans l'espace germanique : l'Autriche au sud, la Prusse au nord.

Tout le monde connait ce proverbe africain : « il ne peut pas y avoir plusieurs crocodiles dans le même marigot ». Or dans le marigot germanique, il y avait 2 crocodiles, c'était un de trop. Pendant que la France et l'Autriche s'affrontaient en Italie, au dessus, le crocodile prussien se léchait les babines, attendant l'heure du festin.

Le 24 septembre 1862, Guillaume 1er nommait le célèbre Bismarck comme président du conseil prussien

Le 16 juin 1866, la Prusse déclarait la guerre à l'Autriche. L'Italie s'alliait à la Prusse.
L'armée Autrichienne fut complètement défaite à Sadowa, ville située dans l'actuelle république tchèque, le 3 juillet 1866. 206.000 soldats autrichiens affrontèrent 221.000 prussiens qui en outre avaient plus de canons. Les Autrichiens eurent 13.660 tués, 8.440 blessés, 22.000 prisonniers et perdirent en outre 6000 chevaux et 116 canons. Un traité fut signé à Prague le 23 août 1866. La Prusse avait écrasé l'Autriche sur le champ de bataille, elle l'écrasa dans la négociation. L'Autriche dut céder plusieurs territoires à la Prusse, accorder l'autonomie à la Hongrie et céder la Vénétie au nouveau royaume d'Italie. Le démantèlement de l'Autriche assurait l'hégémonie de la Prusse sur l'espace germanique.

Si vous connaissez le proverbe africain sur les crocodiles et les marigots, vous connaissez aussi la fable de La Fontaine : « Le chat, la belette et le petit lapin ». une belette et un lapin se disputent un terrier, le chat les met d'accord en les croquant tous les deux. Et bien c'est ce qui s'est passé. Le Raminagrobis prussien après avoir plumé l'aigle autrichien en guise de hors-d'oeuvre, se choisit du coq au vin comme plat de résistance. Du coq gaulois bien entendu, mijoté au vin français, toujours bien entendu. En outre, la firme Krupp avait mis au point un nouveau type de canons beaucoup plus performants que les canons français, il fallait bien les essayer! Ce fut la guerre de 1870. Entre les opérations en Italie en 1859, l'expédition au Mexique de 1861 à 1867, et la guerre de Crimée en 1854/1855 (où l'armée farnçaise avait perdu 95.000 soldats en grande partie à cause du choléra et du typhus), la France avait subit d'importantes pertes et avait surtout pris du retard dans la politique d'armements, car ces guerres au loin avaient coûté très chères. Et voici le résultat :

2 septembre 1870 : capitulation de Sedan, 86.000 soldats se rendirent aux Prussiens

4 septembre 1870 : abdication de Napoléon III

27 octobre 1870 : capitulation de Bazaine à Metz : 173.000 soldats se rendent aux Prussiens qui s'emparent en outre de 1700 pièces d'artillerie. Voici un dessin de l'époque montrant la charge de la cavalerie à Gravelotte.Où ça tombait comme à Gravelotte!

18 janvier 1871 proclamation de l'Empire allemand à Versailles dans la galerie des glaces. Le roi de Prusse devient empereur (Kaiser en allemand). Pauvre Louis XIV, il a dû s'en retourner dans son tombeau à la basilique St Denis.

28 janvier 1871 : capitulation de Paris. Napoléon 1er avait été ramené de Sainte Hélène et transféré aux Invalides le 15 décembre 1840, lui aussi a dû se retourner dans son tombeau.

10 mai 1871 : traité de Francfort, la France cède l'Alsace et la Lorraine au nouvel empire germanique qui s'assure en même temps l'hégémonie sur l'Europe continentale.

Revenons à notre case départ. Lorsqu'à Plombières-les-Bains en 1858, Napoléon III promet son aide à Cavour pour taper sur les Autrichiens, il n'avait pas compris qu'un ennemi pouvait en cacher un autre et que l'ennemi autrichien cachait le prussien autrement plus dangereux. A Napoléon III, cela lui a coûté sa couronne. Si Napoléon III avait une femme « d'Eugénie », lui en a manqué sérieusement de génie sur ce coup! Il n'aurait pas dû laisser l'Autriche seule face à la Prusse en 1866. La Prusse pouvait vaincre l'Autriche d'abord, la France ensuite mais pas les 2 ensemble.

On pourrait s'arrêter là, mais aussi poursuivre un peu au jeu des événements qui s'enchaînent. Au début du XXe siècle, beaucoup d'Etats-Majors en Europe souhaitaient la guerre.

*Les Prussiens en faisant la guerre à l'Autriche s'étaient agrandis et idem en faisant la guerre à la France. Dieu que la guerre était belle!,

*L'Autriche humiliée par la France d'abord, par la Prusse ensuite avait besoin de se refaire une santé,

*La Russie poussait ses pions depuis la Grande Catherine c'est-à-dire depuis un siècle dans les Balkans (région de l'Europe comprise entre l'Adriatique et la mer Noire et qui comprend l'Albanie, la Grèce, la Bulgarie ainsi qu'une partie de la Roumanie, de la Turquie et de l'ex Yougoslavie, dont la Serbie). La Russie avait été stoppée net dans ses grandes manoeuvres par la guerre de Crimée qui l'opposa à la France, à l'Angleterre à l'empire Ottoman, ainsi qu'au royaume de Sardaigne qui avait rejoint la coalition. Cette guerre se déroula de mars 1854 à octobre 1855. C'est à cette occasion qu'eurent lieu les batailles de l'Alma avec ses zouaves, de Malakoff, de Sébastopol etc. Napoléon III avait suivi l'Angleterre, cela avait été pour lui l'occasion de diviser les alliés de 1815.

*En France il y avait aussi un parti de la guerre, parmi les politiques qui voulaient récupérer l'Alsace et la Lorraine et aussi surtout parmi les militaires. Ils avaient été humiliés 3 fois : avec l'affaire Dreyfus, avec la guerre de 1870 et avec l'expédition au Mexique commencée en 1861 et dont ils étaient revenus en 1867, comme les chiens, la tête basse et je ne dis pas le reste, et ce malgré la bravoure restée légendaire de 60 légionnaires face à 2.000 soldats mexicains le 30 avril 1863 à Camerone.

Aussi, lorsque le 28 juin 1914, un anarchiste serbe assassine à Sarajevo (en Bosnie) l'archiduc d'Autriche François Ferdinand et son épouse, après la gesticulation diplomatique d'usage, l'Autriche déclare la guerre à la Serbie, qui paraissait une proie à sa portée, le 28 juillet 1914, la Russie à l'Autriche le 29 juillet, l'Empire germanique à la Russie le 1er août puis à la France le 3 août... et ce fut la boucherie que l'on sait. Le Tsar de Russie comme Napoléon III ne comprit pas qu'un ennemi pouvait en cacher un autre, il déclara la guerre à l'Autriche mais dut la faire à la Prusse et cela lui coûta non seulement son trône mais la vie ainsi qu'à toute sa famille.

Pour beaucoup d'historiens, les conditions imposées à l'Allemagne après la première guerre mondiale amenèrent la seconde. En 1919, Henri Barbusse, (écrivain et journaliste) déclarait : « dans 20 ans il y aura une nouvelle guerre qui finira de ruiner le vieux monde en hommes et en argent »!

On ira pas jusqu'à prétendre que l'expédition de Napoléon III en Italie en 1859 est responsable de la seconde guerre mondiale, mais en matière d'histoire, rien n'est sans cause, rien n'est gratuit et tout se paie et hélas souvent au prix fort;

Les causes plus lointaines

Revenons maintenant, si l'on veut, en arrière pour comprendre le cheminement des choses.

En l'an 443, les Romains avaient laissé les Burgondes s'installer dans l'est de la France. Ce sont ces Burgondes qui ont donné son nom à la Bourgogne. Malgré la chute de Rome et la fin de l'empire romain d'occident en 476, les Burgondes prospérèrent, devinrent royaume de Bourgogne et n'eurent de cesse d'agrandir leur territoire. Voici le royaume de Bourgogne auVIe siècle. Mais à côté les Francs prospéraient aussi et en vertu du principe des crocodiles et des marigots, ils se firent la guerre. Les Burgondes furent vaincus. Un peu plus tard, Charlemagne en reconstituant un empire les mit d'accord. Voici l'empire de Charlemagne. Mais après Charlemagne, ses petits-fils se partagèrent son empire et les différentes parties se firent la guerre. C'est toujours ainsi. Après la mort d'Alexandre le Grand en 323 avant notre ère, ses généraux se partagèrent son empire et immédiatement se firent la guerre jusqu'à ce que les Romains les mettent tous d'accord. La Bourgogne se trouva divisée en 2 parties : une Bourgogne franque et une germanique. La Savoie fit partie de la Bourgogne germanique. Et c'est à Conrad empereur du St Empire romain germanique qu'Humbert aux blanches mains, premier comte de Savoie doit son titre de Comte en 1034. C'est à Sigismond autre empereur germanique que les comtes de Savoie doivent d'être devenus ducs en 1416.

Après la chute de l 'empire romain, lentement mais sûrement se constituèrent en Europe des Etats-Nations, l'Espagne au sud, l'Angleterre au nord, l'empire germanique à l'est et la France au milieu. Chacun cherchant à agrandir son territoire, et la France se trouvant au centre du dispositif, les zones frontières de la France devinrent l'un des champs habituel de batailles de l'Europe. Regardez par exemple sur Internet l'histoire de Dunkerque. Cette ville fut anglaise, espagnole, autrichienne, hollandaise, française etc Elle changea même plusieurs fois de nationalité la même année Ce fut par exemple Louis XIV qui imposa l'usage du français à Dunkerque en mai 1665.

Durant 6 siècles, de Philippe Auguste à Napoléon 1er, il y eut une succession de coalitions de l'Europe habituellement contre la France avec par exemple 3 coalitions sous Louis XIV, 7 coalitions de 1792 à 1815, sans oublier au début du XVIe siècle une coalition suscitée par le pape Jules II contre la France de Louis XII,etc.

En même temps, l'Italie toujours divisée fut considérée par les autres puissances européennes comme un bien vacant et sans maître et devint aussi un des lieux de batailles privilégié de l'Europe. La Savoie se trouvait à la fois zone frontière et voie d'accès vers l'Italie, en outre vassale de l'empire germanique, elle fut constamment envahie et occupée, que ce soit par les Espagnols de 1743 à 1749 ou par les troupes françaises; celles de Charles VIII, de Louis XII, de François 1er, d'Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV, de la révolution, de Napoléon. C'est à cause de ces invasions incessantes que la maison de Savoie transféra sa capitale de Chambéry à Turin en 1562. Ce transfert de l'autre côté des Alpes portait probablement en germes les événements qui eurent lieu 3 siècles plus tard.

La maison de Savoie compta 19 comtes dont le dernier devint duc, 15 ducs dont le dernier devint roi de Sicile en décembre 1713, puis changea son titre en roi de Sardaigne en septembre 1714, et le huitième et dernier roi de Sardaigne devint roi d'Italie comme nous l'avons vu en 1861. L'histoire de la Savoie fut liée à celle de la maison de Savoie pendant près de 8 siècles et celle du comté de Nice pendant 5 siècles et en ayant connu durant ces 5 siècles quasiment la même histoire (invasions, occupations..;) que la Savoie. C'est lorsqu'ils devinrent rois d'Italie que les souverains de Savoie perdirent la Savoie berceau de leur dynastie. Cela montre encore que l'histoire de la réunion de la Savoie et de Nice à la France est indissociable de l'histoire de l'unité italienne;

La réunion à la France en même temps que l'unité de l'Italie amenèrent la tranquillité en Savoie. Pour résumer sur les rapports entre la Savoie et la France, il y eut des occupations, la plus longue sous François 1er dura 23 ans, une annexion par la révolution française qui dura également 23 ans et enfin la réunion à la France depuis le 14 juin 1860.

Qui aujourd'hui contesterait l'unité de l'Italie et la réunion de la Savoie et de Nice à la France? et quel Français pourrait imaginer maintenant la France sans le Mont Blanc, sans les lacs savoyards, sans les centrales hydro-électriques sans les stations de ski, sans les stations thermales, sans les fromages savoyards et sans la partie la plus célèbre de la Côte d'Azur ?

 

Hommage à Garibaldi

Pour terminer, je voudrais rendre un hommage particulier à Guiseppe Garibaldi qui fut non seulement un grand patriote italien mais aussi un ami de la France, ce que beaucoup de Français ignorent. En 1870, Garibaldi recruta des volontaires et vint combattre les Prussiens aux côtés des Français. Voici un dessin montrant des volontaires garibaldiens. Les troupes de Garibaldi passèrent à Chambéry. Après l'abdication de Napoléon III, la République avait été proclamée et un appel aux volontaires lancé. Des volontaires savoyards se joignirent aux troupes de Garibaldi et tous rejoignirent l'armée des Vosges car Léon Gambetta (alors Ministre de la guerre dans le gouvernement provisoire) en avait confié le commandement à Garibaldi et les 25 et 26 septembre 1870, parmi ses faits d'armes, il libéra Dijon occupé par les Prussiens. En 1970 la poste italienne édita un timbre commémoratif représentant Garibaldi à Dijon. Lors des élections législatives du 8 février 1871, Garibaldi qui n'était pas candidat, fut élu député à Paris, à Nice, à Alger et dans la Côte d'Or. Mais il refusa ces mandats et retourna en Italie. En 1914, son fils Ricciotti créa la légion garibaldienne pour combattre les Allemands avec les Français. Parmi 6 petits-fils de Garibaldi qui combattirent dans cette légion, 2 sont morts pour la France à la bataille d'Argonne en 1915. Heureusement, à Chambéry, il y a une rue Garibaldi.

Voici un beau portrait de Garibaldi.



Nota : la plupart des documents présentés proviennent d'études et documents publiés par la Sté Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie.

 

J.D. Octobre 2009, dernière mise à jour : 31 juillet 2010..

Ce texte a fait l'objet d'une conférence à Saint Jean d'Arvey Savoie le 26 mars 2010 et à Bessans Savoie le 5 août 2010

 

 

 

 

 

Liste des annexes

 

1- en-tête du traité du 24 mars 1860 dit traité de Turin

2- carte de l'Italie dans les années 1850

3- liste des Etats de l'Italie dans les années 1850

4- caricature des souverains européens se partageant l'empire de Napoléon 1er

5- carte de l'Europe après le congrès de Vienne en 1815

6- carte de l'Italie du XIe au XIIIe siècles

7- carte du royaume d'Italie créé par Napoléon en 1805

8- couronne de fer des rois lombards

9- partisans italiens écrivant « VIVA VERDI »

10- portrait de Charles-Albert

11- tableau de l'entrée des troupes sardes en Lombardie en 1848

12- portraits de Victor-Emmanuel II et de Cavour

13- Victor-Emmanuel II à cheval

14- Napoléon III à cheval

15- portrait de la comtesse Virginia di Castiglione

16- entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859

17- liste des principales batailles de la campagne d'Italie en 1859

18- carte des opérations militaires en 1859

19 à 21 – tableaux des batailles de Palestro, San Martino et Magenta

22- Napoléon III visitant les blessés à Solférino

23- plaquette de timbres avec la bataille de Solférino

24- carte de l'unité italienne

25- principales dispositions du traité de Turin

26- carte du rattachement de l'ancien Comté de Nice à la France

27- résultats de la consultation des populations

28- résultats pour St Jean d'Arvey

29- bulletin de vote « OUI »

30- relation d'un passage à la douane des Echelles le 3.7.1824

31- caricature d'une vache tarine préférant brouter en France

32- tableau d'une délégation savoyarde reçue par Napoléon III

33- caricature montrant l'Italie se désintéressant de la Savoie

34- signature au Château de Chambéry du procès-verbal de remise

35- carte de la Savoie en 1848

36- caricature montrant la France accueillant ses nouveaux enfants

37- dessin montrant Napoléon III et Victor Emmanuel II sous l'Italie reconnaissante

38- caricature montrant Napoléon III enlevant la Savoie et Nice

39- rappel chronologique des événements

40- charge de la cavalerie à Gravelotte

41- carte du royaume de Bourgogne au VIe siècle

42- carte de l'empire carolingien

43- volontaires garibaldiens

44- portrait de Garibaldi

45- chant des Allobroges

 

 

 

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