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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:38

À Rome les symboles de la paix N° 355

 

L'histoire de la Rome antique est surtout celle des guerres, même si les monuments, le droit romain, les discours de Cicéron ou les textes de Sénèque ont laissé, d'une certaine manière, plus de traces, aussi bien sur le terrain que dans l'esprit de nos contemporains.

Bien sûr, il y eut la Pax Romana, mais il y a beaucoup de confusion au sujet de cette paix romaine :

*d'abord tous les historiens ne sont pas d'accords sur la période concernée. Les dates de -29 à +180 sont le plus souvent admises.

*-29 correspond à la fin de la guerre entre les partisans d'Octave (futur Auguste) et ceux d'Antoine et Cléopâtre, tandis que l'an 180 est celui de la mort de l'empereur Marc Aurèle.

*la paix dont il est question est toute relative car durant la période citée, d'une part il y eut continuellement des guerres aux frontières c'est-à-dire au-delà de l'Euphrate, du Danube et du Rhin (avec respectivement les Parthes, les Daces et les peuples germaniques) et plus loin même, avec les Pictes (dans l'actuelle Écosse) ; d'autre part, il y eut également des guerres à l'intérieur de l'empire : guerre en Judée contre les Juifs de 66 à 73 et de 132 à 135, guerre entre légions pour la succession de Néron (de 68 à 70) etc

*Durant les 12 siècles d'Histoire de Rome et durant les 10 siècles supplémentaires de survivance à Byzance, il n'y eut guère de périodes sans guerres. Raison de plus pour célébrer la paix ! Combien de chefs d’État dans l'Histoire de l'espèce humaine ont déclaré des guerres en affirmant que c'était pour préserver la paix ?

 

Le temple de Janus :

*L'histoire de Rome commença par 7 rois, avant la proclamation de la République (en -509), : Romulus le fondateur (en -753), puis 3 rois sabins et enfin 3 rois étrusques.

Sur ces rois, on a guère de certitude : 7 collines de Rome, 7 rois, la succession symbole de l'alliance des peuples ? Toujours est-il qu'ils font partie de l'histoire de la fondation légendaire de Rome.

*Romulus le premier fit la guerre d'abord avec les Sabins suite à l'enlèvement des Sabines

*Ensuite, il y eut Numa, un Sabin dont le règne est daté de l'an -715 à l'an -672 soit 43 années durant lesquelles il n'y aurait eu aucune guerre, tout au moins pour l'histoire romaine. C'est très beau et on aimerait y croire, mais compte tenu du morcellement des peuples qui occupaient l'Italie centrale et des mœurs de l'époque, cela ne semble guère crédible. Mais supposons, Numa consacra un passage couvert près du Forum au dieu Janus. D'abord en bois, il fut reconstruit en bronze au temps d'Auguste (empereur de -27 à +14). Il n'en reste plus trace, seulement une reproduction sur une monnaie (sesterce du temps de Néron, empereur de 54 à 68). Ce passage avait 2 portes qui ne pouvaient être fermées qu'en temps de paix. Ce passage prit ultérieurement le nom de temple. Numa en ferma les portes, mais il fallut attendre 480 années plus tard, à la fin de la première guerre entre Rome et Carthage pour que les portes soient à nouveau fermées ! Ensuite, ce sera sous le règne d'Auguste en -29. Cela illustre bien que l'histoire de Rome fut celle d'une guerre quasi-permanente.

*Janus était le dieu romain des portes et des passages. Il était représenté avec deux têtes, une devant, l'autre derrière c'est-à-dire, l'une regardant le passé et l'autre l'avenir. Ce Janus était surtout réputé pour avoir empêché les Sabins d'envahir le Capitole, au temps de Romulus, alors qu'une jeune romaine du nom de Tarpéia voulait livrer la citadelle aux dits Sabins. Il existe plusieurs versions de la légende de Tarpéia, mais selon la plus courante, elle fut tuée sur la roche qui fut appelée « roche tarpéienne » et d'où étaient précipités les traîtres à la patrie.

*Janus a donné son nom au mois de janvier (mois de passage d'une année à la suivante) ainsi qu'à la colline du Janicule à Rome. Selon la mythologie, Janus fut marié avec une déesse latine du nom de Camisé. Ils eurent un fils nommé Tiber (Tibérinus) qui se noya dans le fleuve et lui donna son nom, d'où découle également le nom de l'île Tibérine.

 

Ara Pacis Augustae :

*C'est à l'initiative du Sénat romain et pour célébrer la fin des guerres civiles (entre Marius et Sylla, puis entre César et Pompée et enfin entre Octave et Antoine) que fut construit en 4 ans l'Autel de la paix d'Auguste. Il fut inauguré en l'an -9.

*Il est situé entre le mausolée d'Auguste (construit entre -28 et -23) et le Tibre.

Il comprend un autel entouré d'une enceinte de marbre, percée de deux portes, qui portait sur la face externe des personnages sculptées représentant la famille impériale et les principaux notables qui devaient assister à l'inauguration. Etaient également sculptés : le Troyen Enée, ancêtre légendaire des Romains (dont Auguste prétendait descendre) ainsi que le berger Faustulus qui découvrit les jumeaux Rémus et Romulus, qui furent les fondateurs légendaires de Rome.

*Cet autel avait complètement disparu. En 1970 pour célébrer le centenaire de Rome capitale (de l'Italie) il fut reconstitué à partir de toutes les découvertes qui avaient été effectuées et dont les morceaux étaient dispersés dans différents musées.

*Si l'idée d'inaugurer un autel à la paix partait d'une bonne intention, la réalisation ne suivit pas. Les guerres reprirent dès le règne d'Auguste. Ainsi 18 années seulement après l'inauguration de l'autel de la paix, 20.000 légionnaires romains (des XVII, XVIII et XIXe légions) étaient massacrés en Germanie à Teutoburg, lieu qui comme Alésia et d'autres est sujet à beaucoup de différents entre historiens. Varus leur général se suicida à la fin de la bataille, les Germains lui coupèrent la tête et parvinrent à la faire livrer à Auguste.

*Après la victoire d'Octave sur Antoine et Cléopâtre, le Sénat lui avait décerné, tous les titres, tous les noms dont celui d'Auguste (qui deviendra son nom) et lui avait accordé tous les pouvoirs. Il devint de fait le premier empereur de l'Histoire de Rome avec des pouvoirs absolus. Il avait étranglé la République tout en prétendant la défendre !

J.D. 18 février 2017

Autel de la paix d'Auguste à Rome, image du net

Autel de la paix d'Auguste à Rome, image du net

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 22:59

*La revue « Sciences et Avenir » d'octobre 2014 consacre un article (page 58) à la découverte effectuée sur le site de Fourvière à Lyon lors de travaux. Il s'agit d'un mur d'époque gauloise, antérieur à l'arrivée des Romains. Pour les spécialistes cela confirme qu'il existait un oppidum (bourg fortifié) gaulois à Lyon avant la création de la ville romaine en 43 avant notre ère par Lucius Munatius Plancus qui avait été un des lieutenants de Jules César. Selon certains auteurs (comme Camille Jullian 1859/1933, dans « Histoire de la Gaule »), César venant en Gaule en -58 pour s'opposer aux Helvètes aurait campé à Lyon et c'est à l'emplacement de ce camp qu'aurait commencé la construction de Lyon (Lugdunum).

*Dans la « Guerre des Gaules », Jules César écrit, au livre VI, dans un chapitre consacré aux druides gaulois :

« Chaque année, à date fixe, ils tiennent leurs assisses en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. Là, de toutes parts affluent tous ceux qui ont des différents, et ils se soumettent à leurs décisions et à leurs arrêts. On croit que leur doctrine est née en Bretagne (la Grande Bretagne d'aujourd'hui), et a été apportée de cette île dans la Gaule ; de nos jours encore ceux qui veulent en faire une étude approfondie vont le plus souvent s'instruire là-bas. »

*Certains auteurs pensent que la cathédrale de Chartres a été construite à l'emplacement où se réunissaient les druides gaulois. Voir par exemple : « Chartres et l'énigme des Druides » de Jean Markale Editions Pygmalion 1988. La ville de Chartres doit d'ailleurs son nom aux Carnutes.

*Avant la conquête romaine, il y avait de nombreux peuples en Gaule, en rappelant que les Romains distinguaient 2 Gaules : la Gaule cisalpine qui correspondait à l'Italie du Nord d'aujourd'hui et la Gaule transalpine, soit la France actuelle étendue jusqu'au Rhin. Dans la Gaule cisalpine, c'est le Rubicon, fleuve côtier qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini, qui constituait la frontière entre la Gaule et l'Italie proprement dite. Cela perdura jusqu'à César, puis la Gaule cisalpine fut considérée comme étant partie intégrante de l'Italie.

*Comme tous les peuples voisins, les diverses tribus gauloises devaient se faire souvent la guerre. Mais si il n'y avait pas d'unité gauloise, le texte de César sur la réunion annuelle des druides montre qu'il y avait quand même une identité gauloise.

*Suétone (auteur latin à cheval sur le premier et le second siècle de notre ère) dans « Vies des douze Césars », au livre premier, en XXV, nous apprend qu'à la fin de la guerre en Gaule, César imposa aux peuples gaulois un tribut annuel de quarante millions de sesterces. Les représentants de ces peuples durent donc continuer à se réunir pour se répartir le tribut à payer.

*Après la fondation de la ville romaine à Lyon, elle se développa rapidement et là comme dans toutes les cités romaines, se construisirent forum, temples (dont le « sanctuaire du confluent » en -14), théâtre (entre -16 et -14), un réseau routier, un atelier monétaire (en -15) etc.

*C'est en -27 que Lugdunum était devenu la capitale des Gaules. C'est en -19 que fut réalisé « l'Amphithéâtre des Trois Gaules ». Cet amphithéâtre construit près de l'actuel jardins des plantes de Lyon, fut réalisé au confluent du Rhône et de la Saône (qui s'est déplacé depuis) au pied de la colline de la Croix-Rousse. Cet amphithéâtre avait complètement disparu. Des premières fouilles sans suite eurent lieu en 1818/1820. C'est la découverte en 1958 de l'inscription dédicatoire qui relança les fouilles, et ce qu'il reste de l'amphithéâtre fut dégagé en 1960.

*A partir de l'an -12, chaque année le 1er août, les représentants des 60 peuples gaulois se réunirent dans cet Amphithéâtre. On peut penser que la région des Carnutes fut la capitale politique de la Gaule gauloise et Lyon celle de la Gaule romaine. Il est probable qu'il y avait plus de 60 peuples avant la guerre contre César. Les Gaulois de la Narbonnaise qui avaient été annexés par Rome dans le dernier quart du second siècle avant notre ère, n'étaient pas concernés par ce tribut.

*Lyon fut la première ville de la Gaule qui se christianisa. C'est la raison pour laquelle l'évêque (ou l'archevêque) de Lyon a le titre de « primat des Gaules ». La communauté chrétienne était déjà importante lorsqu'une persécution s'abattit sur les chrétiens en l'an 177, entre juin et août.

*C'est dans cet amphithéâtre des Trois Gaules que furent martyrisés Blandine et d'autres chrétiens. Aujourd'hui, un poteau carré dans l'amphithéâtre montre l'endroit où l'on suppose que Sainte Blandine rendit son dernier soupir. Lyon avait à cette époque un évêque nommé Pothin, le premier évêque de Lyon et même de la Gaule. En 177 il était très âgé (entre 70 et 90 ans). Il mourut dans son cachot des suites des tortures de ses bourreaux.

*Les touristes ne pénètrent pas dans l'amphithéâtre, mais peuvent aisément le contempler de l'extérieur. Le cachot, ou supposé tel, où mourut le premier évêque de Lyon peut se visiter sous la chapelle de l'Antiquaille (montée Saint Barthélemy).

J.D. 25 septembre 2016

Nota : les Trois Gaules désignent un découpage administratif du territoire décidé par Auguste vers l'an -16. Il y avait la Gaule belgique au nord et à l'est, la Gaule aquitaine au sud-ouest et la Gaule lyonnaise entre les deux et qui formait un arc de cercle allant de la Bretagne à Lyon. L'expression « Trois Gaules » ne comprend pas la Gaule Narbonnaise formée antérieurement.

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:21

Cette expression de « Grande Grèce » se rapporte aux colonies grecques hors de la Grèce proprement dite. Mais selon les auteurs, on ne trouve pas le même champ géographique. Pour les uns ce sont les implantations en Italie du sud, pour d'autres celles sur l'actuelle côte turque (qui furent à l'origine des guerres « médiques » entre Perses et Grecs au début du cinquième siècle avant notre ère), etc.

Le concept qui me paraît le plus simple et le plus opérationnel est de considérer que firent partie de la « Grande Grèce » toutes les implantations grecques hors de la Grèce elle-même.

On trouvera en annexe une carte de cette Grande Grèce que j'ai empruntée à Wikipédia. L'auteure s'appelle Christine Moulin, il s'agit d'une Française installée en Grèce depuis une trentaine d'années. D'après ce que j'ai vu sur internet, elle organise des voyages à la demande. Voir son site : http://contact@decouvrirlagrece.com

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Cette carte illustre très bien la rivalité qu'il y eut entre Phéniciens et Grecs pour la conquête de la Méditerranée occidentale. Ils se firent la guerre jusqu'à ce que le Raminagrobis Romain, qu'ils n'avaient pas vu venir, les mette d'accord en les croquant l'un et l'autre, comme la belette et le petit lapin de la fable. Voir la fiche N°269 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/01/l-invasion-des-peuples-de-la-mer-n-269.html

Il convient d'ajouter que les différentes cités grecques se firent, elles aussi, souvent la guerre et que ces implantations extérieures de colonies renforçaient leur pouvoir à l'intérieur de la mère-patrie.

Les Grecs, comme les Égyptiens et les Romains furent de grands bâtisseurs et laissèrent d'importants monuments dans beaucoup de leurs colonies. Le résultat est qu'aujourd'hui on trouve plus de monuments grecs hors de Grèce que dans la Grèce elle-même et en outre, des monuments parmi les mieux conservés.

Parmi toutes ces réalisations fabuleuses, je vais en citer deux : Paestum, à une centaine de kms au sud de Naples et Agrigente sur la côte sud de la Sicile.

Paestum :

Le site de Paestum, sur le territoire actuel de Cappacio Paestum en Campanie, a été fondé sous le nom de Poseidonia vers l'an 600 avant notre ère par des Grecs de la cité de Sybaris : cité grecque elle-même fondée vers l'an 720 avant notre ère dans le golfe de Tarente. Sybaris se trouve aujourd'hui sur le territoire de la commune de Cassano all'Ionio, ville de Calabre sur le golfe de Tarente.

Les Lucaniens se sont emparés de la cité au quatrième siècle avant notre ère. La Lucanie, antique région, était à cheval sur les actuelles régions italiennes de Campanie (capitale Naples), et de Basilicate (capitale Potenza). Ils donnèrent à la ville le nom de Paeston.

Les Romains ont pris la cité en l'an 273 avant notre ère et l'ont appelé : Paestum.

La cité a alors suivi le sort de Rome. Son déclin commença lors d'une épidémie de malaria au quatrième siècle de notre ère et la ville fut détruite par les Sarrasins vers l'an 877.

Elle disparut complètement et fut redécouverte en 1748 à l'occasion de travaux. Le site fut classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998.

Le site s'étend sur 120 hectares dont seulement 25 ont été fouillés. Il comprend des antiquités de la période romaine (amphithéâtre, forum…), de la période des Lucaniens (une enceinte de 4,75 kms de long), mais surtout de la période grecque parmi lesquelles 3 temples majeurs.

Les découvreurs du XVIIIe siècle leur ont donné des noms en fonction de vocations supposées, mais qui n'ont pas été confirmées par les études plus récentes, mais ces noms du XVIIIe ont néanmoins subsisté.

Temple dédié à Héra :

Ce temple de style dorique fut construit vers l'an 550 avant notre ère. Il fut baptisé du nom de « Basilique » au XVIIIe siècle mais était dédié à Héra, qui dans la mythologie grecque était la fille de Cronos et de Rhéa et par conséquent la sœur de Zeus dont elle fut également l'épouse.

Ce temple mesure 24,35 mètres sur 54. Il possède 18 colonnes de chaque côté et 9 colonnes sur les faces avant et arrière. Ces colonnes ont 4,68 mètres de hauteur.

Temple dédié à Athéna :

Ce temple fut appelé « temple de Cérès » au XVIIIe siècle.

Cérès, déesse romaine correspond à la Déméter grecque. Elle est aussi dans la mythologie grecque fille de Chronos et de Rhéa. De son frère (Zeus), elle eut une fille : Perséphone (Proserpine pour les Romains). Déméter était la déesse de la terre et aussi celle des mystères d'Eleusis.

Athéna, fille de Zeus, était la déesse de la guerre (la Minerve des Romains) son symbole était la chouette. C'est en son honneur que la capitale des Grecs doit son nom d'Athènes.

Ce temple fut construit vers l'an 500 avant notre ère mélangeant les styles dorique et ionique. Il comporte 13 colonnes sur les côtés et 6 sur les faces avant et arrière.

Second temple à Héra :

ce temple construit vers l'an 450 avant notre ère fut appelé de Poseidon au XVIIIe siècle en référence au nom premier de la cité (Poseidonia). Au vingtième siècle il fut attribué à Héra, ce qui est contesté dans les textes les plus récents. Il serait en effet surprenant que la déesse Héra ait eu 2 temples dans la même cité. Une dédicace à Poseidon semble plus logique. D'autres auteurs récents attribuent ce temple à Zeus. Avoir dans la même cité un temple à Héra et un à Zeus a aussi sa logique.

Poseidon, le Neptune des Romains, est le dieu de la mer. Son symbole est le trident. Il est lui aussi fils de Chronos et de Rhéa et frère aîné de Zeus.

Zeus était le maître des Dieux, l'équivalent du Jupiter romain et d'Amon-Ré en Égypte. Les humains l'ont imaginé grand séducteur autant de déesses que de femmes. Son symbole est souvent la foudre.

Ce temple a 24,30 mètres sur 59,90 avec un fronton dorique, 14 colonnes de chaque côté et 6 sur les façades avant et arrière.

Le musée :

Situé de l'autre côté de la route et à mi-chemin entre l'amphithéâtre et le temple dit de Cérès, un musée a été inauguré en novembre 1952. Il fut agrandi en 1966 puis en 1970. Aujourd'hui il présente sur 3 étages toutes les découvertes effectuées lors des diverses campagnes de fouilles, ce qui illustre à la fois l'histoire de la cité mais de façon plus générale l'art grec.

Agrigente :

Le site d'Agrigente est situé presque au milieu de la côte sud de la Sicile.

La cité a été fondée vers l'an 580 avant notre ère par les Grecs de la cité de Gela, située aussi sur la côte sud de Sicile (à environ 75 kms à l'est d'Agrigente) et elle-même fondée vers l'an 690 avant notre ère par les Grecs de l'île de Rhodes. Akrakas fut le premier nom donné à la cité par les Grecs.

Cette cité connut un développement très important, ce qu'il reste des ruines grecques a reçu le nom de « Vallée des Temples » et a été classé au patrimoine de l'Unesco en 1997.

Comme tout le reste de la Sicile, les habitants de cette cité virent les combats à répétition entre Grecs et Phéniciens représentés par Carthage, puis entre Romains et Carthaginois, sans oublier les guerres entre les différentes cités grecques !

Après la première guerre punique (de -264 à -240), Rome annexa la Sicile. Ils donnèrent à Akrakas le nom d'Agigentum.

Après la chute de l'empire romain d'Occident, en l'an 476, la Sicile fut prise par les Byzantins (Empire romain d'Orient) en l'an 535, puis par les Arabes au IXe siècle. Ils donnèrent à la ville le nom de Girgenti.

Il y eut ensuite les Normands à partir de 1087, les Espagnols (dynastie d'Aragon) à compter de 1282, puis le royaume de Naples et des deux Siciles (en 1442)… Même les souverains de la Maison de Savoie eurent le titre de rois de Sicile de 1713 à 1720.

Enfin l'expédition de Garibaldi et de ses chemises rouges en 1860 permit de réunir la Sicile au nouveau royaume d'Italie.

Des nombreux monuments construits par les Grecs à Agrigente aux VIe et Ve siècles avant notre ère, il ne reste de traces que de 9 d'entre eux, mais une partie du site antique est encore enfoui sous les maisons et cultures de l'actuelle ville d'Agrigente. La muraille qui ceinturait la ville grecque mesurait 12 kms de long. Parmi les temples dont il reste traces, citons :

le temple de la Concorde : construit vers l'an 430 avant notre ère, de style dorique et comportant 34 colonnes. Il fut transformé en basilique chrétienne en l'an 579 et cela le sauva probablement de la destruction. En outre il fut l'objet d'une restauration en 1748, et c'est le restaurateur de l'époque qui lui donna son nom de temple de la Concorde mais on ne sait pas à quelle divinité il était dédié. Il avait 17 mètres sur 38 environ. Il est le seul temple d'Agrigente à peu près conservé.

Le temple de Zeus : construit vers -480, de 112 mètres sur 56 avec des colonnes de 20 mètres de haut aurait été le monument le plus important d'Agrigente, mais il fut détruit par les Carthaginois en -406.

le temple d'Héra : construit vers -450, de 17 mètres sur 38 avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Détruit par les carthaginois en -406. Quelques colonnes ont pu être redressées.

Le temple de Castor et Pollux de la moitié du cinquième siècle (avant notre ère) de 14 mètres sur 32 environ avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Il reste 3 colonnes debout. Dans la mythologie grecque, les jumeaux Castor et Pollux étaient les enfants de Zeus et de Léda reine de Sparte et par conséquent les frères de la belle Hélène.

Le temple d'Héraclès : construit vers l'an -500, il possédait 38 colonnes dont 8 furent relevées en 1924. Héraclès (Hercule pour les Romains) était fils de Zeus et d'Alcmène épouse du roi de Tirynthe (ville de Grèce en Argolide). Héraclès ou Hercule est surtout connu pour la légende des 12 travaux.

Le temple d'Athéna : construit au début du Ve siècle (avant notre ère) mesurait 15 mètres sur 35 environ avec 6 colonnes par 13

le temple à Déméter : construit vers -480/-470, mesurait 13 mètres sur 30 environ

le temple d'Héphaïstos : construit vers -430, mesurait 17 mètres sur 35 avec 6 colonnes sur 13. Héphaïstos (Vulcain pour les Romains) était le fils d'Héra seule ou d'Héra et de Zeus selon les versions. Il est le maître des forges.

Agrigente a aussi son musée archéologique qui rassemble nombre des découvertes effectuées sur le site.

En conclusion et pour employer la terminologie d'un célèbre guide touristique, les sites de Paestum et d'Agrigente méritent plus qu'un détour, carrément un voyage.

J.D. 20 juillet 2016

carte de l'expansion grecque et phénicienne

carte de l'expansion grecque et phénicienne

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973
temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 16:24

On peut lire sur certains textes que la ville de Turin fut fondée sous le règne d'Auguste (empereur de -27 à +14) et prit le nom d'Augusta Taurinorum ».

Si cela est exact pour le nom à partir du règne d'Auguste, par contre la ville existait au minimum 2 siècles avant Auguste. Au mieux, Auguste en aurait été le restaurateur ou aurait donné un nouvel élan à cette cité.

*Polybe, historien d'origine grecque qui vécut de -200 à -125 (dates approximatives) raconte dans ses « Histoires » au livre III, qu'Hannibal assiégea Turin durant 3 jours et prit la ville d'assaut. Or l'arrivée d'Hannibal en Italie se situe à la fin de l'année 218 avant notre ère.

*Avant Auguste, la ville s'appelait « Taurasia » et tenait son nom de son peuple fondateur, une tribu celtique que Polybe appelle « Taurisques » et les latins « Taurines » ou « Taurini ». Cette tribu tire son nom d'une racine « taur » qui signifie « montagne » (voir Taurus en Turquie par exemple ou Tauredunum ou Mont Taurus dans le Valais en Suisse dont l'écroulement en l'an 563 provoqua de gros dégâts et un tsunami sur le lac Léman).

*Je ne sais quand, ni pour quelles raisons la ville de Turin prit le taureau (toro en italien) comme symbole. Le taureau figure dans le blason de la ville, sur les bornes-fontaines…

*Un club de foot turinois (le Torino Football Club) est surnommé « il Toro », il a aussi le taureau dans son blason. Ce club fondé en 1906, fut l'un des principaux clubs italiens, il remporta 5 fois de suite le championnat de foot italien ; mais le 4 mai 1949, l'avion qui ramenait l'équipe de Lisbonne, son accompagnement technique et des journalistes, heurta la colline de Superga qui domine Turin et il n'y eut pas de survivants. Un monument a été dressé au lieu de l'impact et fait toujours l'objet d'un « pèlerinage », de la part de Turinois, aux dates anniversaires de la catastrophe. Le club existe toujours mais n'est plus ce qu'il était avant 1949. C'est la Juventus qui est devenue le club-phare de Turin.

*Une compagnie d'assurances (Toro Assicurazioni) fondée à Turin il y a 170 ans, a pris aussi le taureau comme référence.

Torino histoire :

C'est à l'occasion des guerres contre Carthage (de -264 à -146) que Rome acheva la conquête de l'Italie dont l'Italie du nord (appelée encore à l'époque « Gaule cisalpine ») à partir de l'an -225.

Turin et sa région suivirent donc la fortune de Rome et connurent dans les derniers siècles de l'empire romain d'Occident les grandes invasions comme le reste de l'Italie.

Après la chute de l'empire romain d'Occident (en l'an 476) Turin devint au sixième siècle le siège d'un duché lombard, puis passa sous le contrôle des Francs et de l'empire Carolingien.

*Vers l'an 1048, le mariage d'Adélaïde de Suze avec le comte de Savoie Othon 1er fit passer Turin et sa région dans le domaine de la Maison de Savoie.

*En 1562, Turin devint la capitale des Etats de Savoie lorsque Emmanuel-Philibert dixième duc de Savoie transféra son administration de Chambéry à Turin. Il a sa statue place San Carlo à Turin ; il le mérite bien quand on considère tous les investissements que firent les souverains de la Maison de Savoie à Turin et aux alentours, spécialement à la fin du XVIIe siècle et au début du dix-huitième siècle sous les règnes de Charles-Emmanuel II et Victor-Amédée II. Voir fiche N°56 http://jean.delisle.over-blog.com/article-savoie-et-maison-de-savoie-99226231.html

*Turin devint ensuite capitale du royaume de Sicile de 1713 à 1720, puis du royaume de Sardaigne de 1720 à 1861, enfin capitale du royaume d'Italie de 1861 à 1865.

Il y eut cependant des interruptions :

*Après l'invasion de l'Italie par les armées françaises commandées par Bonaparte, Turin devint au 10 septembre 1798 capitale d'une « République piémontaise » puis chef-lieu du département (français) du Pô du 11 septembre 1802 à fin avril 1814.

*C'est de Turin qu'est partie l'unité de l'Italie suite à l'alliance avec la France de Napoléon III, alliance combinée par Cavour et Victor Emmanuel II. C'est le 3 mai 1859 que la France déclara la guerre à l'empire d'Autriche-Hongrie. On trouvera en annexe un dessin montrant l'accueil enthousiaste que reçurent les troupes françaises lors de la traversée de Turin en mai 1859. Aider à faire l'unité italienne partait d'un bon sentiment, mais en affaiblissant l'Autriche, Napoléon III fit le jeu de la Prusse et cela lui coûta son trône. Voir fiche N°1http://jean.delisle.over-blog.com/article-reunion-de-la-savoie-et-de-l-arrondissement-de-nice-a-la-france-en-1860

*Après la proclamation du royaume d'Italie le 19 mars 1861, Turin prit une part importante dans le développement de la nouvelle Italie : création de la FIAT en 1889 qui fit de Turin la capitale de l'automobile italienne. La ville est également le siège de nombreuses sociétés comme Lavazza, Cinzano, Martini, la banque San Paolo etc etc

*La ville est devenue également un centre culturel important, a été « capitale olympique » avec les jeux olympiques d'hiver en 2006 et a pris une grande part dans la célébration en 2011 du cent-cinquantième anniversaire de la proclamation du royaume d'Italie.

La ville de Turin et son environnement proche méritent un voyage compte tenu de la richesse du bâti, de l'histoire de la ville …

On comprend bien que des touristes qui viennent en Europe, probablement qu'une fois dans leur vie, d'Australie, du Japon ou du Brésil ; si ils visitent l'Italie, ils donneront priorité à Venise, Florence ou Rome, mais c'est dommage pour beaucoup d'autres villes comme Turin.

J.D. 24 mars 2016

Ajout du 27 mars 2016 :

Un ami de la Dante (Gian Paolo Mauro) m'a transmis un texte en italien sur l'origine du nom de Turin. Le voici :

« Riguardo all'etimologia del toptonimo di Torino esistono due ipotesi. La più probabile potrebbe essere quella legata al termine celtico, di origine indeuropa taur (o thor)che significa monte. A conferma di cio vi sarebbe la testimonianza che riporta l'usanza celtica di venerare alcuni elementi della natura tra cui le montagne. Un'altra ipotesi più fantasiosa e meno attendibile ha invece dato vita ad una leggenda popolare che ricondurrebbe all'esistenza, nei pressi di un villaggio neolitico, di un temibile drago che sarebbe stato sconfitto da un toro (taurus) che un contadino avrebbe fatto inebriare con un otre di vino. La lotta tra i due animali sarebbe stata cruenta al punto che il toro, dopo aver sconfitto il mostro, moti perle ferite riportate. Il popolo, in onore della vittima decisero di chiamarsi Taurini »

Traduction :

Regardons l'étymologie du nom de Turin : il existe deux hypothèses :

La plus probable pourrait être celle liée à la terminologie celtique, d'origine indo-européenne taur (ou thor) qui signifie montagne. En confirmation de cela, vous avez le témoignage rapporté par l'usage celtique de vénérer des éléments de la nature à travers les montagnes.

Une autre hypothèse plus fantaisiste et moins digne de foi a au contraire donné vie à une légende populaire selon laquelle, aux abords d'un village néolithique, se trouva un terrible dragon qui aurait été vaincu par un taureau qu'un paysan aurait enivré avec une outre de vin. La lutte entre les deux animaux aurait été sanglante, au point que le taureau après avoir vaincu le monstre, mourut des blessures reçues. Le peuple en honneur de la victime décida de s'appeler « Taurini ».

Ajout du 29 mars 2016 :

Dans le dernier tome de « Maison de Savoie », Marie José (dernière reine d'Italie inhumée à Hautecombe le 2 février 2001), publie la liste des « confréries réunissant les gens de métiers » à Turin à l'époque d'Amédée VIII (décédé le 7 janvier 1451), c'est-à-dire au début du quinzième siècle, ce qui correspond aussi à la fin du Moyen Age, en rappelant que les historiens sont quasi unanimes pour borner le Moyen Age de l'an 476 (fin de l'Empire romain d'Occident) à l'an 1453 (fin de l'Empire romain d'Orient et fin de la guerre de Cent Ans).

Cette liste donne une idée des métiers exercés à l'époque, tout au moins de ceux qui étaient organisés en confrérie, la voici :

barbiers, tailleurs, marchands, taverniers, charpentiers, mégissiers, lainiers, cordonniers, fourniers, potiers, serruriers, cardeurs, boulangers, épiciers, meuniers, scieurs, bêcheurs, scribes, bûcherons, bergers, vignerons, laboureurs et pêcheurs

entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859

entrée des troupes françaises à Turin en mai 1859

borne fontaine à Turin, photo J.D. 6 juin 2015

borne fontaine à Turin, photo J.D. 6 juin 2015

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 12:26

1-en Italie

Jusqu'à l'unification à partir de 1859, et depuis la chute de Rome (en 476), l'Italie fut très morcelée. Certains territoires changèrent souvent d'Etat et de maître ; d'autres ne furent indépendants que durant des temps limités par exemple Bologne de 1401 à 1506, Ferrare de 1240 à 1598, Mantoue de 1115 à 1708, Gênes qui après des heures glorieuses devint République ligurienne en 1797, fut annexée par la France en 1805 puis par le royaume de Sardaigne en 1815, sans parler de Milan, Naples, de la Sicile...

Après les congrès de 1815, par exemple, l'Italie se retrouva divisée en 10 Etats : le royaume de Sardaigne (dont la capitale était à Turin) , le royaume lombard-vénitien (sous la dépendance de l'Autriche), le royaume de Naples et de Sicile, les Etats de l'Eglise, le duché de Parme, le duché de Modène, le grand Duché de Toscane, le duché de Massa, le duché de Lucques et San Marin.

Non seulement de nombreuses langues ou dialectes étaient parlés à travers l'Italie, mais chaque Etat avait son système monétaire qui en outre changeait au fur et à mesure des occupations ou annexions par l'Autriche, le Saint empire, la France, l'Espagne.. .Voici un aperçu de cette diversité :

*En Toscane : C'est en Toscane que fut créé en 1252 le Florin en or (en italien « fiorino » -de l'italien « fiore » : fleur-, qui reçut ce nom parce que la première émission comportait une fleur de lis en décoration). Le florin eut à l'époque une grande importance dans les échanges internationaux jusqu'à ce qu'il soit détrôné , à partir de la fin du XVe siècle par le ducat d'or de Venise. Au moment de la réunion de la Toscane au royaume de Sardaigne (en mars 1860), la monnaie en vigueur en Toscane était la lire (lira) avec 3 subdivisions : 1 lira = 12 crazie = 20 soldi = 60 quattrini.

*En Vénétie : C'est en 1282 que fut frappé à Venise le premier ducat en or (le ducat étant la monnaie à l'effigie du duc). En 1543 est créé le « ducato » en argent tandis que le ducat en or prend le nom de sequin « zecchino » (de la Zecca qui était l'hôtel de la monnaie de Venise). L'apogée du ducat, qui remplaça le florin comme monnaie internationale, correspond à l'apogée de la République de Venise et de ses succès militaires et commerciaux. Sous l'occupation autrichienne (à partir de 1797) les monnaies en vigueur furent le fiorino (1 fiorino = 100 soldi) ou le gulden (1 gulden = 100 baiocchi)

*Dans la République de Gênes : De 1252 à 1415 fut frappé à Gênes une monnaie en or appelée le « genovino » subdivisé en « quartarola » (un quart de genovino) et en ottavino (un huitième)

*Dans les Etats pontificaux et en Romagne : jusqu'en 1867, l'unité de comptes est le scudo divisé en baiocchi (1 scudo = 100 baiocchi)

*Dans le royaume de Naples et de Sicile : au moment de la réunification (en octobre 1860), l'unité monétaire était le ducat avec 2 subdivisions (1 ducat = 100 grana = 200 tornese)

*Dans le Trentin : la dernière monnaie en vigueur au moment du rattachement à l'Italie en 1919 est la couronne (1 krone = 100 heller)

*Dans le royaume de Sardaigne : La maison de Savoie eut sa propre monnaie dès son origine puisque le premier comte de Savoie (Humbert aux Blanches mains au XIe siècle) fit battre monnaie (des « Gros d'Argent »). A partir de 1359, Amédée VI (le comte Verd, avec un « d » selon l'orthographe en vigueur à l'époque d'Amédée VI) fit frapper des Florins d'or. En 1561, les anciennes monnaies sont abolies sous le duc Emmanuel-Philibert, et remplacées par la Livre divisée en sols et en deniers (1 Livre = 20 sols = 240 deniers). A partir de 1717, sous Victor-Amédée II (dernier duc de Savoie et premier roi de Sardaigne), changement de parité, la Livre vaut 12 sols ou 144 deniers. Des multiples sont ensuite créés : la Doppia puis le Carlin sous Charles-Emmanuel III : 1 doppia = 2 carlins = 24 livres.

Dès 1801, dans le royaume de Sardaigne (dont une grande partie a été annexée par la France), une première pièce de 20 lires en or est émise dont la valeur est alignée sur celle du franc français. Napoléon 1er impose la lire et sa parité avec le franc à Milan, Venise, Bologne puis à Gênes et Rome . Après la chute de Napoléon, chacun revint à ses anciennes frontières et anciennes monnaies.

Il faut préciser que la lire est une ancienne monnaie qui fut créée en Europe par Charlemagne (monnaie d'argent).

À partir du XVIe siècle, plusieurs Etats en Italie émirent des lires.

Le terme « lire (lira en italien, lire au pluriel) est dérivé du mot latin libra (unité de poids chez les Romains. Cette livre était divisée en 12 onces et pesait 327 grammes).

Le 24 août 1862, le nouveau royaume d'Italie adopta la lire de 4,5 grammes d'argent ou 290,3225 milligrammes d'or. Cette lire fut divisée en 100 centimes. Cette monnaie s'imposa à tous les anciens Etats d'Italie au fur et à mesure de l'unification.

L'Italie adhéra au SME (système monétaire européen) le 12 mars 1979, procéda à deux dévaluations de la lire (6% le 20.7.1985 et 3,5% le 4.9.1992), quitta le SME le 17.9.1992 et le réintégra en novembre 1996.

Enfin la lire a cédé la place à l'Euro (1 euro = 1936,27 lires) à compter du 1er janvier 2002.

2-dans la Rome antique :

Au début de l'histoire de la Rome antique, ce furent des masses métalliques qui servirent pour les échanges. À partir du troisième siècle avant note ère, les Romains fabriquèrent des pièces de monnaie comme on les conçoit aujourd'hui. Ce furent d'abord des « as » en bronze. Puis le monnayage se diversifia au fur et à mesure des conquêtes romaines qui leur permettaient de s'emparer des trésors d'autres pays ou de mettre des mines en exploitation.

Au temps de la République romaine (qui prit fin en -27), on eut déjà des deniers en argent, des sesterces (en argent puis en bronze) et des as en cuivre avec l'équivalence suivante : 1 denier = 4 sesterces = 10 as.

La diversification des monnaies et des métaux utilisés se poursuivit sous l'empire avec les équivalences suivantes :

l'Aureus (en or) = 2 quinaires d'or = 25 deniers d'argent = 50 quinaires d'argent = 100 sesterces en laiton = 200 dupondii en laiton = 400 as en cuivre = 800 semis en cuivre= 1600 quadrans en cuivre

l'Antoninianus créé au 1er siècle valait 2 deniers et l'aureus fut remplacé au début du quatrième siècle par le solidus d'or ; les autres monnaies évoluèrent également.

A l'origine, la valeur de la monnaie était fonction de la valeur et du poids du métal qui la composait. Mais pour faire face au besoin du commerce lié à l'extension de la puissance romaine, puis à l'inflation, on fabriqua de plus en plus de pièces avec le même poids de métal et, pour y parvenir, les pièces furent « fourrées » d'un autre métal (cuivre à l'intérieur de l'argent par exemple) ou leur poids fut réduit.
Ainsi l'antoninianus qui pèse 5,11 grammes dont 50% d'argent en l'an 215, ne pèse plus que 3 grammes avec 1% d'argent seulement en l'an 269. Autre exemple : en 64, Néron fait fabriquer des aurei qui ne contiennent plus de 7,4 grammes d'or au lieu de 7,7 auparavant et des deniers d'argent de 3,45 grammes contre 4,50 à l'or
igine.

Avec des guerres de plus en plus lointaines et à certaines périodes le manque de bras pour l'industrie ou l'agriculture, les prix peuvent monter, c'est l'inflation.

Ainsi, la même mesure de blé qui valait 1 denier au début du premier siècle, en vaut 4 en l'an 250, 50 en 176 et 330 en l'an 301.

En décembre 301, un édit de l'empereur Dioclétien (dit « édit du maximum ») bloque les prix. Les prix maximums suivants furent par exemple fixés :

1 œuf : 1 denier

20 escargots : 4 deniers

1 citron : 24 deniers

1 poulet : 30 deniers

1 oie grasse : 200 deniers

1 esclave femelle de 16 à 40 ans : 25.000 deniers

1 esclave mâle de 16 à 40 ans : 30.000 deniers

1cheval de course : 100.000 deniers

1 lion d'Afrique 150.000 deniers

Si en -31, la fortune du Consul Publius Crassus était évaluée à plus de 100 millions de sesterces, à l'époque de l'édit de Dioclétien, cette somme ne constitue plus que le revenu annuel d'un sénateur moyen tandis qu'un coiffeur ne gagnait que 8 sesterces par client et un avocat 4.000 par plaidoirie.

A l'inverse de la rareté qui entraîne la hausse des prix et l'inflation, la surabondance peut conduire à la chute des cours. L'exemple type étant celui de la conquête de la Sardaigne par les Romains en -238. De nombreux Sardes furent vendus comme esclaves si bien que le prix de l'esclave chuta de beaucoup et jusqu'à la fin de l'histoire romaine, pour désigner quelque chose de pas cher, l'expression "bon marché comme un Sarde" était souvent utilisée.

J.D. 18 août 2014

Nota : la récapitulation thématique des notes de ce blog ainsi que la récapitulation des illustrations se trouvent sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

billets italiens en lires : 1.000 lires de 1990 effigie : Maria Montessori, billet de 10.000 lires de 1978 effigie : Nicolas Copernic, billet de 10.000 lires de 1973 effigie : Michel-Ange

billets italiens en lires : 1.000 lires de 1990 effigie : Maria Montessori, billet de 10.000 lires de 1978 effigie : Nicolas Copernic, billet de 10.000 lires de 1973 effigie : Michel-Ange

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:29

 

 

 

C'est un moine nommé Denys, surnommé Denys le Petit (né vers l'an 470 et mort en l'an 544) qui proposa au Vatican de faire partir la numérotation des années du calendrier, de la date supposée de la naissance de Jésus Christ. Cela fut accepté par la papauté mais mit plus de trois siècles pour s'imposer dans tous les pays de la chrétienté.

Dans la Rome antique, la numérotation des années partait de la date de la fondation légendaire de Rome en l'an 753 avant notre ère (voir sur mon blog la fiche N°77 : « à Rome un 21 avril »). Le résultat est que les gens qui vivaient en l'an 247 de notre calendrier, n'ont jamais su qu'ils étaient en l'an 247. Pour eux ce fut l'an mil. L'arrivée de l'an mil fut célébrée avec un grand faste dans tout l'empire romain. C'était au temps de l'empereur Philippe, d'origine syrienne, surnommé Philippe l'Arabe qui régna de l'an 244 à l'an 249 de notre calendrier soit l'an 997 à l'an 1002 du calendrier romain encore en vigueur. Cette célébration tombait à pic pour faire oublier aux citoyens les malheurs du temps, car l'an mil romain fut précédé d'une des périodes noires de l'histoire de la Rome antique. Ainsi, dans l'ancien empire romain, le calendrier ayant changé on célébra une seconde fois l'an mil. 753 ans plus tard pour celles des nations devenues et restées chrétiennes et un peu plus de 1330 ans plus tard dans l'espace de l'ancien empire romain devenu musulman, puisque l'année musulmane commence avec l'hégire (fuite de Mahomet de La Mecque vers Médine en 622 du calendrier chrétien) et compte tenu que l'année musulmane ne compte que 354 jours ce qui fait rattraper environ 3 années par siècle sur le calendrier chrétien.

Le calendrier romain :

Pendant longtemps, l'année romaine commença au mois de mars. Les grands pontifes fixaient à Rome le calendrier ; la plupart des charges étant annuelles, pour avantager ou nuire à tel ou tel , les grands pontifes successifs en avaient pris à leur aise avec le calendrier et au temps de César, les fêtes des moissons ne tombaient plus en été, ni celles des vendanges en automne. César y mit de l'ordre et fit commencer l'année le 1er janvier à partir de l'an 45 avant notre ère (soit l'an 708 du calendrier romain). L'année -46 (707 romain) eut 15 mois pour réparer les désordres dûs aux pontifes et se cadrer sur le soleil.

C'est parce qu'antérieurement à cette réforme de César, le calendrier romain commençait en mars que les mois de septembre (7), octobre (8) novembre (9) et décembre (10) sont depuis décalés et correspondent dans l'année aux mois numéros 9 à 12. les noms des autres mois sont aussi d'origine romaine :

*janvier : de Janus, dieu à double tête qui regardait en même temps devant et derrière, c'est-à-dire vers le passé et vers l'avenir et symbolisait les transitions, passages, la nouvelle année...

*février : mois des purifications (februo), qui était le douzième mois du calendrier avant César et le plus court de l'année parce que dédié aux cultes des morts

*mars : nom du dieu de la guerre

*avril : du latin aprilis, origine incertaine, mais mois dédié à Vénus selon certains

*mai : de Maia déesse italique mais aussi grecque (mère d'Hermès)

*juin : selon les auteurs, de la déesse Junon ou de Junius Brutus un des deux premiers consuls lorsque la république romaine fut proclamée en -509 (an 244 de Rome)

*juillet de Julius César né le 12 juillet -102 (an 651 de Rome)

*août du latin Augustus, qui fut le titre puis devint le nom du premier empereur de Rome né le 21 septembre -63 (an 690 de Rome), mais Auguste avait préféré donné son nom au mois d'août. Il est d'ailleurs mort le 19 août 14 (an 767 de Rome). Juillet avait 31 jours et août 30. Pour que le mois qui lui était dédié ne soit pas moins long que celui dédié à César, Auguste fit décaler les mois pour que août ait 31 jours comme juillet.

Si pour l'essentiel nous devons notre calendrier aux Romains, n'oublions pas que ce furent les Egyptiens les premiers qui utilisèrent un calendrier annuel de 12 mois et de 365 jours qu'ils divisèrent en 24 heures.

 

Les événements :

La proclamation de l'an mil (romain) fut précédée et suivie d'une période qui fut appelée « période d'anarchie militaire ».

*Le 18 mars 235 (an 988 de Rome), les légionnaire assassinèrent l'empereur Alexandre Sévère et sa mère. Il était au pouvoir depuis l'an 222 (an 975 de Rome). *Les légionnaires portèrent Maximin sur le trône. Celui-ci se comporta en despote. En avril 238 (an 991 de Rome), à Thysdrus (dans l'actuelle Tunisie), le peuple se soulève, décide d'organiser la résistance et nomme Gordien (Gordien 1er âgé de 81 ans, descendant des Gracques par son père et de l'empereur Trajan par sa mère) comme empereur en y associant son fils Gordien II âgé de 46 ans. Gordien père et fils envoient une délégation au Sénat à Rome pour l'informer de la situation, lui demander de légitimer l'élection et surtout, d'organiser la résistance contre Maximin.

Les légions d'Afrique fidèles à Maximin interviennent contre la population révoltée qui ne fait pas le poids. Gordien II est tué au combat, son père se suicide après 36 jours de règne.

*A Rome, en février 238, lorsque le Sénat apprend la mort des Gordien, il choisit deux nouveaux empereurs en son sein : Balbin et Maxime, charge 20 sénateurs d'organiser la défense contre les légions de Maximin et promet une forte récompense à qui tuera Maximin. Des combats ont lieu en avril 238 entre les légions de Maximin et celles fidèles au Sénat et aux nouveaux empereurs à Aquilée (près de l'actuelle Venise). Maximin et son fils Maximus sont assassinés par leurs propres soldats.

*Balbin et Maxime, les deux nouveaux empereurs qui ne s'entendaient pas, furent eux aussi assassinés le 29 juillet 238, par les soldats, avant qu'ils aient eu le temps de se faire la guerre. Cela portait à 5 le nombre d'empereurs tués en cette année 238. (dur métier!).

*Gordien III, fils et petit-fils des précédents devint alors empereur à l'âge de 14 ans. Six ans plus tard il était assassiné alors qu'il était en campagne contre les Perses sur les bords de l'Euphrate, par Philippe, un de ses officiers qui devint empereur à sa suite et qui célébra l'an mil de Rome. Il eut raison de profiter des fêtes du millénaire car à l'automne de l'an 249 (an 1002 de Rome), Philippe fut tué à Vérone lors de combats contre Dèce autre prétendant au trône, pendant que son fils était tué à Rome. Ensuite, en 20 ans, 7 empereurs furent assassinés. Comme quoi, la lutte pour le pouvoir ce n'est pas nouveau !

J.D. 2 avril 2013

 

 

La récapitulation des notes de ce blog, par thèmes, se trouve sur la fiche N° 76.

 

 

Buste de Philippe empereur en l'an mil de Rome, au Musée de l'Ermitage à Saint Pétersbourg

Buste de Philippe empereur en l'an mil de Rome, au Musée de l'Ermitage à Saint Pétersbourg

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 17:33

 

 

L'art du poison semble être une spécialité féminine car plusieurs femmes s'illustrèrent dans ce domaine au cours de l'Histoire telle la Voisin à Paris au XVIIe siècle. Mais être empoisonneuse sous le règne de Néron est évidemment l'optimum : plein emploi garanti !

Néron qui régna de 54 à 68 fut le cinquième empereur de la Rome antique. Il vint au pouvoir après Octave (plus connu sous le nom d'Auguste), Tibère, Caligula et Claude. Les deux principales sources d'informations sur Néron sont Suétone (Vies des douze Césars, livre VI) et Tacite (Annales livres XII à XV).

Suétone naquit vers l'an 70 et mourut vers l'an 130. Il fut responsable de la correspondance de l'empereur Hadrien après avoir été responsable des archives et documentation de Rome ainsi que de la bibliothèque.

Tacite naquit vers l'an 58 et mourut vers l'an 120. Gendre de Lucius Agricola (général romain qui s'est surtout illustré par la conquête de la « Bretagne », appelée aujourd'hui « Grande-Bretagne »), il fut successivement prêteur, consul, sénateur puis gouverneur de la province d'Asie sous les règnes des empereurs de Vespasien à Trajan.

Tous deux furent donc particulièrement bien placés pour avoir accès aux sources d'informations officielles. Certains auteurs leur reprochent un certain parti-pris. A la tribune de l'ONU, Khrouchtchev déclara un jour : « personne n'est neutre, sauf Dieu et Dieu n'existe pas ».je lui laisse la responsabilité de son appréciation sur Dieu, par contre il a probablement raison en ce qui concerne la neutralité. Cependant le cas de Néron est tellement caricatural, que même si les auteurs en ont rajouté, ils sont peut-être encore en dessous de la réalité.

Néron naquit le 15 décembre de l'an 37. Il est le fils de Gnaeus Domitius Ahénobarbus (petit-fils de Marc-Antoine) et d'Agrippine, sœur de l'empereur Caligula, arrière petite-fille de l'empereur Auguste et nièce de l'empereur Claude. Voir sur mon blog les fiches 33 et 34 relatives aux Julio-Claudiens.

Selon Suétone, Caligula entretint des relations incestueuses avec toutes ses sœurs dont Agrippine (Vies des douze Césars livre IV, en XXIV).

Claude né à Lyon en 10 avant notre ère, devint empereur après l'assassinat de Caligula le 24 janvier de l'an 41. Il avait eu Plautia pour première épouse, dont il avait eu un enfant mort en bas âge. Remarié avec Paetina en 28, il en avait eu une fille (Antonia), Remarié une nouvelle fois avec Messaline en 38 il en avait eu 2 enfants : Octavie (en 40) et Britannicus né le 12 février 41. Messaline fut exécutée en 48 pour avoir comploté contre Claude. Agrippine se mit alors sur les rangs pour épouser Claude qui était son oncle (le frère de son père).

En premières noces, Agrippine avait été mariée avec Domitius Ahénobarbus dont elle avait eu un fils : Néron. Après la mort de ce premier mari (en janvier 40), elle se remaria avec un très riche romain qui mourut fort opportunément pour laisser sa fortune à Agrippine. Agrippine parvint à évincer les prétendantes et à se marier avec Claude le 1er janvier 49. Il fallut une décision spéciale du Sénat de Rome pour autoriser ce mariage d'un oncle avec sa nièce.

Une fois dans la place, Agrippine fit adopter son fils Néron par Claude (le 25 février 50), puis fit épouser à Néron, Octavie fille de Claude et de Messaline, en 53. Ainsi Néron beau-fils de l'empereur Claude par le mariage de sa mère devint aussi le gendre de l'empereur par son mariage avec Octavie. Cela le mettait sur un pied d'égalité avec Britannicus pour succéder à Claude. Tout cela effectué, Claude devenait inutile aux projets d'Agrippine. La première, elle utilisa les services de Locuste. Voici ce qu'écrit Tacite : « Agrippine, résolue depuis longtemps au crime, pressée de saisir l'occasion et ne manquant pas d'instruments, délibéra sur la nature du poison.... On choisit une femme habile en cet art, nommée Locusta, condamnée depuis peu pour empoisonnement, et qui fut longtemps un instrument de pouvoir. Le poison fut préparé par le talent de cette femme (le 13 octobre 54) et donné par l'eunuque Halotus, dont la fonction était de servir les mets et de les goûter. Tous les détails devinrent si publics que les historiens du temps nous ont appris que le poison fut mis dans un succulent plat de cèpes... Agrippine feignant d'être vaincue par la douleur et de chercher des consolations, serrait Britannicus dans ses bras, l'appelait la vivante image de son père, et, par mille artifices, l'empêchait de sortir de son appartement. Elle retint de même ses sœurs Antonia et Octavie. Des gardes avaient fermé par ses ordres toutes les avenues du palais, et elle publiait à chaque instant que la santé du prince (Claude) était meilleure, afin d'entretenir l'espérance des soldats et d'attendre le moment favorable... ». (Annales livre XII en LXVI et LXVII)

Agrippine put ainsi faire proclamer son fils Néron empereur par les soldats. En même temps elle pensait assurer son pouvoir. Ce fut le cas au début du règne de Néron mais lorsque celui-ci commença à écarter sa mère pour gouverner seul, elle eut même une relation incestueuse avec Néron pour conserver son pouvoir (Suétone, Vies des douze Césars livre VI en XXVIII). Agrippine qui avait eu des relations avec son frère, qui avait épousé son oncle, puis l'avait empoisonné n'en était plus à cela près ! En Egypte sous la XIXe dynastie, Ramsès II avait bien eu deux de ses filles dans ses grandes épouses royales ! Cela devait faire partie du programme « mariage pour tous » Quand on supprime les limites, où s'arrête-t-on ?

Malgré cet inceste avec sa mère, Néron finit par vouloir la noyer, mais comme le coup échoua car elle savait nager, il envoya des soldats pour la poignarder. Elle présenta son ventre aux soldats en disant « frappez là ». Elle voulait dire « punissez ce ventre pour avoir porter un tel monstre ».

Néron fut responsable de la mort d'une grande quantité de gens. Il en empoisonna avec les préparations de Locuste, ce fut le cas de Britannicus qui mourut d'un poison foudroyant la veille de sa majorité. D'autres furent contraints de se suicider sur ordre ce qui fut le cas entre autres de Pétrone, de Lucain ou de Sénèque qui avait été le précepteur de Néron. D'aucuns furent massacrés, ou livrés aux lions, ce qui fut le cas de chrétiens et même de sénateurs. Octavie fille de Claude et de Messaline et épouse de Néron fut massacrée ainsi que sa sœur Antonia fille de Claude et de Paetina. Néron tua Popée, qu'il avait épousée après Octavie, de coups de pieds dans le ventre alors qu'elle était enceinte.....

Il en fit tellement en matière de crimes et de débauche que les légions se soulevèrent. Julius Vindex, gaulois d'origine qui commandait les légions romaines de la gaule lyonnaise fut le premier à prendre la tête de la révolte, bientôt suivi par Galba et les légions d'Espagne et d'autres. Le Sénat le déclara ennemi public.

Par un curieux paradoxe, Locuste ne put rien pour aider Néron à quitter la vie. Lorsque Néron s'enfuit en juin 68, ses gardes l'avaient déjà abandonné et pillé, emportant notamment le coffret contenant les précieuses préparations de Locuste.
Néron avait choisi de se suicider mais ne parvenait pas à s'y résoudre. Lorsque le pas des chevaux des légionnaires qui venaient l'arrêter se fit entendre, le 9 juin 68, il fallut qu'Epaphrodite (un de ses esclaves affranchis) lui enfonce un poignard dans la gorge pour que Néron, après quatorze de règne, se décide à passer de vie à trépas.

Si Locuste peut être considérée comme la « mère » de toutes les empoisonneuses, Néron, lui, serait plutôt le « saint patron » d'autres cercles, si l'on ose écrire. En effet, si Néron eut des relations avec de nombreuses femmes y compris celles qu'il viola (dont des vestales), il en eut aussi avec des hommes. Il fit même émasculer son esclave Sporus qu'il prétendit transformer en femme, qu'il appelait Sabina et qu'il embrassait en public.

Dans les domaines du vice et de la cruauté, il faut dire que devenant empereur après Tibère, Caligula et Claude, il fallut une imagination particulièrement fertile à Néron pour innover !

J.D. 25 mars 2013

 

 

La récapitulation des notes de ce blog par thèmes se trouve sur la fiche N° 76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html
tête de Néron au musée national de Rome

tête de Néron au musée national de Rome

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 17:46

Les Romains, comme beaucoup de peuples antiques, furent particulièrement superstitieux, une superstition organisée, légalisée.

De toutes manières, de la Pythie de Delphes à Madame Soleil, en passant par la Sibylle de Cumes, les humains ont toujours eu besoin de se rassurer et de consulter des diseuses ou diseurs de bonne aventure censés avoir des dons particuliers ou être inspirés des dieux.

La superstition est probablement aussi vieille que le genre humain. On en trouve déjà trace dans les récits d'Homère sur la guerre de Troie (située au début du douzième siècle avant notre ère), à travers le devin Calchas ou Cassandre dotée d'un don prophétique par le dieu Apollon.

Chez les Romains dès le texte sur la fondation légendaire de Rome, au huitième siècle avant notre ère, on voit les jumeaux Rémus et Romulus consulter le vol des oiseaux.
Très tôt dans l'histoire de Rome, un collège d 'augures fut organisé. On a trace de 6 membres vers l'an 300 avant notre ère, de 16 membres au temps de César, c'est-à-dire au premier siècle avant notre ère. Ces augures étaient consultés par le Sénat, les Consuls, les généraux etc avant toutes les grandes décisions, comme les déclarations de guerres etc. Les augures devaient observer le vol des oiseaux, ou l'appétit des poulets. Après une cérémonie de positionnement très réglementée, si le premier vol d'oiseaux observé, passait à droite (dexter) de l'augure, le signe était réputé favorable, à l'inverse, si il passait à gauche (sinister), le signe était défavorable. A travers les siècles et dans beaucoup de mythologies, la gauche a toujours eu une connotation négative. Voir sur mon blog le texte consacré à la satire.

Le dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe (roi de -534 à -509) aurait acheté des livres à la Sibylle de Cumes et institué un corps de 2 prêtres chargés d'en interpréter le sens. Au premier siècle de notre ère, l'empereur Claude étudia la langue étrusque et créa une nouveau corps de « devins » appelés Haruspices et chargés d'examiner et d'interpréter les viscères d'animaux. Dans leurs pratiques superstitieuses, les Romains semblent avoir beaucoup emprunté aux Etrusques qui eux-mêmes ont emprunté aux Babyloniens, aux Hittites etc.

Parmi les signes étudiés par les Etrusques, il y avait la foudre. Les éclairs venant de l'est étaient une chose positive, ceux venant de l'ouest étaient au contraire de mauvais augures. Le pire étaient les éclairs venant du nord-ouest. Source : encyclopédie des symboles diffusée par France-Loisirs en 1989.

Le jour où le nouveau président de la République française est entré en fonction, il a pris l'avion pour se rendre à Berlin. Son avion touché par la foudre a fait demi tour. Je ne sais pas d'où venait cette foudre, mais probablement du nord-ouest. Mais comme le dit un chroniqueur sur France-Info : « vous n'êtes pas obligés de me croire ».

J.D. 16 mai 2012

la louve allaitant Rémus et Romulus à Pise piazza dei Miracoli ou del Duomo, photo J.D. 29.5.2009

la louve allaitant Rémus et Romulus à Pise piazza dei Miracoli ou del Duomo, photo J.D. 29.5.2009

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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 15:04

Crésus ou Crassus ?

Crésus : Crésus naquit en -596. Il fut le dernier roi de Lydie. La Lydie occupait un espace dans l'actuelle Turquie, le long de la côte égéenne, bordée par la Mysie au nord, la Phrygie à l'est et la Carie au sud. Sardes était la capitale de la Lydie. Ce pays était très riche à cause de sa situation géographique assez centrale mais aussi à cause d'une rivière nommée « Pactole » qui charriait des sables aurifères. Selon Hérodote (« L'enquête », livre I – 94), les Lydiens furent les premiers a frapper de la monnaie en or. D'où les expressions bien connues : « être riche comme Crésus » ou « toucher le pactole ». Crésus devenu roi en -561, se lança dans une politique de conquêtes et c'est sous son règne que la Lydie atteignit son apogée. Mais il fut vaincu en -548 par Cyrus le Grand roi des Perses, fut fait prisonnier et mourut en -546. Après avoir été annexée par les Perses, la Lydie tomba sous la domination des Grecs à partir d'Alexandre le Grand puis sous la domination romaine en -129.

 

Crassus : Marcus Licinius Crassus naquit à Rome vers -115. Il fit fortune et devint de son temps l'homme le plus riche de Rome. Sa fortune commença au temps des proscriptions de Sylla (en récupérant les biens des proscrits), puis se compléta par le trafic des esclaves, l'exploitation de mines d'argent etc Il fut vainqueur de Spartacus en -71, finança l'ascension de César et fit partie du premier triumvirat en -60 avec Pompée et César. Envoyé en Asie, il franchit l'Euphrate pour combattre les Parthes qui avaient pris le pouvoir dans l'empire perse. Crassus fut vaincu en -53 par le général parthe Suréna à Carrhes (dans l'actuelle Turquie). Selon Dion Cassius (Histoire romaine livre 40 – 183/185), Suréna fit couler de l'or fondu dans la bouche de Crassus, ainsi se termina la vie de l'homme le plus riche de Rome.

 

Alors vaut-il mieux être riche comme Crésus ou comme Crassus ?

Il est difficile de comparer des situations à 4 siècles d'intervalle, mais, si en outre, on s'abstient de prendre en compte des critères moraux sur l'origine des fortunes, qui fut le plus riche de Crésus et de Crassus ?. Crésus était très riche. Hérodote décrit minutieusement les offrandes qu'il fit à Delphe après avoir consulté la pythie avant de partir en guerre contre la Perse (« L'Enquête », livre I – 50 et suivants). Mais d'un autre côté, au premier siècle avant notre ère, Rome avait déjà conquis une grande partie du monde connu de l'époque et amassé des richesses considérables dans la capitale. On peut donc penser que la fortune de Crassus dépassa celle de Crésus et qu'il vaudrait mieux par conséquent être riche comme Crassus que comme Crésus.

J.D. 14.12.2010

tête de Crassus musée du Louvre

tête de Crassus musée du Louvre

Crésus roi de Lydie, image du net

Crésus roi de Lydie, image du net

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