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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 13:48

Révolution française, chronologie N°702

 

*5 mai 1789 : ouverture des « Etats-Généraux », les premiers Etats-Généraux en France datent du 16 avril 1302 sous Philippe IV le Bel, avec des représentants de la noblesse, du clergé et des Villes. Il y en eut ensuite en 1347, 1367, 1439, 1468, 1484, 1560, 1593, 1614 avant ceux de 1789. C’est en 1484 que les représentants des villes prirent le nom de « Tiers état ». En 1789, la noblesse eut 270 représentants, le clergé 291 et le Tiers-état 578, mais le vote se faisait par ordre et non par tête.

*17 juin 1789 : serment du Jeu de paume, les Etats-Généraux se proclament « Assemblée nationale »

*20 juin 1789 : l’Assemblée nationale prend le nom « d’Assemblée constituante ».

*14 juillet 1789 : prise de la Bastille, institution de la « commune de Paris »

*4 août 1789 : abolition des privilèges (de la noblesse et du clergé)

*5 et 6 octobre 1789 : la foule se rend à Versailles, la famille royale contrainte de revenir à Paris (aux Tuileries)

*3 novembre 1789 : une constitution est promulguée avec en préambule une « déclaration des droits de l’homme et du citoyen ».

*12 juillet 1790 : décret de la Constituante sur la « Constitution civile du clergé »

*20 juin 1791 : fuite ratée de la famille royale (Varennes).

*août-septembre 1791 : élection de 745 députés à l’Assemblée législative.

*1er octobre 1791, l’Assemblée législative remplace l’Assemblée constituante ; le 16 mars 1791 les députés avaient voté une loi pour interdire aux députés de la Constituante d’être élus à l’Assemblée législative.

*20 avril 1792 : déclaration de guerre à l’Autriche par 744 députés sur 745. La Prusse se joint à l’Autriche.

*25 avril 1792 : premier usage de la guillotine en France

*20 juin 1792 : invasion des Tuileries par la population, le roi contraint de coiffer le bonnet phrygien.

*10 août 1792 : victoire de Valmy sur l’armée prussienne , nouvelle invasion des Tuileries, déchéance du roi et début de fait de la République. La « commune de Paris » devient « révolutionnaire ».

*26 août 1792 : décret sur les prêtres réfractaires (75.000)

*du 2 au 7 septembre 1792 : les massacres de septembre

*20 novembre 1792 : découverte de l’armoire de fer contenant 625 documents dont des correspondances avec l’Autriche

*3 décembre 1792 : ouverture du procès de Louis XVI

*de 1793 à 1796 : guerre de Vendée.

*17 janvier 1793 : dernier vote condamnant Louis XVI à la peine de morts immédiate : 361 voix pour et 360 contre !

*21 janvier 1793 : à 10,22 heures du matin, exécution de Louis XVI

*10 mars 1793 : loi instituant le Tribunal révolutionnaire

*13 juillet 1793 : Jean-Paul Marat assassiné dans sa baignoire par Charlotte Corday

*17 juillet 1793 : Charlotte Corday guillotinée, on trouvera en illustration un tableau montrant Charlotte Corday conduite à l’échafaud, emprunt au net.

*16 octobre 1793 : exécution de Marie-Antoinette, fille de Marie-Thérèse la grande impératrice d’Autriche, elle avait épousé Louis le 16 mai 1774

*31 octobre 1793 : 21 députés girondins guillotinés

*8 novembre 1793 : Manon Roland, âme des Girondins, guillotinée

*24 mars 1794 : Hébert (qui publiait « le Père Duchesne ») et 19 autres « Hébertistes » guillotinés

*5 avril 1794 : les « Cordeliers » (Danton, Camille Desmoulins, Fabre d’Eglantine…) sont guillotinés.

*10 mai 1794 : Elisabeth sœur de Louis XVI, guillotinée ;

*28 juillet 1794 : Maximilien Robespierre, son frère Augustin, Saint Just, Couthon… en tout 23 « révolutionnaires » sont guillotinés, cela met fin à la terreur et à la Révolution. 82 autres « Jacobins » sont guillotinés dans les 48 heures qui suivent.

*7 mai 1795 : Fouquier-Tinville accusateur public et 15 autres membres du tribunal révolutionnaire guillotinés ! Cela pourrait s’appeler « les guillotineurs guillotinés » ! Voir la fiche N°254 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/10/l-annee-1794-en-france-n-254.html

J.D. 18 juillet 2021

 

 

Charlotte Corday menée à la guillotine

Charlotte Corday menée à la guillotine

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 06:29

En cherchant tout-à-fait autre chose, je suis tombé sur ce texte de Victor Hugo :


« À Paris, le vandalisme fleurit et prospère sous nos yeux. Le vandalisme est architecte. Le vandalisme se carre et se prélasse. Le vandalisme est fêté, applaudi, encouragé, admiré, caressé, protégé, consulté, subventionné, défrayé, naturalisé. Le vandalisme est entrepreneur de travaux pour le compte du gouvernement. Il s’est installé sournoisement dans le budget, et il le grignote à petit bruit, comme le rat son fromage. Et certes, il gagne bien son argent. Tous les jours il démolit quelque chose du peu qui nous reste de cet admirable vieux Paris. Que sais-je ? le vandalisme a badigeonné Notre-Dame, le vandalisme a retouché les tours du Palais-de-Justice, le vandalisme a rasé Saint-Magloire, le vandalisme a détruit le cloître des Jacobins, le vandalisme a amputé deux flèches sur trois à Saint-Germain-des Près. » — (Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs, 1832.)

Depuis 1825, Victor Hugo se désespérait de voir de nombreux monuments anciens démolis pour récupérer les matériaux, pour faire de la place… sans aucune considération pour le passé et l'Histoire. Il réclamait une loi de protection des monuments. L'intérêt pour la conservation du patrimoine avait commencé dans les dernières années du règne de Louis XVI et les premières années de la Révolution mais il fallut attendre octobre 1830 pour que soit créé un poste d'inspecteur des Monuments Historiques, poste qui fut occupé par Prosper Mérimée à compter du 27 mai 1834. Prosper Mérimée travailla avec Eugène Viollet-le-Duc pour sauver et restaurer un certain nombre de monuments.

C'était un début mais la première loi de véritable sauvegarde du patrimoine ne date que du 31 décembre 1913 ; texte qui n'a cessé d'être complété depuis.

On pourrait bien sûr attribuer les paroles de Victor Hugo sur le vandalisme à bien d'autres objets que la préservation du patrimoine monumental ; chacun en fera bien ce qu'il voudra, pour ce qui me concerne, j'ai recherché le lien entre les Vandales et le vandalisme.

Les Vandales :

Il s'agit d'un peuple d'origine germanique qui participa aux grandes invasions « barbares » de l'empire romain à partir du Ve siècle de notre ère. Les Vandales après avoir traversé la Gaule et l'Espagne s'emparèrent de l'Afrique du Nord, de la Corse, de la Sardaigne. Ils créèrent, de 439 à 534, un royaume vandale dont la capitale fut Carthage.

En 455, partis du port de Saldae (Bougie au temps de l'Algérie française et Béjaia maintenant), les Vandales débarquèrent sur la côte du Latium et ravagèrent Rome durant 15 jours. Rome était un symbole et la ville fut mise à sac à plusieurs reprises au cours de l'Histoire dont :

en -390 par les Gaulois de Brennus, en 410 par les Wisigoths, en 455 par les Vandales, en 546 par les Ostrogoths, en 846 par les Sarrasins, en 1084 par les Normands et en 1527 par les troupes de Charles Quint.

Le 31 août 1794, à la tribune de la Convention, l'abbé Henri Grégoire (1750/1831), député, compara les destructions causées par les Révolutionnaires, au sac de Rome par les Vandales en 455. C'est à cette occasion qu'il utilisa le terme de « vandalisme », dont l'histoire lui a conservé la paternité.

Cet abbé Grégoire, originaire de la Meurthe-et-Moselle, avait été élu à la Constituante en 1789 puis à la Convention en 1792 comme député du Loir-et-Cher. Il se prononça pour l'abolition des privilèges, de la peine de mort, de l'esclavage, participa à la rédaction de la déclaration des droits de l'Homme… Il était en mission en Savoie au moment du vote sur la condamnation à mort de Louis XVI, il n'y participa donc pas.

On trouvera en illustration un tableau du peintre russe Karl Pavlovich Bryullov (ou Briullov) -1799/1852- qui représente le sac de Rome par les Vandales en 455.

J.D. 4 septembre 2016


le sac de Rome en 455

le sac de Rome en 455

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 16:12

L'Islande s'est distinguée, en bien, au mondial de foot 2016, mais cela n'est qu'anecdotique.

*La principale caractéristique de ce pays de 103.000 km² (équivalent à moins d'un cinquième de la superficie de la France) est qu'il est situé sur une zone de rencontre de deux plaques tectoniques : la plaque américaine et la plaque euro-asiatique.

*L'épaisseur de la croûte terrestre sous les pieds des Islandais n'est que de 3.000 mètres et le pays est truffé de 200 volcans dont 130 actifs. Il y a une éruption volcanique importante en Islande en moyenne tous les 4 ans. Les habitants (330.000 actuellement) se sont adaptés.

*La dernière éruption importante est celle du Bardarbunga entre le 28 août 2014 et le 27 février 2015. Dans ce laps de temps, ce volcan cracha de la lave entre 10 et 14 mètres d'épaisseur sur une superficie de 85 km2 .

*L'avant dernière éruption importante est celle de l'Eyjafjallajokull d'avril 2010 qui perturba le trafic aérien en Europe durant un mois.

*L'éruption la plus importante des « temps historiques » c'est-à-dire des 5.000 dernières années environ, est celle du Laki commencée le 8 juin 1783 et qui se poursuivit jusqu'au 7 février 1784. Cette éruption a donné lieu à de nombreux textes, films dont un diffusé sur la chaîne Arte le 20 mars 2010, le 26 mars 2011, le 12 avril 2012, le 29 novembre 2015…

*Ce Laki situé au centre de la zone de failles entre les plaques tectoniques, possède plus de cent cratères ou en termes militaires plus de cent « bouches à feu »

*Pendant les 5 premiers mois de son éruption le Laki déversa 14 milliards de m³ de lave basaltique, ce qui représente, si l'on veut une comparaison, le débit du Rhin à son embouchure durant 5 mois et en même temps 122 millions de tonnes de gaz toxiques (dioxyde de souffre et acide fluorhydrique) qui se répandirent dans l'atmosphère et furent poussés sur l'Europe par le vent. Paris fut atteint par le nuage dès le 20 juin 1783. Pour aggraver la situation, dans les mêmes moments (du 9 mai au 5 août 1783), un volcan japonais (l'Asama) entrait lui aussi en éruption et ajoutait sa masse de gaz toxiques dans l'atmosphère. L'effet conjugué des 2 volcans pollua tout l'hémisphère nord.

*Cela entraîna un dérèglement climatique durant plusieurs années avec des hivers plus longs, plus froids et plus neigeux qu'à l'accoutumée et en prime des inondations lors de la fonte des neiges. Ainsi la Seine fut gelée le 1er janvier 1784. Même le Mississippi gela à la Nouvelle-Orléans c'est-à-dire presque à son embouchure et jusqu'au golfe du Mexique qui à l'époque fut décrit comme gelé à certains endroits.

*Des orages violents se multiplièrent avec des grêlons atteignant jusqu'à 5 kgs.

*En France les 2/3 du pays furent recouverts par les nuages toxiques. L'hiver 1787/1788 fut particulièrement long et des orages le 13 juillet 1788 détruisirent les récoltes sur une grande partie du territoire.

*Tous ceux qui ont dépouillé les registres paroissiaux dans différents pays de l'hémisphère nord constatent une surmortalité sur la période, due à la pollution, à la famine…

*A partir de ces éléments, beaucoup d'auteurs établissent un lien entre le Laki et la Révolution française à partir de l'enchaînement : éruption, dérèglement climatique, mauvaises récoltes, famines, révolution.

*D'autres auteurs contestent ce lien en remarquant que le dérèglement climatique toucha tout l'hémisphère nord et qu'il n'y eut une révolution qu'en France. A chacun de se faire une opinion.

*Dans les émissions consacrées à l'éruption de 1783, les vulcanologues semblent unanimes pour dire qu'une éruption aussi violente peut revenir et même reviendra, mais naturellement, ils ne savent pas quand. Pour le savoir, il suffit d'attendre !

J.D. 12 juillet 2016

carte publiée sur le site du lycée Sainte Marie du Port aux Sables d'Olonne et montrant l'Islande à la zone de rencontre des plaques tectoniques

carte publiée sur le site du lycée Sainte Marie du Port aux Sables d'Olonne et montrant l'Islande à la zone de rencontre des plaques tectoniques

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:46

La Révolution de 1789 prôna de grands principes dont celui d'égalité, sauf pour…. les femmes à qui les soi-disant révolutionnaires n'accordèrent même pas le droit de vote !. Pire, ils interdirent même les clubs féminins en 1793, alors qu'au temps de la royauté un certains nombre de femmes eurent le pouvoir en étant régentes !

A la suite, le premier empire, puis le retour des rois (Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe), puis la seconde République (de 1848 à 1852), puis le second empire de 1852 à 1870, puis la troisième République de 1870 à 1940, puis l’État français de 1940 à 1944, ne firent pas mieux pour ce qui concerne le droit de vote des femmes.

La troisième République est particulièrement inexcusable, elle qui encouragea le travail des femmes dans les champs, les usines, les hôpitaux et partout durant la première guerre mondiale pendant que les hommes étaient massivement mobilisés. Les femmes eurent le droit de faire marcher l'économie, de soutenir l'effort de guerre, de soigner les blessés... mais toujours pas de voter !

Il est cependant un domaine où la Révolution assura la stricte égalité hommes/femmes, c'est celui de la guillotine ! Les femmes comme les hommes eurent le droit de « mettre la tête à la lucarne » selon l'expression en vigueur durant la Révolution, c'est-à-dire sous le couperet de la guillotine.

Voici, parmi les plus connues, quelques-unes des femmes guillotinées durant la Révolution :

*Charlotte Corday le 17 juin 1793

*Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

*Olympe de Gouges le 3 novembre 1793

*Manon Roland le 8 novembre 1793

*Comtesse du Barry le 8 décembre 1793

*Lucile Desmoulins le 13 avril 1794

*Françoise Goupil veuve Hébert le 13 avril 1794

*Elisabeth (sœur de Louis XVI) le 10 mai 1794

etc etc etc.

Parmi toutes ces femmes guillotinées, une figure est particulièrement attachante, c'est celle de Manon Roland. Michel Onfray lui a d'ailleurs consacré un article des pages 98 à 102 dans l'hebdomadaire Le Point du jeudi 30 juillet 2015.

Manon Roland :

Elle naquit Jeanne Marie Philipon à Paris le 17 mars 1754 d'un père graveur et d'une mère nommée Marguerite Bimont qui surnomma sa fille « Manon ».

D'un esprit très vif et d'une grande intelligence, Manon lisait beaucoup. Le 7 mai 1765, elle entrait en pension chez les religieuses du couvent des Augustines à Paris.

Le 4 février 1780 elle épousa Jean-Marie Roland de La Platière, économiste déjà réputé, inspecteur des manufactures né le 18 février 1734 et donc de 20 ans l'aîné de Manon. Avec Jean-Marie elle eut une fille, nommée Eudora, née en 1781 et qui vécut jusqu'en 1858.

Elle suivit son mari dans ses différentes affectations : Paris, Amiens puis Lyon et revint à Paris en décembre 1791. Férue de lectures d'auteurs anciens et de philosophes, elle s'enthousiasma pour la Révolution. Elle tint salon où se trama une partie de l'histoire de la Révolution. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins publiée en 1847 aux chapitres XV et XVI du livre huitième :

« Brissot, Pétion, Buzot, Robespierre, convinrent de se réunir quatre fois par semaine, le soir, dans le salon de cette femme. L'objet de ces réunions était de conférer secrètement sur les faiblesses de l'Assemblée constituante, sur les pièges que l'aristocratie tendait à la Révolution entravée, et sur la marche à imprimer aux opinions attiédies pour achever de consolider le triomphe. Ils choisirent la maison de madame Roland, parce que cette maison était située (rue Guénégaud, dans le sixième arrondissement, près de l'île de la Cité) dans un quartier assez rapproché du logement de tous les membres qui devaient s'y rencontrer…
Madame Roland se trouvait ainsi jetée, dès les premiers jours, au centre des mouvements. Sa main invisible touchait les premiers fils de la trame encore confuse qui devait dérouler les plus grands événements..
. ».

On notera le nom de Robespierre parmi les premiers assidus au salon de Manon. Elle et son mari aidèrent Robespierre à ses débuts et le prévinrent même d'un danger qui le guettait. Ce que Robespierre oubliera lorsque Manon sera condamnée et guillotinée !

Affilié aux Girondins, Jean-Marie Roland se retrouva ministre de l'Intérieur du 23 mars au 13 juin 1792 et du 10 août 1792 au 23 janvier 1793, au moment où les Girondins dominèrent l'Assemblée.

C'est le mari qui fut ministre mais c'est Manon qui dictait la politique et même qui rédigeait les discours. Voilà ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » livre neuvième chapitre I :

« L'éclat et le génie de sa femme attirait les yeux sur lui ; sa médiocrité même, seule puissance qui ait la vertu de neutraliser l'envie, le servait. Comme personne ne le craignait, tout le monde le mettait en avant... ».

L'influence de Manon fut, dès l'époque, de notoriété publique.

Ainsi Danton déclarait à la tribune de l'Assemblée le 29 septembre 1792 :

« Personne ne rend plus de justice que moi à Roland. Mais si vous lui faites une invitation, faites-la donc aussi à sa femme ; car tout le monde sait que Roland n'est pas seul dans son département ».

Un député girondin (Lasource) répondit à Danton : « Qu'importe à la patrie que Roland ait une femme intelligente qui lui inspire ses résolutions, ou qu'il les puise en lui-même. Ce petit moyen n'est pas digne du talent de Danton. »

Ces propos sont rapportés par Alphonse de Lamartine au livre trentième de l'histoire des Girondins ; et Lamartine poursuit :

« Le lendemain, Roland écrivit à la Convention une de ces lettres lues en séance publique, et qui donnaient indirectement la parole dans la Convention et l'influence du talent de sa femme dans l'opinion. Ces lettres aux autorités constituées, aux départements, à la Convention, étaient les discours de madame Roland. Elle rivalisait avec Vergniaud, elle luttait avec Robespierre, elle écrasait Marat. On sentait le génie, on ignorait le sexe. Elle combattait masquée dans la mêlée des partis... »

Un discours de Manon :

Lorsqu'il se retrouva ministre et probablement fier de fréquenter le roi, comme Jean-Marie Roland faisait, devant sa femme, l'éloge du monarque; voilà ce que lui répondit Manon ; propos rapportés (ou imaginés?) par Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins au chapitre X du livre treizième :

« Défie-toi de la perfidie de tous et surtout de ta propre vertu, répondait-elle au faible et orgueilleux Roland ; tu vis dans un monde des Cours où tout n'est qu'apparence, et où les surfaces les plus polies cachent les combinaisons les plus sinistres. Tu n'es qu'un bourgeois honnête égaré parmi ces courtisans, une vertu en péril parmi tous ces vices ; ils parlent notre langue et nous ne savons pas la leur : comment ne nous tromperaient-ils pas ? Louis XVI, d'une race abâtardie, sans élévation dans l'esprit, sans énergie dans la volonté, s'est laissé garrotter dans sa jeunesse par des préjugés religieux qui ont encore rapetissé son âme ; entraîné par une reine étourdie qui joint à l'insolence autrichienne l'ivresse de la beauté et du rang suprême, et qui fait de sa cour secrète et corrompue le sanctuaire de ses voluptés et le culte de ses vices, ce prince, aveuglé d'un côté par les prêtres et de l'autre par l'amour, tient au hasard les rênes flottantes d'un empire qui lui échappe ; la France, épuisée d'hommes, ne lui suscite, ni dans Maurepas, ni dans Necker, ni dans Calonne, un ministre capable de le diriger ; l'aristocratie est stérilisée ; elle ne produit plus que des scandales ; il faut que le gouvernement se retrempe dans une couche plus saine et plus profonde de la nation ; le temps de la démocratie est venu, pourquoi le retarder ? Vous êtes ses hommes, ses vertus, ses caractères, ses lumières ; la Révolution est derrière vous, elle vous salue, elle vous pousse, et vous la livreriez confiante et abusée au premier sourire d'un roi, parce qu'il a la bonhomie d'un homme du peuple ! Non, Louis XVI, à demi détrôné par la nation, ne peut aimer la Constitution qui l'enchaîne ; il peut feindre de caresser ses fers, mais chacune de ses pensées aspire au moment de les secouer. Sa seule ressource aujourd'hui est de protester de son attachement à la Révolution et d'endormir les ministres de la Révolution chargés de surveiller de près ses trames ; mais cette feinte est la dernière et la plus dangereuse de Louis XVI, et les ministres patriotes sont ses surveillants ; il n'y a pas de grandeur abattue qui aime sa déchéance, il n'y a pas d'homme qui aime son humiliation : crois à la nature humaine, Roland, elle seule ne trompe jamais, et défie-toi des cours ; ta vertu est trop haute pour voir les pièges que les courtisans sèment sous tes pas »

Rapporté ou imaginé, ce discours devrait bien être médité par tous ceux qui seraient prêts à tuer père et mère pour un portefeuille de ministre !

La fin :

Manon Roland et d'autres comme elle, furent plus intelligentes que beaucoup de prétentieux révolutionnaires, mais dans le contexte d'une société qui n'était pas prête à l'accepter, elles en perdirent la tête !

Lorsque Jacobins et Cordeliers s'entendirent pour éliminer les Girondins, Manon fut arrêtée le 1er juin 1793. Elle avait eu le temps de confier sa fille à des amis.

Elle fut condamnée par le tribunal révolutionnaire composé probablement d'abrutis notoires. En intelligence, Manon dépassait ses juges de cent coudées, mais c'était là véritablement son crime !

Elle fut guillotinée le 10 novembre 1793 et eut une mort héroïque. Durant ses 5 mois d'emprisonnement elle eut le temps d'écrire des mémoires. Jean-Marie Roland avait pu, lui, fuir en Normandie, mais lorsqu'il apprit l'exécution de Manon, il se suicida.

Qui, un jour, réhabilitera les dizaines de milliers de victimes innocentes de la Révolution ?

J.D. 6 mars 2016

nota : la citation de Lamartine expliquant que Roland était devenu ministre parce qu'il ne gênait personne, me rappelle une réunion tenue à Chambéry au début des années 1970. Réunion provoquée par Pierre Dumas alors maire de Chambéry et député de Maurienne et ce suite à la fermeture d'une usine en Maurienne. Un délégué de la DATAR (à l'époque : Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) participait à cette réunion et manifestement il ne comprenait rien. J'en fis part en aparté à un ingénieur des Ponts-et-Chaussées auprès de qui j'étais placé. Il me répondit : »C'est parce qu'il est nul qu'il occupe ce poste, il ne gêne personne ».

Manon Roland à la guillotine

Manon Roland à la guillotine

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26 décembre 2015 6 26 /12 /décembre /2015 19:00

Joseph Ignace Guillotin naquit à Saintes (Charente-Maritime) le 28 mai 1738. Il fit des études de médecine et obtint son doctorat en 1770.

Il fut « initié » dans une loge, à Angoulême, en 1772 et participa à la création du Grand Orient de France en 1773 par évolution de la Grande loge de France qui avait été créée le 24 juin 1738.

Il épousa Elise Saugrain le 14 juillet 1787 et fut élu député du Tiers-Etat aux Etats-Généraux qui s'ouvrirent à Versailles le 5 mai 1789 et devinrent Assemblée nationale le 17 juin puis Assemblée nationale constituante après le « serment du jeu de paume » le 20 juin 1789.

Le 9 octobre 1789, Guillotin proposa à l'Assemblée l'unification des peines pour les condamnés à la peine capitale.

La peine de mort :

Lorsque les groupes humains prirent de l'importance en nombre et se « socialisèrent », ils durent édicter des règles de fonctionnement et prévoir des sanctions pour les contrevenants et pour ceux qui constituaient un danger pour les autres. Ainsi naquit la justice. La trace la plus ancienne que l'on en conserve vient de Babylone, au dix-huitième siècle avant notre ère, dans un code appelé « code Hammurabi ». Pour asseoir leur autorité, les obsédés du pouvoir contrôlèrent la justice ou se proclamèrent la justice avec droit de vie et de mort sur les autres et ce à travers les siècles et les civilisations. Les mêmes utilisèrent aussi souvent la religion et se prétendirent investis par Dieu.

En France, avant la Révolution il y avait des peines différentes selon les crimes ou forfaits : les voleurs étaient pendus, les hérétiques ou incendiaires allaient au bûcher, les parricides ou régicides étaient écartelés, les faux monnayeurs subissaient le « bouillage » (ils étaient plongés dans un liquide bouillant, généralement de l'eau, mais pour un supplice plus raffiné, ils étaient mis dans l'eau froide, qui était chauffée jusqu'à ce que mort s'en suive), les bandits et meurtriers subissaient le supplice de la roue, dans quelques cas, les condamnés étaient décapités, au sabre ou à l'épée pour les nobles, à la hache pour les roturiers…

Ce droit était inspiré du droit romain (loi des douze tables vers l'an 450 avant notre ère, voir Tite-Live, « Histoire romaine » livre III point 9 et suivants). Le droit romain avait lui-même emprunté aux Grecs.

La guillotine :

En complément de sa proposition du 9 octobre, Guillotin proposa à l'assemblé constituante le 1er décembre 1789, que la peine capitale soit uniformément la décapitation et qu'elle soit effectuée par une machine pour sécuriser et accélérer l'exécution. Dans l'esprit de Guillotin il s'agissait de rendre la peine de mort moins barbare et il fut horrifié que son nom reste attaché à cet engin de mort.

Des machines à décapiter avaient déjà été utilisées dans les siècles précédents en Italie, Allemagne, Ecosse … Guillotin ne fut donc pas l'inventeur de cette machine, il en fut seulement le promoteur en France.

Il se rapprocha d'Antoine Louis, médecin du roi (Louis XVI) pour mettre au point la machine à décapiter. Louis XVI qui s'intéressait à la mécanique eut même l'occasion de donner son avis !

Louis et Guillotin confièrent l'exécution de l'engin à un artisan nommé Tobias Schmidt.
C'est le 25 mars 1792 que Louis XVI signa la loi faisant adopter la machine à trancher la tête des condamn
és.

Le 15 avril 1792 des essais furent effectués à Bicêtre d'abord sur des moutons puis sur des cadavres.

La première exécution eut lieu le 25 avril 1792 pour un voleur nommé Pelletier.

Des machines à trancher la tête furent alors fabriquées en nombre pour en envoyer un exemplaire dans les principaux départements, pour en pourvoir Paris ainsi que les commissaires qui furent envoyés en mission et qui partaient avec leur guillotine !

Dans « Les Blancs et les Bleus » (ouvrage publié en 1867/1868), Alexandre Dumas cite l'exemple de François Goulin commissaire extraordinaire du Directoire qui était arrivé chez les chouans avec sa guillotine, que Cadoudal parvint à faire enlever et à faire guillotiner publiquement avec sa propre guillotine (en 1797?).

A Paris, les lieux d'exécutions furent :

-Place de Grève (devenue place de l'Hôtel de Ville en 1803)

-place du Carrousel (nom donné en 1662)

-au champ de Mars

-place de la Révolution (devenue place de la Concorde le 26 octobre 1795)

-place Saint Antoine ((place de la Bastille depuis le 27 juin 1792)

-barrière du trône renversé ( ancienne place du Trône, devenue place du trône renversé après le 10 août 1792 puis place de la Nation le 14 juillet 1880).

Durant la Révolution, la guillotine eut de nombreux surnoms : La Louisette (à cause d'Antoine Louis) , la Mirabelle (de Mirabeau), le Moulin à silence, le raccourcissement patriotique, le rasoir national, la Monte-à-regret, le Vasistas, la Veuve, la Bécane… mais les mots « guillotine » et « guillotiner » s'imposèrent.

Selon les estimations actuellement disponibles, durant la période révolutionnaire, 19.000 têtes furent tranchées à Paris et 42.000 en Province. Mais ce ne fut qu'une petite partie des exécutions de la Révolution. Un très grand nombre des exécutés n'était probablement coupable de rien. Les termes de « période de la terreur » et de « fureur révolutionnaire » paraissent justifiés. Mais qui réhabilitera les innocents exécutés ?

Il ne manqua jamais de volontaires pour exercer la fonction de bourreau ni de foule pour assister aux exécutions ; ce qui ne fut ni propre à la Révolution ni à la France. Dans certaines familles on était bourreau de père en fils. Ainsi Louis XVI fut guillotiné par un nommé Charles Louis Sanson issu d'une famille de bourreaux de 1688 à 1847.

Après la Révolution, la décapitation resta mode d'exécution des condamnés à mort en France où la dernière exécution publique eut lieu en 1939 et la dernière décapitation par la guillotine le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes à Marseille, puis la peine de mort fut abolie par une loi votée le 18 septembre 1981 et promulguée le 9 octobre.

C'était l'aboutissement d'une longue chaîne d'interventions, dont on ne rappellera qu'une seule : celle du député Louis-Michel Le Pelletier de Saint Fargeau qui demanda, le 3 mai 1791, l'abolition de la peine de mort et des galères, devant l'Assemblée constituante.

J.D. 26 décembre 2015

Charlotte Corday après l'assassinat de Marat tableau de 1880 de Jean-Joseph Weerts, musée de Roubaix

Charlotte Corday après l'assassinat de Marat tableau de 1880 de Jean-Joseph Weerts, musée de Roubaix

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 11:16

La presse vendue ou placardée joua un grand rôle durant la Révolution française, pour diffuser les idées, les consignes, mobiliser... Voici ce que Alphonse de Lamartine décrit de cette presse au moment de la Révolution, dans « Histoire des Girondins « publiée en 1847, au livre quatrième chapitre II :

« Ce moment des élections (il s'agit des élections du 29 août au 5 septembre 1791 pour l'Assemblée législative qui remplaça l'Assemblée constituante) fut le signal d'une lutte plus acharnée de la presse périodique. Les journaux ne suffisaient pas. On fit crier les opinions dans les rues par des colporteurs, et on inventa les journaux-affiches placardées contre les murs de Paris et groupant le peuple au coin des rues devant ces tribunes de carrefour. Des orateurs nomades, inspirés ou soldés par les différents partis, s'y tenaient en permanence et commentaient tout haut ces écrits passionnés ...C'était la tribune antique transportée au domicile de chaque citoyen et appropriant son langage à toutes les classes, même aux plus illettrés. La colère, le soupçon, la haine, l'envie, le fanatisme, la crédulité, l'injure, la soif de sang, les paniques soudaines, la démence et la raison, la révolte et la fidélité , l'éloquence et la sottise, avaient chacun leur organe dans ce concert de toutes les passions civiles. La ville s'enivrait tous les soirs de ces passions fermentées. Tout travail était ajourné. Son seul travail, c'était le trône à surveiller, les complots réels ou imaginaires de l'aristocratie à prévenir, la patrie à sauver. Les vociférations des colporteurs de ces feuilles publiques, les chants patriotiques des Jacobins sortant des clubs, les rassemblements tumultueux, les convocations aux cérémonies patriotiques, les terreurs factices sur les subsistances, tenaient les masses de la ville et des faubourgs dans une continuelle tension. La pensée publique ne laissait dormir personne. L'indifférence eût semblé trahison. Il fallait feindre la fureur pour être à la hauteur de l'esprit public. Chaque circonstance accroissait les pulsations de cette fièvre. La presse la soufflait dans toutes les veines de la nation. Son langage tenait déjà du délire. La langue s'avilissait jusqu'au cynisme. Elle empruntait à la populace même ses proverbes, sa trivialité, ses obscénités, ses rudesses, et jusqu'à ces jurements dont elle entrecoupe ses paroles, comme pour asséner avec plus de force les coups de l'injure dans l'oreille de ceux qu'elle hait. Danton, Hébert, Marat furent les premiers qui prirent ce ton, ces gestes et ces jurements de la plèbe, pour la flatter par l'imitation de ses vices. Robespierre ne descendit jamais jusque là…. ».

Ce texte de Lamartine me semble bien illustrer l'ambiance de la Révolution qui ne fut pas la même sur tout le territoire français mais qui concerna quand même beaucoup de villes, non seulement Paris mais Lyon, Marseille, Avignon, Toulon, Nantes …

Dans « Les Blancs et les Bleus », roman publié en 1867/1868, Alexandre Dumas tente un bilan de la Révolution entre les horreurs et les aspects positifs, voir note N° 92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html

Voici un aperçu, non exhaustif, de la presse au temps de la Révolution :

* »Actes des Apôtres » :

Fut un périodique satirique royaliste qui parut à compter du 2 novembre 1789 à raisons de 3 numéros par semaine et jusqu'en 1791. En tout 311 numéros furent édités. Il fut fondé par Jean-Gabriel Peltier né dans le Maine-et-Loire le 21 octobre 1760. Il s'enfuit en Grande-Bretagne après la prise des Tuileries le 10 août 1792, c'est la raison pour laquelle il put vivre jusqu'en 1825.

* »Annales patriotiques et littéraires de la France»

Journal fondé par Jean-Louis Carra et Louis-Sébastien Mercier. Parut à partir du 5 octobre 1789 jusqu'en 1796 avec des éditions provinciales.

-Jean-Louis Carra né le 9 mars 1742 fut député de Saône-et-Loire à la Convention nationale en septembre 1792. Élu secrétaire de la Convention le 16 novembre 1792 alors qu'il appartenait encore au club des Jacobins. Il rejoignit les Girondins à la fin de 1792 et fit partie des Girondins arrêtés, condamné le 30 octobre 1792, il était guillotiné le 31.

-Louis-Sébastien Mercier naquit le 6 juin 1740. Écrivain, dramaturge, journaliste, il fut l'auteur de nombreuses œuvres dont 50 pièces de théâtre et d'un roman d'anticipation intitulé « l'an 2440 » parut en 1771. Selon certains auteurs, c'est de là que viendrait l'expression « s'en moquer comme de l'an 40 » et non de la guerre de 40 comme doivent le croire beaucoup de gens, alors que cette expression est apparue dès le début des années 1790. Louis-Sébastien Mercier mourut le 25 avril 1814

* »Chronique de Paris »

Journal fondé en 1789, voir fiche N° 262 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/les-savoyards-en-mai-1790-n-262.html

* »Courrier de Provence » :

fut la suite aux « lettres du comte Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque)

. 350 numéros se succédèrent de fin juillet 1789 jusqu'au 30 septembre 1791. Le principal rédacteur en fut Pierre Etienne Louis Dumont né à Genève en 1759, pasteur de l'église réformée, vint en France en 1789 et se mit au service de Mirabeau. Il décéda en 1829

*États-Généraux :

fondé par Mirabeau le 2 mai 1789, fut interdit 4 jours plus tard et remplacé par « lettres du comte Mirabeau à ses commettans »

* »Journal de la République française » :

Journal de Jean-Paul Marat, Montagnard, d'abord avec les Cordeliers puis avec les Jacobins. Ce « Journal de la République française » a fait suite à « l'Ami du Peuple » jusqu'à l'assassinat de Marat le 13 juillet 1793

*Journal de la Société de 1789 :

Fondé par C. Dupont de Nemours, Pastoret et André Chénier. 15 numéros parurent du 5 juin au 15 septembre 1790.

Dans le numéro daté du 3 juillet 1790, Condorcet y publia un article intitulé : « Sur l'admission des femmes au droit de Cité ». Extrait :

« Par exemple, tous n’ont-ils pas violé le principe de l’égalité des droits, en privant tranquillement la moitié du genre humain de celui de concourir à la formation des lois, en excluant les femmes du droit de cité ? Est-il une plus forte preuve du pouvoir de l’habitude, même sur les hommes éclairés, que de voir invoquer le principe de l’égalité des droits en faveur de trois ou quatre cents hommes qu’un préjugé absurde en avait privés, et l’oublier à l’égard de douze millions de femmes ?

Pour que cette exclusion ne fût pas un acte de tyrannie, il faudrait ou prouver que les droits naturels des femmes ne sont pas absolument les mêmes que ceux des hommes, ou montrer qu’elles ne sont pas capables de les exercer. »

* »Journal de Paris » :

Organe des monarchistes constitutionnels, dirigé par André Chénier Girondin et poète né le 30 octobre 1762. Il condamna la terreur. Après la prise des Tuileries le 10 août 1792, il s'enfuit en Normandie mais revint à Paris puis à Versailles et fut arrêté le 7 mars 1794 et guillotiné le 25 juillet 1794. Parmi ses œuvres il avait composé une « Ode à Marie-Anne-Charlotte Corday ».

*Journal des Amis de la Constitution :

a commencé à paraître le 31 octobre 1790 pour le compte des Jacobins puis des Feuillants après scission avec les Jacobins en juillet 1791. Mais cessa de paraître après le 20 septembre 1791. Le principal rédacteur de ce journal fut Pierre Choderlos de Laclos né à Amiens le 18 octobre 1741. Il commença une carrière militaire dans l'artillerie en 1761, démissionna de l'armée en 1788, fut rappelé par Bonaparte en janvier 1800 avec le grade de général de brigade (dans l'artillerie). Il mourut de maladie le 5 septembre 1803 à Tarente (dans le sud de l'Italie). En même temps que militaire il fit une carrière d'écrivain et publia de nombreuses œuvres dont la plus connue est « Les liaisons dangereuses ».

*Journal des débats des amis de la Constitution :

a succédé au « journal des amis de la Constitution » à compter de juillet 1791 ; présenté comme le journal officiel du Club des Jacobins

*Journal des Débats de la Société des Jacobins amis de la Liberté et de l'Egalité :

a succédé au « Journal des débats des amis de la Constitution », à compter de septembre 1792, jusqu'au 14 décembre 1793. En tout, 556 numéros sont parus.

* »La Bouche de Fer » :

Ce journal parut d'octobre 1790 à juillet 1791. Il fut édité par Nicolas de Bonneville et Claude Fauchet.

-Nicolas de Bonneville, imprimeur, écrivain et journaliste, naquit à Evreux (Eure) le 13 mars 1760 et mourut à Paris le 9 novembre 1828.

-Claude Fauchet naquit à Dornes (Nièvre) le 22 septembre 1744. Entré dans les ordres, il devint évêque constitutionnel du Calvados en mai 1791. Il fut élu député à l'Assemblée législative puis à la Convention nationale. Girondin, il vota contre la mort du roi. Il fit partie des Girondins mis en accusation et fut guillotiné le 31 octobre 1793.

* La Feuille villageoise :

Hebdomadaire créé en septembre 1790 par Joseph-Antoine Cerutti. Cet hebdomadaire qui se voulait pédagogique était expédié chaque semaine à tous les villages de France. Il cessa de paraître après Thermidor (fin juillet 1794).

Joseph-Antoine Cerruti naquit à None (dans la banlieue de Turin) le 13 juin 1738. Arrivé en France en 1752, il obtint la nationalité française. Il fut élu à l'Assemblée législative en septembre 1791 et mourut de maladie le 3 février 1792.

* »L'Ami des Citoyens » :

Journal fondé le 22 septembre 1791 par Jean-Lambert Tallien. Hebdomadaire puis quotidien à compter du 22 octobre 1794. Cessa de paraître en 1795.

Tallien né à Paris le 23 janvier 1767 avait commencé une carrière de notaire. Il siégea à la commune insurrectionnelle de Paris après le 10 août 1792 (prise des Tuileries). Montagnard, proche de Danton, il fut envoyé à Bordeaux, en septembre 1793, pour organiser la répression (contre les ennemis de la Révolution). C'est durant ce séjour à Bordeaux qu'il fit la connaissance de Thérésa Cabarrus (1773/1835). A la demande de Thérésa, des prisonniers furent libérés. Elle fut alors surnommée « Notre Dame de Bon Secours ».

Rentré à Paris, Tallien devint président de la Convention le 21 mars 1794. Thérésa est arrêtée et emprisonnée lorsqu'elle arrive à Paris pour rejoindre Tallien. C'est à la prison des Carmes que Thérésa fit la connaissance de Joséphine de Beauharnais. Cette arrestation de Thérésa et la perspective de la guillotine, décidèrent Tallien à se joindre à la conspiration contre Robespierre. Il fit libérer Thérésa le 13 août 1794 et l'épousa le 26 décembre de la même année. Thérésa fut alors surnommée « Notre Dame de Thermidor ». Deux jours plus tôt (le 24 décembre) il avait fait fermer le club des Jacobins. Bonaparte l'emmena avec lui en Egypte en 1798. De retour en France en 1800, son bateau fut pris par les Anglais. Retenu à Londres, il ne rentra en France qu'en 1802. Il décéda de la lèpre le 16 novembre 1820. Thérésa s'était séparée de Tallien dès 1795, elle en eut un enfant. Ensuite elle multiplia amants (dont Barras) et maris et eut plusieurs autres enfants.

* »L'Ami du Peuple » :

Journal de Jean-Paul Marat, paru du 16 septembre 1789 au 25 septembre 1792, fut remplacé par le Journal de la République française. Sur Marat, voir la fiche N°260 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/jean-paul-marat-n-260.html

* »L'Ami du Roi » :

quotidien fondé par des royalistes et qui commença à paraître le 1er juin 1790. Mais les fondateurs se divisèrent et durant quelques mois, 3 quotidiens parurent avec le même titre : « l'Ami du Roi ». Le principal fut celui dirigé par l'abbé Thomas Marie Royou. Né à Quimper le 25 janvier 1743, il eut surtout une fonction d'enseignant et de journaliste. Son journal fut supprimé par décret du 4 mai 1792. L'abbé Royou échappa à la guillotine en se cachant et mourut peu après (le 21 ou le 22 juin 1792).

* »La sentinelle » :

Journal qui commença à paraître tous les 2 jours à partir de mai 1792 sous forme de journal-affiche placardé sur les murs de Paris et des principales villes de provinces. Financé par Jean-Marie Roland de la Platière, le principal rédacteur en fut Jean-Baptiste Louvet. Il cessa de paraître à la chute des Girondins (début juin 1793). Il reparut sous forme de quotidien du 24 juin 1795 au 3 mai 1798.

-Jean-Baptiste Louvet naquit à Paris le 12 juin 1760. Dès 1787 il publia des romans à succès qui le mirent dans l'aisance. En 1789 il s'installa à Nemours où une dame Cholet (née Marguerite Denuelle, surnommée Lodoïska) , qui s'était séparée de son mari, vient le rejoindre. Il fut élu, par le Loiret, député à la Convention Nationale le 8 septembre 1792. Lors de l'arrestation des Girondins (en juin 1793), Louvet s'enfuit d'abord à Caen où il épousa Loïdiska qui avait pu divorcer de son mari suite à la loi du 20 septembre 1792 instituant le divorce en France. Ils passèrent en Gironde puis parvinrent en Suisse en février 1794 où Loïdiska accoucha d'un fils le 22 septembre 1794. Après l'exécution de Robespierre et de ses partisans (28 juillet 1794), ils purent rentrer en France au mois d'octobre 1794. Louvet fut élu au conseil des Cinq-Cents le 15 octobre 1795 et mourut de tuberculose le 25 août 1797 alors qu'il venait d'être nommé consul à Palerme.

-Jean Marie Roland vicomte de la Platière naquit le 18 février 1734 à Thizy (Rhône). Il commença par une carrière d'économiste et devint inspecteur des manufactures. Il fit la connaissance de Manon Philipon en 1776 et l'épousa le 4 février 1780. Nommé à Amiens en février 1781, c'est là que naquit leur fille Eudora. Puis envoyé à Lyon en 1789. Enfin, ils arrivent à Paris en décembre 1791. Girondin, Jean Marie Roland devint ministre de l'intérieur le 23 mars 1792, révoqué par Louis XVI en juin 1792, retrouve son poste après la chute du roi (10 août 1792). Décrété d'arrestation avec d'autres Girondins le 2 juin 1793, il se réfugie à Rouen et se suicidera le 10 novembre 1793 lorsqu'il apprendra la mort de Manon.

-Jeanne-Marie Philipon dite Manon naquit à Paris le 17 mars 1754. Arrivée à Paris avec son mari, elle tint salon et fut l'âme des Girondins. Voici un extrait du texte d'Alphonse de Lamartine sur Manon Roland (dans Histoire des Girondins chapitre I du livre huitième) :

« ...des hommes, les uns Girondins, les autres Jacobins, mais confondus encore sous la dénomination commune de Patriotes, commencèrent à se réunir et à former le noyau d'une grande opinion républicaine…

Le foyer d'une jeune femme, fille d'un graveur du quai des Orfèvres, fut le centre de cette réunion. Ce fut là que les deux plus grands partis de la Révolution, la Gironde et la Montagne, se rencontrèrent, s'unirent, se divisèrent, et, après avoir conquis le pouvoir et renversé ensemble la monarchie, déchirèrent de leurs dissensions le sein de leur patrie, et tuèrent la liberté en s'entretuant…

L'âme ardente et pure d'une femme était digne de devenir le centre où convergeaient tous les rayons de la vérité nouvelle pour s'y féconder à la chaleur de son cœur et pour y allumer le bûcher des vieilles institutions politiques. Les hommes ont le génie de la vérité, les femmes seules en ont la passion. Il faut de l'amour au fond de toutes les créations : il semble que la vérité a deux sexes, comme la nature. Il y a une femme à l'origine de toutes les grandes choses ; il en fallait une au principe de la Révolution. On peut dire que la philosophie trouva cette femme dans madame Roland. L'historien, entraîné par le mouvement des événements qu'il retrace, doit s'arrêter devant cette sévère et touchante figure, comme les passants s'arrêtèrent pour remarquer ses traits sublimes et sa robe blanche sur le tombereau qui conduisait des milliers de victimes à la mort... »

Manon Roland fut arrêtée le 1er juin 1793, jugée et condamnée le 8 novembre 1793, elle fut guillotinée le jour même. L'histoire a retenu cette phrase lorsqu'elle montait à l'échafaud : « ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! ».
Une statue réalisée par Emile François Chatrousse vers 1883 représente Manon Roland sur la façade de l'hôtel de Ville de Paris au rez de Chaussée du pavillon gauche côté
Seine.

*La Tribune des Patriotes :

a commencé à paraître le 30 avril 1792 et en mai de la même année, lancée par Camille Desmoulins et Fréron.

*La tribune du peuple :

Journal de François Noël Babeuf dit Gracchus Babeuf né à Saint Quentin (Aisne) le 23 novembre 1760. Jacobin, il avait d'abord édité « le correspondant picard » en octobre 1790, puis « le journal de la liberté de la presse » à compter du 3 septembre 1794 devenu « le tribun du peuple » le 5 octobre de la même année. Après la chute de Robespierre, il tenta de poursuivre la Révolution (conjuration des Egaux). Arrêté, il tenta de se suicider et fut emmené mourant à la guillotine à Vendôme (Loir-et-Cher) le 27 mai 1797. Il est considéré par certains auteurs comme l'ancêtre du communisme.

* »Le courrier des 83 départements »

a succédé au courrier de Versailles

*Le courrier de Versailles à Paris et de Paris à Versailles

fondé le 5 juillet 1789 par Antoine-Joseph Gorsas. Ce Gorsas né à Limoges en 1752 devint avocat en 1789, puis élu à la Convention nationale en 1792. il siégea avec les Girondins. Lors de l'arrestation des Girondins en juin 1793, il parvint à s'enfuir en Normandie, mais revenu à Paris, il fut arrêté le 6 octobre 1793 et guillotiné le 7 !

A compter du 20 octobre 1789, son journal changea de titre pour devenir : « le courrier de Paris dans les provinces et des provinces à Paris ». Il changea une nouvelle fois de titre pour devenir en 1790 « le courrier des départements », après la création des départements en France par décret de l'Assemblée constituante du 22 décembre 1789, mais avec une mise en place en 1790. Ne parut que jusqu'au 31 mai 1793.

La devise du journal de Gorsas était : « vires acquirit eundo » ce qui signifie : « (la renommée) acquiert ses forces dans sa course ». Cela vient de Virgile (Enéïde IV-175) et a été repris comme devise par la ville de Melbourne.

* »Le défenseur de la Constitution » :

Journal fondé par Robespierre avec le soutien financier de Duplay, il parut du 17 mai au 20 août 1792 et fut remplacé par les Lettres de Maximilien Robespierre

* »Le discours de la lanterne aux Parisiens » :

Il ne s'agit pas à proprement parler d'un journal mais d'une brochure publiée le 15 septembre 1789 par Camille Desmoulins.

Le 22 juillet 1789, avaient été pendus au support d'une lanterne, place de Grève à Paris, un contrôleur général des finances (Foulon de Doué) et son gendre, d'où le titre de la brochure.

Camille Desmoulins né le 2 mars 1760, fut journaliste, avocat et fut élu député à la Convention Nationale en septembre 1792. Siégeant avec les Montagnards, il fut proche à la fois de Danton et de Robespierre. Arrêté avec les « Dantonistes », il fut guillotiné le même jour que Danton (5 avril 1794), et son épouse Lucile le 13 avril 1794. En 1885, une rue de Paris, dans le onzième arrondissement prit le nom de Camille Desmoulins.

* »Le Patriote français » :

journal fondé par le Girondin Brissot. 3 numéros parurent entre le 20 novembre 1790 et le 20 août 1792.

Jacques Pierre Brissot fut l'une des principales figures des Girondins. Né à Chartres le 15 janvier 1754, il fut avocat, écrivain, un moment secrétaire du duc d'Orléans. Il participa en février 1788, à la fondation de la « Société des amis des Noirs », puis passa la même année 4 mois aux États-Unis. Il fut élu à l'Assemblée législative le 18 septembre 1791. Arrêté avec d'autres Girondins (voir fiche N° 251), condamné à mort le 30 octobre 1793, il fut guillotiné le 31.

A partir de 1774, il se fit appeler « Brissot de Warville » nom dérivé de Ouarville, village d'Eure-et-Loir près de Chartres. De même son frère se fit appeler « Brissot de Thivars », nom d'un autre village près de Chartres.

* »Le Père Duchesne » :

Le Père Duchesne, d'abord personnage populaire, fut le titre de plusieurs publications dont la principale fut celle de Jacques René Hébert. Cet Hébert naquit à Alençon le 15 novembre 1757. S'étant orienté vers le journalisme, il publia successivement dans « la lanterne magique », « le petit carême de l'abbé Maury » et « le chien et le chat » avant de fonder « le Père Duchesne » en septembre 1790. Il sortit 4 numéros par décade, c'est-à-dire 12 numéros par mois. Au total il en parut 385 numéros. Sur le fond, le Pére Duchesne fut aussi extrémiste que « l'Ami du Peuple » de Marat, appelant au meurtre à plusieurs reprises. Le Père Duchesne fut en quelque sorte le porte-parole des sans culottes. Sur la forme Hébert en fit volontairement un texte grossier pour ne pas dire ordurier, ce qui semblait plaire beaucoup aux lecteurs. Le roi était traité de gros cochon, de cochon du temple ou de cocu, la reine de guenon ou de garce autrichienne… Les crieurs qui vendaient les numéros proclamaient : « Il est bougrement en colère aujourd'hui le père Duchesne ».

Hébert rejoignit le club des Cordeliers en janvier 1791, il en devint Président au printemps 1792. Il se maria en février 1792 avec Françoise Goupil une ex-religieuse.

Le Père Duchesne se déchaîna d'abord contre les royalistes puis contre les Girondins.

Hébert fut arrêté une première fois le 24 mai 1793, mais le 2 juin « le peuple » (80.000 manifestants armés de 150 canons) envahit la Convention et obtint sa libération. Arrêté à nouveau en mars 1794, condamné à mort le 23 mars il fut guillotiné le 24 mars et sa femme 20 jours plus tard. Si les femmes n'eurent pas le droit de vote sous la Révolution elles eurent le droit d'être guillotinées et elles furent très nombreuses à en perdre la tête !

Les partisans d'Hébert reçurent le nom « d'Hébertistes ».

* »Le Point du jour » :

journal fondé par Bertrand Barère de Vieuzac. Il parut du 19 juin 1789 au 1er octobre 1791, en tout 815 numéros. Ce journal rendait compte des débats de l'Assemblée.

Bertrand Barère de Vieuzac naquit à Tarbes le 10 septembre 1755. Avocat, il fut élu à l'Assemblée nationale constituante puis à la Convention nationale dont il devint le Président. Il vota la mort du roi et fut rapporteur au Comité de Salut Public à partir du 7 avril 1793. Condamné à la déportation le 2 mars 1795, il parvint à s'évader de la prison de Saintes et vécut dans la clandestinité jusqu'à ce qu'il soit amnistié après le coup d'état du 18 brumaire (9 novembre 1799). Il mourut le 13 janvier 1841

* »Le publiciste parisien » :

Premier journal de Jean-Paul Marat qui parut du 11 au 15 septembre 1789 et devint « l'Ami du Peuple »

* »Le Républicain » :

Journal fondé en 1791 par des Girondins : Brissot, Condorcet, Dumont de Genève et Du Châtelet. 4 numéros seulement parurent en juillet 1791

* »Les nouvelles Révolution de France et de Brabant » :

Journal de Camille Desmoulins et Merlin de Thionville qui parut en novembre/décembre 1792 et dont l'épigraphe chaque jour était : « Il n'y a pas de victime plus agréable aux dieux qu'un roi immolé ».

* »Les Révolutions de France et de Brabant » : Journal rédigé par Camille Desmoulins de novembre 1789 jusqu'au 17 juillet 1791

* »Lettres du comte de Mirabeau à ses commettans » (selon l'orthographe de l'époque):

ce périodique parut avec 2 à 3 numéros par semaine à compter du 10 mai 1789 jusqu'au 25 juillet 1789 soit en tout 19 parutions. Fut suivi par « Courrier de Provence »

* »Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » :

22 lettres furent publiées par Robespierre entre octobre 1792 et février 1793. La « Société des Études Robespierristes » a édité en 11 volumes les « Œuvres de Maximilien Robespierre ». Ces œuvres ont été recensées et commentées par plusieurs générations d'historiens entre 1912 et 1967. Dans la dernière édition, les 22 « Lettres de Maximilien Robespierre à ses commettans » figurent dans le tome 5.

Sur Robespierre, voici un court extrait de « l'histoire des Girondins » d'Alphonse de Lamartine publiée en 1847 ; au chapitre XVII du livre premier :

« Maximilien Robespierre était né à Arras (le 6 mai 1758, il fut guillotiné à Paris le 28 juillet 1794, il avait 36 ans!) d'une famille pauvre, honnête et respectée...Le jeune Robespierre s'était distingué , au collège Louis-le-Grand, par une vie studieuse et par des mœurs austères.

Les lettres et le barreau partageaient son temps. La philosophie de Jean-Jacques Rousseau avait pénétré profondément son intelligence ; cette philosophie, en tombant dans une volonté active n'était pas restée lettre morte : elle était devenue en lui un dogme, une foi, un fanatisme. Robespierre était devenu le Calvin de la politique ; il couvait dans l'obscurité la pensée confuse de la rénovation du monde social et du monde religieux, comme un rêve qui obsédait inutilement sa jeunesse, quand la Révolution vint lui offrir ce que la destinée offre toujours à ceux qui épient sa marche, l'occasion. Il l'a saisit. Il fut nommé député du tiers (il s'agit du Tiers État) aux États généraux. Seul peut-être de tous ces hommes qui ouvraient à Versailles la première scène de ce drame immense, il entrevoyait le dénouement .….il était le dernier mot de la Révolution, mais personne ne pouvait le lire….Tel était alors l'homme qui devait absorber en lui tous ces hommes, et en faire ses victimes après en avoir fait ses instruments. Il n'était d'aucun parti, mais de tous les partis qui servaient tour à tour son idéal de la Révolution. C'était là sa force, car les partis s'arrêtaient, lui ne s'arrêtait pas… «

et au chapitre XXIII du livre premier :

« La Révolution tout entière n'était comprise par personne (en 1789), excepté, peut-être par Robespierre et par les démocrates purs. Le roi n'y voyait qu'une grande réforme, le duc d'Orléans qu'une grande faction, Mirabeau que le côté politique, La Fayette que le côté constitutionnel, les Jacobins qu'une vengeance, le peuple que l'abaissement des grands, la nation que son patriotisme. Nul n'osait voir encore le but final... »

* »Le Vieux Cordelier »

Journal de Camille Desmoulins qui parut à compter du 5 décembre 1793 jusqu'au 25 janvier 1794, au total 6 numéros furent imprimés et diffusés. Un septième numéro rédigé en février 1794, ne vit pas le jour.

* »L'Observateur » :

Journal fondé le 1er août 1789 par Gabriel Feydel, journaliste né en 1756 dans l'Isère (commune de l'Albenc). Feydel fut proscrit en juillet 1794. Il s'embarqua à Marseille pour Constantinople, mais son navire fut pris par les Anglais et il resta prisonnier un an et demi avant de pouvoir rentrer en France. Il décéda le 22 avril 1840

* »L'ombre de Marat » :

parut en 1793 d'abord comme quotidien puis 4 fois par semaine à compter du 23 juillet 1793. Il se voulait le continuateur du journal de Marat. Le rédacteur en était Jacques Roux, né à Pranzac (dans la Charente) le 21 août 1752, ordonné prêtre en 1779. Il prit fait et cause pour la Révolution, classé parmi la faction des « Enragés », il fut surnommé le « curé rouge » ou « le petit Marat ». Il avait été un des premiers prêtres a accepter la Constitution civile du clergé et il avait accompagné Louis XVI à l'échafaud. Mais, il gênait trop de monde, il fut arrêté, emprisonné à Bicêtre où il se suicida le 10 février 1794.

* »L'Orateur du Peuple » :

journal lancé en 1790 par Louis Marie Stanislas Fréron, né à Paris le 17 août 1754. Journaliste, il devint président du club des Cordeliers en avril 1792. participa à l'attaque des Tuileries (10 août 1792), appela aux massacres de septembre (1792), fut élu à la Convention le 14 septembre (1792). Envoyé en mission, il organisa la répression à Marseille et Toulon fin 1793 (voir fiche N°92). Rentré à Paris il participa à la conjuration contre Robespierre (27 juillet 1794). En 1802, il fut envoyé par Bonaparte à Saint-Domingue au moment du soulèvement mené par Toussaint Louverture. Fréron y mourut de fièvre le 15 juillet 1802.

* »Révolutions de Paris » :

journal fondé par Prudhomme dès le 12 juillet 1789 et qui parut jusqu'au 28 février 1794. Ce prudhomme naquit à Lyon en 1752 et mourut à Paris le 20 avril 1830. Son journal fut d'abord très anti-royaliste. Il évolua probablement car en 1797, il publia en 6 volumes « l'histoire générale et impartiale des erreurs, des fautes et des crimes commis pendant la Révolution française ».

Parmi les rédacteurs de « Révolutions de Paris », signalons :

-Philippe-François-Nazaire Fabre dit Fabre d'Eglantine né à Carcassonne le 28 juillet 1750 qui fut acteur, dramaturge, poète (c'est lui qui composa les paroles de « il pleut bergère »), membre des Cordeliers, député à la Convention nationale, proche de Danton, il fut guillotiné à Paris en même temps que Danton (le 5 avril 1794)

-Pierre-Gaspard Chaumette né à Nevers (Nièvre) le 24 mai 1763. Engagé jeune dans la marine, il participa en 1780/1781 aux combats contre les Anglais lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis. De retour en France il milita pour l'abolition de l'esclavage mais fut contre l'émancipation des femmes. Cordelier durant la Révolution il fut guillotiné à Paris le 13 avril 1794.

Ce panorama de la presse durant la Révolution française est loin d'être complet il montre néanmoins déjà l'explosion des idées, de la parole et des écrits durant la Révolution.

J.D. 18 décembre 2015

Manon Roland à la mairie de Paris

Manon Roland à la mairie de Paris

le père Duchesne

le père Duchesne

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28 novembre 2015 6 28 /11 /novembre /2015 13:25

Le 20 janvier 1791, le quotidien « Chronique de Paris » publiait un article signé Michel de Cubières et intitulé : « Observations à MM les Auteurs de la chronique de Paris, sur l'état actuel de la Savoye, relativement à la révolution de la France ».

*Michel de Cubières (1752/1820) fut poète et auteur dramatique, sans conviction politique très précise , il fit l'éloge de Voltaire en 1780, rédigea aussi bien un « poème à la gloire de Marat » (en août 1793) qu'il honora Napoléon en célébrant la paix de Lunéville et la bataille de Marengo en 1800 puis la bataille d'Austerlitz en 1806 (bataille du 2 décembre 1805).

La Chronique de Paris avait publié un article se demandant qu'elle était l'opinion des Savoyards vis-à-vis de la Révolution française en cours. Michel de Cubières qui s'était rendu en Savoie en mai 1790, envoya un article à la Chronique de Paris, relatant particulièrement un entretien qu'il avait eu avec un vicaire savoyard.

*La Chronique de Paris parut tous les jours du 24 août 1789 au 25 août 1793. Jean-Antoine de Condorcet en fut le principal rédacteur. Girondin, il n'avait pas voté la mort de Louis XVI. Il fit partie de tous les Girondins condamnés en 1793, voir la note N° 251 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/11/les-savoyards-en-mai-1790-n-262.htlm.

Il parvint à s'enfuir, mais le 26 mars 1794, reconnu, il fut arrêté et interné à la prison de Bourg-la-Reine. Le 28, il était retrouvé mort dans sa cellule. Selon Alphonse de Lamartine dans histoire des Girondins, publiée en 1847, au chapitre XVIII du livre cinquante-sixième, il avala du poison qu'il portait toujours sur lui, pour échapper à la guillotine.

Voici le texte de l'article publié le 20 janvier 1791, en respectant l'orthographe de l'article, c'est-à-dire l'orthographe de l'époque :

« ...Le caractère général du Savoyard est la probité, la simplicité et, depuis quelque tems, une sorte de fierté , née sur-tout de la connoissance des droits de l'homme, et de cette voix intérieure et secrète qui crie à chaque peuple mal gouverné : tu n'es pas fait pour être esclave. Le roi, enfin, et toute la cour de Savoye, craignent que la Savoye ne se détache tôt ou tard de l'empire de Sardaigne, et que les Savoyards ne se donnent à la France, autant par amour des Français que par haine des Piémontois.

...les vertus du roi sont le seul lien qui attache encore le Savoyard au trône de Sardaigne, et après tout, continua-t-il avec vivacité, pourquoi seroit-on surpris d'un pareil événement ? Et pourquoi le trouveroit-on extraordinaire ? Le Piémont et la Savoye sont séparés par les Alpes éternelles, et la nature peut-elle avoir voulu que la Savoye et le Piémont appartinssent à un même souverain ? Non, non, l'ambition des princes ne sauroit réunir ce qu'a divisé la nature. La nature a voulu que le Piémont fit partie de l'Italie, et que les Alpes ont repoussé et repoussent sans cesse la Savoye dans les domaines de la France. Les Savoyards d'ailleurs, ont les mêmes mœurs, les mêmes usages, le même langage que les Français et l'habitude, et mille conformités, et mille rapports indestructibles s'unissent à la nature pour que les Français ne fassent qu'un avec les Savoyards, et pour que ces deux nations soient soumises aux mêmes loix et au même monarque.

Considérez enfin combien est cruelle, depuis la révolution Française ; la situation des Savoyards. Ils adorent les Français, je viens de le prouver sur l'heure ; et par les loix de leur gouvernement monarchique, ils sont obligés de haïr ces mêmes Français…

Ils abhorrent les Piémontois, et le gouvernement leur dit : regardez les Piémontois comme vos compatriotes, et aimez-les comme vos frères. Leur malheur va plus loin encore : ils sont forcés d'avoir des relations d'intérêts et des liaisons de tout genre avec les Piémontois ; qui ne cessent de leur reprocher leur amour pour la France, de commercer avec la France, qui se plaint souvent à eux de leurs liaisons avec les Piémontois, et pour comble d'infortune, ils ne peuvent pas se passer de ces mêmes Français, qu'ils aiment et qu'on leur ordonne de haïr. Croyez-vous qu'un état aussi violent puisse long-tems durer ? Non, Messieurs, non, la nature, l'opinion, la raison et la nécessité semblent s'être unies pour rendre la Savoye Française... ».

*Commentaires :

En 2010, pour préparer une conférence sur la réunion de la Savoie et de l'Arrondissement de Nice à la France en 1860 (voir note N°1 http://jean.delisle.over-blog.com/article-reunion-de-la-savoie-et-de-l-arrondissement-de-nice-a-la-france-en-1860) , j'avais consulté nombre de documents et, sur l'opinion des populations concernées, j'en avais tiré 2 conclusions :

-la consultation des populations en avril 1860 fut une sinistre farce : les fonctionnaires et militaires piémontais avaient quitté Savoie et Nice et ce sont des fonctionnaires français qui ont organisé la consultation et des militaires français qui étaient présents, alors qu'officiellement Savoie et Nice appartenaient encore au royaume de Sardaigne.

Dans les bureaux de vote, il n'y avait à la disposition des électeurs que des bulletins OUI et pas d'isoloirs….

-malgré cela il apparaît que pour tout un tas de raisons, géographiques, linguistiques, économiques, et même religieuses en 1860…. une majorité de la population devait préférer la réunion à la France, d'autant que le souvenir de Napoléon 1er et du grand empire était encore vivace chez les savoyards autant que chez les Niçois (ces territoires annexés par la France en 1792, avaient été rendus au royaume de Sardaigne en 1814/1815) ; et que l'unité de l'Italie n'était pas encore faite. En outre les fonctionnaires et militaires piémontais en poste en Savoie étaient considérés par la population locale comme une troupe d'occupation.

Cet article paru en 1791 dans la Chronique de Paris conforte le sentiment que les Savoyards préféraient la France.

Historiquement, voir fiche N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html, la dynastie Savoie, partie de Maurienne, s'étendit de ce côté-ci des Alpes avant de s'implanter en Italie. Au fil des siècles, la partie italienne grandissait en même temps que la partie française se réduisait et le transfert de la capitale de Chambéry à Turin en 1562 portait en germe la scission.

On trouvera en illustration une caricature publiée dans « Le Chat » le 31 décembre 1848 (cliché bibliothèque municipale de Chambéry) qui montre le souverain de Sardaigne (Charles-Albert) qui tente de retenir une vache qui veut aller brouter en France avec cette légende : « rien à faire, la tarine, si c'en est une, n'entend pâturer que sur territoire français ».

J.D. 28 novembre 2015

Les Savoyards en mai 1790 N°262
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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 16:40

Après Louis XVI, il y eut encore 6 rois en France, dont 3 seulement régnèrent, on peut donc contester aux 3 autres d'avoir été rois de France. Mais pour les royalistes, et les historiens « puristes », ils eurent bien le titre de roi même si ce ne fut que de façon très éphémère. Les voici :

Louis XVII :

Fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, il naquit à Versailles le 27 mars 1785 et fut titré « duc de Normandie » à sa naissance. Il fut enfermé à la prison du Temple en même temps que ses parents, sa sœur (Marie-Thérèse) et sa tante (Elisabeth) à partir du 13 août 1792.

A la prison du Temple, ce fut d'abord Louis XVI qui s'occupa de l'éducation de son fils, puis Marie-Antoinette après la mort de Louis XVI (le 21 janvier 1793).

Dès la mort de Louis XVI, les royalistes considérèrent son fils comme le nouveau roi sous le nom de Louis XVII.

Par arrêté du Comité de Salut public du premier juillet 1793, il fut retiré à sa mère et confié, toujours à l'intérieur de la prison du temple, au cordonnier Antoine Simon. Ce Simon était un ivrogne et fut choisi volontairement. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » (publiée en 1847) au livre quarante-sixième, chapitre XI:

« ….Le cordonnier Simon, choisi à la brutalité de ses mœurs, pour remplacer le cœur d'une mère, emporta le Dauphin dans la chambre où ce jeune roi devait mourir. L'enfant resta deux jours couché sur le plancher sans vouloir prendre de nourriture. Aucune supplication de la reine ne put obtenir de la Commune la grâce d'entrevoir une seule fois son fils. Le fanatisme avait tué la nature....

Le cynisme et la brutalité de Simon dépravait à la fois le corps et l'âme de son pupille. Il l'appelait le louveteau du Temple. Il le traitait comme on traite les petits des animaux féroces surpris à la mère et réduits en captivité, à la fois intimidés par les coups et énervés par l'apprivoisement de leurs gardiens. Il punissait en lui la sensibilité. Il récompensait la bassesse. Il encourageait le vice. Il enseignait à l'enfant à injurier la mémoire de son père, les larmes de sa mère, la pitié de sa tante, l'innocence de sa sœur, la fidélité de ses partisans. Il lui faisait chanter des chansons obscènes en l'honneur de la République, de la lanterne et de l'échafaud. Souvent ivre, Simon se plaisait à ces dérisions de la fortune qui réjouissaient sa bassesse. Il se faisait servir à table, lui assis, l'enfant debout...C'était la crapule et la brutalité chargées par le sort d'avilir et de dénaturer le dernier germe de la royauté... ».

et au chapitre IV du livre cinquante-septième du même ouvrage :

« Le 19 janvier (1794), l'avant-veille de l'anniversaire de la mort du roi, on séquestra entièrement le Dauphin, comme une bête fauve, dans une chambre haute de la tour, où personne ne pénétrait plus. Simon seul lui jetait, en entrouvrant la porte, ses aliments. Une cruche d'eau, rarement renouvelée, était son breuvage. Il ne sortait plus de son lit, qui n'était jamais remué. Ses draps, sa chemise, ses chaussures, ne furent pas renouvelés pendant plus d'un an. Sa fenêtre fermée par un cadenas, ne s'ouvrait plus à l'air extérieur. Il respirait continuellement sa propre infection. Il n'avait ni livre, ni jouet, ni outils pour occuper ses mains. Ses facultés actives, refoulées en lui par l'oisiveté et la solitude, se dépravaient. Ses membres se nouaient. Son intelligence s'asphyxiait sous la continuité de sa terreur. Simon semblait avoir reçu l'ordre d'éprouver jusqu'à quel degré d'abrutissement et de misère on pouvait faire descendre le fils d'un roi ».

Dans ces conditions il n'est pas surprenant que l'enfant mourut de tuberculose le 8 juin 1795, à l'âge de 10 ans et après 3 années d'emprisonnement. Une autopsie eut lieu le 9 juin. Le chirurgien enleva le cœur qui passa de main en main, fut l'objet d'une analyse ADN en l'an 2000 (la comparaison put être faite avec des cheveux de Marie-Antoinette) et finalement l'urne funéraire contenant le cœur fut placée le 8 juin 2004 dans la chapelle des Bourbons à la basilique Saint Denis.

*Marie-Thérèse de France sœur de Louis XVII née à Versailles le 19 décembre 1778 et nommée « madame Royale » à sa naissance, fut aussi internée à la prison du Temple. Par décret de la Convention du 30 juin 1795, elle fut échangée le 19 décembre 1795 contre 6 prisonniers français détenus en Autriche dont Drouet qui avait fait arrêter Louis XVI à Varennes (voir note N°253 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/varennes-n-253.html).

Elle avait été surnommée « l'orpheline du Temple » et devint duchesse d'Angoulême lorsqu'elle épousa son cousin Louis (fils du futur Charles X) le 10 juin 1799. Elle prit une place importante à la cour de France durant la Restauration. Pendant les « Cent jours », Napoléon dit d'elle, qu'elle était « le seul homme de la famille des Bourbons ». Elle s'exila avec son mari et son beau-père (Charles X qui était aussi son oncle) au moment de la Révolution de 1830 et mourut le 19 octobre 1851. Elle fut inhumée en Slovénie. Elle n'eut pas de descendance mais s'occupa de l'éducation de son neveu Henri (voir ci-dessous à Henri V) et de sa sœur Louise après l'assassinat de leur père le duc de Berry (autre fils de Charles X) le 13 février 1820.

Louis XVIII :

Il naquit à Versailles le 17 novembre 1755. Fils de Louis de France et de Marie-Josèphe de Saxe ; il fut titré comte de Provence à sa naissance.

Il est le frère de Louis XVI, de Charles X, d'Elisabeth... et par conséquent le petit-fils de Louis XV.

Il s'enfuit de France le 20 juin 1791 et parvint à Bruxelles, puis s'installa à Coblence, puis en Suède en 1804, en Lettonie (alors russe) fin 1804 et en Angleterre en juin 1807.

A la mort de Louis XVI, il avait proclamé le dauphin roi de France sous le nom de Louis XVII et s'était attribué le titre de régent, puis de roi après la mort de Louis XVII.

Il devint réellement roi le 6 avril 1814 lors de la première abdication de Napoléon, jusqu'au 20 mars 1815 (retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe). Il se réfugia à Gand et fut surnommé par les humoristes : « notre père de Gand ».

Puis à nouveau roi du 8 juillet 1815 (après la seconde abdication de Napoléon) au 16 septembre 1824 date de son décès. Très malade, sa fin de règne fut difficile. Il est inhumé à Saint Denis.

Il épousa à Versailles Marie-Joséphine de Savoie le 14 mai 1771. Celle-ci décéda le 13 novembre 1810 et n'eut par conséquent pas le temps d'être réellement reine de France.

En devenant roi de France, Louis XVIII octroya une constitution parlementaire au peuple de France, tentant ainsi de concilier Révolution, premier empire et royauté.

Le principal fait de son règne est une intervention militaire en Espagne. En juillet 1822, le roi d'Espagne avait été séquestré avec sa famille par des opposants libéraux.

Une réunion de têtes couronnées tenue à Vérone confia à la France le soin de remettre Ferdinand VII sur le trône. Ce fut la première intervention militaire française depuis Waterloo. Elle fut confiée à Louis duc d'Angoulême (fils du futur Charles X et neveu de Louis XVIII) qui parvint à remettre Ferdinand sur son trône. Le principal fait d'armes de cette campagne fut la prise du fort de Trocadéro, près de Cadix le 31 août 1823.

CHARLES X :

Il naquit à Versailles le 9 octobre 1757 et fut titré comte d'Artois. Fils de Louis de France et de Marie-Josèphe de Saxe, et par conséquent frère de Louis XVI, de Louis XVIII, petit-fils de Louis XV...

Il avait émigré dès le 16 juillet 1789 pour Turin puis Bruxelles, Coblence et la Grande-Bretagne.

Il devint roi à la mort de son frère (Louis XVIII). Il se fit couronner roi à Reims le 29 mai 1825, reprenant ainsi les anciennes traditions royales. Partisan du retour au pouvoir royal de l'ancien régime, il mécontenta l'opposition libérale notamment en faisant voter l'indemnisation des nobles spoliés par la Révolution (loi dite du milliard pour les émigrés). Il dut abdiquer lors de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830. Cette abdication fils de son fils Louis le nouveau roi de France.....pendant 20 minutes écrivent les auteurs, car Louis abdiqua lui-même dans la foulée.

Charles avait épousé le 16 novembre 1773 Marie-Thérèse de Savoie (sœur de Marie-Joséphine épouse de Louis XVIII). Marie-Thérèse décéda le 2 juin 1805. Comme sa sœur, elle n'eut pas le temps de devenir reine de France. Sur les relations entre la Cour de France et la Maison de Savoie, voir la note N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html.

Le règne de Charles X fut court mais on lui doit l'intervention de 1827 qui permit l'indépendance de la Grèce alors occupée par les Ottomans (voir la note N°9 http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-independance-58616338.html) et aussi l'intervention en Algérie (prise d'Alger le 6 juillet 1830).

Charles X s'exila d'abord en Ecosse, puis à Prague enfin en Autriche où il mourut du choléra le 6 novembre 1836.

LOUIS XIX :

Il naquit à Versailles le 6 août 1775, fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie, titré duc d'Angoulême à sa naissance par Louis XVI.

Il épousa le 10 juin 1799 sa cousine Marie-Thérèse de France fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette dont il n'eut pas de descendance.

Il fut colonel des cuirassiers et dragons, grand amiral de France, puis généralissime des armées d'Espagne (voir ci-dessus à Louis XVIII). Devenu roi de France par l'abdication de son père Charles X, il contresigna cette abdication 20 minutes plus tard en faveur d'Henri petit-fils de Charles X. Il s'exila en même temps que son père et mourut le 3 juin 1844 en Autriche et fut inhumé en Slovénie avec Charles X

HENRI V :

Il naquit le 29 septembre 1820 à Paris au palais des Tuileries. Il fut titré duc de Bordeaux par Louis XVIII. Il est le fils de Caroline « de Naples et des 2 Siciles » et du duc de Berry fils de Charles X. Il eut aussi le titre de comte de Chambord. L'abdication successive de Charles X et de Louis XIX faisait de lui un nouveau roi de France. Mais en même temps qu'il abdiquait, et compte tenu que Henri V n'avait que 10 ans, Charles X avait nommé un lointain cousin Régent, lequel conserva le pouvoir après avoir été « Régent du Royaume » du 2 au 9 août 1830. Henri V n'eut donc le titre de roi que durant 7 jours. Il mourut le 24 août 1883 en Autriche.

Il avait épousé le 15 novembre 1846 Marie-Thérèse de Modène dont il n'eut pas de descendance.

Toute sa vie, Henri V tenta de faire valoir ses droits au trône de France. Après la chute de Napoléon III, les élections législatives de février 1871, amenèrent à l'assemblée 240 députés républicains et 400 royalistes. Mais il y avait des divisions entre les royalistes « légitimistes » (partisans des descendants de Charles X donc d'Henri V) et « orléanistes » (partisans des descendants du duc d'Orléans, Philippe-Egalité). En outre Henri V refusa le retour du drapeau tricolore. Ce fut donc la troisième République et non la royauté qui succéda au second empire.

LOUIS-PHILIPPE :

Il naquit le 6 octobre 1773 à Paris au Palais royal. Il est le fils de Marie-Adélaïde de Bourbon et de Philippe duc d'Orléans, surnommé Philippe Egalité (qui fut guillotiné le 6 novembre 1793). A sa naissance, il fut titré duc de Valois, puis duc de Chartres en 1785, duc d'Orléans en 1793 après la mort de son père.

Il devint lieutenant général du royaume du 31 juillet au 2 août 1830, Régent du royaume du 2 au 9 août 1830 puis proclamé « roi des Français » par la Chambre des députés à compter du 9 août 1830.

Il avait obtenu le grade de colonel en juin 1791. Il servit sous les ordres de Dumouriez et participa aux batailles de Valmy et de Jemmapes en y prenant une part importante. Son nom, en tant que duc de Chartres, figure d'ailleurs sur l'Arc de triomphe de l'Etoile. Son frère duc de Montpensier avait été son aide de camp au cours de ces batailles.

Il suivit Dumouriez lorsque celui-ci s'enfuit à l'étranger. Il passa successivement en Suisse, aux Etats-Unis, à La Havane puis en Angleterre à compter de janvier 1800.

Le 25 novembre 1809, il épousa à Palerme Amélie de Bourbon-Siciles (nièce de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise...). Ils eurent 10 enfants dont Louise qui devint la première reine des Belges en épousant Léopold 1er.

Arrivé au pouvoir par la Révolution de 1830, il en fut chassé par celle de 1848 et abdiqua le 24 février 1848, ce qui amena la seconde République française qui n'eut qu'un seul Président (Louis-Napoléon Bonaparte qui fut, de fait, le premier qui eut le titre de Président de la République en France).

Durant le règne de Louis-Philippe, 15 présidents du Conseil se succédèrent dont les plus connus sont Jacques Lafitte, Casimir Perrier, Adolphe Thiers, et François Guizot.

Louis-Philippe qui avait entretenu d'excellentes relations avec la reine Victoria se réfugia en Angleterre où il décéda le 26 août 1850. D'abord inhumé en Angleterre, son corps ainsi que celui de la reine Amélie (décédée en 1864) furent ramenés à la chapelle royale de Dreux en 1866.

L'abdication de Louis-Philippe mit fin non seulement à son règne mais à la royauté française qui avait commencé avec Clovis au cinquième siècle et qui fait partie de notre Histoire de France.

J.D. 21 octobre 2015

Ascendance de Louis-Philippe

Ascendance de Louis-Philippe

initiales de Louis-Philippe sur les portes de la Grand'Chambre du Parlement de Bretagne à Rennes, photo J.D. 22 juin 2015

initiales de Louis-Philippe sur les portes de la Grand'Chambre du Parlement de Bretagne à Rennes, photo J.D. 22 juin 2015

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 11:08

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux souverains de l'histoire de France (81, 82, 109, 160, 239, 247, 248, 249, 250). Il y a déjà de quoi réviser ses leçons d'histoire. Voici maintenant les derniers rois de France avec une première note relative à Louis XVI :

Les notes N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html et 253 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/varennes-n-253.html sont déjà consacrées à ce roi. Voici quelques informations complémentaires :

1-L'acte d'accusation :

*Après la prise des Tuileries (le 10 août 1792), Louis XVI avait été suspendu de ses fonctions de roi par l'Assemblée législative puis interné avec sa famille à la prison du Temple à compter du 13 août. Le 21 septembre 1792, la royauté avait été abolie en France par la Convention qui avait succédé à l'Assemblée législative.

*Dans « Révolution française », publié chez XO Editions en 2008, (tome 1, chapitre 34) Max Gallo rappelle que les sans-culottes venaient hurler sous les fenêtres de la prison « leur haine du gros cochon et de la putain » et au chapitre 36 du même ouvrage qu'un ancien boucher nommé Legendre devenu député avait déclaré à la tribune de la Convention : « Egorgeons le cochon ! Faisons autant de quartiers qu'il y a de départements pour en envoyer un morceau à chacun ! ». C'est à l'image du degré de haine contre la famille royale, probablement d'une minorité de la population, mais c'est celle qui a fait la Révolution.

*Le 6 décembre 1792, la Convention Nationale, constitua une commission de 21 membres « chargés de rédiger l'acte d'accusation de Louis XVI ». Cela montre clairement que Louis XVI fut coupable avant d'être jugé. Le même jour, sur proposition de Marat, l'Assemblée adopte : « lors de tous les scrutins du procès, les votes auront lieu par appel nominal et à voix haute ».

*Peu avant le 10 août 1792, dans un des murs du palais des Tuileries, Louis XVI avait fait pratiquer une armoire secrète. Il s'était fait aider par un serrurier de Versailles qu'il connaissait depuis longtemps et qui s'appelait Gamain (François).

Mais le 20 novembre 1792, ce Gamain alla trouver Roland (Jean-Marie, mari de Manon Roland) un Girondin qui était alors ministre de l'Intérieur, pour lui révéler l'existence de cette cache connue sous le nom « d'armoire de fer ».

*La cache fut ouverte, les papiers analysés. Ils servirent à l'acte d'accusation du roi. Mais comme il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ou tout au moins pas de quoi justifier la guillotine (il y avait surtout dans la cache des correspondances avec les frères de Louis XVI exilés à l'étranger ), la commission mit sur le dos de Louis XVI tous les massacres effectués par les révolutionnaires ennemis de Louis XVI. En lui imputant ainsi des milliers de cadavres, il devint coupable.

*Le rapport d'accusation fut lu à la Convention, en présence du roi le 11 décembre 1792. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans « histoire des Girondins » (publiée en 1847) au livre trente-quatrième, chapitres V et VI :

« On fit la lecture de l'acte d'accusation : c'était la longue énumération de tous les griefs que les factions de la Révolution avaient successivement élevés contre la couronne, en y comprenant leurs propres actes, depuis les journées des 5 et 6 octobre à Versailles (lorsque la foule obligea la famille royale a quitter Versailles pour venir s'installer à Paris aux Tuileries), jusqu'à la journée du 10 août (1792, il s'agit de la prises des Tuileries). Toutes les tentatives de résistance du roi au mouvement qui précipitait la monarchie étaient appelées trahisons ; c'était bien plus l'acte d'accusation de son caractère et des circonstances que l'acte d'accusation de ses crimes. Il n'y avait que sa nature de coupable. Mais le temps trop lourd pour tous, on le rejetait tout entier sur lui. Il payait pour le trône, pour l'aristocratie, pour le sacerdoce, pour l'émigration, pour La Fayette, pour les Girondins, pour les Jacobins eux-mêmes. C'était l'homme émissaire des temps antiques, inventé pour porter les iniquités de tous.

A mesure qu'on déroulait devant lui ce tableau des fautes de son règne, et qu'on remuait le sang du Champ-de-Mars (fusillade au Champ-de-mars le 17 juillet 1791), du 20 juin (Première invasion des Tuileries le 20 juin 1792 où le roi fut obligé de coiffer le bonnet rouge révolutionnaire et de boire à la santé de la Nation) et du 10 août (seconde invasion des Tuileries le 10 août 1792), pour en détourner la responsabilité sur lui seul, quelques-uns des conspirateurs de ces journées, répandus parmi ses juges, tels que Pétion, Barbaroux, Louvet, Carra, Marat, Danton, Legendre, ne pouvaient s'empêcher de rougir et de baisser les yeux. Leur conscience leur disait intérieurement qu'il y avait pudeur à déclarer auteur de ces attentats celui qui en avait été victime. Ils se vantaient hautement quelques jours avant d'avoir ourdi ces conspirations contre le trône. Mais le sentiment du droit est si fort parmi les hommes, que, même quand ils le violent, ils en affectent encore l'hypocrisie, et que les conspirateurs les plus avoués, non contents d'avoir la victoire, veulent encore avoir la légalité de leur côté.

Le roi écouta cette lecture dans l'attitude d'une impassible attention. Seulement, à deux ou trois passages où l'accusation dépassait les bornes de l'injustice et de la vraisemblance, et où on lui reprochait le sang du peuple si religieusement épargné par lui pendant tout son règne, il ne put s'empêcher de trahir par un sourire amer et par un mouvement involontaire des épaules l'indignation contenue qui l'agitait. On voyait qu'il s'attendait à tout, excepté à l'accusation d'avoir été un prince sanguinaire ».

2-La condamnation :

A la suite de cet acte d'accusation, les députés de la Convention nationale eurent à se prononcer à partir du 15 janvier 1793. Ils durent répondre à 3 questions :

*Louis est-il coupable ?

*La décision de la Convention sera-t-elle soumise à la ratification du peuple ?

*Qu'elle sera la peine ?

-A la première question, 683 députés répondirent que Louis était coupable, 10 députés s'abstinrent, il n'y eut aucune voix contre.

-Sur la seconde question, le recours au peuple fut rejeté par 423 voix (ou 424?) contre 280

-enfin sur la dernière question, par appel nominal et à haute voix à la tribune, (le vote s'étant terminé le 17 janvier à huit heures du soir), 387 voix contre 334

votèrent la mort du roi. Suite à des contestations, un nouveau vote eut lieu le 18 janvier. Il donna 361 voix pour la mort du roi et 360 contre !

Parmi ceux qui votèrent la mort : Philippe duc d'Orléans (le 15 septembre 1792, la Commune de Paris lui avait donné le nom de « Philippe Egalité »), lointain cousin de Louis XVI (ils avaient Louis XIV et son ascendance dans leurs ancêtres communs).

Certains avaient demandé un sursis dans l'exécution du roi. Il fut rejeté le 20 janvier par 380 voix contre 310 et Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793.

3-le contexte du vote :

Un certain nombre de députés qui étaient contre la mort du roi votèrent pour. Quelques-uns par peur pour leur propre vie, d'autres par tactique pour ne pas laisser aux seuls Jacobins, vis-à-vis de l'opinion publique, l'avantage d'avoir tué le roi.

Les Conventionnels (députés de la Convention) furent soumis à une pression extrême. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins au livre trente-cinquième chapitres I et III :

« L'aspect de la ville était menaçant, l'aspect de l'enceinte était sinistre. La Commune (il s'agit de la Commune de Paris) et les Jacobins, décidés à emporter la condamnation de Louis XVI comme une victoire personnelle sur leurs ennemis, et à pousser la contrainte morale jusqu'à la violence, avaient rassemblé depuis plusieurs jours à Paris toutes les forces dont leurs journaux, leurs correspondances et leurs affiliations dans les départements leur permettaient de disposer. Les meneurs des faubourgs avaient recruté leurs bandes de femmes et d'enfants en haillons pour hurler la mort du tyran dans les rues qui avoisinaient la Convention. Théroigne de Méricourt et Saint-Huruge, les assassins d'Avignon (voir note N°95 http://jean.delisle.over-blog.com/article-avignon-et-la-revolution-n-95-116032820.html), les égorgeurs de septembre, les combattants du 10 août, les fédérés accumulés dans Paris avant de se rendre aux frontières; des volontaires et des soldats retenus à Paris par le ministre de la Guerre Pache pour grossir les séditions plus que pour les réprimer ; une population étrangère à toute passion politique, mais sans ouvrage et sans pain, et trompant son désespoir par son agitation ; ces masses de curieux que les grands spectacles font sortir de leurs maisons comme des essaims sortent des ruches à l'approche des orages, et qui, sans passion individuelle, prêtent l'apparence du nombre à la passion de quelques-uns ; les contre-coups d'août (prise des Tuileries le 10 août 1792) et de septembre (massacres de tous les détenus des prisons parisiennes du 2 au 5 septembre 1792) qui ébranlaient encore les imaginations ; la nuit, qui prêtait au tumulte ; la rigueur de la saison qui tendait la fibre et qui portait au désespoir ; enfin ce nom de roi, qui résumait en lui toutes les misères, toutes les iniquités, toutes les trahisons imputées à la royauté, et qui faisait croire au peuple qu'en immolant l'homme qui portait ce titre on immolerait du même coup les calamités, les crimes, les souvenirs et les espérances d'une institution répudiée : tout imprimait à la nuit du 16 janvier (1793) ce caractère d'impulsion irrésistible qui donne à une manifestation populaire la force d'un élément »....

... »Les abords et l'intérieur de la salle de la Convention semblaient plutôt disposés pour une exécution que pour un jugement. L'heure, le lieu, les avenues étroites, les cours tortueuses, les voûtes sombres de l'antique monastère (d'octobre 1789 à mai 1793, l'Assemblée siégea dans le manège des Tuileries auquel avaient été annexés les bâtiments des anciens couvents des Capucins et des Feuillants) , les lanternes rares qui luttaient avec les ténèbres d'une nuit d'hiver et pâlissaient les visages ; les armes qui brillaient et retentissaient à toutes les portes, les pièces de canon que les canonniers, la mèche allumée, semblaient garder aux deux entrées principales, moins pour intimider le peuple que pour tourner ces pièces contre la salle si l'arrêt fatal n'en sortait pas ; le sourd mugissement d'une multitude innombrable veillant debout dans les rues adjacentes et pressant de tous côtés les murs comme pour leur arracher l'arrêt ; le mouvement des patrouilles qui fendaient avec peine cet océan d'hommes pour faire place aux représentants attardés ; les costumes, les physionomies, les bonnets rouges, les carmagnoles, les visages contractés, les voix rauques, les gestes atroces et significatifs, tout semblait calculé pour faire entrer par tous les sens dans l'âme des juges l'inexorable arrêt portée d'avance par le peuple. Ou sa mort ou la tienne ! Tels étaient les seuls mots murmurés tout bas, mais d'un accent impératif, à l'oreille de chaque député qui traversait les groupes pour se rendre à son poste.....

Les couloirs de la Convention, livrés aux chefs les plus sanguinaires des séditions de Paris, étaient également obstrués de groupes armés. Ces hommes s'y tenaient en ordre et en silence par respect du lieu ; mais on les avait postés là comme des symptômes vivants de la terreur que leurs noms, leurs armes et leurs souvenirs devaient imprimer aux juges du roi. Maillard, Fournier l'Américain, Jourdan Coupe-Tête donnaient des ordres par signe à leurs anciens complices, et leur désignaient d'un clin d’œil les noms et les visages qu'ils devaient observer et retenir. Il fallait défiler sous leurs yeux pour pénétrer dans l'enceinte. Ils semblaient écrire les signalements dans leur mémoire. C'étaient les statues de l'assassinat placées aux portes du tribunal du peuple pour commander la mort. Chaque député les coudoyait en entrant.... ».

De la même façon, voici ce qu'écrit Max Gallo dans « Révolution française » tome I chapitre 38 :

« Tandis que les citoyens honnêtes de cette ville attendent dans un calme profond le jugement de Louis XVI, peut-on lire dans les Annales républicaines du 18 janvier (1793) toutes les avenues de la Convention sont entourées d'une foule inconnue d'agitateurs dont les vociférations se font entendre jusque dans le temple législatif, et semblent vouloir influencer les opinions de nos mandataires. On les entend beugler de toutes leurs forces que si Louis XVI n'est pas condamné à mort, ils iront eux-même l'assassiner. Quelques députés en entrant hier dans la salle ont été menacés d'être massacrés s'ils ne votent pas la mort... ».

Conclusions :

L'acte d'accusation de Louis XVI fut une farce grotesque et son jugement par les députés conventionnels fut effectué dans un climat de terreur.

Dans l'histoire de France, si il y a un roi qui ne méritait pas d'être guillotiné, c'est bien Louis XVI, mais enfin chacun est libre d'avoir un jugement différent. Personne ne nous fera un procès sur notre opinion concernant la mort de Louis XVI.

Pour ce qui me concerne, je dis bravo aux Nantais qui ont conservé la statue de Louis XVI érigée en 1823 place maréchal Foch. Une autre statue de Louis XVI qui avait été réalisée en 1829 par Nicolas Raggi fut détruite début 1942 alors qu'elle était conservée au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

On trouvera en illustration un tableau publié par le quotidien belge « Le Peuple » le 16 octobre 2015 avec comme titre : « La mort héroïque de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 ».

J.D. 17 octobre 2015

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 07:14

A Lyon, dans le deuxième arrondissement, quasiment à mi-chemin entre la Saône et le Rhône, se trouve une place dénommée « des Jacobins » ornée d'une fontaine du même nom.

Les touristes qui passent ou même probablement des Lyonnais, doivent croire que ce nom a un lien avec les terribles Jacobins de la Révolution surtout si ils connaissent la fontaine des Girondins (place des Quinconces à Bordeaux), le parallèle se fait naturellement . Mais il n'en est rien.

I-La place des Jacobins :

Cette place primitivement appelée place Confort a reçu son nom de place des Jacobins à compter de 1783 donc avant la Révolution. A compter de 1794 et successivement elle s'est appelée « place de la Fraternité », « place de la Préfecture », « place de l'Impératrice » (en l'honneur d'Eugénie) puis a repris son nom de place des Jacobins depuis février 1871.
Cette appellation de « Jacobins » était due à la présence, sur l'un des côtés de la place, d'un couvent de Dominicains qui avaient été surnommés « Jac
obins ».

2-la fontaine des Jacobins :

Une fontaine sur la place a été inaugurée le 14 juillet 1885. Voir illustration. Elle comporte 4 étages de bassins et de vasques avec au sommet une construction de plan carré dont les ouvertures, sur les 4 côtés, abritent des statues de personnages nés à Lyon et symbolisant à la fois les arts et les siècles :

*pour le seizième siècle : Philibert Delorme, architecte (Lyon 1514, Paris 1570)

*pour le dix-septième siècle : Gérard Audran graveur (Lyon 1640, Paris 1703)

*pour le dix-huitième siècle : Guillaume Coustou sculpteur (Lyon 1677, Paris 1746)

*pour le dix-neuvième siècle : Hippolyte Flandrin peintre (Lyon 1809, Rome 1864)

Cette fontaine a été classée à l'inventaire des monuments historiques le 18 mai 1992.

3-la Révolution à Lyon :

La ville de Lyon fut confrontée à la Révolution comme beaucoup d'autres villes à la même époque.

*A Lyon un nommé Marie-Joseph Chalier proche des Jacobins parvint à s'emparer de la mairie en novembre 1792 et commença à imposer des mesures « révolutionnaires », créant un Comité de salut Public et une armée révolutionnaire. Ce Chalier avait participé à la prise de la Bastille à Paris le 14 juillet 1789.

*Les Lyonnais qui étaient majoritairement plus proches des Girondins, renversèrent Chalier, le 29 mai 1793, le jugèrent et le guillotinèrent le 17 juillet 1793, place des Terreaux.

*Le 12 juillet 1793, la Convention décréta « Lyon en état de rébellion contre l'autorité légitime ». La Convention mobilisa d'importantes troupes sous le commandement de Kellermann. En face, les Lyonnais s'étaient armés, avaient constitué une armée dont le commandement fut confié au comte de Précy (Louis-François Perrin comte de Précy).

*La ville fut assiégée à partir du 9 août 1793. Les Lyonnais n'avaient guère plus de 10.000 hommes à opposer aux 60.000 de Kellermann. En outre les canons bombardèrent la ville dès la nuit du 23 au 23 août 1793 jusqu'à la reddition le 9 octobre 1793.

*Les départements avaient été créés le 4 mars 1790. Lyon s'était trouvé chef-lieu du département « Rhône-Loire » qui comprenait 6 districts : ville de Lyon, campagne lyonnaise, Montbrison, Roanne, Saint-Etienne, Villefranche. Pour punir les Lyonnais de leur rébellion, le 12 août 1793 fut décidée la séparation de la Loire et du Rhône.

*Les combats avaient fait beaucoup de victimes, en outre, lorsque la ville fut investie, 1604 Lyonnais furent fusillés ou guillotinés. Par décret du 12 octobre 1793, la Convention décida d'effacer le nom de Lyon et d'appeler cette cité : « ville-affranchie ». Le même décret ordonna la destruction de la ville sauf les maisons des pauvres, les ateliers, les hospices et les maisons consacrées à l'instruction publique.

*Georges Couthon fut d'abord envoyé pour exécuter ce sinistre décret. Mais il n'avait pas l'âme d'un sanguinaire. Au témoignage d'Alphonse de Lamartine (dans « Histoire des Girondins » publiée en 1847, au livre cinquantième, chapitre III), voici ce que fit Couthon :

« Il se borna, conformément aux lois existantes, à renvoyer devant une commission militaire les Lyonnais fugitifs pris les armes à la main, après la capitulation. Il institua, quelques jours après, par ordre du Comité de salut public, un second tribunal sous le nom de Commission de justice populaire. Ce tribunal devait juger tous ceux des citoyens qui, sans être militaires, auraient trempé dans la résistance armée de Lyon à la République. Les formes judiciaires et lentes de ce tribunal donnaient, sinon des garanties à l'innocence, du moins du temps à la réflexion. Couthon garda dix jours le décret qui instituait ce tribunal, pour donner aux individus compromis et aux signataires des actes incriminés pendant le siège le temps de s'évader. Vingt mille citoyens, prévenus par ses soins du danger qui les menaçait, sortirent de la ville et se réfugièrent en Suisse ou dans les montagnes du Forez. »

Mais Couthon fut rappelé à Paris et remplacé par des durs dont Fouché (Joseph) et Collot d'Herbois (Jean-Marie) qui firent peu de destructions à Lyon mais beaucoup d'exécutions. Comme la guillotine était trop lente, ils organisèrent des exécutions collectives près de la grange de Part-Dieu au moyen de trois canons chargés à mitraille.

4-Jugement :

C'est en juin 1793 que les Girondins commencèrent à être guillotinés à Paris. Lorsque la ville de Lyon fut assiégée militairement et que de nombreux Lyonnais furent exécutés, ce sont donc les Jacobins qui étaient au pouvoir.

Lorsqu'en février 1871, la place reprit son nom de Jacobins, les Lyonnais, au nom de l'histoire, auraient pu trouver une autre appellation. Mais enfin personne n'est obligé de partager cette opinion.

J.D. 14 octobre 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

fontaine des Jacobins à Lyon, photo J.D. 2 août 2015

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