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2 novembre 2015 1 02 /11 /novembre /2015 18:48

Au fil des siècles, il y eut de nombreuses alliances matrimoniales entre la Cour de France et les autres Cours d'Europe, spécialement avec la Maison de Savoie, l'Autriche et l'Espagne.

On trouvera en annexe, un tableau récapitulatif qui permet de situer les liens familiaux qui relient les « Autrichiennes » qui furent reines ou impératrice de France. En voici les principales :

Eléonore d'Autriche :

Elle naquit le 15 novembre 1498 à Louvain, aujourd'hui en Belgique flamande mais à l'époque dans les Pays-Bas autrichiens. Elle est la petite fille de Maximilien empereur romain germanique et la fille de Philippe le Beau archiduc d'Autriche et de Jeanne la folle reine de Castille.

Dans la fratrie d'Eléonore : Elisabeth qui devint reine de Suède et du Danemark, Marie, qui fut reine de Hongrie et de Bohème, Catherine reine du Portugal, Charles Quint empereur du Saint Empire de 1519 à 1558, et Ferdinand 1er qui succéda à Charles Quint comme empereur jusqu'en 1564.

Eléonore fut d'abord mariée à Manuel roi du Portugal le 16 juillet 1518, mais devint veuve au décès de son mari, emporté par la peste, le 13 décembre 1521.

Charles Quint la remaria à François 1er roi de France début juillet 1530. Elle fut donc reine de France jusqu'au décès de François 1er le 31 mars 1547.

Éléonore, sœur de Charles Quint, à l'époque notre principal ennemi, fut mal acceptée en France.

A la mort de François 1er, elle partit pour Bruxelles d'abord puis l'Espagne où elle mourut le 18 février 1558. Charles Quint la fit inhumer à l'Escurial. De François 1er elle n'eut pas de descendance. Elle fut tout de même reine de France presque 17 ans.

Elisabeth d'Autriche :

Elle naquit à Vienne le 5 juillet 1554, fille de l'empereur Maximilien II et de Marie d'Espagne.

Elle fut mariée le 26 novembre 1570 avec Charles IX fils d'Henri II et de Catherine de Médicis. Le mariage fut célébré dans l'église de Mézières (Ardennes), aujourd'hui Notre-Dame d'Espérance et sacrée reine de France à Saint Denis le 25 mars 1571.

De Charles IX, décédé le 30 mai 1574, Elisabeth eut une fille : Marie-Elisabeth née le 27 octobre 1572 et décédée le 2 avril 1578. Ce décès fit composer une complainte à Elisabeth.

Après le décès de Charles IX, Elisabeth repartit à Vienne en décembre 1575 et mourut le 22 janvier 1592 dans un monastère de Clarisses qu'elle avait fondé.

Anne d'Autriche :

Anne d'Autriche naquit à Valladolid (Espagne) le 22 septembre 1601. Elle est la fille de Philippe III de Habsbourg roi d'Espagne (les Habsbourgs ont régné sur l'Espagne au XVI et XVIIe siècles) et de Marguerite d'Autriche elle-même fille de l'Archiduc d'Autriche Charles II et petite-fille de l'empereur Ferdinand 1er.

Par accord entre les Cours, en 1625eut lieu un double mariage : Anne d'Autriche avec le futur Louis XIII et Élisabeth la sœur de Louis XIII avec Philippe IV d'Espagne le frère d'Anne d'Autriche.

« L'échange des princesses » se fit le 9 novembre 1615 à la frontière franco-espagnole (exactement dans l'île des Faisans, sur la Bidassoa). Le mariage de Louis et d'Anne eut lieu à Bordeaux le 21 novembre 1615 tandis qu’en Espagne, Élisabeth épousait Philippe IV.

A la Cour de France, Anne d'Autriche eut des relations difficiles d'une part avec sa belle-mère (Marie de Médicis, épouse d'Henri IV roi de France et petite-fille de l'empereur Ferdinand 1er) et d'autre part avec le Cardinal de Richelieu.

C'est à l'occasion du mariage en 1625 entre Henriette autre sœur de Louis XIII et Charles 1er d'Angleterre qu'eut lieu la rencontre entre Anne d'Autriche et le duc de Buckingham, ce qui alimenta l'imagination d'Alexandre Dumas et de quelques autres.

Avec Louis XIII, Anne d'Autriche eut 2 enfants : Louis né le 5 septembre 1638 (futur Louis XIV, le roi-soleil) et Philippe né le 21 septembre 1640.

Par Louis, Anne d'Autriche est l'ancêtre de Louis XV, Louis XVI, Louis XVII, Louis XVIII et Charles X et par Philippe elle est l'ancêtre du roi Louis-Philippe, des ducs de Chartres et des ducs d'Orléans (souvent les mêmes) ainsi que l'ancêtre de Marie-Antoinette, de Marie-Louise et de plusieurs empereurs de la maison d'Autriche...

Il avait fallu l'assassinat de Concino Concini (conseiller de Marie de Médicis) le 24 avril 1617 pour que Louis XIII devienne réellement roi.

Marie de Médicis mourut le 3 juillet 1642, Richelieu le 4 décembre 1642 et Louis XIII le 24 mai 1643. Le futur Louis XIV avait 5 ans. Anne d'Autriche fut régente et gouverna avec l'aide de Mazarin. Louis XIV fut majeur le 5 septembre 1651, mais Anne d'Autriche resta dans le conseil du roi jusqu'en 1661.

Elle mourut au Val de grâce, suite à un cancer du sein, le 20 janvier 1666.

Marie-Thérèse d'Autriche :

Elle naquit à Madrid le 10 septembre 1638. Elle est la fille de Philippe IV d'Espagne et d’Élisabeth de France, sœur de Louis XIII et par conséquent tante de Louis XIV. Avec Philippe IV d'Espagne, Élisabeth de France eut 9 enfants dont 1 seul parvint à l'âge adulte : Il s'agit de Marie-Thérèse d'Autriche. Il faut dire qu'à force de mariages entre cousins, la consanguinité devenait élevée.

Cette Marie-Thérèse épousa Louis XIV le 9 juin 1660 en l'église Saint Jean-Baptiste de Saint Jean de Luz à la frontière franco-espagnole.

Anne d'Autriche était doublement belle-sœur avec Élisabeth de France et doublement tante avec Marie-Thérèse.

Quant à Élisabeth de France qui était la tante de Louis XIV, elle devint sa belle-mère suite au mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse.

Avec Louis XIV, Marie-Thérèse eut 6 enfants et fut l'arrière grand-mère de Louis XV.

Durant une absence de Louis XIV pour cause de guerre contre la Hollande, Marie-Thérèse assura la régence du royaume de France de 12 juin 1672 au 13 août de la même année.

Elle mourut à Versailles le 30 juillet 1683.

Marie-Antoinette :

Elle naquit à Vienne le 2 novembre 1755. Elle est la fille de François 1er empereur (1708/1765) et de Marie-Thérèse d'Autriche (1717/1780) ; à ne pas confondre avec l'épouse de Louis XIV.

Elle fut mariée à Versailles le 16 mai 1770 avec le dauphin qui devint Louis XVI après la mort de Louis XV le 10 mai 1774. Le soir du mariage un feu d'artifice se termina tragiquement avec officiellement 131 morts mais probablement plus.

Elle fut probablement la bonne personne mais pas au bon endroit et surtout pas au bon moment. Elle dut faire face à l'hostilité d'une partie de la noblesse puis de la partie révolutionnaire de la population.

Elle fut d'abord surnommée « l'Autrichienne » puis « Madame déficit » puis « Madame veto », traitée de putain et de tout, caricaturée avec des dessins obscènes etc et finalement guillotinée le 16 octobre 1793. Voir les fiches N° 253 à 258 sur ce blog.

Avec Louis XVI elle eut 4 enfants dont seulement une fille (Marie-Thérèse) survécut à la Révolution.

Elle avait non seulement des empereurs (du Saint Empire) dans sa parenté directe (son père et son frère furent empereurs) mais elle comptait également dans ses ancêtres Louis XIII, Anne d'Autriche, Henri IV et sa grand-mère paternelle était une nièce de Louis XIV. Sa sœur, Marie Caroline d'Autriche, fut la grand-mère de Marie-Louise et la belle-mère de Louis-Philippe. Marie-Antoinette fut donc la grand tante de Marie-Louise.

C'est à la suite de la défaite des Ottomans à la bataille du Kahlenberg (près de Vienne) le 12 septembre 1683, que les boulangers viennois créèrent une pâtisserie en forme de croissant. Marie-Antoinette aurait introduit la mode du croissant en France d'où découlerait le terme de « viennoiseries ».

Quelques décennies plus tôt elle aurait probablement été considérée comme une reine faisant honneur à la Cour et à la France.

Marie-Louise :

Elle naquit à Vienne le 12 décembre 1791 de l'empereur François II et de Marie-Thérèse de Bourbon Siciles (nièce de Marie-Antoinette). Dans le cadre des grandes tractations internationales, elle fut mariée à Napoléon 1er.

Leur première rencontre eut lieu à Compiègne le 27 mars 1810, le mariage civil fut célébré au château de Saint Cloud le 1er avril 1810 et le mariage religieux le lendemain dans le salon carré du Louvre où ils furent unis par le cardinal Fesch, oncle maternel de Napoléon. Un mariage par procuration avait eu lieu à Vienne le 11 mars 1810. En épousant Napoléon elle devint impératrice des Français et reine d'Italie. Il y avait moins de 17 ans que sa grand tante avait été guillotinée place de la Révolution (ex place Louis XV et future place de la Concorde)

Le roi de Rome naquit le 20 mars 1811 sous le nom de Napoléon François Charles Joseph Bonaparte.

Marie-Louise fut nommée régente le 30 mars 1813.

Après la première abdication de Napoléon le 6 avril 1814, Marie-Louise repartit en Autriche le 23 avril 1814, emmenant son fils. Elle vint ensuite en cure à Aix-les-Bains du 17 juillet au 8 septembre 2014. Napoléon souhaitait qu'elle le rejoigne à l'île d'Elbe, mais la Cour d'Autriche veillait au grain et envoya à Aix le comte Niepperg qui devint l'amant de Marie-Louise et lui fit 4 enfants : une fille née le 1er mai 1817, un fils né le 8 août 1819 et 2 autres décédés peu après leur naissance. Faute d'être mariée, elle ne pouvaient reconnaître ses enfants, ils furent appelés Montenuovo.

Marie-Louise resta encore en Autriche durant les 100 jours.

Le roi de Rome devint l'empereur Napoléon II du 7 au 22 juin 1815. Son grand-père empereur d'Autriche lui donna le titre de duc de Reichstadt le 22 juillet 1818.

Entre-temps, le 1er octobre 1814, le Congrès de Vienne avait donné à Marie-Louise le titre de duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla. Elle s'installa à Parme à compter du 7 mars 1816 et transforma son prénom en Maria-Luigia. Elle gouverna son duché avec l'aide de son amant (le comte Niepperg). La Cour d'Autriche refusa que le fils qu'elle avait eu avec Napoléon puisse la suivre à Parme. Il resta à Vienne et mourut de tuberculose le 22 juillet 1832.

Après la mort de Napoléon à Sainte Hélène le 5 mai 1821, Marie-Louise put se marier avec Niepperg le 8 août 1821.

Après la mort de Niepperg le 22 février 1829, elle se remaria avec le comte de Bombelles le 17 février 1834.

Marie-Louise décéda le 17 décembre 1847 et fut inhumée dans la crypte des Capucins à Vienne. A Parme, il y a encore un musée consacré à Marie-Louise.

Marie-Amélie :

Elle naquit à Caserte (en Campanie – région de Naples) le 26 avril 1782 de Ferdinand 1er des Deux-Siciles et de Marie-Caroline sœur de Marie-Antoinette. Marie-Amélie se trouve donc être la tante de Marie-Louise et la nièce de Marie-Antoinette.

En ce qui concerne le père de Marie-Amélie, on trouve le même sous l'appellation de Ferdinand III roi de Sicile (insulaire), de Ferdinand IV roi de Sicile (péninsulaire) et de Ferdinand 1er roi des Deux-Siciles.

Marie-Amélie épousa le 25 novembre 1809 à Palerme Louis-Philippe d'Orléans qui avait à l'époque le titre de duc de Chartres. Il récupéra en 1814 le titre de duc d'Orléans puis celui de roi des Français, sous le nom de Louis-Philippe 1er, après la révolution de juillet 1830 qui renversa Charles X. Marie-Amélie fut donc duchesse puis reine des Français, la dernière. Ils eurent 10 enfants.

Louis-Philippe fut lui-même renversé par la révolution de février 1848 (voir la fiche N°258)

Louis-Philippe et Marie-Amélie s'exilèrent en Angleterre.

Elle donna son nom à une station thermale des Pyrénées Orientales (Amélie-les-Bains).

Décédée le 24 mars 1866, elle est inhumée ainsi que Louis-Philippe dans la chapelle royale de Dreux.

Synthèse :

L'énumération ci-dessus montre l'importance et la complexité des liens entre toutes les Cours d'Europe et ce durant des siècles. Cela n'empêcha jamais les guerres !

Pour que les humains arrêtent de s'étriper il en faudrait beaucoup plus que des mariages et le drame est que le « beaucoup plus » on ne l'a pas encore trouvé !

Après la première guerre mondiale, la création de la Société des Nations suscita beaucoup d'espoir. Les humains purent croire qu'on allait remplacer les guerres par des procédures d'arbitrage international pour résoudre les conflits. Hélas on a vu le résultat !

Aristide Briand qui fut l'une des principales figures de la SDN comprit à la fin de sa vie qu'il fallait interdire la fabrication des armements ; car tant que des humains fabriqueront des armes, d'autres s'en serviront. Emporté par la mort en mars 1932, il n'eut pas le temps de faire aboutir son idée de faire interdire la fabrication des armes. Il est d'ailleurs probable qu'il n'y serait pas parvenu ou que cela n'aurait rien empêché.

En 1929, dans « malaise dans la civilisation », Sigmund Freud met en avant la dualité de l'instinct de vie et de l'instinct de mort. Si sa thèse devait se révéler juste ce ne serait pas très réjouissant.

J.D. 2 novembre 2015

Marie-Antoinette en 1783 par Elisabeth Vigée Le Brun, au Louvre

Marie-Antoinette en 1783 par Elisabeth Vigée Le Brun, au Louvre

l'échange des princesses dans l'île des Faisans par Raphaël en 1622, au Louvre

l'échange des princesses dans l'île des Faisans par Raphaël en 1622, au Louvre

ascendance de Marie-Antoinette

ascendance de Marie-Antoinette

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:54

C'est le 21 juin 1791 que Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, Élisabeth (sœur de Louis XVI) et les deux enfants du couple royal (Louis-Charles et Marie-Thérèse) furent arrêtés à Varennes. Il s'agit de Varennes en Argonne dans le département de la Meuse, village qui a aujourd'hui moins de 700 habitants mais qui en avait presque le double en 1791.

La veille au soir, déguisés, ils s'étaient enfuis des Tuileries bien que très surveillés. Le 21 juin à 15,30 heures ils avaient atteints Châlons-en-Champagne, puis Sainte Menehould vers 19,30 heures. C'est là que Louis XVI fut reconnu par un citoyen nommé Drouet. Celui-ci prit un chemin de traverse et atteignit Varennes avant le carrosse royal. Lorsque le carrosse parvint à Varennes, il n'y avait que 8 personnes pour l'arrêter. Voir illustration.

Les gardes du corps de Louis XVI, déguisés en cochers étaient armés. Ils auraient pu faire feu et dégager la route.

Depuis Paris, le carrosse de Louis XVI et de sa famille avait déjà parcouru environ 250 kms, il restait moins de 60 kms pour atteindre Montmédy à la frontière belge. A Varennes, le roi devait retrouver une escorte avec 40 hussards mais celle-ci n'arriva que plus tard, c'est-à-dire trop tard car entre-temps la population avait été ameutée, le tocsin sonné et des renforts étaient arrivés en nombre.

Mais au moment de l'arrestation, le roi interdit d'employer la force pour lui ouvrir un passage.

Le pauvre homme en perdit la tête car, si lui ne voulait pas de violence, ce ne fut pas le cas de ses ennemis qui faisaient leur fonds de commerce des têtes tombées.

Les raisons de la fuite :

Voici l'avis d'Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins parue en 1847 (livre deuxième, chapitre III) :

« Les menaces atroces qui les assaillaient (il s'agit de la famille royale) dès qu'ils se montraient aux fenêtres de leur demeure, les outrages des journalistes, les vociférations des Jacobins, les émeutes et les assassinats qui se multipliaient dans la capitale et dans les provinces, les obstacles violents qu'on avait mis à leur départ pour Saint-Cloud (le lundi de Pâques 18 avril 1791, la garde nationale et la foule empêchèrent le roi et sa famille de quitter les Tuileries pour se rendre au château de Saint-Cloud), le souvenir enfin des poignards qui avaient percé le lit même de la reine aux 5 et 6 octobre (une émeute en octobre 1789 avait forcé la famille royale a quitté Versailles pour Paris. Au cours de cette émeute, la foule avait crié : « A mort l'Autrichienne »), tout faisait de leur vie une transe continuelle. Ils commençaient à croire que la Révolution insatiable s'irritait par les concessions mêmes qu'ils lui avaient faites; que l'aveugle fureur des factions, qui ne s'était pas arrêtée devant la majesté royale entourée de ses gardes, ne s'arrêterait pas devant l'inviolabilité illusoire décrétée par une Constitution (il s'agit de la première Constitution promulguée le 3 novembre 1789 qui transférait l'origine du pouvoir de Dieu à la Nation, ce qui était nouveau depuis 13 siècles de royauté française); et que leur vie, celle de leurs enfants et de ce qui restait de la famille royale, n'avait plus de sûreté à trouver que dans la fuite ».

Selon l'avis de Lamartine, ils devaient fuir mais ils le firent trop tôt ou trop tard.

Louis XVI :

Sur la carrière de Louis XVI, voir la note N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html

En complément, voici sur ce roi, le jugement d'Alphonse de Lamartine dans l' »histoire des Girondins » au livre I, chapitre 11 :

« Quand on se place par la pensée dans la situation de Louis XVI, et qu'on se demande quel est le conseil qui aurait pu le sauver, on cherche et on ne trouve pas. Il y a des circonstances qui enlacent tous les mouvements d'un homme dans un tel piège, que, quelque direction qu'il prenne, il tombe dans la fatalité de ses fautes ou dans celle de ses vertus. Louis XVI en était là. Toute la dépopularisation de la royauté en France, toutes les fautes des administrations précédentes, tous les vices des rois, toutes les hontes des cours, tous les griefs du peuple, avaient pour ainsi dire aboutit sur sa tête et marqué son front innocent pour l'expiation de plusieurs siècles. Les époques ont leurs sacrifices, comme les religions. Quand elles veulent renouveler une institution qui ne leur va plus, elles entassent sur l'homme en qui cette institution se personnifie, tout l'odieux et toute la condamnation de l'institution elle-même ; elles font de cet homme une victime qu'elles immolent au temps : Louis XVI était cette victime innocente, mais chargée de toutes les iniquités des trônes, et qui devait être immolé en châtiment de la royauté ».

*Ce texte de Lamartine me conforte dans l'idée que Louis XVI était un brave homme qui, dans un autre contexte aurait probablement fait un bon roi. Devant les mêmes événements, on imagine facilement un Louis XIV interdisant les clubs, les journaux « révolutionnaires » et faisant réprimer dans le sang les premières émeutes. Il n'y aurait sûrement pas eu de Révolution. Mais on ne réécrit pas l'Histoire.

*Après Varennes, la famille royale fut ramenée aux Tuileries. Une nouvelle Constitution avait été préparée et adoptée le 3 septembre 1791. Le 14 septembre, Louis XVI dut jurer fidélité à cette Constitution qui transformait le roi de France en roi des Français et lui enlevait l'essentiel de ses pouvoirs. En même temps le club des Cordeliers, d'abord, puis d'autres ensuite, réclamaient la République.

*Le 20 avril 1792, la guerre était déclarée à l 'Autriche

*le 10 août, la foule envahissait les Tuileries et massacrait gardes suisses et serviteurs (un milliers de morts). Le roi était suspendu par l'Assemblée législative.

*le 13 août, la famille royale était transférée à la prison du Temple qui devait son nom aux Templiers qui l'avaient fait construire dans les années 1240. Située dans le 3e arrondissement de Paris, le bâtiment fut détruit sur ordre de Napoléon à partir de 1808.

*Début septembre 1792, le « peuple » se livra au massacre des prisonniers dans les prisons de Paris, surtout des prêtres « réfractaires » (qui avaient refusé la Constitution civile du clergé), des nobles... : 1300 morts

*20 septembre 1792 : victoire de Valmy

*21 septembre 1792 : la Convention nationale décrète l'abolition de la royauté. C'est ce même 21 septembre que la Convention Nationale succéda à l'Assemblée législative.

*On connaît la suite qui aboutit à la mort du roi, guillotiné place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) le 21 janvier 1793.

Marie-Antoinette :

*Marie-Antoinette naquit à Vienne le 2 novembre 1755. Elle est la fille de François 1er empereur du Saint Empire et de Marie-Thérèse d'Autriche. Ce François 1er était lui-même le fils de Léopold 1er et d'Elisabeth Charlotte d'Orléans nièce de Louis XIV. Par son père, Marie-Antoinette avait donc dans ses ancêtres les rois de France Henri IV et Louis XIII ; ce que peu de gens semblaient savoir au moment de la Révolution. François 1er et Marie-Thérèse d'Autriche eurent 16 enfants dont Marie-Antoinette.

*Pendant la vie de Marie-Antoinette, régnèrent à Vienne comme empereurs du Saint Empire : François 1er père de Marie-Antoinette décédé le 18 août 1765, Joseph II, frère de Marie-Antoinette décédé le 20 février 1790, Léopold II autre frère de Marie-Antoinette décédé le 1er mars 1792 (celui-là eut 15 enfants), et François II fils du précédent (et par conséquent neveu de Marie-Antoinette), décédé en 1835 mais qui ne fut empereur du Saint Empire que jusqu'en 1806 date de la fin du Saint Empire décidée par Napoléon 1er.

*Cette énumération est un peu longue mais elle montre que le couple Louis XVI et Marie-Antoinette avait des liens familiaux avec toutes les cours d'Europe car tous les frères, sœurs, neveux et nièces de Marie-Antoinette furent tous « casés » dans toutes les cours d'Europe et qu'il en allait de même du côté de Louis XVI.

*A partir de ce constat on peut se demander pourquoi les autres puissances européennes n'intervinrent pas plus rapidement et plus énergiquement contre la France révolutionnaire. On peut émettre l'hypothèse qu'ils furent partagés entre 2 sentiments : d'une part, la solidarité familiale et la peur de la contagion révolutionnaire devaient les inciter à intervenir mais d'autre part, dans les siècles passés, tous ces pays avaient été en guerre à de multiples reprises contre la France et l'on peut imaginer que les fournées successives de têtes de Français qui passaient sous la guillotine ne devaient pas faire pleurer les Anglais, les Prussiens ou les Autrichiens.

*Marie-Antoinette épousa le futur Louis XVI à Versailles le 16 mai 1770. Ils eurent 4 enfants :

*Marie-Thérèse née le 19 décembre 1778 et décédée le 19 octobre 1851. Elle épousa son cousin (fils du futur Charles X) le 9 juin 1799. Elle avait reçu le titre de Duchesse d'Angloulême. Elle fut la seule survivante de la famille et vit tour-à-tour l'exécution de son père, de sa mère, de sa tante, la mort de son frère sans compter tous les proches comme la princesse de Lamballe (décapitée et dépecée en pleine rue!)

*Louis-Joseph né le 22 octobre 1781 et décédé le 4 juin 1789

*Louis Charles né le 27 mars 1785 et décédé à la prison du Temple le 8 juin 1795, décès dû aux conditions d'internement. C'est à lui, que les royalistes décernèrent le titre de Louis XVII

*Sophie-Béatrice née le 9 juillet 1786 et décédée le 19 juin 1787

Lors de la fuite à Varennes, il n'y avait donc que 2 enfants encore vivants.

*Le portrait, que Lamartine dresse de Marie-Antoinette, est équilibré, on peut penser que dans un autre contexte, en tant que reine, elle aurait pu soutenir la comparaison avec beaucoup d'autres.

*Mais c'est sur elle que se concentra la haine populaire contre la monarchie. Lamartine écrit (dans l'Histoire des Girondins livre premier chapitre XIV) :

« Le peuple soulevé a besoin de haïr quelqu'un, on lui livra la reine. Son nom fut chanté dans ses colères. Une femme fut choisie pour l'ennemie de toute une nation ».

*Voici, à titre d'exemple, comment Fréron parle de la reine dans « l'Orateur du peuple » après la fuite à Varennes :

« Il est parti ce roi imbécile, ce roi parjure ! Elle est partie, cette reine scélérate, qui réunit la lubricité de Messaline à la soif de sang qui consumait Médicis ! Femme exécrable ! Furie de la France ! C'est toi qui étais l'âme du complot ».

*Ce Fréron fut un massacreur à Toulon et Marseille comme Collot d'Herbois le fut à Lyon et Carrier à Nantes ! (voir note N°92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html).

Il était bien placé pour accuser Marie-Antoinette !

Marie-Antoinette fut décapitée le 16 octobre 1793. Détail atroce : les fossoyeurs récupéraient les vêtements sur les cadavres avant de les jeter dans la fosse.

Élisabeth de France :

Elle est née à Versailles le 3 mai 1764. Elle est la fille de Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Par son père elle était donc la petite fille de Louis XV et de Marie Leczinska et par sa mère la petite fille d'Auguste III roi de Pologne et l'arrière petite fille de Joseph 1er empereur du Saint Empire. Cela confirme les liens de la Cour de France avec les autres Cours d'Europe.

Élisabeth de France fut la sœur de 3 rois de France (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) et de Clotilde qui fut reine de Sardaigne après son mariage avec Charles-Emmanuel IV.

Fidèle à son frère (Louis XVI) jusqu'au bout elle le suivit dans son infortune et fut décapitée le 10 mai 1794 avec pour crime d'avoir été la sœur du roi !

En guise de conclusion :

Depuis 3 ans on voit régulièrement circuler sur internet des caricatures qui représentent François Hollande déguisé en Louis XVI : pauvre Louis XVI, il ne méritait pas un pareil outrage !

J.D. 27 août 2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

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