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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 20:41

Parmi les nombreuses personnalités qui fréquentèrent la station thermale savoyarde au XIXe siècle, deux femmes, qui ont beaucoup de points en commun (même si elles ne se connurent pas, 48 années les séparent), ont laissé un souvenir particulier. Il s'agit d'Hortense de Beauharnais et de Marie de Solms.

 

Hortense de Beauharnais:

Elle naquit à Paris le 10 avril 1783. Elle est la fille de Marie-Josèphe Rose Tascher de La Pagerie (plus connue sous le nom de Joséphine) et du vicomte Alexandre de Beauharnais guillotiné à Paris le 23 juillet 1794; Hortense avait 11 ans.
Joséphine elle-même fut emprisonnée du 21 avril au 6 août 1794. Sortie de prison, Joséphine fut la maîtresse de Paul Barras avant que le dit Barras ne la mette dans les bras de Napoléon Bonaparte que Joséphine épousa le 8 mars 1796.

Napoléon naquit le 15 août 1769 et Joséphine le 23 juin 1763. A l'âge de 24 ans, le 22 décembre 1793, Napoléon était général de brigade et en octobre 1795 général de division. On sait qu'il fut premier consul après le coup d'état du 18 brumaire (9 novembre 1799) et qu'il fut empereur en 1804. Avec le mariage de sa mère, Hortense devenait la belle-fille du maître de la France.

Hortense avait reçu une très bonne éducation à la pension de Madame Campan à Saint Germain-en-Laye. Elle avait des dons dans beaucoup de domaines : dessin, peinture, chant, musique... Elle montrera bien d'autres qualités dans les périodes difficiles (durant l'exil de l'empereur à l'île d'Elbe, durant les 100 jours etc). A propos de l'un de ses séjours à Aix-les-Bains voici ce qu'écrit G. Pérouse en 1922 (dans « la vie d'autrefois à Aix-les-Bains ») : « Pendant les séjours d'Hortense les discussions sont animées avec Madame de Staël. La conversation, vive et générale , aisée, guidée par des gens qui possédaient encore cet art, faisait les délices de tous, à la table d'hôte, quand le dîner, qu'on prenait à cinq heures y réunissait les habitués ».

Pensant consolider les relations entre les familles Bonaparte et Beauharnais, sa mère maria Hortense avec Louis Bonaparte l'avant dernier des frères de Napoléon. Ce mariage eut lieu le 4 janvier 1802. Il se fit pour « raison d'état » contre la volonté et de Louis et d'Hortense. Il ne fut pas heureux. Par ce mariage, Hortense qui était déjà la belle-fille de Napoléon devint aussi sa belle-sœur et du même coup la belle-sœur de sa mère Joséphine, curieux !

Par la volonté de Napoléon, Louis devint roi de Hollande à compter du 5 juin 1806. Il s'installa d'abord à La Haye puis à Utrecht en 1807 et à Amsterdam en 1808. Hortense suivit, elle devint reine de Hollande. Mais le climat de la Hollande ne lui plaisait pas plus que son mari et elle saisit toutes les occasions pour s'éloigner de l'une (la Hollande), comme de l'autre (le mari). Malgré tout, Louis et Hortense eurent officiellement 3 enfants :

*Napoléon Louis Charles Bonaparte né le 10 octobre 1802 (mort en 1807)

*Napoléon Louis né le 10 octobre 1804 (mort en Italie en 1831)

*Charles Louis Napoléon né le 20 avril 1808 (mort le 9 janvier 1873 après avoir régné sous le nom de Napoléon III).

Certains historiens se sont demandés si le premier de ces 3 enfants était un fils de Louis ou de Napoléon. Suétone, historien romain du second siècle de notre ère écrit (dans Vies des douze Césars, livre premier en L) que César parmi ses maîtresses eut en même temps Servilia (mère de Marcus Brutus) et sa fille Tertia. L'ambitieux Bonaparte devait connaître par cœur la vie de César. Voulut-il l'imiter ? On ne le saura probablement jamais.

Quant au troisième fils, Louis ne le reconnut que sur l'insistance de Napoléon et encore pour « raison d'état ». Il est vrai que la rumeur hollandaise avait fait de l'amiral Verhuel l'amant de la belle Hortense. Lorsque l'on regarde les portraits de Napoléon III et de Louis Bonaparte son père officiel, il est difficile même avec de la bonne volonté de trouver une ressemblance !

Louis prétendit diriger la Hollande sans tenir compte des grandes visées stratégiques de son frère Napoléon ce qui amena la brouille entre les 2 frères. Louis abdiqua le 1er juillet 1810 en faveur de son fils Napoléon Louis qui ne fut roi de Hollande que jusqu'au 13 juillet 1810, date à laquelle Napoléon annexa la Hollande à la France. En même temps que son abdication, la séparation de Louis et d'Hortense devint définitive.

Hortense eut un autre amant en France : Charles de Flahaut, fils naturel de Talleyrand et de la comtesse de Flahaut. Hortense avait fait sa connaissance à l'occasion d'une réception aux Tuileries fin 1803 (selon Jean-Marie Rouart) ou début 1804 (selon André Castelot). Cette première rencontre a été décrite par une dizaine d'auteurs.

Hortense fit un premier séjour à Aix-les-Bains en 1810 (du 27 juillet au 21 septembre). Elle logea à la villa Chevalley où cette année là se trouvait également sa mère Joséphine qui avait divorcé de Napoléon le 15 décembre 1809. A l'époque, Aix-les-Bains fut très fréquentée par les proches du pouvoir impérial. Sur toutes ces personnalités qui séjournèrent à Aix entre 1808 et 1815, il existe de très nombreux récits. On pourra consulter par exemple le texte de Paul Couturier (un dentiste aixois qui s'intéressa à l'histoire locale dans les années 1960/1970) : « Aix-les-Bains depuis 4000 ans », avec particulièrement une page croustillante sur Pauline Bonaparte !

Hortense revint à Aix les années suivantes. Trois de ses séjours sont particulièrement à remarquer : ceux de 1811, 1813 et 1815.

en 1811: Hortense arriva à Aix début juillet et vers le 15 septembre, elle accoucha secrètement d'un garçon, fils de Charles de Flahaut. Le lieu de la naissance n'est pas connu. Pour certains auteurs, l'accouchement se fit dans une chaumière près d'Aix, pour d'autres, en Suisse enfin pour une dernière catégorie, Hortense était retournée à Paris pour accoucher. Quoi qu'il en soit, un couple de Parisiens modestes dénommés Demorny, servit de prête-nom et déclara la naissance de l'enfant à l'état civil de la ville de Paris le 21 octobre 1811, sous le nom de Charles Demorny. Peu de temps après cette déclaration, le couple disparut et la comtesse de Flahaut (grand-mère de l'enfant et entre-temps remariée de Souza) le récupéra et l'éleva. Devenu adulte Charles Demorny s'auto-proclama Comte Charles de Morny. Ce faux comte devint vrai duc en 1862 alors que son demi-frère était empereur (Napoléon III).

Charles de Morny rencontra Napoléon pour la première fois en janvier 1849 alors que Napoléon était devenu le premier (et le dernier) président de la seconde République française. Il devint alors le principal partisan de son frère et l'aida dans la préparation du coup d'état du 2 décembre 1851. Cette préparation fut financée par les maîtresses respectives : l'Anglaise Harriet Howard pour Napoléon et la comtesse belge Fanny Le Hon pour De Morny.

Hortense ne revit son fils Charles qu'une fois, en présence de Talleyrand à Aix-la-Chapelle fin juin 1829.

En 1813: Cette année là, Hortense arriva à Aix fin mai accompagnée de son amie Adèle de Broc qu'elle avait connue à la pension de Madame Campan. Cette Adèle née Auguié le 11 janvier 1786 s'était mariée le 11 avril 1807 avec le baron Louis De Broc qui mourut à Milan le 11 mars 1810. Devenue veuve, Adèle s'était mise au service d'Hortense (sa sœur avait épousé le maréchal Ney). Le 10 juin 1813, lors d'une promenade aux gorges du Sierroz, Adèle fit un faux pas, chuta et se noya dans le Sierroz. Hortense fut inconsolable de la perte de son amie. Très croyante on peut imaginer qu'elle prit ce décès pour une punition de Dieu. Elle avait peut-être déjà eu le même sentiment lors du décès de son fils aîné en 1807. En mémoire de son amie, Hortense fit un don de 10.000 francs pour financer la création de 10 lits pour les indigents à l'hospice des sœurs de Saint Joseph à Aix-les-Bains. Cette création fut confirmée par un décret signé le 27 août 1813 du quartier général de Dresde par Napoléon alors en campagne. Dans son « Histoire d'Aix-les-Bains », Jules de Mouxy de Loche publie en 1900 et en annexe, une lettre de la Reine Hortense au syndic de la ville datée du 10 janvier 1836 et par laquelle elle participe aux dépenses de cet hospice. En 1813, Hortense quitta Aix fin août.

En 1815: Hortense revint à Aix après la défaite de Waterloo (18 juin 1815). Elle n'en repartira que le 28 novembre pour la Suisse. Durant ce séjour, Louis Bonaparte, qui avait obtenu une décision de justice favorable fit enlever Napoléon Louis. Il avait réclamé seulement la garde de cet enfant, ce qui semble confirmer qu'il n'avait pas l'impression d'être le père du troisième fils d'Hortense. Dans les mêmes moments Hortense apprenait que Charles de Flahaut son amant l'avait abandonnée pour une autre maîtresse. Entre-temps, Joséphine était décédée (le 29 mai 1814) à la Malmaison.

 

En 1814, lors de la première restauration, Louis XVIII avait donné à Hortense le titre de duchesse de Saint Leu, mais après Waterloo elle fut interdite de territoire en France. En 1817 elle acheta le château d'Arenenberg sur les rives du lac de Constance, côté suisse. C'est là que fut élevé le futur Napoléon III ainsi que son cousin Jérôme Bonaparte dit Plon-Plon (fils de Jérôme Bonaparte frère de Napoléon) qu' Hortense récupéra lorsqu'il se trouva orphelin. Dans son "histoire d'Aix-les-Bains", Jules de Mouxy de Loche écrit en 1900 : "La reine Hortense quitta Aix le 28 novembre 1817 pour habiter le château d'Arenenberg".

Hortense décéda le 5 octobre 1837 à Arenenberg. Son fils (le futur Napoléon III) lui fit élever un tombeau dans l'église Saint Pierre-Saint Paul de Reuil Malmaison qui fut inauguré le 20 avril 1848. En 1906, Eugénie (belle-fille d'Hortense) fit don du château d'Arenenberg au canton suisse de Thurgovie qui le transforma en musée.

 

Marie de Solms:

Marie-Laetitia-Studolmine Bonaparte-Wyse naquit le 25 avril 1831 à Waterford en Irlande. Officiellement, elle est la fille de Thomas Wyse et de Laetitia Bonaparte.

Thomas Wyse (9.12.1791/16.4.1862) fut député aux Communes puis ambassadeur à Athènes. Il épousa le 4 mars 1821 Laetitia Bonaparte avec qui il eut 2 enfants, puis le couple se sépara. Laetitia eut alors 3 autres enfants avec un amant le capitaine Studholm John Hodgson. Mais ces 3 derniers enfants, dont Marie-Laetitia, portèrent le nom de Bonaparte-Wyse comme les 2 premiers enfants de Laetitia Bonaparte.

Cette Laetitia était la fille d'Alexandrine Bleschamp, seconde épouse de Lucien Bonaparte frère de Napoléon qui prit une part déterminante dans le coup d'état du 18 Brumaire.

Marie fut placée dans un couvent à Paris où elle reçut une excellente éducation. Elle parlait couramment le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol et l'italien. Elle avait également appris la miniature, la peinture, la sculpture, la caricature, la musique etc.

Marie épousa le 12 décembre 1848 à Boulogne-sur-Seine un aristocrate allemand : le comte Frédéric de Solms. Peu de mois après le mariage, Frédéric de Solms partit pour les Etats-Unis dont il ne reviendra qu'en 1863 pour mourir à Turin, laissant sa fortune à Marie. Laissée seule, Marie avait pris un amant : le comte Alexis de Pomereu dont elle aura un enfant né à Rome le 21 janvier 1852 mais qui portera le nom d'Alexis de Solms. Lors de sa mort le 12 août 1870, Alexis de Pomereu lèguera sa fortune à son fils Alexis de Solms.

A Paris, Marie et sa mère Laetitia tinrent salon qui fut fréquenté par tous les grands écrivains de l'époque. Dans son ouvrage publié en 1990, « Marie de Solms, femme de lettres », Zoltan-Etienne Harsany en fournit des listes.

Après le coup d'état du 2 décembre 1851, Marie de Solms manifesta son opposition à Napoléon (III). Cela valut à Marie d'être expulsée de France. En même temps Napoléon III prétendit lui interdire de porter le nom de « Bonaparte », ce qui fut un comble quand on sait les suspicions qui existèrent dès l'époque sur la paternité de Louis Bonaparte.

Marie voyagea d'abord en Italie puis arriva à Aix-les-Bains le 9 août 1853 accompagnée de son frère Lucien Bonaparte-Wyse, mais qui n'était pas plus Wyse que Marie (ce Lucien obtiendra par contrat du 23 mars 1878 de réaliser le canal de Panama, mais ce n'est pas lui qui le fera).

La ville d'Aix ayant plu à Marie, le comte Alexis de Pomereu acheta des terrains situés le long de l'avenue dénommée aujourd'hui de Marie de Solms et Marie y fit construire d'abord un chalet puis un théâtre.

Marie tint à nouveau salon où revinrent un certain nombre des habitués du salon de Paris ainsi que des nouveaux dont Victor-Emmanuel II, Urbano Rattazzi, Giuseppe Garibaldi...

Outre le salon, Marie fait vivre son théâtre et fonde une revue artistique et littéraire en 1858 : « Les matinées d'Aix-les-Bains » qui deviendront « le journal du chalet » en 1863 puis « les soirées d'Aix-les-Bains » en 1865.

Pour alimenter sa revue et animer son théâtre Marie se fit auteur (e) d'un grand nombre d'articles, de pièces de théâtre, d'œuvres diverses (poèmes, romans, nouvelles...) dont la liste est impressionnante. Beaucoup d'écrivains collaborèrent, certains même n'hésitèrent pas à se produire sur les planches. Par son salon, sa revue et son théâtre, Marie collabora grandement à la réputation d'Aix.

Après le décès de Fréderic de Solms début 1863, Marie se remarie à Turin le 3 février 1863 avec Urbano Rattazzi qui fut Président du Conseil des Ministres du nouveau royaume d'Italie de 1862 à 1867. Marie le suit à Turin puis à Florence lorsque la capitale du nouveau royaume passe de Turin à Florence (en 1866). Là Marie tient encore salon et publie « Les Matinées Florentines », ce qui ne l'empêche pas de continuer à faire des séjours à Aix. En 1871, Marie donne naissance à une fille Isabelle-Roma

Après le décès d'Urbano Rattazzi le 5 juin 1873, Marie se marie une troisième fois en 1877 avec Don Luis de Rute y Ginez député aux Cortès espagnoles et secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur. Marie le suit à Madrid où elle tient un nouveau salon et fonde « Les Matinées Madrilènes ».

Le 26 octobre 1885, à l'âge de 54 ans, Marie donne naissance à une fille Laetitia Dolorès Isabelle Marguerite surnommée Lola. Mais le 14 septembre 1888, alors que Lola n'a pas encore 3 ans, lors d'un séjour à Aix-les-Bains, Lola est écrasée par un omnibus rue de la gare ! Marie fit inhumer sa petite Lola à Aix-les-Bains, elle sculpta elle-même le buste de sa fille. Quelques mois plus tard, le 6 avril 1889, c'est Don Luis de Rute qui décède à Grenade et Marie se retrouve veuve pour la troisième fois.

Elle s'installe à Paris 23 Bd Poissonnière et écrit encore dans la « Revue Internationale ». En 1897 elle assiste à La Haye au premier congrès pour la Paix.

Marie décède à Paris le 6 février 1902 et rejoint sa petite Lola à Aix le 8 février.

 

Similitudes:

Hortense et Marie furent deux femmes d'une grande intelligence avec de multiples dons, toutes deux eurent des liens avec les Bonaparte. Voir annexe ci après pour s'y retrouver.

Elles vécurent toutes deux sous l'empire napoléonien dont elles connurent toutes deux l'écroulement : à Waterloo le 18 juin 1815 pour l'une à Sedan le 2 septembre 1870 pour l'autre.

Elle furent toutes deux mariées jeunes. Hortense eut 4 enfants d'un mari et de deux amants (peut-être trois?). Marie eut 3 enfants d'un amant et de deux maris. Elles perdirent toutes deux un enfant en bas âge.

Toutes deux firent des séjours à Aix-les-Bains, où elles ont laissé leur empreinte l'une dans le nom de « l'hôpital de la Reine Hortense » l'autre dans le nom de l'avenue « Marie de Solms ».

 

Annexe sur les Bonaparte:

Maria Letizia (appelée Letizia ou Laetitia) Ramolino (1750/1836) épousa Charles Bonaparte (1746/1785) en 1764. Ils eurent 13 enfants dont 8 seulement survécurent :

*Joseph: (1768/1844) épouse Julie Clary en 1794. devint roi de Naples de 1806 à 1808 puis roi d'Espagne de 1808 à 1813. Eut 2 filles : Zenaïde (1801/1854) et Charlotte (1802/1839). Cette Charlotte épousa son cousin Napoléon Louis second fils d'Hortense.

*Napoléon: (1769/1821)

*Lucien: (1775/1840) marié à Christine Boyer en 1795, eurent 2 filles, puis marié avec Alexandrine Bleschamp dont il eut 9 enfants. Fut député au Conseil des 500, ministre de l'Intérieur en 1800 puis ambassadeur en Espagne en 1800. Fut prisonnier des Anglais de 1810 à 1814

*Elisa: (1777/1820) fut princesse de Lucques et de Piombino et Grande Duchesse de Toscane, fut mariée avec Félix Bacchiochi. Ils eurent 5 enfants dont une fille nommée Napoléone

*Louis(1778/1846) voir ci dessus à Hortense

*Pauline: (1780/1825) : mariée en juin 1797 au général Leclerc mort en 1802 puis remariée en 1803 au prince Borghèse que Napoléon chargea d'administrer la partie de l'Italie qu'il avait annexée à la France.

*Caroline: (1782/1839) épouse Murat en 1800. Il devient roi de Naples en 1808. Caroline poussera Murat à trahir Napoléon en 1813 pour tenter de conserver son trône. Avec Murat, elle eut 4 enfants.

*Jérôme: (1784/1860) roi de Westphalie en 1807. Avait épousé aux Etats-Unis en 1803 Elisa Patterson dont il eut un fils : Jérôme

Remarié en 1807 avec Catherine de Wurtemberg dont il eut 3 enfants : 1 Jérôme, une Mathilde et 1 Napoléon. C'est ce dernier qui fut aussi appelé Jérôme et surnommé Plon-Plon. (Il épousa en 1859 Clotilde de Savoie fille de Victor-Emmanuel II).

J.D. 24 août 2012

dernière mise à jour le 28 août 2012

 

 

Portraits : Hortense de Beauharnais (en haut) et Marie de Solms

Portraits : Hortense de Beauharnais (en haut) et Marie de Solms

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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 18:53

C'est de 1852 à 1856 que l'éditeur Perrin 13 rue de la Vierge-aux-Anges à Turin, publia en petits fascicules une œuvre monumentale d'Alexandre Dumas déjà célèbre (les Trois Mousquetaires avaient été publiés en 1844) sous le titre « La Maison de Savoie depuis 1555 jusqu'en 1850, roman historique ».

Ce texte fut repris en France en 1854 par « Le Constitutionnel » sous forme de feuilletons sous le titre « un page du Duc de Savoie », puis édité en livres en 1855.

De ces vieilles éditions, non seulement il ne restait presque plus traces, mais diverses éditions réputées complètes des œuvres d'Alexandre Dumas au vingtième siècle ignorèrent complètement ce texte.

Il fallut que le 4 octobre 1985, à la librairie piémontaise de Turin, Lucien Chavoutier (historien savoyard) en découvre une vieille édition et puisse en faire l'acquisition pour que ce récit de Dumas sorte de l'oubli où il était tombé.

Dès 1986, Lucien Chavoutier présentait cette œuvre de Dumas lors de 2 conférences, l'une à Moutiers pour l'Académie de la Val d'Isère, l'autre à Chambéry pour la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie. Ces conférences furent complétées par Lucien Chavoutier au moyen d'une présentation (72 pages) en décembre 1990 dans le N° 100 de « l'Histoire en Savoie » éditée par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie. Enfin, il confiait son exemplaire à la Fontaine de Siloé (éditeur savoyard) pour publication.

La première publication de La Fontaine de Siloé date de 1998 et la dernière de juin 2001. Cette dernière édition comporte 4 tomes et en tout quelques 2200 pages !

L'histoire du document oublié et retrouvé presque miraculeusement est déjà rocambolesque et digne de son auteur.

 

Mais pourquoi Alexandre Dumas s'intéressa-t-il à l'histoire de la Maison de Savoie ?

Alexandre Dumas, fils de général (comme Victor Hugo), naquit en 1802 (aussi comme Victor Hugo). Né à Villers-Cotterets dans l'Aisne, il quitta sa ville natale pour Paris en 1822 et trouva d'abord un emploi de clerc de notaire avant d'être recruté l'année suivante au secrétariat du Duc d'Orléans. Parallèlement, il commença par écrire des vaudevilles avant de se lancer dans le roman-feuilleton (historique). A Paris, il fréquenta le salon de Marie de Solms (née Bonaparte-Wyse), petite fille par sa mère de Lucien Bonaparte (un des frères de Napoléon). Cela donna à Dumas l'occasion de fréquenter Victor Hugo, Ponsard, Bérenger, Sainte-Beuve, Gérard de Nerval, George Sand, Lamennais, Eugène Sue... Voir : « Marie de Solms Femme de Lettres » de Zoltan-Etienne Harsany, publié en 1990.

Marie de Solms opposée à la politique de Napoléon III dut s'exiler. Elle s'installa d'abord à Aix-les-Bains à partir de 1853, où elle créa un théâtre, une revue et tint salon. De son côté Alexandre Dumas poursuivi en 1851 « par plus de 150 créanciers » se réfugia d'abord en Belgique et fit plusieurs séjours à Aix-les-Bains où il retrouva le salon de Marie de Solms. En 1858, Dumas rédigea « Un bal chez Madame la duchesse de Berry » pour publication dans « Les Matinées d'Aix-les-Bains », la revue de Marie de Solms. Il y rencontra selon Harsany, Victor-Emmanuel II, Rattazzi et Garibaldi.

Urbano Rattazzi occupa plusieurs postes de Ministre et même de président du Conseil des Ministres au temps de Charles-Albert puis de Victor-Emmanuel II. Il fut le second mari de Marie de Solms qu'il épousa le 5 février 1863. Quant à Giuseppe Garibaldi, si il est plus connu, on sait moins qu'Alexandre Dumas fut l'un de ses admirateurs, à tel point qu'en 1860, Dumas vendit des biens pour acheter des armes qu'il livra lui-même à Garibaldi en Sicile. En reconnaissance, Garibaldi nommera Dumas Directeur des Beaux-Arts à Naples en 1861, fonction qu'il exercera jusqu'en 1864. Il pourra alors s'intéresser aux fouilles de Pompéï. Dumas publia également en 1860 « Les Mémoires de Garibaldi » et en 1861 : « Les Garibaldiens ». (Ces 2 ouvrages ont été publiés dans un même livre aux Editions "L'Inventaire" en 1994). Bien avant cela, Dumas avait eu l'occasion de faire plusieurs séjours en Italie, pays dont il tomba manifestement amoureux. En témoignent ces 2 citations extraites du tome 4 de « La Royale Maison de Savoie » (édition de juin 2001)

page 213 : « L'Italie et la France sont sœurs : la différence de leurs institutions politiques leur impose seule des destinées diverses; mais la beauté de leur ciel, la fécondité de leur sol, et avant tout l'intelligence de leurs habitants , établit entre elles une parenté sublime, que les gouvernements et les préjugés tenteraient en vain d'effacer; quand deux étoiles jumelles scintillent dans le firmament, en vain les nuages qui passent nous déguisent leur forme; le rayon brille, la vapeur disparaît et nous les retrouvons telles qu'elles étaient à la première heure de l'éternité »

page 236 : «  La France est l'alliée naturelle de l'Italie; chaque fois que l'une ou l'autre de ces nations a transgressé à cette loi topographique, la ruine des armées , ou la dévastation du territoire ont été les funestes résultats de cette faute, de cet attentat fratricide aux droits les plus saints de la nature, qui rend les peuples solidaires les uns des autres ».

Dumas, intéressé par l'Histoire dut s'interroger sur ce pays (l'Italie) qui n'avait plus d'unité depuis la chute de l'Empire romain d'Occident en l'an 476. L'époque où il écrivit cette histoire est une époque charnière capitale dans l'histoire italienne. La Révolution française avait semé dans toute l'Europe des idées de droit des peuples et de droit des nationalités. La victoire des coalisés à Waterloo le 18 juin 1815 mit une chape de plomb sur l'Europe, mais les armées peuvent vaincre des soldats, pas des idées. Le feu couvait sous la cendre. L'année 1848 fut appelée « l'année du printemps des peuples » ou « l'année des révolutions ». Pour ce qui concerne notre sujet, en 1848, les populations de Venise et de Milan se soulevèrent contre l'occupant autrichien. A Turin, le roi Charles-Albert, se croyant assuré de l'alliance avec le Grand-Duc de Toscane, avec le roi de Naples et même avec le Pape se lança dans une guerre contre l'Autriche, mais ses alliés se rétractèrent et l'armée piémontaise se retrouva seule contre l'empire d'Autriche. Après la défaite de Novarre le 23 mars 1849, Charles-Albert abdiqua en faveur de Victor-Emmanuel II et s'exila. Le sentiment nationaliste était alors à son comble et tous les patriotes italiens fondaient leurs espoirs dans le Piémont et dans la famille de Savoie pour faire l'unité de l'Italie. C'est l'époque où les partisans écrivaient sur les murs : « viva VERDI », ce qui pour eux signifiait : « viva Vittorio Emanuele Re D'Italia ». Il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'Alexandre Dumas s'intéressa à la dynastie de Savoie.

 

Le contenu de l'histoire :

Comme l'indique le titre de la première parution à Turin, cette œuvre de Dumas est un roman historique, mais en l'occurrence l'Histoire l'emporte sur le roman. Le lecteur doit cependant faire le tri car à côté des faits et personnages strictement historiques, Dumas, pour l'intérêt du texte, invente des personnages et des situations romanesques. Il écrit d'ailleurs (tome I page 225) : « Mieux vaut l'histoire écrite par des romanciers que l'histoire écrite par les historiens, d'abord parce qu'elle est plus vraie, et ensuite parce qu'elle est plus amusante ». Dans le même tome 1, page 214 : "C'est une bien belle chose que l'histoire! aussi ne nous jugeant pas digne d'être historien nous sommes-nous fait romancier". Dans un autre ouvrage (les Compagnons de Jehu) en 1857, il dira : « nous avons la prétention d'avoir appris à la France autant d'histoire qu'aucun historien ». Nous voulons bien le croire, il est vrai que « les trois mousquetaires » par exemple ont fait plus pour populariser le personnage du cardinal de Richelieu que tout ouvrage d'historiens.

Le principal mérite de « La Royale Maison de Savoie » est de nous fournir la vision qu'un observateur particulièrement avisé autant que passionné et particulièrement bien documenté pouvait avoir dans les années 1850 de la Maison de Savoie et des événements qui se déroulaient en Italie depuis 3 siècles.

Dans la présentation qu'il en fit en 1990, Lucien Chavoutier cite les principales sources utilisées par Dumas pour son histoire de « La Royale Maison de Savoie »; les voici :

* »Mémoires historiques de la Maison Royale de Savoie » du marquis Costa de Beauregard (1816)

* »l'histoire de la Savoie depuis la domination romaine jusqu'à nos jours » de Claude Genoux (1852)

* »Mémoires » de Saint-Simon (décédé en 1755, la première édition de ses Mémoires date de 1788)

* »histoire généalogique de la Royale Maison de Savoie » de Samuel Guichenon (1660).

 

Le récit de Dumas commence en 1555, à l'époque où Charles Quint a confié le commandement des armées du Saint Empire au Duc de Savoie Emmanuel-Philibert et se termine presque 3 siècles plus tard avec le retour des cendres de Charles-Albert à Turin.

L'histoire de la Maison de Savoie semble assez peu connue du grand public, peut-être parce qu'elle est assise entre deux chaises, une chaise France et une chaise Italie. Elle n'est pas l'histoire de France, elle n'est pas non plus celle de l'Italie mais un peu des deux et même on peut le dire un peu de l'histoire de l'Europe.

Le lecteur qui prendra la peine de lire cette œuvre monumentale d'Alexandre Dumas, verra défiler 13 souverains de Savoie au cours de 3 siècles d'histoire et découvrira des événements importants dont il n'a probablement pas connaissance tels que :

*la victoire dans le nord de la France d'Emmanuel-Philibert (surnommé « Tête de Fer ») contre les armées françaises du connétable de Montmorency en 1557. Cet Emmanuel-Philibert était le neveu de Charles-Quint par sa mère Béatrix de Portugal et en même temps le cousin de François 1er par sa tante Louise de Savoie. Il avait également pour tante Marguerite d'Autriche !

*la nuit de l'escalade : échec lamentable des Savoyards tentant de s'emparer de Genève en 1602

*la triste fin de Victor-Amédée II etc etc

En somme une belle leçon d'histoire

J.D. dernière mise à jour : 8 août  2012

couverture du tome 3 du texte de Dumas sur la Savoie

couverture du tome 3 du texte de Dumas sur la Savoie

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