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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 11:49

*Une compagnie de charpentiers fut constituée vers 1724 pour la ville et le comté de Philadelphie. Au début des années 1770, ils se construisirent des locaux qui existent encore et sont connus sous le nom de « Carpenters Hall ».

*A l'automne 1774, ils prêtèrent leurs locaux pour une réunion de représentants de 12 des 13 colonies anglaises d'Amérique. A ce stade, il s'agissait juste de dresser un cahier de revendications à adresser au roi d'Angleterre (George II).

*Cette réunion se tint du 5 septembre au 26 octobre 1774. Elle reste dans l'Histoire des États-Unis comme ayant constitué « le premier Congrès Continental ». C'est à cette occasion que le représentant de la Virginie (Patrick Henry) déclara : « Je ne suis pas Virginien mais Américain », phrase qui fait partie de l'Histoire américaine au même titre que le « Ich bin ein Berliner » de John Kennedy (le 26 juin 1963).

*En décembre 1775, eurent lieu, au second étage de la maison des charpentiers des réunions secrètes entre Benjamin Franklin, John Jay, Francis Daymond et Julien Achard De Bonvouloir, un agent secret travaillant pour le compte de la France. A la suite de ces réunions secrètes, un premier représentant ((Silas Deane) fut envoyé en France pour demander l'aide de Louis XVI contre les Anglais.

*Lorsque la guerre contre les Anglais prit de l'importance, une autre délégation fut envoyée à Louis XVI. Thomas Paine en fit partie. A la suite de quoi, cet Américain obtint la nationalité française et fut élu le 6 septembre 1792 député du Pas-de-Calais à la Convention Nationale. Voici, à ce sujet, ce qu'écrit Alphonse de Lamartine (dans « Histoire des Girondins » publiée en 1847, au livre trente-troisième, chapitre VI) :

« Payne avait été comblé d'égards par le roi lorsqu'il était venu à Paris pour implorer le secours de la France en faveur de l'Amérique. Louis XVI avait fait don de six millions à la jeune République. Payne n'eut ni la mémoire ni la convenance de sa situation. Ne pouvant s'énoncer en français à la tribune, il écrivit et fit lire à la Convention (le 20 novembre 1792) une lettre ignoble dans les termes, cruelle dans l'intention : longue injure jetée jusqu'au fond du cachot à l'homme dont il avait jadis sollicité la généreuse assistance et à qui il devait le salut de sa patrie. Considéré comme individu, cet homme n'est pas digne de l'attention de la République ; mais comme complice de la conspiration contre les peuples, vous devez le juger, disait Payne... ».

Pauvre Louis XVI, même ceux qu'il avait aidés lui crachaient dessus : « malheur aux vaincus » !

*Le 14 juin 1776, « l'Assemblée de Pennsylvanie » (organe contrôlé par les Anglais) ne put se réunir faute de participants.

*Le 18 juin 1776, dans la salle des Charpentiers, les délégués de Philadelphie et de 10 autres comtés convoquèrent un « corps extra judiciaire » pour nier l'autorité de « l'Assemblée de Pennsylvanie », approuver les résolutions du congrès de l'automne 1774 et commencer à recruter une milice armée pour combattre l'Angleterre.

*Fin septembre 1777, l'armée anglaise s'empara de Philadelphie, le congrès se transporta à Lancaster (autre ville de Pennsylvanie) puis à York avant de revenir à Philadelphie.

*C'est en juin 1778 que les Anglais durent évacuer la ville ; sur terre, ils étaient encerclés par l'armée de Washington et une flotte française commandée par le comte d'Estaing bloquait l'accès par la mer et la rivière Delaware.

*La guerre contre les Anglais, commencée en 1775 dura jusqu'en 1783. La France d'abord, puis l'Espagne et les Provinces Unies (ancien nom des Pays-Bas) envoyèrent troupes, armes et finances pour aider les Américains. Finalement vaincus, les Anglais signèrent le traité de Paris le 3 septembre 1783, par lequel ils reconnaissaient l'indépendance de leurs anciennes colonies d'Amérique.

*Philadelphie de manière générale et la Maison des Charpentiers de façon particulière tiennent donc une grande place dans l'Histoire des États-Unis.

*Aujourd'hui, les responsables du tourisme local savent d'ailleurs parfaitement utiliser l'Histoire pour attirer les visiteurs, mais on ne s'en plaindra pas.

J.D. 8 mai 2016

Maison des Charpentiers, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers inscription intérieure, photo J.D. 23 avril 2016

Maison des Charpentiers inscription intérieure, photo J.D. 23 avril 2016

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 09:46

La Révolution de 1789 prôna de grands principes dont celui d'égalité, sauf pour…. les femmes à qui les soi-disant révolutionnaires n'accordèrent même pas le droit de vote !. Pire, ils interdirent même les clubs féminins en 1793, alors qu'au temps de la royauté un certains nombre de femmes eurent le pouvoir en étant régentes !

A la suite, le premier empire, puis le retour des rois (Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe), puis la seconde République (de 1848 à 1852), puis le second empire de 1852 à 1870, puis la troisième République de 1870 à 1940, puis l’État français de 1940 à 1944, ne firent pas mieux pour ce qui concerne le droit de vote des femmes.

La troisième République est particulièrement inexcusable, elle qui encouragea le travail des femmes dans les champs, les usines, les hôpitaux et partout durant la première guerre mondiale pendant que les hommes étaient massivement mobilisés. Les femmes eurent le droit de faire marcher l'économie, de soutenir l'effort de guerre, de soigner les blessés... mais toujours pas de voter !

Il est cependant un domaine où la Révolution assura la stricte égalité hommes/femmes, c'est celui de la guillotine ! Les femmes comme les hommes eurent le droit de « mettre la tête à la lucarne » selon l'expression en vigueur durant la Révolution, c'est-à-dire sous le couperet de la guillotine.

Voici, parmi les plus connues, quelques-unes des femmes guillotinées durant la Révolution :

*Charlotte Corday le 17 juin 1793

*Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

*Olympe de Gouges le 3 novembre 1793

*Manon Roland le 8 novembre 1793

*Comtesse du Barry le 8 décembre 1793

*Lucile Desmoulins le 13 avril 1794

*Françoise Goupil veuve Hébert le 13 avril 1794

*Elisabeth (sœur de Louis XVI) le 10 mai 1794

etc etc etc.

Parmi toutes ces femmes guillotinées, une figure est particulièrement attachante, c'est celle de Manon Roland. Michel Onfray lui a d'ailleurs consacré un article des pages 98 à 102 dans l'hebdomadaire Le Point du jeudi 30 juillet 2015.

Manon Roland :

Elle naquit Jeanne Marie Philipon à Paris le 17 mars 1754 d'un père graveur et d'une mère nommée Marguerite Bimont qui surnomma sa fille « Manon ».

D'un esprit très vif et d'une grande intelligence, Manon lisait beaucoup. Le 7 mai 1765, elle entrait en pension chez les religieuses du couvent des Augustines à Paris.

Le 4 février 1780 elle épousa Jean-Marie Roland de La Platière, économiste déjà réputé, inspecteur des manufactures né le 18 février 1734 et donc de 20 ans l'aîné de Manon. Avec Jean-Marie elle eut une fille, nommée Eudora, née en 1781 et qui vécut jusqu'en 1858.

Elle suivit son mari dans ses différentes affectations : Paris, Amiens puis Lyon et revint à Paris en décembre 1791. Férue de lectures d'auteurs anciens et de philosophes, elle s'enthousiasma pour la Révolution. Elle tint salon où se trama une partie de l'histoire de la Révolution. Voici ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins publiée en 1847 aux chapitres XV et XVI du livre huitième :

« Brissot, Pétion, Buzot, Robespierre, convinrent de se réunir quatre fois par semaine, le soir, dans le salon de cette femme. L'objet de ces réunions était de conférer secrètement sur les faiblesses de l'Assemblée constituante, sur les pièges que l'aristocratie tendait à la Révolution entravée, et sur la marche à imprimer aux opinions attiédies pour achever de consolider le triomphe. Ils choisirent la maison de madame Roland, parce que cette maison était située (rue Guénégaud, dans le sixième arrondissement, près de l'île de la Cité) dans un quartier assez rapproché du logement de tous les membres qui devaient s'y rencontrer…
Madame Roland se trouvait ainsi jetée, dès les premiers jours, au centre des mouvements. Sa main invisible touchait les premiers fils de la trame encore confuse qui devait dérouler les plus grands événements..
. ».

On notera le nom de Robespierre parmi les premiers assidus au salon de Manon. Elle et son mari aidèrent Robespierre à ses débuts et le prévinrent même d'un danger qui le guettait. Ce que Robespierre oubliera lorsque Manon sera condamnée et guillotinée !

Affilié aux Girondins, Jean-Marie Roland se retrouva ministre de l'Intérieur du 23 mars au 13 juin 1792 et du 10 août 1792 au 23 janvier 1793, au moment où les Girondins dominèrent l'Assemblée.

C'est le mari qui fut ministre mais c'est Manon qui dictait la politique et même qui rédigeait les discours. Voilà ce qu'écrit Alphonse de Lamartine dans « Histoire des Girondins » livre neuvième chapitre I :

« L'éclat et le génie de sa femme attirait les yeux sur lui ; sa médiocrité même, seule puissance qui ait la vertu de neutraliser l'envie, le servait. Comme personne ne le craignait, tout le monde le mettait en avant... ».

L'influence de Manon fut, dès l'époque, de notoriété publique.

Ainsi Danton déclarait à la tribune de l'Assemblée le 29 septembre 1792 :

« Personne ne rend plus de justice que moi à Roland. Mais si vous lui faites une invitation, faites-la donc aussi à sa femme ; car tout le monde sait que Roland n'est pas seul dans son département ».

Un député girondin (Lasource) répondit à Danton : « Qu'importe à la patrie que Roland ait une femme intelligente qui lui inspire ses résolutions, ou qu'il les puise en lui-même. Ce petit moyen n'est pas digne du talent de Danton. »

Ces propos sont rapportés par Alphonse de Lamartine au livre trentième de l'histoire des Girondins ; et Lamartine poursuit :

« Le lendemain, Roland écrivit à la Convention une de ces lettres lues en séance publique, et qui donnaient indirectement la parole dans la Convention et l'influence du talent de sa femme dans l'opinion. Ces lettres aux autorités constituées, aux départements, à la Convention, étaient les discours de madame Roland. Elle rivalisait avec Vergniaud, elle luttait avec Robespierre, elle écrasait Marat. On sentait le génie, on ignorait le sexe. Elle combattait masquée dans la mêlée des partis... »

Un discours de Manon :

Lorsqu'il se retrouva ministre et probablement fier de fréquenter le roi, comme Jean-Marie Roland faisait, devant sa femme, l'éloge du monarque; voilà ce que lui répondit Manon ; propos rapportés (ou imaginés?) par Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins au chapitre X du livre treizième :

« Défie-toi de la perfidie de tous et surtout de ta propre vertu, répondait-elle au faible et orgueilleux Roland ; tu vis dans un monde des Cours où tout n'est qu'apparence, et où les surfaces les plus polies cachent les combinaisons les plus sinistres. Tu n'es qu'un bourgeois honnête égaré parmi ces courtisans, une vertu en péril parmi tous ces vices ; ils parlent notre langue et nous ne savons pas la leur : comment ne nous tromperaient-ils pas ? Louis XVI, d'une race abâtardie, sans élévation dans l'esprit, sans énergie dans la volonté, s'est laissé garrotter dans sa jeunesse par des préjugés religieux qui ont encore rapetissé son âme ; entraîné par une reine étourdie qui joint à l'insolence autrichienne l'ivresse de la beauté et du rang suprême, et qui fait de sa cour secrète et corrompue le sanctuaire de ses voluptés et le culte de ses vices, ce prince, aveuglé d'un côté par les prêtres et de l'autre par l'amour, tient au hasard les rênes flottantes d'un empire qui lui échappe ; la France, épuisée d'hommes, ne lui suscite, ni dans Maurepas, ni dans Necker, ni dans Calonne, un ministre capable de le diriger ; l'aristocratie est stérilisée ; elle ne produit plus que des scandales ; il faut que le gouvernement se retrempe dans une couche plus saine et plus profonde de la nation ; le temps de la démocratie est venu, pourquoi le retarder ? Vous êtes ses hommes, ses vertus, ses caractères, ses lumières ; la Révolution est derrière vous, elle vous salue, elle vous pousse, et vous la livreriez confiante et abusée au premier sourire d'un roi, parce qu'il a la bonhomie d'un homme du peuple ! Non, Louis XVI, à demi détrôné par la nation, ne peut aimer la Constitution qui l'enchaîne ; il peut feindre de caresser ses fers, mais chacune de ses pensées aspire au moment de les secouer. Sa seule ressource aujourd'hui est de protester de son attachement à la Révolution et d'endormir les ministres de la Révolution chargés de surveiller de près ses trames ; mais cette feinte est la dernière et la plus dangereuse de Louis XVI, et les ministres patriotes sont ses surveillants ; il n'y a pas de grandeur abattue qui aime sa déchéance, il n'y a pas d'homme qui aime son humiliation : crois à la nature humaine, Roland, elle seule ne trompe jamais, et défie-toi des cours ; ta vertu est trop haute pour voir les pièges que les courtisans sèment sous tes pas »

Rapporté ou imaginé, ce discours devrait bien être médité par tous ceux qui seraient prêts à tuer père et mère pour un portefeuille de ministre !

La fin :

Manon Roland et d'autres comme elle, furent plus intelligentes que beaucoup de prétentieux révolutionnaires, mais dans le contexte d'une société qui n'était pas prête à l'accepter, elles en perdirent la tête !

Lorsque Jacobins et Cordeliers s'entendirent pour éliminer les Girondins, Manon fut arrêtée le 1er juin 1793. Elle avait eu le temps de confier sa fille à des amis.

Elle fut condamnée par le tribunal révolutionnaire composé probablement d'abrutis notoires. En intelligence, Manon dépassait ses juges de cent coudées, mais c'était là véritablement son crime !

Elle fut guillotinée le 10 novembre 1793 et eut une mort héroïque. Durant ses 5 mois d'emprisonnement elle eut le temps d'écrire des mémoires. Jean-Marie Roland avait pu, lui, fuir en Normandie, mais lorsqu'il apprit l'exécution de Manon, il se suicida.

Qui, un jour, réhabilitera les dizaines de milliers de victimes innocentes de la Révolution ?

J.D. 6 mars 2016

nota : la citation de Lamartine expliquant que Roland était devenu ministre parce qu'il ne gênait personne, me rappelle une réunion tenue à Chambéry au début des années 1970. Réunion provoquée par Pierre Dumas alors maire de Chambéry et député de Maurienne et ce suite à la fermeture d'une usine en Maurienne. Un délégué de la DATAR (à l'époque : Délégation à l'Aménagement du Territoire et à l'Action Régionale) participait à cette réunion et manifestement il ne comprenait rien. J'en fis part en aparté à un ingénieur des Ponts-et-Chaussées auprès de qui j'étais placé. Il me répondit : »C'est parce qu'il est nul qu'il occupe ce poste, il ne gêne personne ».

Manon Roland à la guillotine

Manon Roland à la guillotine

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 11:08

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux souverains de l'histoire de France (81, 82, 109, 160, 239, 247, 248, 249, 250). Il y a déjà de quoi réviser ses leçons d'histoire. Voici maintenant les derniers rois de France avec une première note relative à Louis XVI :

Les notes N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html et 253 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/08/varennes-n-253.html sont déjà consacrées à ce roi. Voici quelques informations complémentaires :

1-L'acte d'accusation :

*Après la prise des Tuileries (le 10 août 1792), Louis XVI avait été suspendu de ses fonctions de roi par l'Assemblée législative puis interné avec sa famille à la prison du Temple à compter du 13 août. Le 21 septembre 1792, la royauté avait été abolie en France par la Convention qui avait succédé à l'Assemblée législative.

*Dans « Révolution française », publié chez XO Editions en 2008, (tome 1, chapitre 34) Max Gallo rappelle que les sans-culottes venaient hurler sous les fenêtres de la prison « leur haine du gros cochon et de la putain » et au chapitre 36 du même ouvrage qu'un ancien boucher nommé Legendre devenu député avait déclaré à la tribune de la Convention : « Egorgeons le cochon ! Faisons autant de quartiers qu'il y a de départements pour en envoyer un morceau à chacun ! ». C'est à l'image du degré de haine contre la famille royale, probablement d'une minorité de la population, mais c'est celle qui a fait la Révolution.

*Le 6 décembre 1792, la Convention Nationale, constitua une commission de 21 membres « chargés de rédiger l'acte d'accusation de Louis XVI ». Cela montre clairement que Louis XVI fut coupable avant d'être jugé. Le même jour, sur proposition de Marat, l'Assemblée adopte : « lors de tous les scrutins du procès, les votes auront lieu par appel nominal et à voix haute ».

*Peu avant le 10 août 1792, dans un des murs du palais des Tuileries, Louis XVI avait fait pratiquer une armoire secrète. Il s'était fait aider par un serrurier de Versailles qu'il connaissait depuis longtemps et qui s'appelait Gamain (François).

Mais le 20 novembre 1792, ce Gamain alla trouver Roland (Jean-Marie, mari de Manon Roland) un Girondin qui était alors ministre de l'Intérieur, pour lui révéler l'existence de cette cache connue sous le nom « d'armoire de fer ».

*La cache fut ouverte, les papiers analysés. Ils servirent à l'acte d'accusation du roi. Mais comme il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ou tout au moins pas de quoi justifier la guillotine (il y avait surtout dans la cache des correspondances avec les frères de Louis XVI exilés à l'étranger ), la commission mit sur le dos de Louis XVI tous les massacres effectués par les révolutionnaires ennemis de Louis XVI. En lui imputant ainsi des milliers de cadavres, il devint coupable.

*Le rapport d'accusation fut lu à la Convention, en présence du roi le 11 décembre 1792. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans « histoire des Girondins » (publiée en 1847) au livre trente-quatrième, chapitres V et VI :

« On fit la lecture de l'acte d'accusation : c'était la longue énumération de tous les griefs que les factions de la Révolution avaient successivement élevés contre la couronne, en y comprenant leurs propres actes, depuis les journées des 5 et 6 octobre à Versailles (lorsque la foule obligea la famille royale a quitter Versailles pour venir s'installer à Paris aux Tuileries), jusqu'à la journée du 10 août (1792, il s'agit de la prises des Tuileries). Toutes les tentatives de résistance du roi au mouvement qui précipitait la monarchie étaient appelées trahisons ; c'était bien plus l'acte d'accusation de son caractère et des circonstances que l'acte d'accusation de ses crimes. Il n'y avait que sa nature de coupable. Mais le temps trop lourd pour tous, on le rejetait tout entier sur lui. Il payait pour le trône, pour l'aristocratie, pour le sacerdoce, pour l'émigration, pour La Fayette, pour les Girondins, pour les Jacobins eux-mêmes. C'était l'homme émissaire des temps antiques, inventé pour porter les iniquités de tous.

A mesure qu'on déroulait devant lui ce tableau des fautes de son règne, et qu'on remuait le sang du Champ-de-Mars (fusillade au Champ-de-mars le 17 juillet 1791), du 20 juin (Première invasion des Tuileries le 20 juin 1792 où le roi fut obligé de coiffer le bonnet rouge révolutionnaire et de boire à la santé de la Nation) et du 10 août (seconde invasion des Tuileries le 10 août 1792), pour en détourner la responsabilité sur lui seul, quelques-uns des conspirateurs de ces journées, répandus parmi ses juges, tels que Pétion, Barbaroux, Louvet, Carra, Marat, Danton, Legendre, ne pouvaient s'empêcher de rougir et de baisser les yeux. Leur conscience leur disait intérieurement qu'il y avait pudeur à déclarer auteur de ces attentats celui qui en avait été victime. Ils se vantaient hautement quelques jours avant d'avoir ourdi ces conspirations contre le trône. Mais le sentiment du droit est si fort parmi les hommes, que, même quand ils le violent, ils en affectent encore l'hypocrisie, et que les conspirateurs les plus avoués, non contents d'avoir la victoire, veulent encore avoir la légalité de leur côté.

Le roi écouta cette lecture dans l'attitude d'une impassible attention. Seulement, à deux ou trois passages où l'accusation dépassait les bornes de l'injustice et de la vraisemblance, et où on lui reprochait le sang du peuple si religieusement épargné par lui pendant tout son règne, il ne put s'empêcher de trahir par un sourire amer et par un mouvement involontaire des épaules l'indignation contenue qui l'agitait. On voyait qu'il s'attendait à tout, excepté à l'accusation d'avoir été un prince sanguinaire ».

2-La condamnation :

A la suite de cet acte d'accusation, les députés de la Convention nationale eurent à se prononcer à partir du 15 janvier 1793. Ils durent répondre à 3 questions :

*Louis est-il coupable ?

*La décision de la Convention sera-t-elle soumise à la ratification du peuple ?

*Qu'elle sera la peine ?

-A la première question, 683 députés répondirent que Louis était coupable, 10 députés s'abstinrent, il n'y eut aucune voix contre.

-Sur la seconde question, le recours au peuple fut rejeté par 423 voix (ou 424?) contre 280

-enfin sur la dernière question, par appel nominal et à haute voix à la tribune, (le vote s'étant terminé le 17 janvier à huit heures du soir), 387 voix contre 334

votèrent la mort du roi. Suite à des contestations, un nouveau vote eut lieu le 18 janvier. Il donna 361 voix pour la mort du roi et 360 contre !

Parmi ceux qui votèrent la mort : Philippe duc d'Orléans (le 15 septembre 1792, la Commune de Paris lui avait donné le nom de « Philippe Egalité »), lointain cousin de Louis XVI (ils avaient Louis XIV et son ascendance dans leurs ancêtres communs).

Certains avaient demandé un sursis dans l'exécution du roi. Il fut rejeté le 20 janvier par 380 voix contre 310 et Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793.

3-le contexte du vote :

Un certain nombre de députés qui étaient contre la mort du roi votèrent pour. Quelques-uns par peur pour leur propre vie, d'autres par tactique pour ne pas laisser aux seuls Jacobins, vis-à-vis de l'opinion publique, l'avantage d'avoir tué le roi.

Les Conventionnels (députés de la Convention) furent soumis à une pression extrême. Voici le récit qu'en fait Alphonse de Lamartine dans l'histoire des Girondins au livre trente-cinquième chapitres I et III :

« L'aspect de la ville était menaçant, l'aspect de l'enceinte était sinistre. La Commune (il s'agit de la Commune de Paris) et les Jacobins, décidés à emporter la condamnation de Louis XVI comme une victoire personnelle sur leurs ennemis, et à pousser la contrainte morale jusqu'à la violence, avaient rassemblé depuis plusieurs jours à Paris toutes les forces dont leurs journaux, leurs correspondances et leurs affiliations dans les départements leur permettaient de disposer. Les meneurs des faubourgs avaient recruté leurs bandes de femmes et d'enfants en haillons pour hurler la mort du tyran dans les rues qui avoisinaient la Convention. Théroigne de Méricourt et Saint-Huruge, les assassins d'Avignon (voir note N°95 http://jean.delisle.over-blog.com/article-avignon-et-la-revolution-n-95-116032820.html), les égorgeurs de septembre, les combattants du 10 août, les fédérés accumulés dans Paris avant de se rendre aux frontières; des volontaires et des soldats retenus à Paris par le ministre de la Guerre Pache pour grossir les séditions plus que pour les réprimer ; une population étrangère à toute passion politique, mais sans ouvrage et sans pain, et trompant son désespoir par son agitation ; ces masses de curieux que les grands spectacles font sortir de leurs maisons comme des essaims sortent des ruches à l'approche des orages, et qui, sans passion individuelle, prêtent l'apparence du nombre à la passion de quelques-uns ; les contre-coups d'août (prise des Tuileries le 10 août 1792) et de septembre (massacres de tous les détenus des prisons parisiennes du 2 au 5 septembre 1792) qui ébranlaient encore les imaginations ; la nuit, qui prêtait au tumulte ; la rigueur de la saison qui tendait la fibre et qui portait au désespoir ; enfin ce nom de roi, qui résumait en lui toutes les misères, toutes les iniquités, toutes les trahisons imputées à la royauté, et qui faisait croire au peuple qu'en immolant l'homme qui portait ce titre on immolerait du même coup les calamités, les crimes, les souvenirs et les espérances d'une institution répudiée : tout imprimait à la nuit du 16 janvier (1793) ce caractère d'impulsion irrésistible qui donne à une manifestation populaire la force d'un élément »....

... »Les abords et l'intérieur de la salle de la Convention semblaient plutôt disposés pour une exécution que pour un jugement. L'heure, le lieu, les avenues étroites, les cours tortueuses, les voûtes sombres de l'antique monastère (d'octobre 1789 à mai 1793, l'Assemblée siégea dans le manège des Tuileries auquel avaient été annexés les bâtiments des anciens couvents des Capucins et des Feuillants) , les lanternes rares qui luttaient avec les ténèbres d'une nuit d'hiver et pâlissaient les visages ; les armes qui brillaient et retentissaient à toutes les portes, les pièces de canon que les canonniers, la mèche allumée, semblaient garder aux deux entrées principales, moins pour intimider le peuple que pour tourner ces pièces contre la salle si l'arrêt fatal n'en sortait pas ; le sourd mugissement d'une multitude innombrable veillant debout dans les rues adjacentes et pressant de tous côtés les murs comme pour leur arracher l'arrêt ; le mouvement des patrouilles qui fendaient avec peine cet océan d'hommes pour faire place aux représentants attardés ; les costumes, les physionomies, les bonnets rouges, les carmagnoles, les visages contractés, les voix rauques, les gestes atroces et significatifs, tout semblait calculé pour faire entrer par tous les sens dans l'âme des juges l'inexorable arrêt portée d'avance par le peuple. Ou sa mort ou la tienne ! Tels étaient les seuls mots murmurés tout bas, mais d'un accent impératif, à l'oreille de chaque député qui traversait les groupes pour se rendre à son poste.....

Les couloirs de la Convention, livrés aux chefs les plus sanguinaires des séditions de Paris, étaient également obstrués de groupes armés. Ces hommes s'y tenaient en ordre et en silence par respect du lieu ; mais on les avait postés là comme des symptômes vivants de la terreur que leurs noms, leurs armes et leurs souvenirs devaient imprimer aux juges du roi. Maillard, Fournier l'Américain, Jourdan Coupe-Tête donnaient des ordres par signe à leurs anciens complices, et leur désignaient d'un clin d’œil les noms et les visages qu'ils devaient observer et retenir. Il fallait défiler sous leurs yeux pour pénétrer dans l'enceinte. Ils semblaient écrire les signalements dans leur mémoire. C'étaient les statues de l'assassinat placées aux portes du tribunal du peuple pour commander la mort. Chaque député les coudoyait en entrant.... ».

De la même façon, voici ce qu'écrit Max Gallo dans « Révolution française » tome I chapitre 38 :

« Tandis que les citoyens honnêtes de cette ville attendent dans un calme profond le jugement de Louis XVI, peut-on lire dans les Annales républicaines du 18 janvier (1793) toutes les avenues de la Convention sont entourées d'une foule inconnue d'agitateurs dont les vociférations se font entendre jusque dans le temple législatif, et semblent vouloir influencer les opinions de nos mandataires. On les entend beugler de toutes leurs forces que si Louis XVI n'est pas condamné à mort, ils iront eux-même l'assassiner. Quelques députés en entrant hier dans la salle ont été menacés d'être massacrés s'ils ne votent pas la mort... ».

Conclusions :

L'acte d'accusation de Louis XVI fut une farce grotesque et son jugement par les députés conventionnels fut effectué dans un climat de terreur.

Dans l'histoire de France, si il y a un roi qui ne méritait pas d'être guillotiné, c'est bien Louis XVI, mais enfin chacun est libre d'avoir un jugement différent. Personne ne nous fera un procès sur notre opinion concernant la mort de Louis XVI.

Pour ce qui me concerne, je dis bravo aux Nantais qui ont conservé la statue de Louis XVI érigée en 1823 place maréchal Foch. Une autre statue de Louis XVI qui avait été réalisée en 1829 par Nicolas Raggi fut détruite début 1942 alors qu'elle était conservée au musée des Beaux-Arts de Bordeaux.

On trouvera en illustration un tableau publié par le quotidien belge « Le Peuple » le 16 octobre 2015 avec comme titre : « La mort héroïque de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 ».

J.D. 17 octobre 2015

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

Marie-Antoinette le 16 octobre 1793

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:54

C'est le 21 juin 1791 que Louis XVI, la reine Marie-Antoinette, Élisabeth (sœur de Louis XVI) et les deux enfants du couple royal (Louis-Charles et Marie-Thérèse) furent arrêtés à Varennes. Il s'agit de Varennes en Argonne dans le département de la Meuse, village qui a aujourd'hui moins de 700 habitants mais qui en avait presque le double en 1791.

La veille au soir, déguisés, ils s'étaient enfuis des Tuileries bien que très surveillés. Le 21 juin à 15,30 heures ils avaient atteints Châlons-en-Champagne, puis Sainte Menehould vers 19,30 heures. C'est là que Louis XVI fut reconnu par un citoyen nommé Drouet. Celui-ci prit un chemin de traverse et atteignit Varennes avant le carrosse royal. Lorsque le carrosse parvint à Varennes, il n'y avait que 8 personnes pour l'arrêter. Voir illustration.

Les gardes du corps de Louis XVI, déguisés en cochers étaient armés. Ils auraient pu faire feu et dégager la route.

Depuis Paris, le carrosse de Louis XVI et de sa famille avait déjà parcouru environ 250 kms, il restait moins de 60 kms pour atteindre Montmédy à la frontière belge. A Varennes, le roi devait retrouver une escorte avec 40 hussards mais celle-ci n'arriva que plus tard, c'est-à-dire trop tard car entre-temps la population avait été ameutée, le tocsin sonné et des renforts étaient arrivés en nombre.

Mais au moment de l'arrestation, le roi interdit d'employer la force pour lui ouvrir un passage.

Le pauvre homme en perdit la tête car, si lui ne voulait pas de violence, ce ne fut pas le cas de ses ennemis qui faisaient leur fonds de commerce des têtes tombées.

Les raisons de la fuite :

Voici l'avis d'Alphonse de Lamartine dans l'Histoire des Girondins parue en 1847 (livre deuxième, chapitre III) :

« Les menaces atroces qui les assaillaient (il s'agit de la famille royale) dès qu'ils se montraient aux fenêtres de leur demeure, les outrages des journalistes, les vociférations des Jacobins, les émeutes et les assassinats qui se multipliaient dans la capitale et dans les provinces, les obstacles violents qu'on avait mis à leur départ pour Saint-Cloud (le lundi de Pâques 18 avril 1791, la garde nationale et la foule empêchèrent le roi et sa famille de quitter les Tuileries pour se rendre au château de Saint-Cloud), le souvenir enfin des poignards qui avaient percé le lit même de la reine aux 5 et 6 octobre (une émeute en octobre 1789 avait forcé la famille royale a quitté Versailles pour Paris. Au cours de cette émeute, la foule avait crié : « A mort l'Autrichienne »), tout faisait de leur vie une transe continuelle. Ils commençaient à croire que la Révolution insatiable s'irritait par les concessions mêmes qu'ils lui avaient faites; que l'aveugle fureur des factions, qui ne s'était pas arrêtée devant la majesté royale entourée de ses gardes, ne s'arrêterait pas devant l'inviolabilité illusoire décrétée par une Constitution (il s'agit de la première Constitution promulguée le 3 novembre 1789 qui transférait l'origine du pouvoir de Dieu à la Nation, ce qui était nouveau depuis 13 siècles de royauté française); et que leur vie, celle de leurs enfants et de ce qui restait de la famille royale, n'avait plus de sûreté à trouver que dans la fuite ».

Selon l'avis de Lamartine, ils devaient fuir mais ils le firent trop tôt ou trop tard.

Louis XVI :

Sur la carrière de Louis XVI, voir la note N° 245 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/06/louis-xvi-et-nantes-n-245.html

En complément, voici sur ce roi, le jugement d'Alphonse de Lamartine dans l' »histoire des Girondins » au livre I, chapitre 11 :

« Quand on se place par la pensée dans la situation de Louis XVI, et qu'on se demande quel est le conseil qui aurait pu le sauver, on cherche et on ne trouve pas. Il y a des circonstances qui enlacent tous les mouvements d'un homme dans un tel piège, que, quelque direction qu'il prenne, il tombe dans la fatalité de ses fautes ou dans celle de ses vertus. Louis XVI en était là. Toute la dépopularisation de la royauté en France, toutes les fautes des administrations précédentes, tous les vices des rois, toutes les hontes des cours, tous les griefs du peuple, avaient pour ainsi dire aboutit sur sa tête et marqué son front innocent pour l'expiation de plusieurs siècles. Les époques ont leurs sacrifices, comme les religions. Quand elles veulent renouveler une institution qui ne leur va plus, elles entassent sur l'homme en qui cette institution se personnifie, tout l'odieux et toute la condamnation de l'institution elle-même ; elles font de cet homme une victime qu'elles immolent au temps : Louis XVI était cette victime innocente, mais chargée de toutes les iniquités des trônes, et qui devait être immolé en châtiment de la royauté ».

*Ce texte de Lamartine me conforte dans l'idée que Louis XVI était un brave homme qui, dans un autre contexte aurait probablement fait un bon roi. Devant les mêmes événements, on imagine facilement un Louis XIV interdisant les clubs, les journaux « révolutionnaires » et faisant réprimer dans le sang les premières émeutes. Il n'y aurait sûrement pas eu de Révolution. Mais on ne réécrit pas l'Histoire.

*Après Varennes, la famille royale fut ramenée aux Tuileries. Une nouvelle Constitution avait été préparée et adoptée le 3 septembre 1791. Le 14 septembre, Louis XVI dut jurer fidélité à cette Constitution qui transformait le roi de France en roi des Français et lui enlevait l'essentiel de ses pouvoirs. En même temps le club des Cordeliers, d'abord, puis d'autres ensuite, réclamaient la République.

*Le 20 avril 1792, la guerre était déclarée à l 'Autriche

*le 10 août, la foule envahissait les Tuileries et massacrait gardes suisses et serviteurs (un milliers de morts). Le roi était suspendu par l'Assemblée législative.

*le 13 août, la famille royale était transférée à la prison du Temple qui devait son nom aux Templiers qui l'avaient fait construire dans les années 1240. Située dans le 3e arrondissement de Paris, le bâtiment fut détruit sur ordre de Napoléon à partir de 1808.

*Début septembre 1792, le « peuple » se livra au massacre des prisonniers dans les prisons de Paris, surtout des prêtres « réfractaires » (qui avaient refusé la Constitution civile du clergé), des nobles... : 1300 morts

*20 septembre 1792 : victoire de Valmy

*21 septembre 1792 : la Convention nationale décrète l'abolition de la royauté. C'est ce même 21 septembre que la Convention Nationale succéda à l'Assemblée législative.

*On connaît la suite qui aboutit à la mort du roi, guillotiné place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde) le 21 janvier 1793.

Marie-Antoinette :

*Marie-Antoinette naquit à Vienne le 2 novembre 1755. Elle est la fille de François 1er empereur du Saint Empire et de Marie-Thérèse d'Autriche. Ce François 1er était lui-même le fils de Léopold 1er et d'Elisabeth Charlotte d'Orléans nièce de Louis XIV. Par son père, Marie-Antoinette avait donc dans ses ancêtres les rois de France Henri IV et Louis XIII ; ce que peu de gens semblaient savoir au moment de la Révolution. François 1er et Marie-Thérèse d'Autriche eurent 16 enfants dont Marie-Antoinette.

*Pendant la vie de Marie-Antoinette, régnèrent à Vienne comme empereurs du Saint Empire : François 1er père de Marie-Antoinette décédé le 18 août 1765, Joseph II, frère de Marie-Antoinette décédé le 20 février 1790, Léopold II autre frère de Marie-Antoinette décédé le 1er mars 1792 (celui-là eut 15 enfants), et François II fils du précédent (et par conséquent neveu de Marie-Antoinette), décédé en 1835 mais qui ne fut empereur du Saint Empire que jusqu'en 1806 date de la fin du Saint Empire décidée par Napoléon 1er.

*Cette énumération est un peu longue mais elle montre que le couple Louis XVI et Marie-Antoinette avait des liens familiaux avec toutes les cours d'Europe car tous les frères, sœurs, neveux et nièces de Marie-Antoinette furent tous « casés » dans toutes les cours d'Europe et qu'il en allait de même du côté de Louis XVI.

*A partir de ce constat on peut se demander pourquoi les autres puissances européennes n'intervinrent pas plus rapidement et plus énergiquement contre la France révolutionnaire. On peut émettre l'hypothèse qu'ils furent partagés entre 2 sentiments : d'une part, la solidarité familiale et la peur de la contagion révolutionnaire devaient les inciter à intervenir mais d'autre part, dans les siècles passés, tous ces pays avaient été en guerre à de multiples reprises contre la France et l'on peut imaginer que les fournées successives de têtes de Français qui passaient sous la guillotine ne devaient pas faire pleurer les Anglais, les Prussiens ou les Autrichiens.

*Marie-Antoinette épousa le futur Louis XVI à Versailles le 16 mai 1770. Ils eurent 4 enfants :

*Marie-Thérèse née le 19 décembre 1778 et décédée le 19 octobre 1851. Elle épousa son cousin (fils du futur Charles X) le 9 juin 1799. Elle avait reçu le titre de Duchesse d'Angloulême. Elle fut la seule survivante de la famille et vit tour-à-tour l'exécution de son père, de sa mère, de sa tante, la mort de son frère sans compter tous les proches comme la princesse de Lamballe (décapitée et dépecée en pleine rue!)

*Louis-Joseph né le 22 octobre 1781 et décédé le 4 juin 1789

*Louis Charles né le 27 mars 1785 et décédé à la prison du Temple le 8 juin 1795, décès dû aux conditions d'internement. C'est à lui, que les royalistes décernèrent le titre de Louis XVII

*Sophie-Béatrice née le 9 juillet 1786 et décédée le 19 juin 1787

Lors de la fuite à Varennes, il n'y avait donc que 2 enfants encore vivants.

*Le portrait, que Lamartine dresse de Marie-Antoinette, est équilibré, on peut penser que dans un autre contexte, en tant que reine, elle aurait pu soutenir la comparaison avec beaucoup d'autres.

*Mais c'est sur elle que se concentra la haine populaire contre la monarchie. Lamartine écrit (dans l'Histoire des Girondins livre premier chapitre XIV) :

« Le peuple soulevé a besoin de haïr quelqu'un, on lui livra la reine. Son nom fut chanté dans ses colères. Une femme fut choisie pour l'ennemie de toute une nation ».

*Voici, à titre d'exemple, comment Fréron parle de la reine dans « l'Orateur du peuple » après la fuite à Varennes :

« Il est parti ce roi imbécile, ce roi parjure ! Elle est partie, cette reine scélérate, qui réunit la lubricité de Messaline à la soif de sang qui consumait Médicis ! Femme exécrable ! Furie de la France ! C'est toi qui étais l'âme du complot ».

*Ce Fréron fut un massacreur à Toulon et Marseille comme Collot d'Herbois le fut à Lyon et Carrier à Nantes ! (voir note N°92 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-revolution-francaise-115651234.html).

Il était bien placé pour accuser Marie-Antoinette !

Marie-Antoinette fut décapitée le 16 octobre 1793. Détail atroce : les fossoyeurs récupéraient les vêtements sur les cadavres avant de les jeter dans la fosse.

Élisabeth de France :

Elle est née à Versailles le 3 mai 1764. Elle est la fille de Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe. Par son père elle était donc la petite fille de Louis XV et de Marie Leczinska et par sa mère la petite fille d'Auguste III roi de Pologne et l'arrière petite fille de Joseph 1er empereur du Saint Empire. Cela confirme les liens de la Cour de France avec les autres Cours d'Europe.

Élisabeth de France fut la sœur de 3 rois de France (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X) et de Clotilde qui fut reine de Sardaigne après son mariage avec Charles-Emmanuel IV.

Fidèle à son frère (Louis XVI) jusqu'au bout elle le suivit dans son infortune et fut décapitée le 10 mai 1794 avec pour crime d'avoir été la sœur du roi !

En guise de conclusion :

Depuis 3 ans on voit régulièrement circuler sur internet des caricatures qui représentent François Hollande déguisé en Louis XVI : pauvre Louis XVI, il ne méritait pas un pareil outrage !

J.D. 27 août 2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

inscription sur la tour de l'horloge à Varennes, photo Aimelaine du 19.7.2015

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 16:11

A Nantes (Loire-Atlantique, capitale de la Bretagne avant Rennes), place Maréchal Foch, se trouve une très haute colonne, sur un piédestal, au sommet de laquelle trône Louis XVI. C'est un des rares exemples, de statue de Louis XVI, conservée sur une place publique d'une ville de France. Il existe en France, 4 autres exemplaires de statues de Louis XVI (dont un qui n'a plus de tête), en lieux publics, mais dans des petites communes.

La première pierre de cette œuvre fut posée le 24 juin 1790. Mais les circonstances (Révolution, puis premier empire) en différèrent l'exécution. Ce n'est que le 14 août 1823, sous le règne de Louis XVIII, que fut inaugurée la statue de Louis XVI. Ce différé explique qu'il échappa à la fureur révolutionnaire d'autant qu'à Nantes elle fut particulièrement barbare. La colonne a environ 2 mètres de diamètre et 28 mètres de haut. Elle a fait l'objet de restaurations depuis 1823.

Louis XVI :

*Louis XVI fut roi de France après Louis XV, lui-même roi après Louis XIV, mais Louis XVI n'est que le petit-fils de Louis XV, lui-même arrière petit-fils de Louis XIV. Le règne de Louis XIV dura du 1643 à 1715 et celui de Louis XV de 1715 à 1774. La longueur de ces règnes explique que les héritiers au trône de premier degré aient pu disparaître avant le souverain au pouvoir. Voir tableau en annexe.

*Louis XVI naquit à Versailles le 23 juillet 1754. Il devint dauphin (successeur potentiel) à la mort de son père en 1765 et roi à la mort de son grand-père en 1774. Il fut couronné roi de France à Reims le 11 juin 1775. Il avait épousé Marie-Antoinette d'Autriche en la chapelle du château de Versailles le 16 mai 1770.

*Il n'eut probablement pas l'envergure nécessaire pour faire face aux événements qui se déroulèrent durant son règne. On peut pourtant mettre à son actif :

-l'aide à l'indépendance des États-Unis. C'est d'ailleurs par un traité signé en France que l'Angleterre reconnut l'indépendance de ses anciennes colonies (traité de Versailles, appelé aussi traité de Paris du 3 septembre 1783).

A titre anecdotique, on peut rappeler que la dernière victoire des Franco-Américains contre les Anglais (bataille de Yorktown le 19 octobre 1781), ne fut connue à la Cour de France que le 19 novembre suivant. Ce qui donne une idée du délais de transmission des informations il y a encore peu de temps au regard de l'Histoire !

-l'amélioration de l'état des routes et le renforcement des ports, dont la reconstruction du port de Dunkerque en 1785

-l'expédition de Lapérouse autour du monde partie de Brest le 1er août 1785

-les droits civils accordés aux protestants en novembre 1785

-la libre circulation des grains dans le royaume (édit de septembre 1774)

-le rétablissement des parlements (édit de novembre 1774)

-l'amélioration de l'état des prisons à partir de 1780 et la création d'une administration des hôpitaux en 1781

-etc

*Beaucoup de monarques qui ne furent pas guillotinés ne peuvent pas produire le bilan de Louis XVI. Mais venant après des siècles de pourvoir absolu, de guerres interminables, de corvées et d'impôts, le roi était pour beaucoup de gens du peuple un tyran, symbole d'arbitraire, de lettres de cachets, de Bastille …Il paya pour les autres.

*La mort du roi sans sursis, fut finalement votée par les députés de la Convention nationale le 17 janvier 1793 par 361 voix pour et 360 contre. L'exécution de Louis XVI eut lieu le 21 janvier 1793, celle de Marie-Antoinette le 16 octobre 1793 et celle d’Élisabeth sœur de Louis XVI le 10 mai 1794.

*Parmi ceux qui votèrent la mort du roi, un arrière cousin de Louis XVI : Louis-Philippe-Joseph d'Orléans né en 1747, qui fut duc de Chartres de 1752 à 1785 puis duc d'Orléans à partir de 1785. Il fut ensuite surnommé « Philippe-Égalité ». Cela ne lui porta pas chance car il fut lui-même guillotiné le 6 novembre 1793. Ce fut d'ailleurs le sort de beaucoup de régicides et même de ceux qui ne votèrent pas la mort ! Il fut dit que la Révolution mangeait ses propres enfants.

*La dépouille de Louis XVI et celle de Marie-Antoinette furent jetées après l'exécution dans une fosse commune du cimetière de la Madeleine à Paris. En janvier 1815, Louis XVIII (frère de Louis XVI) fit exhumer les dépouilles de Louis XVI et de Marie-Antoinette pour les faire inhumer à Saint Denis le 21 janvier 1815. A l'emplacement du cimetière de la Madeleine Louis XVIII fit construire une chapelle expiatoire.

*Pour conclure sur Louis XVI, voici un jugement d'Adolphe Thiers (1797/1877) publié dans son « histoire de la Révolution française » parue en 10 volumes entre 1823 et 1824 :

« Pendant sa vie qui ne fut qu'un long martyre, il eut toujours le malheur d'entrevoir le bien, de le vouloir sincèrement, et de manquer de la force nécessaire pour l'exécuter ».

Nantes capitale historique de la Bretagne :

*Après la chute de l'empire romain d'Occident (en l'an 476), des pouvoirs locaux émergèrent un peu partout, prélude aux pouvoirs nationaux.

En Bretagne un certain chef local nommé Nominoë, né vers l'an 800, reçut le titre de duc durant l'été 846. Ainsi naquit la Bretagne. Tout au moins on peut dater ainsi la naissance de la souveraineté de la Bretagne.

*Dans le conflit qui opposa les petits-fils de Charlemagne pour le partage de l'empire carolingien, Nominoë prit d'abord le parti de Lothaire puis se rallia à Charles-le-Chauve qui lui donna le pouvoir sur la Bretagne. Il décéda le 7 mars 851. Son fils Erispoë lui succéda

*Erispoë fut vainqueur des troupes de Charles-le-Chauve le 22 août 851 lors d'une bataille connue sous le nom de « bataille de Jengland ». A la suite de cette victoire bretonne Erispoë rencontra Charles le Chauve à Angers et reçut le titre de roi (de Bretagne).

*4 rois se succédèrent puis le « royaume de Bretagne » redevint duché souverain en 939, jusqu'à la réunion à la France suite au mariage d'Anne de Bretagne (1477/1514) avec le roi de France Charles VIII (le 6 décembre 1491) puis avec Louis XII le 9 janvier 1499, mariage célébré en la chapelle du château des ducs de Bretagne à Nantes (château édifié au XVe siècle, par le duc de Bretagne François II qui en avait fait la résidence ducale). Claude, la fille d'Anne de Bretagne et de Louis XII épousera pour sa part François 1er roi de France le 18 mai 1514.

*Il y eut quelques interruptions, mais pour l'essentiel, Nantes fut la capitale de la Bretagne depuis le IXe siècle jusqu'en 1492. Ensuite et au gré des décisions des souverains français successifs, le siège du parlement de Bretagne varia de Vannes à Rennes et à Nantes.

*Ces parlements régionaux qui étaient avant tout des Cours de justice, furent supprimés à compter du 3 janvier 1790.

*Durant la Révolution, c'est le sanguinaire Jean-Baptiste Carrier qui fut envoyé à Nantes par la Convention. Lorsqu'il arriva à Nantes les prisons étaient archi-pleines de prêtres, de nobles, de prostituées et surtout de chouans pris par l'armée républicaine. S'appuyant sur un comité révolutionnaire local de sans-culottes particulièrement actif, Carrier organisa des noyades dans la Loire au niveau de Chantenay ou plus loin dans l'estuaire. La première noyade, le 17 novembre 1793, concerna 90 prêtres ; 3 survécurent, ils furent noyés le lendemain. Selon les estimations, entre 1800 et 4860 condamnés furent ainsi noyés, sans compter 2.000 fusillés et tous ceux qui moururent de maladies dans les prisons. Carrier en fit trop, revenu à Paris, il fut lui-même guillotiné le 16 décembre 1794.

*En France, il fallut attendre les lois de décentralisation promulguées le 2 mars 1982 pour voir instituer les Régions. Ce texte reprit un découpage en 21 régions qui avait été adopté par un décret du 30 juin 1955 instituant « 21 régions économiques et de programme ». C'est ce texte repris par la loi de 1982 qui a exclu Nantes et la Loire-Atlantique de la Bretagne et qui a consacré Rennes comme capitale régionale de Bretagne. Mais dans le cœur de nombreux habitants, Nantes et la Loire Atlantique sont toujours en Bretagne. On peut d'ailleurs aligner de nombreux signes qui l'attestent : le « Guide vert » Michelin « Bretagne » englobe la Loire Atlantique ; lorsque De Gaulle vint en Bretagne le 2 février 1969, il annonça un plan autoroutier de grande ampleur pour désenclaver la Bretagne et promettant la gratuité des péages. Cela est toujours en vigueur au départ de Nantes ce qui montre bien que Nantes est en Bretagne. Au passage cela explique la fureur des bonnets rouges bretons, pour qui les portiques étaient une manière de mettre fin à la gratuité de circulation en Bretagne !

*Dans le cadre de l'actuelle réforme régionale, des mouvements et élus locaux ont demandé le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne. En 2014, il y eut 3 manifestations à Nantes pour réclamer ce rattachement à la Bretagne : le 19 avril (5.000 manifestants), le 28 juin (10.000 manifestants) et le 27 septembre (30.000 manifestants). En dehors des chiffres absolus toujours sujets à contestations, on remarquera plus l'évolution d'une manifestation à l'autre. Tous les sondages d'opinion vont dans le même sens, le dernier de juillet 2014, donnait 70% des habitants de Loire-Atlantique pour un rattachement à la Bretagne.

*Mais pour ceux qui ont décidé le découpage des nouvelles régions :

-tenir compte de plus de mille ans d'histoire : quelle horreur !

-tenir compte de l'opinion des citoyens concernés : plus horrible encore !

Et les mêmes vont donner des leçons de démocratie à la terre entière !

Pauvre France !

Je n'en dirais pas plus mais je n'en pense pas moins !

J.D. 30 juin 2014

ascendance de Louis XVI

ascendance de Louis XVI

Louis XVI, colonne et statue à Nantes place Foch, photo J.D. 20 juin 2015

Louis XVI, colonne et statue à Nantes place Foch, photo J.D. 20 juin 2015

Anne de Bretagne place Marc Elder à Nantes (face à l'entrée du château des ducs de Bretagne),  sculpture de Jean Fréour 2002, photo J.D. 20 juin 2015

Anne de Bretagne place Marc Elder à Nantes (face à l'entrée du château des ducs de Bretagne), sculpture de Jean Fréour 2002, photo J.D. 20 juin 2015

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:36

En 1789, la Savoie appartenait encore au Royaume de Sardaigne.

Victor-Amédée III qui fut roi de Sardaigne de 1773 à son décès le 16 octobre 1796, avait épousé le 31 mai 1750 Marie-Antoinette fille de Philippe V roi d'Espagne (petit-fils de Louis XIV né à Versailles en 1683) et d'Elisabeth Farnèse (belle-sœur de Léopold 1er empereur du Saint Empire romain germanique) . Ils avaient marié 3 de leurs enfants avec 3 frères et sœur de Louis XVI roi de France :

 

*Charles-Emmanuel né le 24 mai 1751 avait épousé le 6 septembre 1775, à la Sainte Chapelle de Chambéry, Marie-Clotilde sœur de Louis XVI. Il fut roi de Sardaigne sous le nom de Charles-Emmanuel IV de 1796 à sa mort le 6 octobre 1819. Marie-Clotilde décédée en 1802 eut le temps d'être reine de Sardaigne, mais en temps que reine, elle ne connut que l'exil.

 

*Marie-Joséphinenée à Turin le 2 septembre 1753, décédée le 13 novembre 1810. Epousa dans la chapelle royale du château de Versailles le 14 mai 1771 Louis de France, frère de Louis XVI et futur roi Louis XVIII. Mais lorsqu'il devint roi de France, Marie-Joséphine était déjà décédée

 

*Marie-Thérèsenée à Turin le 31 janvier 1756 mariée le 16 novembre 1773 à Charles, frère de Louis XVI et futur Charles X. Ils eurent 4 enfants, mais lorsque Charles X devint roi de France, Marie-Thérèse était déjà décédée le 2 juin 1805 en Autriche à Graz où elle est inhumée dans le mausolée impérial.

Pour la petite histoire, ces 3 enfants de Victor-Amédée III, en se mariant avec des frères et sœur, devinrent beau-frère ou belles-sœurs de leurs propres frère ou sœurs.

 

La Maison de Savoie fut donc particulièrement proche de la Cour de France à cette époque, mais, à partir de 1789, les nouvelles qui parvenaient de France à la Cour de Sardaigne, n'étaient pas très rassurantes pour la royauté; en voici quelques-unes parmi les principales:

-en 1789 : le 24 janvier convocation des Etats-Généraux, le 17 juin le Tiers-Etat s'érige en Assemblée nationale, le 9 juillet l'Assemblée se déclare assemblée constituante, le 14 juillet prise de la Bastille, le 4 août la Constituante abolit les privilèges et les droits féodaux, 23 août l'Assemblée adopte la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, 8 octobre Louis XVI roi de France devient roi des Français, 17 décembre l'Assemblée décide la vente des biens du clergé

-en 1790 : l'Assemblée adopte la constitution civile du clergé

-en 1791 : adoption de la guillotine pour les exécutions à mort, 22 juin arrestation du roi et de sa famille à Varennes, 14 septembre Louis XVI accepte la Constitution

-en 1792 : 9 février suppression des biens des émigrés, 20 avril déclaration de guerre à l'Autriche, 10 août le peuple prend d'assaut les Tuileries, la déchéance du roi est prononcée et il est emprisonné ainsi que sa famille à la prison du Temple, 3 septembre la princesse de Lambale cousine éloignée de Victor-Amédée III est massacrée dans la rue à Paris, 20 septembre victoire de Valmy sur les Autrichiens et les Prussiens.

Devant l'évolution de la situation en France, les souverains européens qui avaient tous des liens familiaux entre-eux et avec la Cour de France, s'étaient concertés le 9 juillet 1791 et le 27 août de la même année, les souverains d'Autriche et de Prusse avaient lancé depuis Pillnitz (Autriche ) une proclamation menaçant la France révolutionnaire.

En Savoie, durant l'été 1792, Victor-Amédée III avait massé trente bataillons et de l'artillerie le long de la frontière française c'est-à-dire entre Montmélian et Les Echelles; le tout commandé par le général Lazary.

De son côté, la France avait rassemblé des troupes entre Grenoble et Chambéry, dans la région de fort Barreaux c'est-à-dire proche de la frontière. Ces troupes étaient commandées par le général Montesquiou.

Deux raisons au moins justifiaient l'invasion de la Savoie :

Les nombreux Parisiens originaires de Savoie s'étaient constitués en club puis en division appelée des « Allobroges ». Ils militaient pour un rattachement de la Savoie à la France et un certain nombre d'entre-eux s'étaient engagés dans l'armée de Montesquiou. D'autre part, dans les milieux révolutionnaires, le principe de « frontières naturelles » de la France faisait son chemin, ce qui impliquait la conquête des territoires allant jusqu'au Rhin et jusqu'aux Alpes.

Le 22 septembre 1792 (2 jours après la victoire de Valmy), à la tête de 20.000 soldats dont une compagnie « d'Allobroges », Montesquiou envahissait la Savoie sans déclaration de guerre. Lazary et ses troupes s'enfuyaient par les Bauges et la vallée de l'Isère, pratiquement sans avoir combattu. Ainsi en 1792, la conquête de la Savoie par la France se fit au terme d'une invasion mais sans guerre. Avant même l'invasion, des clubs secrets s'étaient constitués en Savoie et répandaient discrètement des idées favorables à la France et à la Révolution. Si bien que Montesquiou ne rencontra, non seulement pas de résistance militaire, mais fut bien accueilli par la population. Le jour même de l'invasion, un club de Jacobins était officiellement fondé à Chambéry. La compagnie d'Allobroges qui fit partie de l'armée d'invasion était commandée par le lieutenant-colonel François-Amédée Doppet médecin né à Chambéry en 1753 qui avait émigré à Paris, et était devenu à Paris, secrétaire du club des Jacobins. Aidé par les clubs, Montesquiou demandait à toutes les communes de Savoie d'élire un délégué.

658 délégués des communes de Savoie (ce qui correspond aux actuels départements de la Savoie et de la Haute-Savoie plus 24 communes savoyardes qui furent cédées à la Suisse après la chute de Napoléon) se réunirent dans la cathédrale de Chambéry le 21 octobre 1792.

583 de ces délégués soit 88,6% votèrent pour le rattachement à la France et ils s'auto-proclamèrent « Assemblée Nationale des Allobroges ».

Le 27 novembre 1792, suite à une plaidoirie de l'abbé Grégoire (député à la Constituante, l'abbé Grégoire fut l'un des premiers membres du clergé à rejoindre le Tiers-état, il prit une part active à l'abolition de l'esclavage et à la déclaration des droits de l'homme), la Convention « accepta l'offre des Allobroges » et par décret du 28 novembre, la Savoie était rattachée à la France en constituant le département du Mont Blanc (84ème département français à l'époque) avec Chambéry comme chef-lieu. Ce département fut divisé en 7 districts, 83 cantons et 652 communes. Les districts furent : Chambéry, Annecy, Thonon, Carouge, Cluses, Moutiers, Saint Jean de Maurienne. La partie nord de ce département (Bonneville, Carouge, Cluses, Thonon plus le pays de Gex) fut rattachée le 25 août 1798 au nouveau département du Léman constitué suite à l'annexion de la République de Genève par la France. La république indépendante de Genève instituée en 1535 ne fut officiellement rattachée à la Suisse qu'à compter du 31 décembre 1815.

En faisant demander le rattachement par les Savoyards eux-mêmes, la France s'était donnée le beau rôle.

Du 21 octobre au 28 novembre 1792, l'Assemblée Nationale des Allobroges vota :

-la suppression des droits souverains de la Maison de Savoie

-la suppression de la noblesse

-la suppression des redevances féodales

-la suppression de la dîme (due au clergé)

-la suppression des biens du clergé et des biens des émigrés.

Les principales personnalités de cette assemblée des Allobroges furent François-Amédée Doppet et Philibert Simond (qui termina guillotiné à Paris en avril 1794). L'historien genevois Paul Guichonnet dans son « Histoire de l'annexion de la Savoie à la France » (La Fontaine de Siloé 2003), écrit joliment (page 35) : « Les notables de l'Assemblée nationale des Allobroges font, en une seule semaine d'octobre 1792, absorber à leurs compatriotes un comprimé de toute la législation révolutionnaire née en France depuis 1789 ».

Pendant que ces événements se déroulaient en Savoie, dans le midi, le général Anselme, appuyé en mer par l'amiral Truguet, s'emparait du comté de Nice le 29 septembre 1792. Pinto chef d'Etat-Major et les 2 commandants de forts qui défendaient Nice, n'offrirent aucune résistance, comme l'avait fait Lazary en Savoie. Les Piémontais avaient abandonné à Nice, sans coup férir, 100 canons de bronze, une frégate, une corvette et leurs magasins de provisions. De retour en Piémont, Lazary et Pinto furent destitués et les commandants des forts de Nice emprisonnés. Victor-Amédée III avait été trahi par ses militaires.

Fort de la victoire à Nice, l'amiral Truguet voulut s'emparer de la Sardaigne, mais la résistance de la population fit échouer l'opération.

Victor-Amédée III voulut reconquérir les territoires perdus et 3 corps de l'armée piémontaise envahirent la Savoie le 14 août 1793 par la Maurienne, la Tarentaise et le Faucigny, tandis que Victor-Amédée III (il avait 67 ans) prenait lui-même le commandement de l'armée chargée de libérer Nice. Les combats durèrent plusieurs mois, mais les Piémontais furent repoussés partout; en Savoie par Kellermann et à Nice par Masséna. L'Autriche qui devait soutenir l'offensive et les Anglais l'aider ne fournirent que des contingents limités et qui manifestement avaient l'ordre de ne pas faire de zèle. Trahi par ses militaires en 1792, Victor-Amédée III le fut par ses alliés en 1793.

Cet épisode de la tentative de reconquête de Nice et de la Savoie semble oublié par de nombreux auteurs. Alexandre Dumas y consacre un large développement dans « La Royale Maison de Savoie » La Fontaine de Siloé 2001, tome 4 chapitres VI à VIII.

Pendant ces événements la Savoie vivait sous la France révolutionnaire. Lors de l'invasion piémontaise de 1793, des Savoyards, mais minoritaires, soutinrent Victor-Amédée III.

Le 8 janvier 1794, à Paris le Comité de Salut Public décidait d'envoyer en Savoie comme commissaire Antoine-Louis Albitte. Il fut surnommé le « Robespierre savoyard ». Particulièrement anti-clérical, il fit saisir tous les biens du clergé, fit raser les clochers des églises, fondre les cloches pour faire des canons etc. Ce n'est pas ce qu'attendait une majorité de Savoyards, mais leur opposition fut plutôt passive. Ainsi lorsque les enrôlements pour l'armée se firent, de nombreux jeunes désertèrent. Albitte ne resta que 9 mois en Savoie, il mourut en décembre 1812 en Pologne pendant la retraite de Russie.

Globalement la Savoie traversa la fin de la période révolutionnaire sans trop de dégâts. Il n'y eut pas de guillotine ni de guillotinés en Savoie et pour l'essentiel elle échappa aux horreurs que connurent nombre d'autres villes ou régions.

Avec le Consulat, la fureur révolutionnaire s'était éteinte en France et le Concordat (signé le 15 juillet 1801) acheva de ramener la paix civile. Mais les guerres dites « Napoléoniennes » succédèrent aux événements de la Révolution. Dans le partage des responsabilités il ne faut quand même pas oublier, que de 1792 à 1815, il y eut 7 coalitions de l'Europe contre la France.

Les Savoyards payèrent leur tribut à ces guerres comme tous les Français mais Paul Guichonnet (ouvrage déjà cité, voir page 38) écrit :

« L'idée française ira se renforçant, de 1815 à 1860. Malgré les souffrances endurées et les pertes sur les champs de bataille, les 23 généraux, les 800 officiers et les 24.000 soldats savoyards qui avaient servi sous le drapeau tricolore rapportaient au pays une image exaltante de la Grande Nation. Ils avaient le sentiment d'avoir été associés à une épopée et les rescapés des phalanges napoléoniennes seront, désormais, inconditionnellement Français de cœur ».

 

J.D. 6 septembre 2012

 

 

 

 

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