Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:21

Cette expression de « Grande Grèce » se rapporte aux colonies grecques hors de la Grèce proprement dite. Mais selon les auteurs, on ne trouve pas le même champ géographique. Pour les uns ce sont les implantations en Italie du sud, pour d'autres celles sur l'actuelle côte turque (qui furent à l'origine des guerres « médiques » entre Perses et Grecs au début du cinquième siècle avant notre ère), etc.

Le concept qui me paraît le plus simple et le plus opérationnel est de considérer que firent partie de la « Grande Grèce » toutes les implantations grecques hors de la Grèce elle-même.

On trouvera en annexe une carte de cette Grande Grèce que j'ai empruntée à Wikipédia. L'auteure s'appelle Christine Moulin, il s'agit d'une Française installée en Grèce depuis une trentaine d'années. D'après ce que j'ai vu sur internet, elle organise des voyages à la demande. Voir son site : http://contact@decouvrirlagrece.com

(publicité gratuite)

Cette carte illustre très bien la rivalité qu'il y eut entre Phéniciens et Grecs pour la conquête de la Méditerranée occidentale. Ils se firent la guerre jusqu'à ce que le Raminagrobis Romain, qu'ils n'avaient pas vu venir, les mette d'accord en les croquant l'un et l'autre, comme la belette et le petit lapin de la fable. Voir la fiche N°269 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/01/l-invasion-des-peuples-de-la-mer-n-269.html

Il convient d'ajouter que les différentes cités grecques se firent, elles aussi, souvent la guerre et que ces implantations extérieures de colonies renforçaient leur pouvoir à l'intérieur de la mère-patrie.

Les Grecs, comme les Égyptiens et les Romains furent de grands bâtisseurs et laissèrent d'importants monuments dans beaucoup de leurs colonies. Le résultat est qu'aujourd'hui on trouve plus de monuments grecs hors de Grèce que dans la Grèce elle-même et en outre, des monuments parmi les mieux conservés.

Parmi toutes ces réalisations fabuleuses, je vais en citer deux : Paestum, à une centaine de kms au sud de Naples et Agrigente sur la côte sud de la Sicile.

Paestum :

Le site de Paestum, sur le territoire actuel de Cappacio Paestum en Campanie, a été fondé sous le nom de Poseidonia vers l'an 600 avant notre ère par des Grecs de la cité de Sybaris : cité grecque elle-même fondée vers l'an 720 avant notre ère dans le golfe de Tarente. Sybaris se trouve aujourd'hui sur le territoire de la commune de Cassano all'Ionio, ville de Calabre sur le golfe de Tarente.

Les Lucaniens se sont emparés de la cité au quatrième siècle avant notre ère. La Lucanie, antique région, était à cheval sur les actuelles régions italiennes de Campanie (capitale Naples), et de Basilicate (capitale Potenza). Ils donnèrent à la ville le nom de Paeston.

Les Romains ont pris la cité en l'an 273 avant notre ère et l'ont appelé : Paestum.

La cité a alors suivi le sort de Rome. Son déclin commença lors d'une épidémie de malaria au quatrième siècle de notre ère et la ville fut détruite par les Sarrasins vers l'an 877.

Elle disparut complètement et fut redécouverte en 1748 à l'occasion de travaux. Le site fut classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998.

Le site s'étend sur 120 hectares dont seulement 25 ont été fouillés. Il comprend des antiquités de la période romaine (amphithéâtre, forum…), de la période des Lucaniens (une enceinte de 4,75 kms de long), mais surtout de la période grecque parmi lesquelles 3 temples majeurs.

Les découvreurs du XVIIIe siècle leur ont donné des noms en fonction de vocations supposées, mais qui n'ont pas été confirmées par les études plus récentes, mais ces noms du XVIIIe ont néanmoins subsisté.

Temple dédié à Héra :

Ce temple de style dorique fut construit vers l'an 550 avant notre ère. Il fut baptisé du nom de « Basilique » au XVIIIe siècle mais était dédié à Héra, qui dans la mythologie grecque était la fille de Cronos et de Rhéa et par conséquent la sœur de Zeus dont elle fut également l'épouse.

Ce temple mesure 24,35 mètres sur 54. Il possède 18 colonnes de chaque côté et 9 colonnes sur les faces avant et arrière. Ces colonnes ont 4,68 mètres de hauteur.

Temple dédié à Athéna :

Ce temple fut appelé « temple de Cérès » au XVIIIe siècle.

Cérès, déesse romaine correspond à la Déméter grecque. Elle est aussi dans la mythologie grecque fille de Chronos et de Rhéa. De son frère (Zeus), elle eut une fille : Perséphone (Proserpine pour les Romains). Déméter était la déesse de la terre et aussi celle des mystères d'Eleusis.

Athéna, fille de Zeus, était la déesse de la guerre (la Minerve des Romains) son symbole était la chouette. C'est en son honneur que la capitale des Grecs doit son nom d'Athènes.

Ce temple fut construit vers l'an 500 avant notre ère mélangeant les styles dorique et ionique. Il comporte 13 colonnes sur les côtés et 6 sur les faces avant et arrière.

Second temple à Héra :

ce temple construit vers l'an 450 avant notre ère fut appelé de Poseidon au XVIIIe siècle en référence au nom premier de la cité (Poseidonia). Au vingtième siècle il fut attribué à Héra, ce qui est contesté dans les textes les plus récents. Il serait en effet surprenant que la déesse Héra ait eu 2 temples dans la même cité. Une dédicace à Poseidon semble plus logique. D'autres auteurs récents attribuent ce temple à Zeus. Avoir dans la même cité un temple à Héra et un à Zeus a aussi sa logique.

Poseidon, le Neptune des Romains, est le dieu de la mer. Son symbole est le trident. Il est lui aussi fils de Chronos et de Rhéa et frère aîné de Zeus.

Zeus était le maître des Dieux, l'équivalent du Jupiter romain et d'Amon-Ré en Égypte. Les humains l'ont imaginé grand séducteur autant de déesses que de femmes. Son symbole est souvent la foudre.

Ce temple a 24,30 mètres sur 59,90 avec un fronton dorique, 14 colonnes de chaque côté et 6 sur les façades avant et arrière.

Le musée :

Situé de l'autre côté de la route et à mi-chemin entre l'amphithéâtre et le temple dit de Cérès, un musée a été inauguré en novembre 1952. Il fut agrandi en 1966 puis en 1970. Aujourd'hui il présente sur 3 étages toutes les découvertes effectuées lors des diverses campagnes de fouilles, ce qui illustre à la fois l'histoire de la cité mais de façon plus générale l'art grec.

Agrigente :

Le site d'Agrigente est situé presque au milieu de la côte sud de la Sicile.

La cité a été fondée vers l'an 580 avant notre ère par les Grecs de la cité de Gela, située aussi sur la côte sud de Sicile (à environ 75 kms à l'est d'Agrigente) et elle-même fondée vers l'an 690 avant notre ère par les Grecs de l'île de Rhodes. Akrakas fut le premier nom donné à la cité par les Grecs.

Cette cité connut un développement très important, ce qu'il reste des ruines grecques a reçu le nom de « Vallée des Temples » et a été classé au patrimoine de l'Unesco en 1997.

Comme tout le reste de la Sicile, les habitants de cette cité virent les combats à répétition entre Grecs et Phéniciens représentés par Carthage, puis entre Romains et Carthaginois, sans oublier les guerres entre les différentes cités grecques !

Après la première guerre punique (de -264 à -240), Rome annexa la Sicile. Ils donnèrent à Akrakas le nom d'Agigentum.

Après la chute de l'empire romain d'Occident, en l'an 476, la Sicile fut prise par les Byzantins (Empire romain d'Orient) en l'an 535, puis par les Arabes au IXe siècle. Ils donnèrent à la ville le nom de Girgenti.

Il y eut ensuite les Normands à partir de 1087, les Espagnols (dynastie d'Aragon) à compter de 1282, puis le royaume de Naples et des deux Siciles (en 1442)… Même les souverains de la Maison de Savoie eurent le titre de rois de Sicile de 1713 à 1720.

Enfin l'expédition de Garibaldi et de ses chemises rouges en 1860 permit de réunir la Sicile au nouveau royaume d'Italie.

Des nombreux monuments construits par les Grecs à Agrigente aux VIe et Ve siècles avant notre ère, il ne reste de traces que de 9 d'entre eux, mais une partie du site antique est encore enfoui sous les maisons et cultures de l'actuelle ville d'Agrigente. La muraille qui ceinturait la ville grecque mesurait 12 kms de long. Parmi les temples dont il reste traces, citons :

le temple de la Concorde : construit vers l'an 430 avant notre ère, de style dorique et comportant 34 colonnes. Il fut transformé en basilique chrétienne en l'an 579 et cela le sauva probablement de la destruction. En outre il fut l'objet d'une restauration en 1748, et c'est le restaurateur de l'époque qui lui donna son nom de temple de la Concorde mais on ne sait pas à quelle divinité il était dédié. Il avait 17 mètres sur 38 environ. Il est le seul temple d'Agrigente à peu près conservé.

Le temple de Zeus : construit vers -480, de 112 mètres sur 56 avec des colonnes de 20 mètres de haut aurait été le monument le plus important d'Agrigente, mais il fut détruit par les Carthaginois en -406.

le temple d'Héra : construit vers -450, de 17 mètres sur 38 avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Détruit par les carthaginois en -406. Quelques colonnes ont pu être redressées.

Le temple de Castor et Pollux de la moitié du cinquième siècle (avant notre ère) de 14 mètres sur 32 environ avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Il reste 3 colonnes debout. Dans la mythologie grecque, les jumeaux Castor et Pollux étaient les enfants de Zeus et de Léda reine de Sparte et par conséquent les frères de la belle Hélène.

Le temple d'Héraclès : construit vers l'an -500, il possédait 38 colonnes dont 8 furent relevées en 1924. Héraclès (Hercule pour les Romains) était fils de Zeus et d'Alcmène épouse du roi de Tirynthe (ville de Grèce en Argolide). Héraclès ou Hercule est surtout connu pour la légende des 12 travaux.

Le temple d'Athéna : construit au début du Ve siècle (avant notre ère) mesurait 15 mètres sur 35 environ avec 6 colonnes par 13

le temple à Déméter : construit vers -480/-470, mesurait 13 mètres sur 30 environ

le temple d'Héphaïstos : construit vers -430, mesurait 17 mètres sur 35 avec 6 colonnes sur 13. Héphaïstos (Vulcain pour les Romains) était le fils d'Héra seule ou d'Héra et de Zeus selon les versions. Il est le maître des forges.

Agrigente a aussi son musée archéologique qui rassemble nombre des découvertes effectuées sur le site.

En conclusion et pour employer la terminologie d'un célèbre guide touristique, les sites de Paestum et d'Agrigente méritent plus qu'un détour, carrément un voyage.

J.D. 20 juillet 2016

carte de l'expansion grecque et phénicienne

carte de l'expansion grecque et phénicienne

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973
temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

Partager cet article
Repost0
12 mars 2015 4 12 /03 /mars /2015 10:43

C'est en avril 1915 que tous les commentateurs font commencer le massacre des Arméniens par les Turcs (c'était encore l'Empire ottoman). En fait les massacres d'Arméniens par les Turcs avaient commencé de 1894 à 1896 puis en avril 1909 et avaient repris de plus belle, de façon plus systématique et plus massive de 1915 à 1918. C'est cette dernière période qui fut appelée « le génocide arménien ».

Les Turcs s'étaient fait la main dans les années 1820 en massacrant les Grecs qui s'étaient soulevés pour leur indépendance. Voir sur mon blog la note N°9 http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-independance-58616338.html

la note N°14 http://jean.delisle.over-blog.com/article-l-enfant-58967808.html

et la note N°32 http://jean.delisle.over-blog.com/article-jules-verne-deux-livres-peu-connus-63314876.html

Sur le contexte dans lequel s'est déroulé le massacre des Arméniens voir

la note N°55 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

et la note N°158 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/02/la-turquie-et-l-europe-n-158.html

Au total, entre les massacres des années 1890, ceux de 1909 et ceux de 1915 à 1918, selon les sources disponibles et en hypothèse moyenne, 1.500.000 Arméniens auraient été exterminés.

Mais pourquoi les Turcs ont-ils voulu anéantir les Arméniens ?

Bonne question, mais a-t-on encore le droit de se poser des questions ?

Voici quelques données pour y répondre.

L'Arménie et les Arméniens :

*L'histoire de l'Arménie et des Arméniens commence au début du septième siècle avant notre ère sur un territoire qui a grandement varié au fil des siècles et des événements mais qui recoupe en grande partie l'actuelle Turquie.

*L'Arménie fut envahie et annexée successivement par les Perses, les Parthes, puis les Grecs à partir d'Alexandre le Grand .

*Ils redevinrent indépendants en -189 sous le règne d'Artaxias avec comme capitale Artaxate. Mais c'est au siècle suivant sous le règne de Tigrane le Grand que l'Arménie connut son apogée avec une capitale transférée à Tigranocerte vers -78 et un territoire qui allait de la Méditerranée à la mer Caspienne.
*Les Romains inquiets de voir monter la puissance de Tigrane envoyèrent successivement Sylla puis Pompée et Lucullus. Les Arméniens furent finalement vaincus spécialement lors d'une bataille le 6 octobre -69 et Rome imposa un protectorat
à l'Arménie.

*A partir de là, les Arméniens vécurent dans l'ombre de Rome avec des périodes de plus ou moins grande indépendance.

*En l'an 301 de notre ère, le roi arménien Tiridate IV mis en place par les Romains se convertit au catholicisme sous l'inspiration de Grégoire l'illuminateur (il s'agit d'un saint Grégoire qui vécut de l'an 257 à l'an 331, évangélisa l'Arménie et fut évêque de Césarée de Cappadoce) et déclara le catholicisme « religion d'état ». L'Arménie fut ainsi le premier Etat catholique.

*Vers l'an 406, l'Arménie adopta un nouvel alphabet

*Après la chute de l'empire romain d'Occident (en l'an 476) l'Arménie se trouva être un enjeu entre l'empire byzantin et les Arabes avec des périodes d'occupation.

*Un nouveau royaume arménien de Cilicie vit le jour en 1137 jusqu'à l'invasion des mamelouks en 1375 et l'Arménie tomba sous la coupe des Ottomans.

*Dans le cadre des traités d'après la guerre de 14, l'Arménie devint une République de 1918 à 1920 puis République soviétique jusqu'à l'indépendance à compter du 21 septembre 1991. Durant la période soviétique, une partie de l'Arménie (le Haut-Karabagh) fut annexée par Staline en 1921 à l'Azerbaïdjan, autre République soviétique.

*Depuis 1991, l'Arménie est une République indépendante d'une superficie de 29.800 km2 (soit l'équivalent de la Belgique à peu de choses près) avec une population d'environ 4 millions d'habitants. Erevan en est la capitale.

*Cet Etat qui n'a aucun accès à la mer est entouré (pour ne pas dire encerclé) par La Turquie, la Géorgie, l'Azerbaïdjan et l'Iran.

*L'Azerbaïdjan devint aussi indépendant en 1991. La population du Haut-Karabagh majoritairement arménienne demanda son rattachement à l'Arménie, ce qui entraîna un conflit entre Azerbaïdjan et Arménie, avec massacres...

*Les combats ont cessé depuis une trêve du 12 mai 1994 et le Haut-Karabagh s'est auto-proclamé République indépendante.

Turquie et Arménie :

Le dix-neuvième siècle est celui de la décadence lente mais continue de l'empire ottoman. Malgré cela, au tournant XIXe/XXe siècle, il avait encore de beaux restes. Mais c'était un empire musulman avec tout ce que cela implique.

A l'intérieur même de cet empire musulman et implanté dans le cœur même de cet empire, c'est-à-dire en Turquie, une minorité chrétienne résistait encore et toujours à l'islamisation. En effet, aujourd'hui encore la population arménienne est chrétienne à 95%. Majoritairement orthodoxe avec des minorités catholiques et protestantes, mais chrétiennes !

Il me semble tout à fait évident que si les Arméniens avaient été musulmans, les Turcs n'auraient pas décidé un plan d'extermination car c'est bien de cela dont il s'agit. Ce n'est donc pas parce qu'ils étaient Arméniens qu'ils furent massacrés mais parce qu'ils étaient Arméniens-chrétiens !

En outre, à l'intérieur de l'empire ottoman, la minorité arménienne avait une position sociale et culturelle au dessus de la moyenne.

Le génocide arménien ne fut donc pas un génocide « ethnique » mais un génocide culturel et surtout religieux.

J.D. 12 mars 2015

P.S. A Grenoble, à l'ancien musée de peintures (place de Verdun) se tiendra du 15 avril au 2 mai 2015 une exposition consacrée au sauvetage des orphelins du génocide

ajouts du 5 mai 2015 :

I) « Des vieillards, des femmes, des enfants, chrétiens ceux-là, brûlés dans l'église d'Orfa au nombre de trois mille à la fois ! L'incident, comme disait notre ami Lobanov, n'a pas paru digne d'une remontrance. Il a fallu des infidèles, comme moi, pour protester. A peine les grands chrétiens de la Chambre (des députés) prenaient-ils jésuitement des mines effarouchées. Tout cela pour ne pas répondre à cette simple question : Un homme, juif ou chrétien, peut-il être jugé sans les garanties de la loi ? Mesurez par là le recul de l'esprit français. »

Georges Clemenceau dans l'Aurore du 29 janvier 1898, cité par Le Point du 30 avril 2015 page 123.

Nota : le massacre dont parle Clemenceau se situe fin décembre 1895 à Orfa (ancienne Edesse) dans le Vilayet d'Alep (au nord de l'actuelle Syrie). Un autre massacre de chrétiens par les musulmans avait déjà eut lieu dans la même ville le 28 octobre 1895. Lobanov cité par Clemenceau est un homme d'Etat russe décédé le 30 août 1896 et qui fut ambassadeur à Constantinople en 1878/1879

II) « Depuis le 1er juillet 1894, pendant plus de deux ans, plus de 300.000 Arméniens ont été massacrés dans l'empire ottoman. C'est ici le plus grand massacre du siècle ; ni les massacres turcs de Chio de 1822, du Liban en 1860, de la Bulgarie en 1876, ni les massacres français de juin 1848 n'ont fait à beaucoup près, un si grand nombre de victimes. Par qui, pourquoi et comment ce crime a-t-il été commis ? C'est ce que nous apprend en partie le livre de M. Bérard, livre d'histoire précis, documenté, probant. Quand tout un peuple de trois cent mille personnes est non seulement assassiné mais tourmenté des maux les plus effroyables sur l'ordre d'un tyran, il est oiseux, et même il est criminel de passer son temps à chercher à savoir de qui on pourrait bien faire le jeu en venant au secours de ce peuple ».

Charles Péguy dans « la revue socialiste » du 15 mars 1897, cité par Le Point du 30 avril 2015, page 123.

Nota : les massacres de Chio sont ceux que firent les Turcs lors du soulèvement des Grecs pour retrouver leur indépendance dans les années 1820 ; voir sur mon blog la note N°9

les massacres de 1860 sont ceux contre les chrétiens maronites au Liban

Quant aux massacres d'avril/mai 1876, il s'agit de la répression turque contre un soulèvement de Bulgares qui eux aussi voulaient leur indépendance. De source bulgare la répression turque aurait entraîné la destruction de 58 villages, de 5 monastères et le massacre de 30.000 Bulgares.

Le Bérard cité par Charles Péguy est Victor Bérard (1864/1931) qui fut sénateur du Jura de 1920 à 1931. Géographe et historien il est le co-auteur du livre : « La politique du sultan, les massacres des Arméniens 1894/1896 ».

l'Arménie dans sa plus grande extension, carte établie par Ewan ar Born

l'Arménie dans sa plus grande extension, carte établie par Ewan ar Born

Partager cet article
Repost0
16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:02

Du 5 au 7 janvier 1917, une conférence entre les Alliés se tint à Rome.

Voici les principaux participants à cette réunion :

*Pour la Russie : le général Palizine

*Pour l'Italie : Sidney Sonnino ministre des Affaires étrangères, le général Luigi Cadorna chef d'Etat-Major italien

*Pour la Grande-Bretagne : Lloyd George premier ministre, William Robertson chef d'Etat-Major britannique, le général Milne, Sir Francis Eliott ministre de Grande-Bretagne à Athènes et Maurice Hankey secrétaire du Cabinet de guerre ;

*Pour la France : Aristide Briand président du Conseil, le général Lyautey alors ministre de la guerre, le général Sarrail alors commandant du front d'Orient, Albert Thomas ministre de l'armement, Philippe Berthelot représentant le ministère des Affaires étrangères et Camille Barrère ambassadeur de France à Rome.

L'objet premier de cette conférence était d'harmoniser les positions des Alliés sur le comportement à adopter vis-à-vis de la Grèce, puis se greffa une réponse commune à apporter à Woodrow Wilson président des Etats-Unis

La Grèce :

La situation en Grèce était à ce moment là particulièrement confuse. Voir la fiche N°162 intitulée « Les Roumaines », http://jean.delisle.over-blog.com/2014/02/les-roumaines-n-162.html

A Athènes, le roi régnait encore et avait Spyridon Lambros comme premier ministre tandis qu'à Thessalonique, Eleuthère Venizelos l'ex premier ministre du roi, avait formé un nouveau gouvernement contre celui du roi et ce sous la protection des forces alliées, d'abord Français et Anglais renforcés de Russes et d'Italiens.

Fin novembre 1916, les partisans du roi (Constantin 1er, appelé aussi quelquefois Constantin XII par ceux qui le voient comme continuateur de l'Empire romain d'Orient ou Empire byzantin) menaçèrent les délégations de l'entente à Athènes. Des unités de marins Français et Anglais débarquèrent. Ils furent attaqués par la population grecque le 1er décembre 1916 ce qui est souvent connu sous le nom de « vêpres grecques » par analogie avec les « vêpres siciliennes » (massacre de Français en Sicile les 30 et 31 mars 1282 aux cris de : « Morta Alla Francia, Italia Aviva » d'où serait dérivé le mot MAFIA) . Il y eut à Athènes, 69 morts et 160 blessés parmi les marins français, tandis que les Anglais perdaient une quarantaine de marins. L'amiral français Dartige demanda à la marine de tirer sur Athènes. Quatorze obus furent tirés ce qui mit fin au combat mais des partisans de Venizelos à Athènes furent massacrés par les partisans du roi.

Voilà ce que décida sur ce sujet la conférence de Rome comme le rapporte Georges Suarez dans « Briand » tome IV édité en avril 1940, chapitre III :

« Restaient à régler, en ce qui concerne la Grèce, les garanties politiques et militaires à imposer au roi pour assurer la sécurité de l'armée d'Orient. En outre, devait être fixé un programme de réparations et de cérémonies expiatoires pour l'offense faite aux alliés le 1er décembre 1916. Au point de vue militaire, on décida l'envoi de deux divisions françaises de renfort qui traverseraient l'Italie et s'embarqueraient à Tarente pour gagner au plus tôt la Grèce. Au point de vue politique, toutes les mesures formulées dans l'ultimatum du 31 décembre devaient être exécutées dans le plus bref délai. Les troupes constantiniennes devaient être désarmées et maintenues dans le Péloponèse. Les vénizelistes arrêtés devaient être relâchés et dédommagés. Les excuses officielles du gouvernement grec pour les événements du Zappeion devaient être formulées au cours d'une prise d'armes : les troupes de la garnison d'Athènes conduites par leur chef, défileraient devant les détachements alliés et inclineraient leurs drapeaux devant ceux de l'Entente. Quarante-huit heures étaient accordées au roi pour accepter ces conditions. »

Le roi accepta l'ultimatum (livraison de batteries de canons aux forces alliées) le 9 janvier, la cérémonie expiatoire eut lieu le 29 janvier. Les soldats grecs conduits par le prince André défilèrent sur la place du Zappeion et inclinèrent leurs drapeaux devant les drapeaux alliés.

Finalement suite à un nouvel ultimatum des Alliés le 11 juin 1917, le roi Constantin abdiqua, Venizelos redevint premier ministre de tous les Grecs et la Grèce entra en guerre aux côtés des Alliés le 2 juillet 1917.

Woodrow Wilson :

Il fut réélu président des Etats-Unis le 7 novembre 1916. Les nécessités de la campagne électorale américaine lui avaient fait mettre de côté ses démarches diplomatiques pour une médiation en Europe.

Les Allemands l'avaient finalement devancé. Le 12 décembre 1916 le chancelier allemand Bethmann-Hollweg avait, du haut de la tribune du Reichstag, lancé un appel à la paix.

L'empereur d'Autriche François-Joseph 1er était décédé le 21 novembre 1916 après quasiment 68 ans de règne et son successeur (Charles) manifestait, dès le 22 novembre, des sentiments plus pacifistes qui firent craindre aux Allemands que les Autrichiens négocient une paix séparée.

Le 5 novembre 1916, l'empire allemand et l'empire d'Autriche avaient reconstitué un Etat polonais avec monarchie héréditaire et constitutionnelle. Guillaume II avait espéré que cela inciterait de nombreux Polonais à s'engager dans l'armée allemande, mais ce ne fut pas le cas.

Les Allemands avaient peut-être aussi commencé à comprendre qu'avec leurs immenses empires coloniaux, Français et Anglais tiendraient plus longtemps qu'eux.

L'appel du chancelier allemand avait été transmis aux Alliés. Lors d'une réunion tenue à Londres le 26 décembre 1916, ceux-ci répondirent négativement à la proposition allemande. Au point où en étaient les choses, ils ne concevaient plus la fin de la guerre autrement que par une victoire. Le nouvel empereur d'Autriche fit lui aussi des avancées vers la France et l'Angleterre mais reçut la même réponse que les Allemands.

Une autre attitude des Alliés, en cette fin d'année 1916, aurait-elle modifié les événements des années 1930/1940 ? Qui peut répondre ? Mais il n'est pas interdit de se poser la question.

C'est le 20 décembre 1916 que le Président Wilson lança à tous les belligérants son appel à la paix. Les Allemands répondirent les premiers et voici la réponse élaborée à Rome par les Alliés et qui fut transmise le 10 janvier 1917 aux Etats-Unis et telle qu'elle est rapportée par Suarez (livre cité, même tome, même chapitre) ; cette réponse détaille les conditions exigées par les Alliés pour aboutir à la paix :

«1°) Restauration de la Belgique, de la Serbie et du Monténégro avec les dédommagements qui leur sont dus ; évacuation des territoires français, russes et roumains occupés par les puissances centrales avec de justes réparations.

2°) Respect du droit des nationalités, comportant la restitution des provinces ou des territoires autrefois arrachés aux Alliés par la force ou contre le vœu des populations ; Alsace-Lorraine, etc... ; libération des Italiens, des Slaves, des Roumains, des Tchécoslovaques de la domination étrangère, affranchissement des populations soumises à la sanglante tyrannie des Turcs ; rejet de l'empire ottoman en Asie ;

3°) Réorganisation de l'Europe, c'est-à-dire établissement d'un régime qui assurerait aux petits Etats comme aux grands la peine sécurité et la liberté de développement économique et qui permettrait, par des conventions appropriées de garantir les frontières terrestres et maritimes contre les attaques injustifiées ».

Une telle réponse n'était pas faite pour ouvrir des négociations. Elle est cependant intéressante à méditer sur bien des points. Elle est le reflet du sentiment des participants à la conférence de Rome en janvier 1917 et compte-tenu qu'il leur fallut concilier leurs différents points de vue.

Le 30 janvier 1917, le gouvernement allemand notifiait officiellement aux Etats-Unis la reprise de la guerre sous-marine à outrance. On connaît la suite.

J.D. 16 mars 2014

La récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 intitulée : « blog, liste des articles » références : http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

Les Peaux-Rouges dans la première guerre mondiale, photos "Le Miroir" du 26 août 1917;

Les Peaux-Rouges dans la première guerre mondiale, photos "Le Miroir" du 26 août 1917;

Partager cet article
Repost0
23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 21:00

La déclaration de guerre de l'empire d'Autriche-Hongrie à la Serbie le 28 juillet 1914 (juste un mois après l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc d'Autriche François-Ferdinand et de Sophie son épouse) fut le premier pas de l'engrenage de la première guerre mondiale.

Quatre pays (Italie, Grèce, Bulgarie et Roumanie) vendirent leur participation à la guerre au plus offrant en termes d'extensions territoriales. La Bulgarie se rangea du côté de l'Allemagne et les trois autres, dans l'ordre Italie, Roumanie et Grèce, de notre côté.

*La Bulgarie : devenue « principauté indépendante » (de l'empire ottoman) en 1878, la Bulgarie s'était proclamée « royaume de Bulgarie » le 5 octobre 1908 et Ferdinand s'était proclamé « tsar de Bulgarie ».

La Bulgarie avait participé avec la Roumanie et la Grèce à une guerre contre l'empire ottoman appelée « première guerre balkanique » en octobre 1912 où l'empire ottoman avait été vaincu, puis la Bulgarie s'était retournée contre ses alliés en juin 1913 (seconde guerre balkanique) mais avait été vaincue par la Grèce et la Roumanie. La Bulgarie avait dû céder au traité de Bucarest le 10 août 1913 la Macédoine qui fut partagée entre la Serbie et la Grèce et la « Dobroujna » (région à l'est de Bucarest) à la Roumanie. C'est le 5 octobre 1915 que la Bulgarie entra en guerre aux côtés de l'empire allemand et de l'empire d'Autriche-Hongrie, imitée le 1er novembre 1915 par l'empire ottoman.

La Bulgarie se trouva à la fin de la guerre dans le camp des vaincus.

*L'Italie : Voir la note N°161 « L'Italie et la guerre de 14 ». Pour sa participation, l'Italie avait demandé beaucoup. Les alliés avaient beaucoup promis mais tinrent peu après la guerre. En matière politique, il est bien connu que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent !

Un siècle plus tard, on peut penser que l'Italie fit le bon choix en terme d'intérêt général mais sur le stricte plan italien, elle fit peut-être le mauvais choix, ce qu'elle fit encore lors de la seconde guerre mondiale. Que ce serait-il passé si l'Italie comme la Bulgarie s'était mise du côté allemand ? Cela aurait peut-être entraîné aussi Grèce et Roumanie, changé le sort de la guerre, évité la seconde guerre mondiale …. On ne réécrit pas l'histoire. Mais il n'est pas interdit de faire du roman fiction et je serais curieux de voir ce qu'écrirait un bon romancier de docu-fiction.

*La Grèce : Constantin était roi de Grèce au début de la guerre. Il était le petit-fils d'un roi du Danemark, l'arrière petit-fils d'un tsar de Russie et le beau-frère du kaiser Guillaume II. Il penchait du côté allemand, mais Venizelos son premier ministre penchait de l'autre côté et autorisa le 3 octobre 1915 le débarquement anglo-français à Salonique contre l'avis du roi qui débarqua...son premier ministre !

Venizelos vint rejoindre les franco-anglais à Salonique (ou Thésalonique) et constitua un gouvernement provisoire le 16 novembre 1916 et la Grèce fut divisée en 2 : les partisans du roi contre les partisans de son ex premier ministre.

Le 10 juin 1917, le roi dut abdiquer en faveur de son fils. Le 7 décembre 1916 la Grèce de Venizelos avait déclaré la guerre à l'Allemagne et à la Bulgarie. Après l'abdication du roi, Venizelos était revenu à Athènes et redevenu chef du gouvernement de toute la Grèce.

La Grèce ne tira presque pas d'avantages de cette guerre mais se lança dans une nouvelle guerre contre la Turquie le 15 mai 1919 pour récupérer Constantinople que les Grecs considéraient comme leur appartenant « historiquement ». Ils furent vaincus.

*La Roumanie : C'est le roi Ferdinand qui régnait à Bucarest lors de la guerre de 14. En 1893 il avait épousé Marie d'Edimbourg fille du duc d'Edimbourg et d'une princesse impériale russe. Son président du conseil en même temps ministre de la guerre s'appelait Vintila Bratiano. Celui-ci passa son temps à des surenchères et les alliés en eurent une très mauvaise opinion. Voici quelques extraits de ce qu'en dit Suarez dans « Briand », livre III (publié en mars 1939) chapitre XI :

« Mais le président du Conseil, Bratiano, n'abusa-t-il pas, lui aussi, d'une situation qui se prêtait à pas mal de marchandages et de tractations tortueuses ? ...Un Anglais, Harold Nicholson, l'a dépeint sous un jour fort disgracieux. Bratiano, écrit-il, est une femme à barbe, un mystificateur, un intellectuel de Bucarest, un homme très déplaisant. Exubérant et beau, il penche sa belle tête de côté, regardant son propre profil dans la glace, stupide, imbécile. Il est aujourd'hui très verbeux et ne convainc personne. Dans son propre pays, l'opposition lui reprochait sa politique d'usurier. Les faits aller démontrer l'exactitude de ces griefs...

Cette décision ajoutée à leurs machiavéliques combinaisons pour obtenir beaucoup en risquant peu fut une des causes déterminantes de leur débâcle...

Enfin, Bratiano réclamait pour son pays le droit d'être traité sur le pied complet d'égalité avec les grandes puissances. Tous ces sacrifices étaient scandaleusement disproportionnés avec les résultats que l'on pouvait espérer d'une intervention roumaine...

Tout semblait, cette fois, indiquer la fin des tergiversations. La sotte avidité de Bratiano allait cependant retarder encore l'événement...

Le 17 août (1916) le traité était signé à Bucarest. Les stipulations politiques octroyaient aux Roumains la Transylvanie, la Bukovine et le Banat de T'emesvar. Les Alliés s'engageaient à ne pas conclure de paix séparée avec l'ennemi tant que ces territoires n'auraient pas été cédés à la Roumanie et à admettre celle-ci dans les délibérations des grandes puissances. Ces concessions exorbitantes furent un des grands scandales de la guerre qui , pourtant, n'en manqua pas. Mais la France et ses Alliés n'avaient pas le choix. On fondait sur le concours des Roumains des espoirs qui allaient se muer en autant de graves déceptions....

Le 28, l'ordre de mobilisation était lancé...

La réponse fut une déclaration d'hostilité en bonne et due forme, expédiée de Sofia (capitale de la Bulgarie et non de la Lorraine!) à Bucarest (capitale de la Roumanie) le 1er septembre. En même temps, l'Allemagne et la Turquie imitaient la Bulgarie et se déclaraient en état de guerre avec la Roumanie. Ainsi s'ouvrit une campagne qui allait être terminée en quatre mois par l'écrasement de l'armée roumaine et l'invasion du pays. L'ennemi du reste fut généralement bien accueilli, surtout par les dames de la société de Bucarest. A qui revint la responsabilité de la débâcle ? Certainement à l'esprit intransigeant de Bratiano qui en voulant jouer au plus fin laissa passer toutes les occasions de faire tenir à son pays un rôle utile dans la guerre. Son aveuglement à l'égard de la Bulgarie, qui le détourna du véritable objectif militaire à atteindre et ses palinodies tantôt pour gagner du temps, tantôt pour accroître ses exigences furent les vraies causes de la catastrophe. Six semaines plus tôt, quand les troupes austro-hongroises reculaient en désordre devant la fulgurante chevauchée de Broussilow (le Russe), l'intervention roumaine eût pu être décisive. Elle se produisit lorsque l'instant où elle aurait pu servir était passé. Les Russes n'avançaient plus. Les Italiens piétinaient ; la bataille de la Somme était enrayée. La Roumanie ne pouvait plus être que la victime de l'excès d'habileté de son premier ministre. »

Durant les mois qu'avaient duré les négociations, les Roumains avaient utilisé des commandos de charme. Voici ce qu'écrit à ce sujet Suarez (ouvrage cité, même tome, chapitre IV) :

« Pendant la grande guerre, elle (la Roumanie) monnaya avec la même habileté d'abord sa neutralité et ensuite sa coopération. Jusqu'à la dernière minute, elle espéra qu'il serait toujours temps d'intervenir aux côtés du plus fort pour réclamer sa part du butin. Malheureusement la guerre dura plus longtemps que ne le prévoyait ce plan ingénieux et un jour vint où il fallut se décider à opter. En attendant, les dames de ce galant royaume, entreprenantes et expansives, cherchaient à conquérir le monde à leur manière et surtout la France. Il n'est pas de pays qui se soit montré plus sensible que le nôtre aux charmes des nombreuses ambassadrices que Bucarest déversa sur nous pendant la guerre. On en trouvait et on en trouve encore (Suarez écrit en 1939) à tous les degrés de l'échelle sociale. Et toutes avaient une opinion sur notre politique, sur nos homme d’État, sur les événements. Elles donnaient des conseils, multipliaient les avis et quelquefois, pas toujours, exerçaient victorieusement leur séduction sur les ministres. On conçoit qu'avec une armée aussi gracieuse et remuante, le sage monarque de Roumanie ait ménagé l'autre (c'est-à-dire l'Allemagne) pendant deux ans, avec l'espoir de ne pas avoir à s'en servir. »

L'utilisation de charmes féminins à des fins diplomatiques, politiques, militaires, sans parler du commercial, n'est pas nouveau dans l'histoire des sociétés humaines. L'ancien testament nous en fournit déjà des exemples célèbres comme Dalila chez les Philistins qui séduisit Samson pour connaître le secret de sa force (livre des Juges) ou Judith qui séduisit Holopherne général assyrien de Nabuchodonosor pour lui couper la tête et la rapporter chez les Hébreux (livre de Judith) ou encore Esther qui épousa à Suse le « Grand Roi » (des Perses) et évita l'extermination des Juifs (livre d'Esther).

La ville de Bucarest fut prise par les Allemands dès le 21 décembre 1916 et le pays aux 3/4 occupés.

Le pays fut libéré lors de la grande offensive de 1918.

A la grande loterie des traités d'après guerre la Roumanie fut grande gagnante et doubla grosso modo sa superficie entre avant et après la guerre. Mais était-ce dû à l'héroïsme de l'armée, à l'habileté des diplomates ou au charme des Roumaines ?

J.D. 23 février 2014

le prince Carol de Roumanie qui sera roi (Charles II) de 1930 à 1940, photo "Le Miroir" du 23 septembre 1917

le prince Carol de Roumanie qui sera roi (Charles II) de 1930 à 1940, photo "Le Miroir" du 23 septembre 1917

Partager cet article
Repost0
7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 17:13

1Géographie :

Les auteurs de l'Antiquité divisaient le monde en deux. A l'ouest, c'était l'Occident, à l'est, c'était l'Orient et pour eux, Occident était synonyme d'Europe et Orient d'Asie.
Déjà dans l'Antiquité, la frontière entre Occident et Orient ou entre Europe et Asie était délimitée par les détroits : Dardanelle, mer de Marmara et Bosphore. Depuis et jusqu'à nos jours, les géographes n'ont pas remis cette notion en cause. Cela signifie concrètement que 3% seulement de la superficie du territoire de la Turquie se trouvent en Europe et 97% en Asie. Ankara, capitale de la Turquie depuis 1923, se trouve égalemen
t en Asie.

Géographiquement , la Turquie n'est donc pas un pays européen, mais un pays d'Asie

2Histoire :

2A-La République turque actuelle :

L'actuelle République turque a été proclamée le 29 octobre 1923 sur les cendres de la guerre de 1914.

L'Empire ottoman fit parti des vaincus de la guerre de 1914/1918 et son territoire risquait un démantèlement complet. Le mouvement des « jeunes Turcs » avait été fondé le 14 juillet 1889 et il avait pris le pouvoir le 23 janvier 1913, mais encore dans le cadre de l 'Empire ottoman. Il fut entre autre responsable en 1915 du massacre des Arméniens, ce qui aurait fait 1.200. 000 victimes en estimation moyenne.

Après la guerre avait été organisé un congrès national à Ankara en avril 1920 . Ce congrès avait confié un pouvoir provisoire à Mustapha Kemal. Il devint le premier Président de la République turque après proclamation de cette République. Mustapha Kemal prendra en 1934 le nom d'Atatürk (père des Turcs)

Mustapha Kemal fit :

*abolir le Sultanat le 1er novembre 1922 ; ce qui mettait officiellement fin aux pouvoirs des sultans ottomans

*abolir le califat le 3 mars 1924. Le Calife ou successeur de Mahomet était le chef de tous les musulmans sur toute la terre, ou se prétendait tel. La même année était aboli l'esclavage qui existait encore officiellement en Turquie (voir références en fin de note), ainsi que tous les tribunaux religieux

*supprimer les ordres de derviches et l'enseignement islamique en 1925

*adopter l'alphabet latin en 1928

*adopter en 1926 le code civil suisse (ce qui entraînait de facto l'abolition de la polygamie et l'égalité Hommes/Femmes), le code commercial allemand et le code pénal italien.

Pour résumer, Atatürk (décédé en novembre 1938) avait laïcisé la Turquie.

2B-Avant la République turque :

*La République turque succéda à l'Empire ottoman, voir sur le blog : « La fin des 4 empires » note N° 55http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

*L'Empire ottoman avait mis fin à l'Empire byzantin ou Empire romain d'Orient après la prise de Constantinople le 29 mai 1453

*L'Empire Romain d'Orient avait été créé par division de l'Empire romain sous l'empereur Dioclétien en 285/286. Puis en 330, l'empereur Constantin avait transféré la capitale de l'empire à Byzance qui prit ensuite le nom de Constantinople. Mais très vite une rivalité s'établit entre les empereurs à Constantinople et ceux d'Occident, puis avec les papes à Rome après la chute de l'empire d'Occident. L'empire d'Orient adopta la langue grecque et les rivalités entraînèrent une division de religion à partir de 1054 qui devint définitive, au moins jusqu'à maintenant, après la prise et le saccage de Constantinople par la quatrième croisade en 1204. L'ex empire d'Occident fut catholique et de langue latine et l'empire d'Orient orthodoxe et de langue grecque. L'empire d'Orient ou Byzantin dut combattre constamment contre les Bulgares, contre les Perses puis contre les musulmans qui firent le premier siège de Constantinople en 674, et en firent beaucoup d'autres jusqu'à la prise de la ville en 1453.

*Les Romains s'étaient emparés du proche Orient en l'an 133 avant notre ère et avaient remplacé le pouvoir grec

*Les Grecs avaient pris la région aux Perses après les victoires d'Alexandre le Grand en 334 avant notre ère

*Les Perses maîtres de la région depuis l'an 546 avant notre ère avaient remplacé le pouvoir phrygien

*Les Phrygiens s'étaient imposés parmi les colonies grecques qui s'étaient développées lentement mais sûrement sur toute la côte de l'actuelle Turquie, à partir du XIe siècle avant notre ère. C'est cette présence grecque sur la côte turque qui fut à l'origine des guerres « médiques » entre Perses et Grecs au début du cinquième siècle avant notre ère.

*Les Hittites avaient été maîtres de l'espace durant environ 13 siècles (de vers l'an -2000 à vers l'an -700). Ils sont surtout connus par les inscriptions égyptiennes relatives à la bataille de Qadesh qui opposa les Hittites à Ramsès II (voir sur le blog la note N°80http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-batailles-de-qadesh-112379953.html)

*Les Hittites avaient remplacé les Assyriens...

Cette énumération, en rappel, montre que l'actuel espace turc fut occupé depuis la haute antiquité par une succession de civilisations prestigieuses. Elle montre aussi l'importance au regard de l'Histoire de la présence grecque dans cette partie du monde.

2C-La guerre de 14 :

Cette guerre opposa d'abord deux blocs : la triple alliance (Empire allemand, Empire d'Autriche-Hongrie et Empire ottoman) contre la triple entente (Grande-Bretagne, France et Empire russe). Plusieurs pays négocièrent avec les deux camps une extension de leur territoire en cas de victoire. Ce fut le cas de l'Italie, de la Grèce , de la Bulgarie et de la Roumanie. Pour les négociateurs tant Allemands d'un côté que Franco-Anglais de l'autre la situation était compliquée car ces pays revendiquaient en partie la même chose. Ainsi la partie européenne de la Turquie était revendiquée à la fois par les Russes, les Bulgares et les Grecs et promettre à l'un c'était nécessairement mécontenter les autres.

Le résultat est que les Bulgares rejoignirent les Empires centraux (triple alliance), tandis qu'Italie, Grèce et Roumanie s'allièrent avec la triple entente. L'Italie entra en guerre officiellement le 23 mai 1915, la Bulgarie le 5 octobre 1915, la Roumanie le 28 août 1916 et la Grèce le 16 juin 1917 .

Sur le front de l'est les Russes allaient de défaite en défaite face aux Allemands. Sur le front français les forces s'équilibrèrent longtemps.

Joffre avait été nommé général en chef (généralissime) mais malgré de nombreuses offensives qui coûtaient plus de vies de notre côté que du côté allemand, il ne parvenait pas à percer le front allemand.

Côté politique, au début de la guerre, Raymond Poincaré était président de la République, René Viviani président du Conseil et Alexandre Millerand ministre de la guerre.

Aristide Briand qui avait été président du Conseil de juillet 1909 à février 1911 puis de janvier à mars 1913, avait été mis en minorité devant la Chambre (des députés) suite aux grandes manœuvres de Clemenceau ; il avait démissionné, mais était entré à nouveau au gouvernement comme ministre de la justice le 26 août 1914. Son influence était plus que celle d'un ministre. Devant l'évidence de la stagnation des opérations sur le front français, Briand fut le premier à proposer l'ouverture d'un front à l'est, lors d'une réunion du gouvernement tenue à l'Elysée le 1er janvier 1915. Ceci pour soulager la Serbie qui cédait devant l'Autriche, la Russie malmenée sur sa frontière sud par les Ottomans et pour créer un nouveau front.

Joffre d'abord hostile à ce projet, finit par s'y rallier. Les Anglais tergiversèrent. Ils voulaient donner priorité à la défense de l'Egypte. Ce pays avait acquis son indépendance (par rapport à l'Empire ottoman) au début du XIXe siècle et les Ottomans voulaient profiter de la guerre pour reprendre l'Egypte. Le canal de Suez avait été inauguré le 17 novembre 1869, d'où l'intérêt stratégique de conserver la neutralité de l'Egypte.

A la demande de Winston Churchill, alors premier Lord de l'Amirauté britannique, il fut décidé une intervention navale pour s'emparer des détroits. Cette intervention commencée en février 1915 fut un désastre. Plusieurs navires anglais et français furent coulés par les Turcs. Devant cet échec il fut décidé un débarquement sur la presqu'île de Gallipoli (presqu'île qui borde le détroit des Dardanelles sur sa rive nord). Ce débarquement, qui eut lieu en avril 1915, fut un second échec. Les Turcs parvinrent à repousser nos troupes qui durent rembarquer. Un jeune officier turc se distingua particulièrement durant ces opérations, il s'appelait... Mustapha Kemal.

Ces événements sont connus sous le nom « d'expédition des Dardanelles » ou de « bataille de Gallipoli ».

Face à ces échecs, on en revint à la proposition Briand.

Un débarquement de troupes franco-anglaises eut lieu le jour de l'entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des Allemands et de leurs alliés soit le 5 octobre 1915 à Salonique.

Cette ville appelée aussi Thessalonique doit son nom à une demi-sœur d'Alexandre le Grand. C'est une ville portuaire située au nord-est de la Grèce en Macédoine (partie grecque). Les Grecs l'avaient reprise aux Ottomans à l'occasion de la guerre de 1912.

Ce débarquement se fit avec l'accord du premier ministre grec mais contre l'avis du roi Constantin.

Ce corps expéditionnaire peina de nombreux mois. Il eut contre lui, l'armée bulgare renforcée d'Allemands. Ce n'est qu'en 1918 que la situation se débloqua vraiment avec l'arrivée, en juin, du général français Franchet d'Esperay à qui fut confié le commandement général des armées de ce front d'Orient. Il fut donc à la tête des armées britanniques et de leurs alliés (du commonwealth), des armées françaises, grecques et serbes. Le front bulgare fut enfoncé et la Bulgarie demanda l'armistice le 5 octobre 1918. En même temps la partie de la Serbie et de la Roumanie occupée par les Allemands était libérée. Ces défaites de l'Allemagne et de ses alliés sur le front oriental participèrent probablement grandement à la capitulation allemande de novembre 1918.

2d-les traités :

La fin de la première guerre mondiale entraîna la signature de traités qui définirent les obligations des vainqueurs et surtout des vaincus. Avec l'Empire ottoman il y eut 2 traités principaux : le traité de Sèvres le 10 août 1920 et le traité de Lausanne le 24 juillet 1923. Tout au long du XIXe siècle, l'Empire ottoman avait déjà perdu une grande partie de ses territoires mais il perdit par ces traités : la Syrie, la Palestine (en se rappelant que le terme « Palestine » à l'époque englobait toute la Jordanie qui devint indépendante le 22 mars 1946), le Liban, l'Irak et l'Arabie. Il y a seulement un siècle tous ces pays n'avaient pas encore d'existence propre, ils étaient une partie de l'Empire ottoman. La Société des Nations (ancêtre de l'ONU) plaça la Palestine et l'Irak sous mandat de gestion de la Grande-Bretagne et la Syrie et le Liban sous gestion française.

Entre le traité de Sèvres et celui de Lausanne, il y eut en 1921/1922 une nouvelle guerre entre Grecs et Turcs. Les Grecs voulurent reconquérir la partie européenne de la Turquie, qu'ils considéraient leur appartenir au nom de l'Histoire. Emmenés par Mustapha Kemal, les Turcs furent vainqueurs de cette guerre. A la suite, 1.400.000 Grecs durent s'exiler de la Turquie tandis que 400.000 Turcs en territoire grec rejoignaient la Turquie.

3-références de quelques ouvrages sur l'esclavage dans le monde musulman :

* »El-Euldj, captif des Barbaresques » de Chukri Khodja, éditions ANEP 1929

* »Les négriers de l'islam » de Jacques Heers, éditions Perrin 2003

* »Esclaves chrétiens, maîtres musulmans » de Robert C. Davis USA 2003 ; éditions françaises chez Jacqueline Chambon en 2006 et chez Actes Sud en 2007

* »L'esclavage en terre d'islam » de Malek Chebel, éditions Fayard 2007

* »Le génocide voilé » de Tidiane N'Diaye, Contiments noirs Gallimard 2007

* »Captifs en barbarie » de Gilles Milton, éditions Payot 2008

J.D. 7 février 2014

Jeune Turc à Istanbul le jour de sa circoncision, photo Michèle Delisle mai 1995

Jeune Turc à Istanbul le jour de sa circoncision, photo Michèle Delisle mai 1995

Porteur Turc photo Michèle Delisle mai 1995

Porteur Turc photo Michèle Delisle mai 1995

Partager cet article
Repost0
6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 19:43

Texte de Victor Hugo publié en 1829 dans la série « Les Orientales »

« Murs, ville,

Et port,

Asile

De mort,

Mer grise

Où brise

La brise,

Tout dort

Dans la plaine

Naît un bruit.

C'est l'haleine

de la nuit.

Elle brame

Comme une âme

Qu'une flamme

Toujours suit !

La voix plus haute

Semble un grelot.

D'un nain qui saute

C'est le galop.

Il fuit, s'élance

Puis en cadence

Sur un pied danse

Au bout d'un flot.

La rumeur approche

L'écho la redit.

C'est comme la cloche

D'un couvent maudit :

Comme un bruit de foule

Qui tonne et qui roule,

Et tantôt s'écroule,

Et tantôt grandit.

Dieu ! La voix sépulcrale

Des Djinns !...Quel bruit ils font

Fuyons sous la spirale

De l'escalier profond.

Déjà s'éteint ma lampe

Et l'ombre de la rampe,

Qui le long du mur rampe,

Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe

Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fr
acasse,

Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et
rapide,

Volant dans l'espace vide,

Semble un nuage livide

Qui porte un éclair au flanc

Ils sont tout près ! Tenons fermée

Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideus
e armée

De vampires et de dragons !

La poutre du toit descellée

Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,

Et la vieille porte rouillée

tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure !

L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,

Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.

Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle pe
nchée,

Et l'on dirait que, du sol arrachée,

Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,

Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! Si ta main me sauve

De ces impurs démons des soirs,

J'irai prosterner mon front chauve

devant tes sacrés encensoirs !

Fais que sur ces portes fidèles

Meure leur souffle d'étincelles,

Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes

Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! Leur cohorte

S'envole, et fuit, et leurs pieds

Cessent de battre ma porte

De leurs coups multipliés.

L'air est plein d'un bruit de chaînes,

Et dans les forêts prochaines

Frissonnent tous les grands chênes,

Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines

Le battement décroit,

Si confus dans les plaines,

Si faible, que l'on croit

Ouïr la sauterelle

Crier d'une voix grêle

Ou pétiller la grêle

Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes

Nous viennent encor ;

Ainsi, des arabes

Quand sonne le cor,

Un chant sur la grève

Par instant s'élève,

Et l'enfant qui rêve

Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,

Fils du trépas,

Dans les ténèbres

Pressent leurs pas ;

Leur essaim gronde :

Ainsi, profonde,

Murmure une onde

Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague

Qui s'endort,

C'est la vague

Sur le bord ;

C'est la plainte,

Presque éteinte,

D'une sainte

Pour un mort.

On doute

La nuit...

J'écoute :

Tout fuit,

Tout passe

L'espace

Efface

Le bruit. »

Commentaires :

Sur le poème : Ce texte de Victor Hugo est à replacer dans le contexte de la série « les Orientales » qui comprend 41 textes. Ils ont été rédigés après la révolte des Grecs en 1821 contre l'occupation turque commencée dans les années 1450. Voir sur mon blog le texte N° 9 intitulé : « Grèce, guerre d'indépendance » http://jean.delisle.over-blog.com/article-grece-guerre-d-indeoendance-58616338.html.

Le poème est original dans sa forme.

Sur les Djinns : D'après le coran, les Djinns sont des êtres de la création entre les Humains et les Anges. Il en est question dans le coran : Dans la sourate VI (versets 100, 112, 128, 130), la sourate VII (versets 38 et 179), la sourate XI (verset 119), la sourate XV (verset 27), la sourate XVII (verset 88), la sourate XVIII (verset 50), la sourate XXIII (versets 25 et 70), la sourate XXVII (versets 10, 17, 39), sourate XXVIII (verset 31), sourate XXXII (verset 13), sourate XXXIV (versets 8, 12, 14, 41), sourate XXXVII (verset 158), sourate XLI (versets 25 et 29), sourate XLVI (versets 18 et 29) sourate LI (versets 15, 33, 39, 74), sourate LXXII (versets 1 et 17), sourate CXIV (verset 6).

6 novembre 2013

inscription sur la maison natale de Victor Hugo à Besançon, photo J.D. 1er janvier 2016

inscription sur la maison natale de Victor Hugo à Besançon, photo J.D. 1er janvier 2016

Partager cet article
Repost0
21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 18:53

Dans l'Histoire, peu de personnages ont fait autant rêver et autant écrire qu'Alexandre le Grand. La naissance de peu de personnages ont aussi fait l'objet d'autant de légendes, de signes, de présages...

1 - Petit rappel :

Alexandre naquit le 21 juillet de l'an 356 avant notre ère à Pella qui était alors la capitale du royaume de Macédoine. Ce royaume était situé dans la partie nord-est de l'actuelle Grèce et ne doit pas être confondu avec l'actuelle République de Macédoine proclamée le 8 septembre 1991 et qui est une partie de l'ex Yougoslavie.

Alexandre était le fils de Philippe II roi de Macédoine et d'Olympias. Mais selon la légende, Olympias aurait été fécondée par Zeus déguisé en serpent. Philippe prétendait lui-même descendre d'Héraclès fils de Zeus et d'Alcmène que Zeus avait séduite en prenant l'apparence de son mari. Sacré Zeus, les humains lui ont vraiment attribué tous les vices des hommes !

Alexandre pour sa part revendiqua, sans complexe, parmi ses ancêtres aussi bien Zeus qu'Hermès. Ainsi Plutarque écrit (Vie d'Alexandre en 28) : »Alexandre était très fier avec les barbares et affectait devant eux d'être persuadé de son origine et de sa filiation divine ». Il pensait aussi avoir Achille (principal héros grec de la guerre de Troie) parmi ses ancêtres du côté de sa mère.

Philippe fut polygame et eut 7 épouses. Olympias la quatrième épousée eut 2 enfants avec Philippe : Alexandre et Cléopâtre née en -355. Olympias supportait mal la polygamie de son mari, à tel point que certains auteurs lui ont attribué l'organisation de l'assassinat de Philippe en -336.

Le père de Philippe avait lui-même été assassiné en -370. C'est d'abord l'un de ses fils qui lui succéda sous le nom d'Alexandre II, pendant que Philippe était livré comme otage à Thèbes (en -368). Il s'agit de la Thèbes grecque située en Béotie, à ne pas confondre avec l'antique Thèbes égyptienne (à l'emplacement de l'actuelle Louxor).

Philippe fut libéré de Thèbes en -365 et devint roi de Macédoine en -359. Il réorganisa complètement l'armée et fut le créateur de la « phalange macédonienne » héritière de la phalange grecque dite « hoplitique » qui avait elle-même copié l'antique phalange sumérienne.

A la tête d'une armée rénovée et efficace, Philippe II de Macédoine soumit toutes les cités grecques à son autorité notamment après sa victoire sur une coalition de villes grecques menée par Athènes, à Chéronée (en Béotie) en août -338.

Les relations entre Philippe II et son fils Alexandre furent complexes, c'est à tout le moins ce que l'on peut penser. Ci après quelques extraits de Plutarque dans « Vie d'Alexandre » : « Toutes les fois qu'on annonçait que Philippe avait pris quelque ville, Alexandre, loin de rayonner en entendant la nouvelle, disait aux enfants de son âge : mes amis, mon père prendra tout avant moi et il ne me laissera rien de grand ni de glorieux à faire un jour avec vous... »

« Mais les troubles domestiques, qui virent le royaume comme contaminé par les désordres que provoquèrent dans le gynécée les mariages et les amours de Philippe, soulevèrent entre lui et son fils maints griefs et de graves différents, que le mauvais caractère d'Olympias, femme jalouse et vindicative, aggravait en aigrissant Alexandre. Attale fit éclater l'orage aux noces de Cléopâtre, une toute jeune fille dont Philippe s'était épris malgré la différence d'âge. Attale donc, qui était l'oncle de Cléopâtre, pris de vin, se mit au banquet à inviter les Macédoniens à demander aux dieux de faire naître de Philippe et de Cléopâtre un héritier légitime du royaume. Piqué au vif, Alexandre s'écria : Et moi, scélérat, me prends-tu donc pour un bâtard ? Et il lui jeta sa coupe à la tête. Philippe alors se dressa et dégaina l'épée contre son fils ; mais par bonheur pour l'un et pour l'autre, la colère et l'ivresse le firent chanceler et s'affaler. Alors Alexandre l'injure aux lèvres : Voilà mes amis, dit-il, l'homme qui se préparait à passer d'Europe en Asie et qui, en passant d'un lit à l'autre, se retrouve les quatre fers en l'air »...

Philippe II au moment de cet épisode préparait une expédition contre les Perses. Son assassinat l'empêcha d'accomplir ce projet. Alexandre âgé de 20 ans succéda à son père comme roi de Macédoine sous le nom d'Alexandre III. Après ses conquêtes, il devint Alexandre le Grand. Philippe avait d'autres enfants qui pouvaient prétendre à la succession. Olympias se chargea de les éliminer. Dans le genre « histoires parallèles » on pourrait, je crois, comparer Olympias mère d'Alexandre avec Agrippine mère de Néron. Olympias sera exécutée en -310 sur ordre de Cassandre qui était devenu roi de Macédoine et Agrippine sur ordre de son fils Néron en mars 59.

Alexandre devenant roi avait déjà l'expérience des combats. Voici en effet ce qu'écrit Plutarque : « Pendant que Philippe faisait la guerre aux Byzantins, Alexandre âgé de seize ans (c'était donc en -340), était resté en Macédoine comme dépositaire du pouvoir et du sceau royal : il soumit alors les Médares qui s'étaient révoltés et prit leur ville ; à la place des barbares qu'il en chassa, il installa des habitants de diverses origines et donna à la ville le nom d'Alexandropolis. Il participa en personne à la bataille que Philippe livra contre les Grecs à Chéronée (en -338, Alexandre avait 18 ans) et fut, dit-on, le premier à charger le bataillon sacré des Thébains. ».

Plusieurs villes grecques dont Thèbes et Athènes profitèrent de la mort de Philippe pour se soulever contre la Macédoine. Alexandre fut vainqueur et fit complètement raser la ville de Thèbes pour servir d'exemple (la ville sera reconstruite après la mort d'Alexandre). Puis rassemblant les Grecs il se lança en -334, dans sa célèbre expédition contre les Perses.

Alexandre fut vainqueur de Darius III, roi des Perses et de son armée, au terme de plusieurs batailles dont les principales sont :

*bataille du Granique (sur les rives du fleuve Granique dans l'actuelle Turquie) en mai -334

*bataille d'Isos ( en Anatolie dans l'actuelle Turquie) le 1er novembre -333

*bataille de Gaugamèles (au nord de l'actuel Iraq) le 1er octobre -331 à la suite de quoi Alexandre se proclama roi des Perses. Darius III, en fuite, fut assassiné par des Perses en -330.

Alexandre épousa Stateira fille de Darius à Suse en -324 après avoir poursuivi son expédition jusqu'à la vallée de l'Indus. Alexandre annexa tout l'ancien empire perse y compris l'Egypte qui était occupée par les Perses lorsque Alexandre commença son expédition. Tout au long de son parcours, il lança la construction d'une cinquantaine de villes qui toutes s'appelèrent « Alexandrie » ; la plus célèbre étant l'Alexandrie d'Egypte.

Selon Plutarque (Vie d'Alexandre en 66) : « il ne ramena pas de l'Inde le quart de ses forces armées, lesquelles, à son départ, étaient de cent vint mille fantassins et environ quinze mille cavaliers ». Il mourut d'une « fièvre » le 13 juin -323 à Babylone sur la route du retour vers la Grèce. Alexandre avait épousé Roxane, une persane, en -327. Après la mort d'Alexandre, Roxane fit étrangler Stateira alors enceinte. Roxane sera elle-même exécutée en -310.

Après la mort d'Alexandre, ses généraux se partagèrent son empire et...se firent la guerre ...jusqu'à ce que les Romains les mettent tous d'accords en s'emparant de la Grèce, de l'Egypte et de toute la partie de l'ancien empire perse située à l'ouest de l'Euphrate.

Sur les raisons de l'expédition d'Alexandre et sur sa place dans le vaste conflit Orient/Occident, voir sur mon blog, la fiche N° 3 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-guerre-de-troie-partie-1-55734368.html consacrée à la guerre de Troie et spécialement la partie trois intitulée : « essais de synthèse ».

2 - Le modèle :

Depuis plus de vingt-trois siècles, Alexandre fait rêver tous les apprentis conquérants. En voici quelques exemples :

*César en Espagne (avant la guerre des Gaules) se lamente devant une statue d'Alexandre « qu'il n'avait encore rien fait de mémorable à l'âge ou Alexandre avait soumis toute la terre ».

*Auguste « s'étant fait montrer le sarcophage et le corps d'Alexandre le Grand, que l'on retira de son tombeau, il lui rendit hommage en plaçant sur sa tête une couronne d'or et en le jonchant de fleurs, mais comme on lui demandait s'il désirait visiter également les tombes des Ptolémées, il dit qu'il avait voulut voir un roi et non des morts ». Cela se passe à Alexandrie. Après la mort d'Alexandre, le gouvernement de l'Egypte était revenu à Ptolémée, un des généraux d'Alexandre. En -321, le catafalque contenant les restes embaumés d'Alexandre fut acheminé de Babylone en Macédoine. Mais Ptolémée qui régnait sur l'Egypte détourna le convoi et fit inhumer Alexandre à Alexandrie.

*Caligula porta la cuirasse d'Alexandre le Grand qu'il avait fait retirer de son tombeau

*Néron avait fait enrôler une nouvelle légion ne comprenant que des recrues de six pieds de haut (1,98 mètre) qu'il appelait la phalange d'Alexandre le Grand et Néron ne fit que 2 voyages hors de l'Italie, celui d'Alexandrie et celui d'Achaie en Grèce

*Bien d'autres empereurs romains (Hadrien, Caracalla etc) firent le voyage d'Alexandrie .
*Bien longtemps après eux, le 22 juin 1798, Bonaparte à bord du vaisseau « l'Orient » rédigeant une proclamation à l'armée écrivait : « la première ville que nous allons rencontrer a été bâtie par Alexandre. Nous trouverons à chaque pas de grands souveni
rs.. ».

3 – pour la petite histoire :

En 1863, à Fécamp (en Seine-Maritime), un négociant en vin nommé Legrand et que ses parents avaient prénommé Alexandre, retrouva la recette de la Bénédictine qui aurait disparue lorsque la fureur révolutionnaire s'en prit aux communautés ecclésiastiques et aux.... Bénédictins.

Cet Alexandre Legrand fit construire à Fécamp un palais-usine pour fabriquer la bénédictine. A l'étage dans une grande salle de réunion, un des côtés de cette salle, vitrée, représente Alexandre Legrand présentant la bénédictine aux muses ( composition probablement inspirée de « Virgile et les muses »). Le même s'est fait représenter en statue. Ses parents ont eu raison de le prénommer Alexandre.

J.D. 21 avril 2013

Nota : la récapitulation des notes de ce blog par thèmes se trouve sur la fiche N°76http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html.

carte des conquêtes d'Alexandre le Grand

carte des conquêtes d'Alexandre le Grand

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 20:48

C'est le cinquième siècle avant notre ère, en Grèce, qui fut appelé « le siècle de Périclès » par les Historiens. Mais cette période est non seulement celle de Périclès, Athénien célèbre (-495/-429), elle est aussi celle de beaucoup d'hommes encore aujourd'hui connus par l'espèce humaine toute entière, comme :

*les philosophes Socrate (-470/-399), Anaxagore (-496/-428), Protagoras (-495/-411), Zénon d'Elée (-489/-460)

*les historiens Hérodote (-484/-425), Thucidide (-470/-395)

*les tragédiens Euripide (-480/-406), Eschyle (-526/-456), Sophocle (-497/-406)

*les sculpteurs Phidias (-490/-430), Myron (-485/-420), Polyclète (-480/-410)

*Ictinos et Callicratès architectes du Parthénon construit vers -449/-438

sans compter les personnages à cheval sur sixième/cinquième siècle comme Pythagore ou Héraclite ou à cheval sur le cinquième et le quatrième siècle comme Platon, Démocrite, Gorgias, Xénophon, Aristophane...

Autant de génies en si peu de temps sur une population relativement peu nombreuse voilà qui est surprenant.

Le contexte: Dans l'histoire des sociétés humaines, certaines s'organisèrent très tôt en Etats-nations où un grand nombre d'individus avaient le même pouvoir politique, juridique, militaire... Souvent, ces collectivités avaient la même langue, la même religion, les mêmes coutumes. L'Egypte est l'exemple type de ce genre d'organisations.

Ailleurs ce furent des cités-Etats qui virent le jour. Ce fut le cas en Grèce. Chaque cité avait son propre mode d'organisation politique, ses propres lois, son armée etc. Certaines de ces cités-Etats grecques furent célèbres dans l'antiquité comme Athènes, Sparte, Corinthe, Delphes, Thèbes (ne pas confondre la Thèbes grecque avec la Thèbes égyptienne) etc. Chacune voulant agrandir son territoire et son pouvoir il y eut de nombreuses guerres entre ces cités dont certaines sont encore connues comme la guerre du Péloponnèse qui dura une trentaine d'années (de -431 à -404) et opposa la ligue de Délos dominée par Athènes et la ligue du Péloponnèse conduite par Sparte. Si ils étaient souvent en rivalité les Grecs avaient cependant des points communs : la langue, l'écriture (dérivée du phénicien au début du huitième siècle avant notre ère), la religion, si bien que malgré leurs conflits ils s'identifiaient comme Grecs. Pour eux, ceux qui n'étaient pas Grecs étaient « barbares ». Les Romains reprendront ce concept à leur compte. Les jeux créés à Olympie à partir de -776 sont un symbole de cette unité des Grecs.

Principalement à partir du huitième siècle avant note ère, des cités grecques fondèrent des colonies, d'une part dans le bassin occidental de la Méditerranée (surtout dans le sud de l'Italie et en Sicile) où elles avaient été précédées de plusieurs siècles par les Phéniciens (ce qui entraîna des guerres entre Grecs et Phéniciens) et d'autre part sur la côte orientale de la mer Egée (actuelles côtes de la Turquie). Les principales de ces cités sur la côte turque furent Ephèse, Halicarnasse, Didymes, Milet, Phocée Priène, etc. Certaines de ces colonies fondèrent à leur tour d'autres colonies. C'est le cas par exemple de la cité de Phocée qui fut à l'origine de la fondation de Marseille en l'an -600 (d'où le surnom de « cité phocéenne »), ou d'Empurias en Espagne.

Les cités grecques rivales surent cependant s'unir dans des périodes critiques. Ce fut le cas dans la légendaire guerre de Troie (située au début du douzième siècle avant notre ère) où toutes les cités grecques envoyèrent des contingents pour récupérer la belle Hélène, épouse de Ménélas roi de Sparte, qui avait été enlevée par Pâris et emmenée à Troie. En voyant Hélène arriver à Troie, Cassandre aurait pu dire : « elle s'amène hélas! », ce qui pourrait aussi s'écrire : « elle s'amène Hellas ».

On ne sait pas si cette guerre a réellement existé mais son histoire fait partie de l'histoire de la Grèce. Au cinquième siècle avant notre ère, toutes les cités honoraient leurs ancêtres supposés dans la guerre de Troie, beaucoup de personnages de la guerre de Troie avaient leur statue, il y avait un temple à Hélène, le tombeau d'Achille etc.

A l'est des cités grecques de la côte égéenne d'importants bouleversements s'opérèrent au sixième siècle avant notre ère. Le Perse Cyrus le Grand, après une guerre déclenchée en -553 avec les Mèdes, s'empara de leur royaume puis entreprit une politique de conquêtes impressionnantes : la Lydie, l'Ionie (région des cités grecques de la côte égéenne), l'empire babylonien, la Mésopotamie, la Syrie, la Phénicie, la Palestine.

Cyrus le Grand mourut en -529. Huit ans plus tard, Darius s'emparait du pouvoir dans l'empire constitué par Cyrus.

En -500, les Grecs de l'Ionie, emmenés par Aristagoras tyran de Milet, se soulevaient contre la domination perse. Des émissaires furent envoyés à Athènes et Sparte pour demander de l'aide. Un contingent d'Athéniens débarqua et détruisit la ville perse de Sardes. Darius reprit de contrôle des cités grecques de l'Ionie et prépara une grande expédition pour aller châtier les Grecs. Cette expédition est connue sous le nom de première guerre médique.

Une partie de l'armée perse débarqua sur la plage de Marathon en septembre -490, pendant que les navires poursuivaient leur route vers Athènes avec l'espoir de prendre la ville. Ce fut la célèbre bataille de Marathon où 9.000 soldats d'Athènes et 1.000 soldats de Platées (autre cité grecque) furent vainqueurs d'une armée perse pourtant beaucoup plus nombreuse, mais les Grecs étaient plus disciplinés et mieux armés. C'est là que se situe l'épisode du soldat athénien Euclès courant jusqu'à Athènes (42kms) pour prévenir de la victoire sur les Perses, pendant qu'un autre soldat nommé Philippidès courait d'Athènes à Sparte (240 kms) pour prévenir les Spartiates du débarquement des Perses.

A Marathon, sitôt les Perses rejetés à la mer (ou tués), le stratège athénien Miltiade qui commandait, fait gagner Athènes aux troupes qui parviennent dans la ville avant le débarquement de la flotte perse, laquelle voyant qu'elle arrive trop tard renonce. C'est la fin de la première guerre médique. L'armée de secours envoyée par les Spartiates arrive la guerre terminée.

Cette victoire renforce considérablement le prestige d'Athènes qui en profite pour étendre son influence en Grèce

A Athènes, l'élu archonte Thémistocle fait construire une flotte de 200 trières pour pouvoir s'opposer à un nouveau débarquement éventuel des Perses.

Darius mourut en -486. A sa suite son fils Xerxès reprend le projet de châtier les Grecs, il rassemble une formidable armée en recrutant dans son immense empire et repart envahir la Grèce en -480. Les Perses sont vainqueurs du roi Léonidas et de ses 300 Spartiates au défilé des Thermopyles en juillet -480 et parviennent à s'emparer d'Athènes mais ils sont vaincus à la bataille navale de Salamine le 29 septembre -480. Les Perses sont aussi vaincus sur terre à la bataille de Platée et à nouveau sur mer au cap Mycale où toute leur flotte est détruite. Ce qu'il reste de l'armée perse s'enfuit. C'est la fin des guerres médiques qui pour les Perses auront plutôt été des guerres merdiques. A Platée, les soldats d'Athènes furent commandés par Aristide qui fut brillant !

Cette victoire des Grecs unis contre les Perses eut un retentissement considérable comparable à leur victoire légendaire lors de la guerre de Troie. Certains historiens font partir la naissance du monde occidental de ces guerres médiques. Cela eut une profonde influence sur la production artistique et littéraire de la Grèce du cinquième siècle et explique probablement l'importance de cette période. Eschyle par exemple fit partie des combattants à la bataille de Marathon et à celle de Salamine et ce n'est pas un hasard si c'est après les guerres médiques que les tragédiens grecs produisirent un grand nombre d'œuvres ayant la guerre de Troie comme thème. Ils firent naturellement le rapprochement entre la guerre de Troie et les guerres médiques comme symbole des guerres entre Orient et Occident. Socrate affirme que les guerres qui opposent Orient et Occident sont de nature différente aux guerres internes à chaque camp (ce qui est rapporté par Platon dans « La République »).

Périclès: Il naquit à Athènes en -495. Il commença à s'intéresser à la politique dès -470 et devint chef du parti démocrate d'Athènes en -461.

Après les guerres médiques, Aristide était parvenu à unir un certain nombre de cités grecques dans une ligue qui prit le nom de ligue de Délos. Athènes imposa un tribut à ces cités pour financer une future guerre éventuelle avec les Perses. Le trésor ainsi constitué fut d'abord gardé dans l'île de Délos puis les Athéniens transférèrent le trésor à Athènes en -454, ce qui mécontentera un certain nombre de cités alliées d'Athènes. A partir de -443, Périclès sera réélu chaque année « stratège d'Athènes ». Il sera l'artisan de l'impérialisme d'Athènes et utilisera le trésor de Délos pour financer les grandes constructions d'Athènes dont l'Acropole. Le mécontentement des cités alliées entraîna des révoltes que Périclès fit réprimer. Les alliés étaient devenus des sujets. Certaines cités s'allièrent à Sparte et ce fut l'origine de la guerre du Péloponnèse commencée en -431. Sparte finit par l'emporter, mais il faut préciser qu'en -429 une épidémie (peut-être la peste) toucha Athènes et fit de nombreuses victimes y compris dans les rangs de l'armée athénienne. Périclès lui-même fut victime de cette épidémie et ceux qui prirent la suite à Athènes n'avaient pas son génie et cette guerre entraîna le déclin d'Athènes. Sparte ne fut guère plus heureuse car la guerre l'avait épuisée et la cité ne put prendre le pas sur les autres cités grecques.

J.D. 10 novembre 2012

 

fronton du Parthénon à Athènes, photo Michèle Delisle mars 2000

fronton du Parthénon à Athènes, photo Michèle Delisle mars 2000

Partager cet article
Repost0
15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 17:12

 

L'ENFANT

(poème de Victor Hugo de juin 1828, publié en 1829 dans la série « Les Orientales »)

 

 

Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil

Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,

Chio qu'ombrageaient les charmilles,

Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,

Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois

Un coeur dansant de jeunes filles.

 

Tout est désert : mais non, seul près des murs noircis,

Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,

Courbant sa tête humiliée.
Il avait pour asile, il avait pour appui

Une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage, oubliée

 

Ah! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux!

Hélas! Pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l'onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

passe le vif éclair de la joie et des jeux,

Pour relever ta tête blonde,

 

Que veux-tu? Bel enfant, que te faut-il donner

Pour rattacher gaiement et gaiement ramener

En boucles sur ta blanche épaule

Ces cheveux qui du fer n'ont pas subi l'affront,

Et qui pleurent épars autour de ton beau front,

Comme les feuilles sur le saule?

 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux?

Est-ce d'avoir ce lis, bleu comme tes yeux bleus,

Qui d'Iran borde le puits sombre?

Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,

Qu'un cheval au galop met toujours en courant

Cent ans à sortir de son ombre?

 

Veux-tu pour me sourire, un bel oiseau des bois,

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,

Plus éclatant que les cymbales?

Que veux-tu? Fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?

Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles.

 

Contexte : Ce poème fut écrit par Victor Hugo dans le contexte de la guerre d'indépendance menée par les Grecs contre les Turcs à partir de 1821. Les Ottomans s'étaient emparés de Constantinople le 29 mai 1453, après 7 siècles de tentatives, puis d'Athènes en 1456 et du reste de la Grèce dans la foulée. Lorsque les Grecs se soulevèrent pour retrouver leur liberté, les Turcs se livrèrent à une répression féroce. Dans l'île de Chio, 23.000 hommes âgés de plus de 12 ans furent massacrés. Les femmes et les enfants (47.000) furent vendus comme esclaves sur le marché de Smyrne en Turquie. Voir Jules Verne : « l'Archipel en feu », chapitre III, texte de 1884. Après le passage des Turcs, il ne restait plus un survivant dans l'île et le poète imagine qu'il reste un enfant aux yeux bleus (un occidental).

En Turquie, les officiels marchés aux esclaves ne furent interdit qu'en 1924 par Atatûrk.

En 1823, le poète Dionysos Solomos composa un poème à la liberté. Il comprenait 150 couplets. En 1828, Nicolaos Mantzaros adaptait une musique sur les paroles. En 1864 les 50 premiers couplets devenaient l'hymne national grec. Dans la pratique et dans les cérémonies, seuls les 2 premiers couplets sont chantés. 

 

 

Ύμνος εις την Ελευθερίαν


Σε γνωρίζω από την κόψη 
του σπαθιού την τρομερή,
Σε γνωρίζω από την όψη 
που με βία μετράει τη γη.


Απ’ τα κόκαλα βγαλμένη 
των Ελλήνων τα ιερά, 
Και σαν πρώτα ανδρειωμένη, 
χαίρε, ω χαίρε, Ελευθεριά !

Hymne à la liberté


Je te reconnais au tranchant 
De ton glaive redoutable,
Je te reconnais à ce regard rapide 
Dont tu mesures la terre.


Sortie des ossements 
Sacrés des Hellènes, 
Et forte de ton antique énergie, 
Je te salue, je te salue ô Liberté!

   
navire ayant participé à la guerre contre les Turcs dans les années 1820, sur pièces grecques de 2 centimes d'euros

navire ayant participé à la guerre contre les Turcs dans les années 1820, sur pièces grecques de 2 centimes d'euros

Partager cet article
Repost0
10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 11:18

 

NOTE SUR L’INDEPENDANCE DE LA GRECE

 

Afin de prendre Constantinople en tenaille, les Ottomans avaient mis le pied au nord de la Grèce dès la fin des années 1380, et ils s’étaient emparés de Thessalonique (dont ils avaient massacré la population) en 1430.

Après la chute de Constantinople le 29 mai 1453, ils s’emparèrent d’Athènes en 1456 et du reste de la Grèce ensuite; réalisant ainsi le vieux rêve de Darius et de Xerxès au début du Ve siècle avant notre ère. Un opéra de Rossini de 1826 (Le siège de Corinthe) a pour toile de fond la conquête de la Grèce par le sultan Mehmet II dans les années 1450.

Sous la férule ottomane, les Grecs furent écrasés d’impôts, les jeunes garçons grecs périodiquement enlevés pour en faire des janissaires... Chateaubriand, par exemple, qui visita la Grèce en 1806 à l’occasion d’un voyage de Paris à Jérusalem, fait de nombreuses observations sur les abominations commises par les Turcs en Grèce et le triste sort réservé, en conséquence, à la population grecque.

Afin de conserver la langue grecque et la religion, le clergé orthodoxe organisa des écoles secrètes appelées “KRIFA SHOLEIA”. Un timbre grec de 1971 représente cette école secrète.

En 1821, les Grecs se soulevèrent pour retrouver leur indépendance qui fut proclamée au congrès d’Epidaure le 12 janvier 1822 (un timbre grec de 1971 commémore ce congrès, tandis qu’un autre de 1975 concerne l’assemblée secrète de janvier 1821 à Vostitsa qui décida de l’insurrection). Ils choisirent Missolonghi (sur la rive nord du golfe de Patras) comme capitale provisoire. Les Turcs se livrèrent alors à une répression féroce. Rien que dans l’île de Chio (Khios en grec et Scio en italien) qui comptait 75.000 habitants, en avril 1822, les Turcs en massacrèrent 30.000 et déportèrent les femmes et enfants (45.000) qui furent réduits en esclavage.

Cela révolta la conscience citoyenne européenne. Des volontaires partirent combattre aux côtés des Grecs. Parmi eux le comte italien de Santarosa, tué en combattant, l’amiral anglais Thomas Cochrane, l'Ecossais Thomas Gordon major général dans l'armée britannique, l'Irlandais Richard Church qui fut commandant en chef des forces terrestres grecques en 1827, qui resta en Grèce après l'indépendance et fut nommé général de l'armée grecque en 1854, Lord Byron, célèbre poète anglais, le baron français Fabvier (Charles Nicolas) ex-général d’empire ou Olivier Voutier, officier de marine français qui rejoignit la résistance grecque dès septembre 1821 et reçut le titre de colonel de l'armée grecque en mai 1822. . Byron mourut d’une fièvre à Missolonghi le 19 avril 1824. En 1924, pour le centenaire de sa mort, deux timbres grecs furent émis dont l’un représente Byron à Missolonghi, deux autres timbres lui furent consacrés en 1974. Joseph Denis Odevaere peignit en 1826 “La mort de Byron” (au Rijksmuseum d’Amsterdam), Ludovico Lipparini “Le serment de Byron à Missolonghi” en 1824 (Musée Benaki à Athènes), et Wiliam Purser “Vue de la maison de Byron à Missolonghi” en 1824 (au Musée Benaki d’Athènes).

Les Turcs prirent la ville de Missolonghi en 1826 après un long siège et le massacre des survivants. Certains avec leur chef Capsalis s’étaient fait sauter avec la poudrière pour échapper aux Turcs. (timbre grec commémoratif en 1971, d’autres timbres consacrés à Missolonghi furent émis en 1930, 1976 et 1982).
Eugène Delacroix peignit en 1824 un tableau intitulé : “La Grèce sur les ruines de Missolonghi” (exposé au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux; ce tableau fut reproduit sur un timbre grec en 1968). J. D. Odevaere réalisa “les derniers combattants de Missolonghi” en 1826 (Amsterdam). Un autre artiste (Ary Scheffer) réalisa sept dessins intitulés : “Les débris de la garnison de Missolonghi” et “les femmes souliotes” -de Souli, ville de l’Epire reprise par les Turcs en 1822, où 160 femmes s’étaient précipitées dans la mer (du haut d’une falaise) avec leurs enfants pour échapper à la soldatesque turque- (au Musée d’Orsay à Paris; un timbre grec de 1971 fut consacré aux femmes souliotes et un autre en 1979 “aux combattants de Souli”). Ary Scheffer peignit également un tableau intitulé “ Jeune Grec défendant son père blessé” en 1827 (au Musée Benaki d’Athènes).

Ne parvenant pas à réduire la résistance de Souli, Ali Pacha dut promettre 500 piastres pour chaque tête de Souliotes qui lui serait rapportée.

Henri Serrur peignit la “prise de Tripolitza par les Grecs” (exposé au Musée de Douai. Tripolitza appelée aujourd’hui Tripoli fut reprise par les Ottomans en 1824. Ils la détruisirent, les Grecs l’ont reconstruite depuis). Claude Bonnefond réalisa un tableau intitulé “officier grec blessé” (au Musée de Lyon). Horace Vernet réalisa “La défaite” en 1827 (au Musée Benaki d’Athènes) et “Scène de la guerre d’indépendance” en 1826 (au Palais de l’Archevêque à Nicosie), citons encore : Eugène Delacroix : “Scène de guerre actuelle entre les Grecs et les Turcs” (au salon de 1827), Giovanni Boggi : “Portrait de Theodoros Kolokotronis” -un des chefs de la résistance grecque- en 1825 (au Musée de la ville d’Athènes), Ludowig Vogel : “Portraits des réfugiés grecs de Zurich” de 1823 (au Schweizerisches Landesmuseum de Zurich, un comité philhellène suisse assura la formation militaire de volontaires grecs), Charles Lock Eastlake : “Réfugiés grecs” en 1833 (Musée Benaki Athènes), Karl Krazeizen : “Grecs luttant parmi les ruines antiques” de 1829 (collection Mike Krassakis à Cologne)...

Le baron Fabvier, pour sa part rejoignit les combattants grecs en 1823 et organisa la défense d’Athènes. Il fit partie des derniers combattants réfugiés sur l’Acropole qui fut prise par les Turcs en juin 1827. (en 1927, 3 timbres grecs eurent pour thème “la défense de l’Acropole par le général français Fabvier”). A Nauplie, au fort Palamède, un bastion a été baptisé “Robert” en souvenir d’un volontaire français tué durant l’assaut du bastion en novembre 1822.

Malgré l’aide des volontaires, et après 6 ans 1/2 d’une guerre sanglante, les Turcs à force de massacres avaient maté toute rebellion et récupéré tout le territoire perdu. Les Grecs s’étaient battus avec l’énergie du désespoir contre des forces très supérieures, espérant et attendant en vain l’intervention des “Puissances”. Celles-ci ne se décidèrent qu’après l’écrasement complet de la résistance grecque!. Le 20 octobre 1827, une action conjointe de la Russie, de l’Angleterre et de la France, permit de vaincre les Turcs à la bataille navale de Navarin. Au chapitre IV de “L’archipel en feu”, Jules Verne écrit :”C’était l’indépendance que les canons de Navarin venaient d’assurer aux enfants de la Grèce”. (On peut se demander au passage si cette phrase de Jules Verne n’a pas inspiré le titre d’un film de 1961 :”Les canons de Navarone” ?).

Une campagne de l’armée française fut conduite dans le Péloponnèse par le général Maison en 1828 et deux armées russes marchèrent sur Istanbul en 1829. A la suite, divers traités internationaux (dont le traité d’Andrinople en 1829) accordèrent l’indépendance à la Grèce qui s’est achevée (dans les limites actuelles de la Grèce), en 1947 (plusieurs timbres grecs en 1928 et 1977 rappelèrent la bataille de Navarin. L’un des timbres de 1928 est consacré à l’amiral français de Rigny qui avait engagé la bataille contre la flotte ottomane).

Edgar Quinet qui visita la Grèce début 1829, décrivit le pays comme un vaste ossuaire en plein air (dans “la Grèce moderne et ses rapports avec l’antiquité”); rien qu’à Athènes, après le départ des Turcs, la ville est presqu’entièrement détruite, il ne reste que 4.000 survivants. Les Turcs ont même incendié les 150.000 oliviers de l’oliveraie qui se trouvait à l’ouest d’Athènes. Presque partout, avant de se retirer, les Turcs détruisent les oliviers de la Grèce. Dans son “dictionnaire de la Grèce”, Jacques Lacarrière commentant l’ouvrage d’Edgar Quinet écrit : “on se demande vraiment comment laGrèce put survivre à de telles destructions” et parlant de la Crète : “ La domination turque, qui dura jusqu’à 1898, avait provoqué dans l’île un tel état de misère et de détresseque seules les horreurs de l’enfer imaginées par Dante auraient pu l’égaler”.

 

Victor Hugo, pour sa part se déchaîna contre les Turcs dans différents poèmes publiés en 1829 sous le titre : “Les Orientales”. Parmi ceux-ci :

Enthousiasme”de 1827 : appel à la mobilisation de l’Europe pour la Grèce . Ce poème commence ainsi :

En Grèce! en Grèce! adieu, vous tous! il faut partir!

Qu’enfin, après le sang de ce peuple martyr,

Le sang vil des bourreaux ruisselle!

En Grèce, ô mes amis! vengeance! liberté!

Ce turban sur mon front, ce sabre à mon côté!

Allons! ce cheval, qu’on le selle!

Quand partons-nous? Ce soir! demain serait trop long

Des armes! des chevaux! un navire à Toulon!

Un navire, ou plutôt des ailes!...”

Navarin”de novembre 1827, du nom de la bataille navale, illustrée par un tableau de Ambroise Louis Garneray (dans les galeries historiques de Versailles), par 2 tableaux de Jean Charles Langlois (l’un intitulé “combat de Navarin” est exposé à Compiègne au Musée du Palais, l’autre “entrevue du général Maison et d’Ibrahim Pacha à Navarin” est exposé à Versailles), et par un tableau de George Philip Reinagle “La bataille de Navarin” de 1827 (à la “Fine Art Society” à Londres). Voici un extrait du poème de Victor Hugo:

Ibrahim, que rien ne modère...

Il court où le butin le tente,

Et lorsqu’il retourne à sa tente,

Chaque fois sa main dégoûtante

Jette des têtes au Sérail...”

La douleur du Pacha” de décembre 1827, à la suite de la défaite des Turcs.

Ci après un extrait de ce poème :

Ce ne sont pas non plus les villes écroulées,

Les ossements humains noircissant les vallées,

La Grèce incendiée, en proie aux fils d’Omar,

L’orphelin, ni la veuve, et ses plaintes amères,

Ni l’enfance égorgée aux yeux des pauvres mères,

Ni la virginité marchandée au bazar,...”

Les têtes du sérail” de juin 1826, qui conte la mort de 3 héros grecs : Joseph évêque orthodoxe de Rogous, mort en combattant les Turcs, Constantin Canaris, dont la mort avait été annoncée (à tort) au moment où Victor Hugo rédigea son poème, et Markos Botzaris, un des premiers chefs de l’insurrection, mort au combat en 1823, que les Grecs inhumèrent et que les Turcs exhumèrent pour lui trancher la tête et l’envoyer au Sultan. Plusieurs timbres grecs furent consacrés à Botzaris en 1926, 1930 et 1971. A Paris, une station de métro (sur la ligne 7bis) s’appelle “Botzaris”. Dans le chapitre VIII de la deuxième partie de “Vingt milles lieues sous les mers”, Jules Verne fait figurer le portrait de Botzaris dans la cabine du capitaine Nemo. Dans le même roman, le capitaine Nemo livre aux insurgés grecs, du côté de la Crète, un coffre rempli de lingots d’or pour les aider dans leur lutte contre les Turcs. Le Museo Civico à Trevise conserve toute une série de tableaux de Lodovico Lipparini sur la guerre d’indépendance dont l’un sur “La mort de Markos Botsaris”.

Plusieurs timbres grecs de 1930 et toute une série en 1971 sont relatifs à l’action du clergé orthodoxe dans cette guerre d’indépendance; l’un de ces timbres est consacré au patriarche orthodoxe Grégoire V que les Turcs avaient pendu à Istanbul en 1821. L’hymne national grec rend hommage à ce patriarche avec cette phrase : “Pleurez tous : l’Eglise a perdu son chef vénéré; pleurez, pleurez : il a subi l’infâme supplice réservé aux assassins.”

Ci-après un extrait des propos que Victor Hugo prête à Botzaris dans son poème :

Les Musulmans vainqueurs dans ma tombe fouillèrent,

Ils mélèrent ma tête aux vôtres qu’ils souillèrent.
Dans le sac du Tartare on les jeta sans choix.
Mon corps décapité trésaillit d’allégresse;

Il me semblait, ami, pour la Croix et la Grèce

Mourir une seconde fois.”

L’’enfant”de juin 1828, relatif aux massacres de Chio. Eugène Delacroix peignit, lui, “Les massacres de Scio”, tableau exposé au Musée du Louvre, tandis que le sculpteur Pierre Jean David dit “David d’Angers” réalisait une sculpture en marbre : “L’enfant grec” (au Musée des Beaux-Arts d’Angers) et “la jeune grecque sur le tombeau de Markos Botzaris” (au Musée historique d’Athènes. Cette sculpture fut reproduite sur un timbre grec de 1926). Un encrier de bronze avec une statuette de “Markos Botsaris expirant” inspiré de David d’Angers est conservé au Musée Benaki d’Athènes. Sur le thème de la guerre d’indépendance, de nombreux artistes décorèrent des vases, des assiettes, des pendules... (voir “La Grèce retrouvée de Fani-Maria Tsigakou Seghers 1984). En Angleterre le “Morning Chronicle” publia un poème “Les larmes de Scio”.

Cri de guerre du Mufti” d’octobre 1828, rédigé après la défaite des Ottomans, mais si les Turcs avaient perdu Athènes, ils occupèrent l’Acropole jusqu’en 1834. La mosquée qu’ils avaient construite à l’intérieur du Parthénon ne fut démolie qu’en 1842.

Canaris”en novembre 1828, du nom de l’amiral de la flotte grecque. Un timbre grec lui fut consacré en 1930 dans le cadre d’une série sur les “héros de l’indépendance”. Parmi ces timbres, l’un est dédié à Laskarina Bouboulis dite “La Bouboulina”. Cette veuve d’un armateur grec consacra sa fortune à la guerre d’indépendance. Elle arma 4 navires à ses frais pour combattre les Turcs et participa elle-même aux combats. Elle appela son navire amiral “l’Agamemnon”.(nom du chef des Grecs contre Troie). Elle fut assassinée le 22 mai 1825. Deux timbres grecs de 1971 et 1983 représentent des navires de la Bouboulina. Le danois Adam Friedel von Friedelsburg réalisa 24 portraits des principaux chefs de l’insurrection grecque dont une lithographie de Lascarina Bouboulina en 1827. En 1993, Michel de Grèce lui consacra un livre : “La Bouboulina”. Signalons également que la pièce grecque de 2 centimes d’Euro représente une corvette de 1821 ayant participé à la guerre d’indépendance. Au chapitre XIII de “l’Archipel en feu”, Jules Verne cite Modena et Zacharias parmi les femmes grecques qui comme la Bouboulina consacrèrent leur fortune à faire construire des navires pour combattre les Turcs.

Canaris inspira à Victor Hugo deux autres poèmes intitulés “A Canaris”, datés d’octobre 1832 et de septembre 1835 et publiés dans “Les Chants du crépuscule” fin 1835. Voici un extrait du poème de 1832 :

Nous avons un instant crié : La Grèce! Athènes!

Sparte! Léonidas! Botzaris! Démosthènes!

Canaris, demi-dieu de gloire rayonnant!...”

et du poème de 1835 :

Toi qui brises tes fers rien qu’en les secouant,

Toi dont le bras, la nuit, envoie en se jouant,

Avec leurs icoglans, leurs noirs, leurs femmes nues,

Les capitans-pachas s’éveiller dans les nues!...”

 

 

Bien d’autres personnalités ont, à l’époque, pris la défense de la Grèce. Signalons Claude Fauriel qui publia en 1824/1825 “Chants populaires de la Grèce moderne” (chants patriotiques), Jules Verne dans son roman “l’archipel en feu” en 1884, Lamartine dans son poème “Invocations pour les Grecs” en 1826, et surtout Chateaubriand qui, en 1825, dans une “note sur la Grèce”, appela toutes les nations européennes à s’unir pour imposer à l’Empire Ottoman l’indépendance de la Grèce. Cette “note sur la Grèce” fut largement diffusée et figura entre autres en avant-première, dès 1827, de plusieurs éditions de “l’Itinéraire de Paris à Jérusalem”.

Ci-après quelques extraits de cette “note sur la Grèce” copiés dans une édition de 1859 de l’Itinéraire chez Firmin-Didot :

Malheur au siècle, témoin passif d’une lutte héroïque, qui croirait qu’on peut, sans périls comme sans pénétration de l’avenir, laisser immoler une nation! Cette faute, ou plutôt ce crime, serait tôt ou tard suivi du plus rude châtiment”...

Et l’on soutiendrait aujourd’hui qu’il n’y a ni massacre, ni exil, ni expropriation en Grèce! On prétendrait qu’il est permis d’assister paisiblement à l’égorgement de quelques millions de chrétiens!”...

Vous ne voulez pas serrer la main suppliante de la Grèce? eh bien! sa main mourante vous marquera d’une tache de sang, afin que l’avenir vous reconnaisse et vous punisse.”...

N’est-il pas étrange que l’on voie l’Afrique, l’Asie et l’Europe mahométane verser incessamment leurs hordes dans la Grèce, sans que l’on craigne les effets plus ou moins éloignés d’un pareil mouvement? Une poignée de chrétiens qui s’efforcent de briser le joug odieux sont accusés par des chrétiens d’attenter au repos du monde; et l’on voit sans effroi s’agiter, s’agglomérer, se discipliner ces milliers de barbares qui pénétrèrent jadis jusqu’au milieu de la France, jusqu’aux portes de Vienne.”...

Non seulement on fait l’éducation des soldats de la secte la plus fanatique et la plus brutale qui ait jamais pesé sur la race humaine, mais on les approche de nous. C’est nous,chrétiens, c’est nous qui prêtons des barques aux Arabes et aux nègres de l’Abyssinie pour envahir la chrétienté.”...

Etablie sur les ruines de la Grèce antique et sur les cadavres de la Grèce chrétienne, la barbarie enrégimentée menacera la civilisation”...

Recommander l’humanité à des Turcs, les prendre par les beaux sentiments, leur expliquer le droit des gens, leur parler de hospodorats, de trêves, de négociations, sans rien leur intimer et sans rien conclure, c’est peine perdue, temps mal employé”...

l’Europe doit préférer un peuple qui se conduit d’après les lois régénératrices des lumières, à un peuple qui détruit partout la civilisation. Voyez ce que sont devenues, sous la domination des Turcs, l’Europe, l’Asie et l’Afrique mahométanes...”

Sait-on bien ce que c’est pour les Osmanlis (ancien nom des Ottomans) que le droit de conquête, et de conquête sur un peuple qu’ils regardent comme des chiens révoltés? Ce droit c’est le massacre des vieillards et des hommes en état de porter les armes (en note, Chateaubriand signale le cas de 500 hommes de Modon qui furent sciés par le milieu du corps), l’esclavage des femmes, la prostitution des enfants suivie de la circoncision forcée et de la prise du turban. C’est ainsi que Candie, l’Albanie et la Bosnie, de chrétiennes qu’elles étaient, sont devenues mahométanes”....

Il faut considérer l’invasion d’Ibrahim comme une nouvelle invasion de la chrétienté par les musulmans. Mais cette seconde invasion est bien plus formidable que la première : celle-ci ne fit qu’enchaîner les corps; celle-là tend à ruiner les âmes : ce n’est plus la guerre au chrétien, c’est la guerre à la Croix”...

On assure qu’Ibrahim, arrivé à Patras, va faire transporter une partie de son armée à Missolonghi. Cette place, assiégée depuis près d’un an, et qui a résisté aux bandes tumultueuses de Reschid-Pacha, pourra-t-elle, avec des remparts à moitié détruits, des moyens de défense épuisés, une garnison affaiblie, résister aux brigands disciplinés d’Ibrahim?”...

Notre siècle verra-t-il des hordes de Sauvages étouffer la civilisation renaissante dans le tombeau d’un peuple qui a civilisé la terre? La chrétienté laissera-t-elle tranquillement les Turcs égorger des chrétiens?...”

Mais lorsqu’enfin on a pendu ses prêtres et souillé ses temples, lorsqu’on a égorgé, brûlé, noyé des milliers de Grecs, lorsqu’on a livré leurs femmes à la prostitution, emmené et vendu leurs enfants dans les marchés de l’Asie, ce qui restait de sang dans le coeur de tant d’infortunés s’est soulevé. Ces esclaves par force ont commencé à se défendre avec leurs fers”...

 

Dans une intervention à la Chambre des Pairs en date du 15 mars 1826, Chateaubriand demanda que les dispositions de la loi du 15 avril 1818 contre la traite des noirs soient étendues à l’esclavage des chrétiens organisé par certains pays musulmans appelés

par Chateaubriand “puissances barbaresques” dans une autre intervention à la Chambre des Pairs en date du 9 avril 1816.

 

 

 

Interrogation : En Occident on parle souvent du “génocide arménien”, jamais du “génocide grec”. Pourquoi ?

Les Turcs du XXIe siècle ne peuvent naturellement être responsables des crimes des Ottomans. Les crimes des Nazis n’empêchent pas l’alliance avec les Allemands; mais de même que l’amitié d’aujourd’hui avec les Allemands n’exclut pas le devoir de mémoire pour les exterminés des camps, ceux d’Oradour, Jean Moulin, les résistants des Glières, ceux du Vercors etc etc etc, l’alliance avec les Turcs ne doit pas exclure le devoir de mémoire envers les Grecs du XIXe siècle et ce d’autant que dans cette tragédie, les “Puissances” semblent avoir été surtout préoccupées de se surveiller les unes les autres (et d’empêcher les dites autres d’étendre leur zone d’influence), plutôt que d’aider les Grecs. Dans ce sens ces “Puissances” ont aussi leurs responsabilités dans le génocide.

Outre le devoir de mémoire, le rappel des événements permet de mieux comprendre certaines réactions actuelles. L’importance des émissions de timbres grecs sur la guerre d’indépendance (celles citées ci dessus ne sont que partielles, et il faudrait également signaler une émission de timbres chypriotes en 1971 pour commémorer le 150° anniversaire de l’indépendance de la Grèce) suffirait à penser que le souvenir des atrocités du XIXe siècle n’est pas complètement effacé de la mémoire des Grecs. L’hymne national grec composé par Solomos en 1823 et toujours en vigueur en serait un témoignage s’il était nécessaire. En voici quelques extraits :

La terre vomissait à flots pressés les mânes de tous ceux qui avaient été les victimes innocentes de la fureur des Turcs...

Les Grecs braves comme des lions, se battaient en criant toujours feu, et la race impie des Turcs se dispersait en hurlant toujours allah!...

Ô trois cents Spartiates! levez-vous, revenez parmi vos enfants: vous verrez combien ils ressemblent à leurs glorieux pères...

Puissé-je entendre gronder ainsi le vaste Océan, et le voir engloutir sous ses ondes toute la race musulmane...”

 

 

 

Exemples de paroles de chansons grecques des années 1820, rapportées par Claude Fauriel en 1824 dans “chants populaires de la Grèce moderne” :

 

GUERRES DE SOULI (III)

Un oiseau s’est posé sur le haut du pont. Il se lamente et dit; il dit à Ali Pacha : ce n’est point ici Iannina; pour y faire des jets d’eau; ce n’est point ici Prévéza pour y bâtir des forteresses. C’est ici Souli le fameux, Souli le renommé, où vont en guerre les petits enfants, les femmes et les filles; où la femme de Tsavellas combat, le sabre à la main, son nourisson à un bras, le fusil à l’autre, et le tablier plein de cartouches.

 

GUERRES DES SOULIOTES (X)

Un grand bruit se fait entendre : les coups de fusil pleuvent : est-ce une noce que l’on tire? est-ce une réjouissance? Ce n’est ni à une noce que l’on tire, ni dans une réjouissance.
C’est Despo qui combat avec ses brus et ses filles. Les Albanais l’ont assaillie dans la tour de Dimoulas :” Femme de George, rends les armes : ce n’est point ici Souli; ici tu es l’esclave du pacha, la captive des Albanais” - “Souli a beau s’être rendu, Kiapha a beau être devenue turke, Despo n’eut, Despo n’aura jamais des Liapes pour maîtres”. Elle saisit un tison dans sa main, appelle ses filles et ses belles-filles : “Ne soyons par les esclaves des Turks, mes enfants; suivez-moi”. Elle met le feu aux cartouches, et toutes disparaissent dans le feu.

 

 

 

 

extraits de lettres d’Edgar Quinet à sa mère

(publiées par la librairie Honoré Champion à Paris 2003)

 

lettre d’Egine du 17.4.1829 : “J’ai vu de mes yeux et distinctement la pauvre Athènes, qui ressemble de ce point à une grande métaierie, ou à un monastère abandonné”

lettre d’Egine du 26.4.1829 : “Voici deux jours que je suis de retour d’Athènes... La ville est détruite de fond en comble, il ne reste que les monuments antiques avec quelques palmiers çà et là. J’ai tout vu, tout reconnu à mon gré dans cette pauvre Athènes qui est encore la plus belle et la plus touchante des ruines.”

lettre de Syra du 12.5.1829 :”Je viens d’entendre dire que mes compagnons ou ceux qui les dirigent ont été tellement effrayés de ce pays, qu’ils étaient encore à Modon, il y a quinze jours, sans oser en sortir.”

lettre de Marseille du 5.6.1829 :”Je reviens de tous points satisfait de mon voyage. Vous savez que je l’ai fait seul, et que j’ai pénétré jusque dans Athènes où j’ai vécu deux jours. J’ai été obligé de me séparer de mes compagnons qui sont restés deux mois inactifs à Modon, par épouvante à ce qu’on dit.”

 

EXTRAITS DE “LA GRECE MODERNE ET SES RAPPORTS AVEC L’ANTIQUITE”

d’EDGAR QUINET 1830

 

... je pris la chaussée vénitienne de Modon, à travers les couches de cendre et les troncs brûlés des oliviers dont la vallée était autrefois ombragée...à la place des villages, des kiosques et des tours...on ne voit plus que de longues murailles calcinées... Une fois, je me dirigeai vers les restes d’une église byzantine, où je croyais voir des marbres écroulés; il se trouva que le porche et le circuit étaient jonchés de blancs squelettes...je descendis vers la mer pour y chercher le port; là encore je ne vis sous une nuée de corbeaux, que des ossements d’hommes et de chevaux...
Entre plusieurs récits qu’ils nous firent, je fus frappé de l’atrocité d’un supplice que le bim-baschi avait fait subir quelque temps auparavant sous leurs yeux à l’un de ses prisonniers : cet homme, qui était un ancien scribe des environs, avait été écorché vif, des pieds jusqu’à la tête, et suspendu ainsi, par des crochets de fer enfoncés dans la poitrine, à un olivier, où il vécut tout un jour. Je tiens d’une autre source non moins certaine qu’un médecin, philhellène français, ayant été pris au Pirée par une bande d’Albanais, sa taille un peu replète les mit en joie; ils le pendirent à un arbre, où ils le tirèrent à la cible toute la matinée.”

 

 

EXTRAITS D’UN AVERTISSEMENT D’EDGAR QUINET DATE DU 11 JUILLET 1857

POUR UNE REEDITION DE “LA GRECE MODERNE ET SES RAPPORTS AVEC L’ANTIQUITE”

 

Y avait-il encore une nation, un avenir sous cette blanche poussière d’ossements humains qui couvrait littéralement les rivages et la place des villes? On pouvait en douter. Il n’a pas été inutile de tracer à la fois le tableau de l’extermination et celui du réveil de la Grèce en 1829...
La Grèce si elle est quelque chose est un Etat maritime; et c’est ce que l’Angleterre ne veut pas. La Grande-Bretagne, la reine des mers jalouse Hydra et Poros. La puissante Angleterre, la chrétienne Angleterre a fait tout ce qu’il fallait pour étouffer au berceau le peuple qui venait au monde. A peine né, elle le rançonnait déjà, elle l’emprisonnait pour dettes...

L’Europe n’est intervenue qu’après sept ans et rassasiée du spectacle du carnage. Une si lente extermination donne un droit à celui qui a survécu. Une plante arrosée de tant de sang ne peut plus être extirpée par personne...

Au milieu de la plus grande destruction d’hommes et de choses que l’on verra jamais, je me suis trouvé dans mon voyage, en face de la nature seule...L’anéantissement de tous les vestiges humains...La détresse était telle qu’il m’eût été impossible de m’attacher au souvenir des époques brillantes de la société grecque. Partout la barbarie présente me ramenait à la barbarie antique. Dans un monde redevenu primitif par l’effet du carnage et de la déprédation je n’aurais pu parler de Périclès, de Sophocle, de Socrate. Je revenais comme naturellemnt aux Pelasges mangeurs de glands et aux dieux d’Arcadie à têtes de loups.”

 

 

 

 

EXTRAITS DE “L’ARCHIPEL EN FEU”

ROMAN DE JULES VERNE DE 1884

chapitreII :

...après la mort de son père, qui fut l’une de ces milliers de victimes de la cruauté des Turcs, sa mère, affamée de haine, n’attendit plus que l’heure de se jeter dans le premier soulèvementcontre la tyrannie ottomane”

chapitre III :

Pendant près de deux cents ans, on peut dire que la vie politique de la Grèce fut complètement éteinte. Le despotisme des fonctionnaires ottomans, qui y représentaient l’autorité, passait toutes limites. Les Grecs n’étaient ni des annexés, ni des conquis, pas même des vaincus : c’étaient des esclaves, tenus sous le bâton du pacha, avec l’imam ou prêtre à sa droite, le djellah ou bourreau à sa gauche...
En 1821, les Souliotes et le Magne se soulevèrent. A Patras, l’évêque Germanos, la croix en main, pousse le premier cri. La Morée, la Moldavie, l’Archipel se rangent sous l’étendard de l’indépendance. Les Hellènes, victorieux sur mer, parviennent à s’emparer de Tripolitza. A ces premiers succès des Grecs, les Turcs répondent par le massacre de leurs compatriotes qui se trouvaient à Constantinople...
Les Philhellènes accoururent à leur secours de tous les points de l’Europe. Ce furent des Italiens, des Polonais, des Allemands mais surtout des Français qui se rangèrent contre les oppresseurs. Les noms de Guys de Sainte-Hélène, de Gaillard, de Chauvassaigne, des capitaines Baleste et Jourdain, du colonel Fabvier, du chef d’escadron Regnaud de Saint-Jean d’Angely, du général Maison, auxquels il convient d’ajouter ceux de trois Anglais : lord Cochrane, lord Byron, le colonel Hasting...

En 1822, Ali de Tébelen, assiégé dans sa forteresse de Janina, est lâchement assassiné au milieu d’une conférence que lui avait proposée le général turc Kourschid...

Ce fut dans les luttes de cette année là (1823)que succomba Marco Botsaris, ce patriote dont on a pu dire : il vécut comme Aristide et mourut comme Léonidas...

Ibrahim Pacha voulut aller prendre part au second siège de Missolonghi, dont le général Kiotagi ne parvenait pas à s’emparer, bien que le sultan lui eût dit : Ou Missolonghi ou ta tête! En 1826, le 5 janvier, après avoir brûlé Pyrgos, Ibrahim arrivait devant Missolonghi. Pendant trois jours, du 25 au 28, il jeta sur la ville huit mille bombes et boulets, sans pouvoir y entrer, même après un triple assaut, et bien qu’il n’eût à faire qu’à deux mille cinq cents combattants, déjà affaiblis par la famine.... Le 23 avril, après un siège qui avait coûté la vie à mille neuf cents de ses défenseurs, Missolonghi tombait au pouvoir d’Ibrahim, et ses soldats massacrèrent hommes, femmes, enfants, presque tout ce qui survivait des neuf mille habitants de la ville...

Ainsi voit-on apparaître le nom de Bobolina, née dans une petite île, à l’entrée du golfe de Nauplie. En 1812, son mari est fait prisonnier, emmené à Constantinople, empalé sur ordre du sultan.... Une autre grande figure doit être placée au même rang que cette vaillante Hydriote. Toujours mêmes faits amenant mêmes conséquences. Un ordre du sultan fait étrangler à Constantinople le père de Modena Mavroeinis, femme dont la beauté égalait la naissance. Modena se jette aussitôt dans l’insurrection...” (Jules Verne passe alors en revue les principales héroïnes de la guerre d’indépendance dont Andronika, Despo ... pour conclure) :”on peut voir de quoi étaient capables les descendantes des Héllènes...

dans la ville de Scio... où périrent vingt trois mille chrétiens, sans compter quarante sept mille qui furent vendus comme esclaves sur les marchés de Smyrne...”

chapitre IX :

A cette époque, le sultan avait lancé, contre Scio cet arrêt terrible : feu, fer, esclavage. Le capitan-pacha, Kara-Ali fut chargé de l’exécuter. Il l’accomplit. Ses hordes sanguinaires prirent pied dans l’île. Hommes au dessus de douze ans, femmes au-dessus de quarante ans furent impitoyablement massacrés. Le reste réduit en esclavage...”

chapitreXIII :

A cette époque, les soldats d’ibrahim faisaient encore une guerre féroce aux populations du centre de la Morée (ancien nom du Péloponnèse), tant éprouvées déjà et depuis si longtemps. Les malheureux qu’on ne massacrait pas étaient envoyés dans les principaux ports de la Messénie, à Patras, ou à Navarin,. de là, des navires, les uns frétés par le gouvernement turc, les autres fournis par les pirates de l’Archipel, les transportaient par milliers soit à Scarpanto, soit à Smyrne, où les marchés d’esclaves se tenaient en permanence”....

Alger était encore à la discrétion d’une milice, composée de musulmans et de renégats, rebut des trois continents qui forment le littoral de la Méditerranée, ne vivant que de la vente des prisonniers faits par les pirates et de leur rachat par les chrétiens. Au dix-septième siècle, la terre africaine comptait déjà près de quarante mille esclaves des deux sexes, enlevés à la France, à l’Italie, à l’Angleterre, à l’Allemagne, à la Flandre, à la Hollande, à la Grèce, à la Hongrie, à la Russie, à la Pologne, à l’Espagne dans toutes les mers de l’Europe. A Alger, au fond des bagnes du pacha d’Ali-Mami, des Kouloughis et de Sidi-Hassan, à Tunis, dans ceux de Youssif-Dey, de Galere-Patrone et de Cicala, dans celui de Tripoli....”

 

INVOCATION POUR LES GRECS

poème de Lamartine de 1826

 

 

N’es-tu plus le Dieu des armées?
N’es-tu plus le Dieu des combats?

Ils périssent, Seigneur, si tu ne réponds pas!

L’ombre du cimeterre est déjà sur leurs pas!

Aux livides lueurs des cités enflammées

Vois-tu ces bandes désarmées,

Ces enfants, ces vieillards, ces vierges alarmées?

Ils flottent au hasard de l’outrage au trépas,

Ils regardent la mer, ils te tendent les bras;

N’es-tu plus le Dieu des armées?
N’es-tu plus le Dieu des combats?

 

Jadis tu te levais! tes tribus palpitantes

Criaient : Seigneur! Seigneur! ou jamais ou demain!

Tu sortais tout armé, tu combattais! soudain

L’Assyrien frappé tombait sans voir la main,

D’un souffle de ta peur tu balayais ses tentes,

Ses ossements blanchis nous traçaient le chemin!

Où sont-ils? où sont-ils ces sublimes spectacles

Qu’ont vus les flots de Gad et les monts de Séirs?

Eh quoi! la terre a des martyrs,

Et le ciel n’a plus de miracles?

Cependant tout un peuple a crié : Sauve-moi;

Nous tombons en ton nom, nous périssons pour toi!

 

Les monts l’ont entendu! les échos de l’Attique

De caverne en caverne ont répété ses cris,

Athènes a tressailli sous sa poussière antique

Sparte les a roulés de débris en débris!

Les mers l’ont entendu! les vagues sur leurs plages,

Les vaisseaux qui passaient, les mâts l’ont entendu!

Le lion sur l’Oeta, l’aigle au sein des nuages;

Et toi seul, ô mon Dieu! tu n’as pas répondu!

 

Ils t’ont prié, Seigneur, de la nuit à l’aurore,

Sous tous les noms divins où l’univers t’adore;

Ils ont brisé pour toi leurs dieux, ces dieux mortels,

Ils ont pétri, Seigneur, avec l’eau des collines,

La poudre des tombeaux, les cendres des ruines,

Pour te fabriquer des autels!

 

Des autels à Délos! des autels sur Egine!

Des autels à Platée, à Leuctre, à Marathon!

Des autels sur la grève où pleure Salamine!

Des autels sur le cap où méditait Platon!

 

Les prêtres ont conduit le long de leurs rivages

Des femmes, des vieillards qui t’invoquaient en choeurs,

Des enfants jetant des fleurs

Devant les saintes images,

Et des veuves en deuil qui cachaient leurs visages

Dans leurs mains pleines de pleurs!

 

Le bois de leurs vaisseaux, leurs rochers, leurs murailles,

Les ont livrés vivants à leurs persécuteurs,

Leurs têtes ont roulé sous les pieds des vainqueurs

Comme des boulets morts sur les champs de batailles;

Les bourreaux ont plongé la main dans leurs entrailles;

Mais ni le fer brûlant, Seigneur, ni les tenailles

N’ont pu t’arracher de leurs coeurs!

 

Et que disent, Seigneur, ces nations armées

Contre ce nom sacré que tu ne venges pas!

Tu n’es plus le Dieu des armées!

Tu n’es plus le Dieu des combats!

 

(De Lamartine voir également le “Voyage en Orient” publié en 1835 où il décrit l’état de ruines dans lequel les Turcs ont laissé la Grèce et les destructions des oliviers)

 

 

 

extraits du chant II de “Childe Harold’s Pilgrimage” de Lord Byron

(publié à Londres en 1812; traduction française utilisée : Florence Guilhot et J.L. Paul, éditions Ressouvenances septembre 2001)

 

 

LXI : “On n’entend jamais la voix de la femme :

Sans se mouvoir, gardée, voilée, bannie,

Elle livre à un seul son être et sa flamme

Soumise, en cage, sans acrimonie,

A ce maître à qui elle s’est unie...”

 

LXXIII : “ Belle Grèce! Amer vestige, éclat passé!

Grande déchue, caduque impérissable!

Qui mènera tes enfants dispersés?

Qui rompra le servage interminable?

Jadis tes fils n’étaient point comparables,

Attendant les guerriers voués au caveau.

Des Termopyles, sépulcre lamentable

Qui réveillant cet esprit brave et beau.
S’élançant d’Eurotas, te prendra du tombeau ?”

 

 

LXXV : “Ils sont changés en tout hormis de corps!

Qui voit la flamme briller en leurs yeux

Croirait bien que leurs coeurs brûlent encor,

liberté perdue, de ton feu radieux.

S’approche l’heure qui, de leurs aïeux

-Rêvent beaucoup-, leur rendra l’héritage :

D’arme et d’aide d’autrui sont-ils envieux,

N’osant seuls affronter l’hostile rage,

Rayé leur nom souillé du livre d’Esclavage.”

 

LXXVI : “Ignorez-vous, esclaves de l’histoire :

Qui se veut libre est son libérateur,

Ses droites armes forgent sa victoire ?

Celte ou Slave vous seraient protecteurs?

Non! Qu’ils terrassent vos fiers spoliateurs,

Et la flammme libre pour vous ne monte !

Ombres d’ilotes! Soyez triomphateurs!

Votre état dure quiconque vous dompte :

Le jour glorieux prit fin, non vos années de honte.

 

 

LXXVII :”La Cité pour Allah prise au Giaour,

Il pourra la reprendre à l’Ottoman;

Et du Sérail l’impénétrable tour

Reverra son hôte, le Franc ardent,

Les Rebelles de Wahab dépouillant

la tombe du Prophète, feront chemin

Sanglant qui serpente vers l’Occident...”

 

LXXIX :”Lequel défile avec plus de folie,

Istanbul, jadis reine de leur règne?

Si les turbans souillent Sainte-Sophie,

Si les vrais autels la Grèce dédaigne...”

 

LXXXIII : “C’est ce que sent le vrai fils de la Grèce,

Si elle peut en vanter dans ses rangs,

Lorsque tant, parlant guerre, en paix s’abaisse

Cette paix de l’esclave soupirant...”

 

LXXXIV :”Puisse Sparte réveiller son ardeur,

Un Epaminondas Thèbes connaître,

Les fils d’Athènes être doués d’un coeur,

Tes mères, Grèce! des hommes faire naître...”

 

 

 

 

CRI DE GUERRE DU MUFTI

(Poème de Victor Hugo d’octobre 1828, publié en 1829 dans la série “Les Orientales”)

 

En guerre les guerriers! Mahomet! Mahomet!

Les chiens mordent les pieds du lion qui dormait;

Ils relèvent leur tête infâme;

Ecrasez, ô croyants du prophète divin,

Ces chancelants soldats qui s’enivrent de vin,

Ces hommes qui n’ont qu’une femme!

 

Meure la race franque et ses rois détestés!

Spahis, timariots, allez, courez, jetez

A travers les sombres mélées

vos sabres, vos turbans, le bruit de votre cor,

Vos tranchants étriers, larges triangles d’or,

Vos cavales échevelées!

 

Qu’Othman, fils d’Ortogrul, vive en chacun de vous,

Que l’un ait son regard et l’autre son courroux.

Allez, allez, ô capitaines!

Et nous te reprendrons, ville aux dômes d’azur,

Molle Setiniah, qu’en leur langage impur

les barbares nomment Athènes!

 

 

 

 

LE VOILE

(Poème de Victor Hugo de septembre 1828, publié en 1829 dans la série “Les Orientales”)

 

LA SOEUR

Qu’avez-vous, qu’avez-vous, mes frères ?

Vous baissez des fronts soucieux;

Comme des lampes funéraires,

Vos regards brillent dans vos yeux.
Vos ceintures sont déchirées;

Déjà trois fois, hors de l’étui,

Sous vos doigts, à demi tirées,

Les lames des poignards ont lui.

 

LE FRERE AINE

N’avez-vous pas levé votre voile aujourd’hui ?

 

LA SOEUR

Je revenais du bain, mes frères,

Seigneurs, du bain, je revenais,

Cachée aux regards téméraires

Des Giaours et des Albanais.

En passant près de la mosquée

Dans mon palequin recouvert,

L’air du midi m’a suffoquée;

Mon voile un instant s’est ouvert.

LE SECOND FRERE

Un homme alors passait ? un homme en caltan vert.

 

LA SOEUR

Oui... peut-être...mais son audace

n’a point vu mes traits dévoilés...

Mais vous vous parlez à voix basse,

A voix basse vous vous parlez.

Vous faut-il du sang? sur mon âme,

Mes frères, il n’a pu me voir.
Grâce! tuerez-vous une femme,

Faible et nue en votre pouvoir !

 

LE TROSIEME FRERE

Le soleil était rouge à son coucher ce soir!

 

LA SOEUR

Grâce! qu’ai-je fait? grâce! grâce!

Dieu! quatre poignards dans mon flanc!

Ah! par vos genoux que j’embrasse...

O mon voile! ô mon voile blanc!

Ne fuyez pas mes mains qui saignent,

Mes frères, soutenez mes pas!

Car sur mes regards qui s’éteignent

S’étend un voile de trépas.

 

LE QUATRIEME FRERE

C’en est un que du moins tu ne lèveras pas!

 

L’ENFANT

(Poème de Victor Hugo de juin 1828, publié en 1829 dans le série “Les Orientales”)

 

Les Turcs ont passé là : tout est ruine et deuil.

Chio, l’île des vins, n’est plus qu’un sombre écueil,

Chio qu’ombrageaient les charmilles,

Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,

Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois

Un choeur dansant de jeunes filles.

Tout est désert : mais non, seul près des murs noircis,

Un enfant aux yeux bleus, un enfant grec, assis,

Courbait sa tête humiliée.

Il avait pour asile, il avait pour appui

une blanche aubépine, une fleur, comme lui

Dans le grand ravage oubliée.

 

Ah! pauvre enfant, pieds nus sur les rocs anguleux!

Hélas! pour essuyer les pleurs de tes yeux bleus

Comme le ciel et comme l’onde,

Pour que dans leur azur, de larmes orageux,

Passe le vif éclair de la joie et des jeux,

Pour relever ta tête blonde,

 

Que veux-tu? bel enfant, que faut-il donner

Pour rattacher gaiement et gaiement ramener

En boucles sur ta blanche épaule

Ces cheveux qui du fer n’ont pas subi l’affront,

Et qui pleurent épars autour de ton beau front,

Comme les feuilles sur le saule ?

 

Qui pourrait dissiper tes chagrins nébuleux ?

Est-ce d’avoir ce lis, bleu comme tes yeux bleus,

Qui d’Iran borde le puits sombre ?

Ou le fruit du tuba, de cet arbre si grand,

Qu’un cheval au galop met toujours en courant

Cent ans à sortir de son ombre?

 

Veux-tu pour me sourire, un bel oiseau des bois,

Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,

Plus éclatant que les cymbales?

Que veux-tu? fleur, beau fruit, ou l’oiseau merveilleux?

Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles.

timbre grec de 1971 commémorant la victoire navale de Samos contre les Turcs

timbre grec de 1971 commémorant la victoire navale de Samos contre les Turcs

Partager cet article
Repost0