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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 09:19

Le Mont Granier, autrefois appelé Mont Apremont, qui culmine à 1933 mètres d'altitude se trouve à l'extrémité nord du massif de la Chartreuse, à la limite de la Savoie et du département de l'Isère, en sachant qu'à l'occasion des guerres entre Savoie et Dauphiné, les limites ont parfois varié. Voir note N°74 http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-guerres-dauphine-savoie-110715942.html

Ce Mont a défrayé la chronique récemment, par suite d'éboulements, principalement les 8 janvier et 7 mai 2016.

Voici ce que l'on peut lire sur le Mont Granier dans le « dictionnaire du Duché de Savoie » publié en 1840 et réédité en 2 volumes (2004 et 2005) par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie (SSHA en abrégé, dont le siège est à Chambéry 244 quai de la Rize) :

« Le bouleversement de la nature que l'on observe dans ce local, parsemé de grandes masses calcaires, fut opéré par la chute d'une partie du mont Granier, dont l'échancrure en faucille correspond parfaitement aux décombres qui couvrent la plaine qui était au pied de cette montagne. Cet événement, que l'ignorance surchargea de contes ridicules et de fables, eut lieu le jour de Ste Catherine (25 novembre 1248). L'éboulement couvrit et détruisit cinq paroisses et particulièrement la ville de Saint André qui était le titre du décanat de Savoie… L'existence de cette ville (Saint André) est constatée par divers actes de notaires ou autres officiers publics qui y ont été passés avant 1248 ; ce qui prouve l'existence d'un vieux chapitre de chanoines réguliers et l'existence d'un tribunal ecclésiastique. »

Commentaires :

*L'éboulement de 1248 suscita de nombreux textes et beaucoup de controverses avec des désaccords sur la date de l'écroulement, ses causes, son mode, le nombre de villages ensevelis, le nombre de victimes…

L'étude la mieux documentée semble être celle du chanoine François Trépier (aumônier de l'hôpital militaire de Chambéry) de 1879 : « Recherches historiques sur le décanat de Savoie ». Cette étude a été reprise dans les « Mémoires de l'Académie de Savoie » en 1886. Voici la synthèse que l'on peut faire de l'événement de 1248 :

la catastrophe : C'est un peu avant minuit le 24 novembre 1248, qu'une partie importante du Mont Apremont s'écroula, ensevelissant 5 paroisses regroupant 16 villages ou hameaux. L'écroulement semble avoir recouvert un territoire de 23 km² (dimensions maximales : 8 kms sur 6). Voici le nom des paroisses avec leur population selon l'estimation faite par François Trépier : Saint André (2.000/3.000), Granier (200/1200), Saint Pérange (400/800), Cognin (100/300), Vourez (900/1200). Cela ferait une fourchette de victimes comprise entre 3600 et 6500. C'est le chiffre de 5.000 que l'on trouve le plus souvent dans des articles ou ouvrages sur cet écroulement de 1248. François Trépier s'est basé pour obtenir ces chiffres sur des montants de contributions demandées aux paroissiens lors de visites pastorales de l'évêque de Grenoble.

Cependant les spécialistes récents pensent que cela représente une densité de population trop importante et ramène le nombre de victimes entre 1.000 et 2.000.

Toujours est-il qu'en 1248, la ville de Saint André était plus importante que Chambéry. C'est après 1248 que Chambéry a succédé à Saint André comme siège du décanat de Savoie. De même le Mont Apremont a pris le nom de Mont Granier en souvenir du village disparu et le lac qui s'est formé le nom de Saint André.

Le décanat de Savoie : La région du Mont Granier appartint au peuple des Allobroges puis fut intégrée à la cité de Vienne après la conquête romaine de l'Allobrogie en -121. Sous l'empereur Dioclétien, vers l'an 290, la cité de Vienne fut divisée en 3 : Cité de Vienne, Cité de Grenoble et cité de Genève. La limite entre Grenoble et Genève passait juste au nord d'Aix-les-Bains.

Lorsque la chrétienté s'organisa, elle reprit en grande partie les découpages romains.

Un évêché fut créé à Grenoble vers l'an 380, Chambéry y fut rattaché ; un autre à Genève vers l'an 400, Annecy s'y retrouva.

Les souverains de la Maison de Savoie tentèrent d'obtenir un évêché à Chambéry mais cela ne se fit qu'en l'an 1779. L'église Saint François devint alors cathédrale. L'évêché de Chambéry prit de l'importance lorsque lui furent rattachés en avril 1966, l'évêché de Tarentaise (siège à Moutiers) créé vers l'an 420 et l'évêché de Maurienne (siège à Saint Jean de Maurienne) créé vers l'an 575.

A noter que la conversion de Genève au protestantisme obligea l'évêque de Genève à se replier sur Annecy, tout en conservant son titre d'évêque de Genève. De fait Annecy eut donc un évêque à partir de l'an 1536, c'est-à-dire 2 siècles avant Chambéry. C'est l'église Saint Pierre d'Annecy qui devint cathédrale.

Entre la création de l'évêché de Grenoble et celui de Chambéry, il y eut dans la région un « décanat » ou administration religieuse décentralisée mais qui dépendait de l'évêque de Grenoble et qui fut donc d'abord à Saint André.

Le contexte :

La dynastie Savoie avait pris naissance en Maurienne vers l'an 1032, lorsqu'un empereur germanique donna un titre de comte au Mauriennais Humbert. Sa première résidence fut au château de Charbonnières sur Aiguebelle en Maurienne puis au Bourget du Lac. C'est en février 1295 que le comte de Savoie Amédée V (quatorzième comte de Savoie) acheta le « château » de Chambéry. On ne sait pas très bien ce qu'était le château à cette époque, mais probablement peu de choses. Les souverains de Savoie y investirent et firent de Chambéry leur capitale avant de la transférer à Turin (en 1562). L'essentiel des bâtiments de l'actuel château de Chambéry datent du XIVe/XVe siècles.

On peut se demander si les comtes de Savoie auraient investi sur le bourg de Chambéry si celui-ci n'avait pas récupéré le décanat de Savoie ? Autrement dit, en s'écroulant en 1248, le Mont Granier a fait le malheur de Saint André et de sa proximité mais a peut-être fait la prospérité de Chambéry.

J.D. 11 juin 2016

Le Mont Granier, "l'échancrure" photo J.D. 10 juin 2016

Le Mont Granier, "l'échancrure" photo J.D. 10 juin 2016

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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 15:08

I- En Belgique :

Marie José naquit le 4 août 1906 à Ostende. Elle est la fille d'Albert 1er (1875/1934) roi des Belges de 1909 à son décès et d'Elisabeth de Bavière (1876/1965) reine des Belges à partir de son mariage à Munich avec Albert le 2 octobre 1900. Cette Elisabeth qui soigna les blessés durant la guerre de 14 fut surnommée « la reine infirmière ». Voir illustration sur note N°171 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/les-femmes-et-la-guerre-de-14-n-171.html. Elle était la filleule d'Elisabeth d'Autriche dite Sisi.

Pour sa part Marie José se maria le 8 janvier 1930, à Rome, avec Humbert fils de Victor-Emmanuel III roi d'Italie. Avec Humbert elle eut 4 enfants.

II - En Italie :

Marie José vécut à Rome dans un contexte très difficile :

*Victor-Emmanuel III était devenu roi suite à l'assassinat, par un anarchiste, de son père (Humbert 1er décédé à Monza le 29 juillet 1900).

*Suite à la marche sur Rome le 28 octobre 1922, le roi avait fait appel dès le 30 octobre à Benito Mussolini pour former un gouvernement.

*Dans les années 1911/1912, suite à une guerre gagnée contre l'empire ottoman, l'Italie avait commencé à se constituer un empire colonial. Mussolini poursuivit en envahissant l'Ethiopie en 1935 puis l'Albanie en 1939 et faisait décerner à Victor-Emmanuel III le titre d'empereur d'Ethiopie le 9 mai 1936 et de roi d'Albanie le 7 avril 1939. Pour la Maison de Savoie issue d'Humbert modeste Mauriennais au XIe siècle, se retrouver avec un titre d'empereur devait être satisfaisant !

*Puis il y eut tous les accords : Le 1er novembre 1936, à Milan Mussolini annonçait l'alliance avec l'Allemagne. Le 6 novembre 1937, l'Italie adhérait au pacte anti-komintern (ou troisième internationale, voir fiche N°182 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/06/la-russie-sovietique-en-1925-n-182.html) signé entre l'Allemagne et le Japon l'année précédente. Le 27 septembre 1940, l'Italie adhèra au pacte tripartite (Allemagne, Japon, Italie que rejoindront ensuite la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie, la Bulgarie et la Yougoslavie).

*Le 1er septembre 1939, l'Allemagne avait envahie la Pologne, puis la Hollande, le Luxembourg et la Belgique le 10 mai 1940, sans déclaration de guerre mais ce n'est pas cela qui pouvait embarrasser Hitler !

*En Belgique c'était le frère de Marie José qui était devenu roi sous le nom de Léopold III depuis le 23 février 1934. Ainsi Marie-José se retrouvait dans un pays d'adoption allié de l'Allemagne qui envahissait son pays natal et alors que son frère était roi.

*Le 10 juin 1940, l'Italie déclarait la guerre à la France. Mussolini espérait profiter de la débâcle française pour récupérer la Corse, Nice et la Savoie, rien de moins !

*D'abord vainqueurs, les pays de l'axe commençaient à subir des défaites après qu'Hitler ait rompu son alliance avec Staline. Après les débarquements des alliés en Sicile, en juillet 43, puis dans le sud de l'Italie en septembre 1943, le roi Victor-Emmanuel III fit arrêter Mussolini ; voir la dernière partie de la fiche N°43 http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-republiques-italiennes-75683488.html

*Malgré son revirement, Victor-Emmanuel III dut démissionner le 9 mai 1946 en faveur de son fils.

Humbert devint donc roi d'Italie sous le nom d'Humbert II le 9 mai 1946 et Marie José reine d'Italie.... jusqu'au référendum du 2 juin 1946 qui mit fin, après 24 jours de règne, à la monarchie et instaura la République. Marie José fut surnommée « la Reine de Mai ».

III – En Suisse :

Dès le 6 juin, Marie José et ses enfants partirent pour le Portugal où Humbert les rejoignit le 13 juin. La constitution italienne adoptée après la proclamation de la République, interdit le séjour en Italie des membres de la famille royale.

En août 1947, Marie José vint s'installer à Genève. Elle décéda le 27 janvier 2001 à Thonex près de Genève. Elle fut inhumée à Hautecombe où se trouvait déjà Humbert II décédé le 18 mars 1983 (dans la première chapelle à droite en entrant dans l'église de l'abbaye d'Hautecombe, sur la rive ouest du lac du Bourget)

Il fallut attendre une loi constitutionnelle du 23 octobre 2002 pour que les membres de la famille royale soient autorisés à remettre les pieds en Italie. Certains auteurs pensent que le référendum du 2 juin 1946 fut truqué. Je n'ai pas les éléments pour avoir une opinion sur le sujet mais bientôt 70 ans plus tard, la question n'a plus d'intérêt.

Marie José voyagea beaucoup. Elle écrivit une histoire de la Maison de Savoie en 3 volumes publiés en édition française chez Albin Michel, le tome 1 en juillet 1957, le second en avril 1962 et le dernier en octobre 1962. Elle publia également en édition italienne « Emanuele Filiberto di Savoia » (duc de Savoie de 1553 à 1580)

Les textes de Marie José sont d'une grande érudition.

J.D. 21 novembre 2014

tombeaux d'Humbert II et Marie José à Hautecombe, photo du livre "Abbaye d'hautecombe" publié par la Communauté du Chemin Neuf

tombeaux d'Humbert II et Marie José à Hautecombe, photo du livre "Abbaye d'hautecombe" publié par la Communauté du Chemin Neuf

photos d'Humbert II et Marie José, photos du livre "Abbaye d'Hautecombe publié par la Communauté du Chemin Neuf

photos d'Humbert II et Marie José, photos du livre "Abbaye d'Hautecombe publié par la Communauté du Chemin Neuf

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 17:56

En 1365, Charles IV empereur germanique passa en Savoie, en route vers Avignon où il allait pour se faire couronner « roi d'Arles » par le pape Urbain V. Le couronnement eut lieu le 4 juin 1365 dans l'église Saint Trophyme d'Arles.

LE ROYAUME D'ARLES :

Au début du cinquième siècle de notre ère, les Romains avaient laissé les Burgondes (originaires de l'Europe de l'est) s'installer dans une partie de la Gaule (région de la Savoie principalement) pour s'en faire des alliés contre les Huns (c'était les autres contre les Huns en précisant que la bataille des « champs catalauniques » où Attila fut vaincu par Aetius n'est pas située dans l'Ain mais dans l'autre c'est à dire près de Troyes dans l'Aube, ce qui n'en fait pas pour autant la guerre de Troie).

A partir de là s'étendit rapidement un royaume des Burgondes sur une grande partie du sud-est de la France mais pour relativement peu de temps car les Burgondes furent vaincus par les Francs au cours de plusieurs batailles entre 523 et 534.

Les Carolingiens firent l'unité de la France et même au-delà puisque le célèbre Charlemagne avait fixé sa capitale à Aix-la-Chapelle (Aachen pour les Allemands).

L'unité fut aussi brève puisque les petits-fils de Charlemagne se partagèrent son empire au traité de Verdun en 843. Toute la région sud-est se retrouva dans la « Lotharingie » en région tampon entre la « Francie occidentale » (future région francophone) et la « Francie orientale » (future région germanophone)

De rivalités en batailles et en divisions naquirent d'abord une Bourgogne transjurane et une Bourgogne cisjurane ou de Provence puis un royaume d'Arles en l'an 933 qui correspondait grosso-modo à l'ancienne Gaule narbonnaise.

La Savoie après avoir été allobroge, romaine, burgonde, franque, bourguignogne, s'était retrouvée dans le royaume d'Arles.

Se succédèrent comme rois d'Arles : Rodolphe II de 933 à 937, Conrad le Pacifique de 937 à 993 et Rodolphe III dit le Fainéant qui mourut le 6 septembre 1032. Sans descendant, en 1026, il avait institué Conrad II empereur germanique comme son héritier. Ce Conrad avait été confirmé roi d'Arles, le 2 février 1033 à Payerne (commune suisse du canton de Vaud) par une assemblée de notables et couronné roi d'Arles le 1er août 1034 à Genève par une assemblée d'évêques.

De son côté la France avait récupéré l'ancienne Bourgogne « transjurane » et voulait s'étendre. C'est pour se prémunir contre les visées d'extensions françaises que Conrad II Empereur germanique et roi d'Arles donna, en 1034, un titre de comte au Mauriennais Humbert et que commença l'histoire de la dynastie de la Maison de Savoie.

Amédée VI, le comte Verd avait obtenu, par décision du 17 mai 1361, de l'empereur Charles IV que la Savoie soit directement rattachée à l'autorité de l'empire et non plus par l'intermédiaire de ce royaume d'Arles.

C'est ainsi que la Savoie se retrouva directement vassale du Saint Empire romain germanique et le resta jusqu'à ce que les ducs de Savoie reçoivent un titre de roi suite aux traités d'Utrecht en 1713.

CHARLES IV A CHAMBERY :

A l'annonce de la venue de l'Empereur, le comte Verd s'était porté au devant de Charles IV, l'avait rejoint à Morat (en Suisse dans le canton de Fribourg) et l'avait accompagné par Payerne, Lausanne, Genève, Rumilly, jusqu'à Chambéry pour y faire une entrée triomphale le 11 mai 1365.

Le 13 mai 1365 eut lieu sur la place du château une cérémonie mémorable durant laquelle l'empereur, entouré des « princes-électeurs » (voir liste sur fiche N°167) investit le comte Verd d'un titre de « vicaire impérial » ce qui donnait à Amédée VI autorité sur de nombreux évêques dont ceux de Genève, Lausanne, Sion, Grenoble, Lyon, Turin etc

Il en coûta 100.000 écus d'or à Amédée VI ! Charles IV vendait titres et fonctions. Joseph Henri Costa de Beauregard écrit en 1816 (dans « mémoires historiques sur la Maison royale de Savoie ») que Charles IV avait « acheté en gros son empire pour le revendre en détail ».

La cérémonie fut suivie d'un grand banquet, puis le comte Verd accompagna l'empereur jusqu'en Avignon par Grenoble, Saint Marcellin, Valence … Ils arrivèrent en Avignon le 22 mai 1365.

Le 2 juin, d'Avignon, l'empereur autorisait la fondation à Genève d'une Université sous la protection des comtes de Savoie.

Cette décision associée au Vicariat livrait de fait Genève à la Maison de Savoie. Les souverains de Savoie successifs étendirent leur domination sur la Suisse sur un territoire qui correspond grosso-modo à la Suisse francophone d'aujourd'hui mais sans Genève

Les grandes manœuvres diplomatiques autant que militaires permirent à la Savoie de s'auto-proclamer un moment protectrice de Genève. Mais les Savoyards ne purent aller plus loin et leurs tentatives pour s'emparer de Genève se terminèrent par la lamentable (pour les Savoyards) nuit de l'escalade en décembre 1602, événement que les Suisses, légitimement, sont fiers de fêter régulièrement. Sur cette nuit de l'escalade, voir "Genève" sur la note N°56. Selon plusieurs sources, si les souverains savoyards avaient annexé Genève ils en auraient probablement fait leur capitale et quand on voit les investissements prestigieux qu'ils firent à Turin, les Genevois ont peut-être fait le mauvais choix mais on ne réécrit pas l'histoire ! Et en définitive ce sont les Genevois qui en 1816 ont récupéré 24 communes savoyardes qui font depuis partie du canton de Genève (voir liste sur note N° 142).

LA SUITE :

Les évêques concernés furieux de se retrouver sous la coupe du comte de Savoie multiplièrent les démarches tant auprès du Pape que de l'Empereur. Leurs démarches furent suivies d'effet puisque le 13 septembre 1366 Charles IV révoquait le vicariat impérial qu'il avait donné au comte Verd. Dans la foulée, l'université de Genève ne fut pas fondée tout au moins pas par la Savoie ni à la même époque puisque c'est Calvin en définitive qui fonda l'Université de Genève en 1559.

Nota : au quatorzième siècle on écrivait « verd » et non « vert » d'où sont restés : verdure, verdâtre, verdoyant, reverdir...Le surnom de Verd ayant été donné au comte Amédée VI et étant devenu son nom, il me parait qu'il y a lieu de lui conserver son orthographe d'origine. Il semble que je sois le seul de cet avis, mais comme le dit Victor Hugo : « s'il n'en reste qu'un... ». Personne ne m'en fera procès, encore que, par les temps qui courent, on se retrouve vite sur le mur des cons du syndicat de la magistrature !

J.D. 23 octobre 2014

références note N°56 : http://jean.delisle.over-blog.com/article-savoie-et-maison-de-savoie-99226231.html

références : note N°142 : http://jean.delisle.over-blog.com/2013/12/geneve-et-la-savoie-n-142.html

note N°167 : http://jean.delisle.over-blog.com/2014/12/marguerite-d-autriche-duchesse-de-savoie-n-167.html

Tour des Archives château des ducs, photo J.D. prise de la tour mi-ronde le 21 septembre 2014

Tour des Archives château des ducs, photo J.D. prise de la tour mi-ronde le 21 septembre 2014

Château des Ducs à Chambéry, tour mi-ronde depuis le portail Saint Dominique, photo J.D. 28 novembre 2014

Château des Ducs à Chambéry, tour mi-ronde depuis le portail Saint Dominique, photo J.D. 28 novembre 2014

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 11:24

Le 10 septembre 1926 (douzième anniversaire de la première bataille de la Marne qui se déroula du 6 au 12 septembre 1914), une délégation allemande conduite par Gustav Stresemann, ministre des Affaires étrangères de la République de Weimar, faisait une entrée triomphale dans la salle des séances de la Société Des Nations (S.D.N.) à Genève.

Voilà ce que décrit Georges Suarez dans « Briand » tome VI (édité en 1952) chapitre II :

« Les délégués allemands reçurent, en débarquant à Genève, un accueil indescriptible. Il faut se replacer dans l'atmosphère de cette époque, où seules étaient visibles les apparences créées et exploitées par les traités de Locarno....(voir la fiche N°187 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/07/deux-discours-remarquables-le-30-novembre-1925-n-187.html)

Une foule immense avait envahi les voies d'accès , les tribunes, les couloirs de la S.D.N. Dans la salle, les délégués debout acclamaient les représentants de l'Allemagne...

Le président donna la parole à Stresemann qui, aux applaudissements frénétiques de l'assistance, monta à la tribune et prononça un fort beau discours.... ».

Ce fut Aristide Briand qui répondit au discours de Stresemann. Voici des extraits du discours de Briand :

« N'est-ce-pas un spectacle émouvant, particulièrement édifiant et réconfortant, que, quelques années à peine après la plus effroyable guerre qui ait jamais bouleversé le monde, alors que les champs de bataille sont encore presque humides de sang, les peuples, les mêmes peuples qui se sont heurtés si rudement se rencontrent dans cette Assemblée pacifique et s'affirment mutuellement leur volonté commune de collaborer à l’œuvre de paix universelle ?

Quelle espérance pour les peuples ! Et comme je connais des mères qui, après cette journée, reposeront leurs yeux sur leurs enfants sans sentir leur cœur se serrer d'angoisse !

Messieurs, la paix, pour l'Allemagne et pour la France, cela veut dire : c'en est fini de la série des rencontres douloureuses et sanglantes dont toutes les pages de l'histoire sont tachées ; c'en est fini des longs voiles de deuil sur des souffrances qui ne s'apaiseront jamais ; plus de guerres, plus de solutions brutales et sanglantes à nos différents ! Certes, ils n'ont pas disparu, mais, désormais, c'est le juge qui dira le droit. Comme les individus qui s'en vont régler leurs difficultés devant le magistrat, nous aussi, nous réglerons les nôtres par des procédures pacifiques.
Arrière les fusils, les mitrailleuses les canons ! Place à la conciliation, à l'arbitrage, à la pai
x ! »

La dernière phrase, qui fut célèbre à l'époque, déchaîna à l'assemblée de la S.D.N. à Genève une véritable tempête d'applaudissements. Suarez reproduit le commentaire qu'en fit une biographe de l'époque : Mme Antonino Vallentin :

« Les bras de l'homme s'étaient levés, une vision d'Apocalypse semblait passer devant ses yeux. Le public haletait, les mains s'agrippaient au parapet des tribunes, des larmes coulaient sur de durs visages ».

Interrompu par les applaudissements, Briand reprit un très long discours dont voici de nouveaux extraits :

« Il faut bien le dire, si l'Europe retrouve son équilibre économique, son équilibre moral, si les peuples ont conscience qu'ils sont en sécurité, ils pourront secouer de leurs épaules les lourds fardeaux qu'imposent les inquiétudes de la guerre ; ils pourront collaborer à l'amélioration de leur situation respective ; il se créera enfin un esprit européen....

L'Arbitrage ! Ce mot a maintenant tout son prestige et toute sa force ; les traités d'arbitrage se multiplient ; de peuple à peuple, on se promet de ne plus se battre, de recourir à des juges. La paix chemine à travers toutes ces entreprises, et c'est l'esprit de la Société des Nations qui les anime...

Avec elle, la Paix ! Sans elle, tous les risques de guerre et de sang dont les peuples n'ont que trop pâti...

Je me félicite d'avoir pu assister à cet événement. Il tiendra, j'en suis sûr, une grande place dans l'histoire. A nous de nous employer pour qu'aucune imprudence des uns ou des autres ne vienne compromettre les espérances des peuples ».

Suarez fait ce commentaire :

« Les derniers mots se perdirent dans une ovation délirante. Ce jour là, pour la première fois, se forma une véritable mystique de la S.D.N. Elle n'était pas sans grandeur ni sans sincérité. Mais elle allait donner à ce Parlement qui avait surtout besoin de raison, l'inspiration fanatique d'une nouvelle religion. Tant que Briand sera là, pour contenir les fougueux élans que son éloquence déchaînait, les dangers de ce prosélytisme seront réduits. Quand il disparaîtra, personne ne sera de taille pour les conjurer. »

Il faut tenir compte que Suarez écrit ces lignes en 1952, donc après la seconde guerre mondiale. Mais cela amène néanmoins à s'interroger sur la S.D.N. ancêtre de l'ONU. Comment en effet a-t-on pu passer d'un état d'euphorie, de coopération internationale des années 1920 (accords de Locarno, fonctionnement de la SDN, pacte Briand-Kellogg), à la catastrophe qui a suivi : arrivée des nazis au pouvoir en Allemagne (c'est le 30 janvier 1933 que le Président Hindenburg appela Hitler comme Chancelier), guerre d'Espagne commencée en juillet 1936, invasion de la Chine par le Japon commencée en août 1928, conquêtes coloniales italiennes des années 30, guerre entre la Bolivie et le Paraguay en 1932, alliance Rome/Berlin en octobre 1936, annexion de l'Autriche en mars 1938, invasion de la Tchécoslovaquie en mars 1939 , pactes germano-soviétiques d'août 1939, seconde guerre mondiale... et en si peu de temps ?

Nota : à Genève, la S.D.N. s'installa d'abord dans le palais Wilson quai Wilson. C'est là que fut reçue la délégation allemande en septembre 1926. Ce fut le siège de la S.D.N. jusqu'au transfert en 1936 au Palais des Nations dans le parc de l'Ariana jusqu'à la fin de la S.D.N. en 1946.

Depuis 1998, le palais Wilson accueille le Haut Commissariat des Nations-Unies aux droits de l'homme et depuis 1966, le palais des Nations est devenu le siège européen de l'ONU avec un certain nombre d'agences spécifiques comme : l'AIEA (agence internationale de l'énergie atomique) , la FAO (agence pour l'alimentation et l'agriculture), l'UNESCO etc

La Société des Nations :

Dès le XIXe siècle, l'idée fit son chemin qu'il fallait remplacer les guerres par le droit et l'arbitrage pour régler les conflits entre Nations. Ainsi, un « Bureau international de la Paix » avait été créé à Berne en 1892 et des « conférences internationales de la paix » s'étaient tenues à La Haye de 1899 à 1907.

Cette idée fut reprise par Woodrow Wilson président des Etats-Unis le 8 janvier 1918 dans un discours devant le Congrès américain où il définissait en 14 points les conditions qui devaient être remplies pour terminer la guerre. Voici le point 14 :

« une association générale des Nations doit être constituée sous des alliances spécifiques ayant pour objet d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux petits comme aux grands Etats ».

Après l'armistice de novembre 1918, il y eut la conférence de Paris préparant le traité de Versailles.

C'est à l'hôtel Crillon à Paris que fut rédigé du 3 février au 11 avril 1919 le « pacte » de la Société des Nations. Et la création de cette Société des Nations fut intégrée dans le traité de Versailles.

La première réunion de la S.D.N. eut lieu à Londres le 10 janvier 1920. Elle ratifia le traité de Versailles. Le pacte prévoyait essentiellement deux grandes choses :

*la création d'une « cour permanente internationale de justice » qui fut effectivement créée à La Haye en 1922

*des procédures d'arbitrage pour régler les conflits.

C'est à partir du 1er novembre 1920 que la S.D.N. siégea à Genève

organisation :

*45 pays avaient adhéré à la Société des Nations à ses débuts, mais cela ne comprenait pas les Etats-Unis malgré qu'ils furent à l'origine de cette institution. Les Etats-Unis ne ratifièrent pas le traité de Versailles et le Sénat américain émit le 19 novembre 1919 un vote négatif à l'adhésion à la S.D.N.

La Russie n'adhéra que le 18 septembre 1934 pour en être exclue le 14 décembre 1939 suite à l'invasion de la Pologne. L'Allemagne fut admise en 1926, mais avec l'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933, l'Allemagne quittait la Société des Nations. Le Japon condamné par la S.D.N. pour l'invasion de la Chine quittait la S.D.N. en 1933 et l'Italie en 1937. Au maximum la S.D.N. compta 60 membres fin 1934, début 1935.

L'organisation de la S.D.N. comprenait (outre la Cour de La Haye):

*Une Assemblée Générale qui réunissait des représentants de tous les pays membres, avec à la tête de l'Assemblée générale un président

*Un Conseil avec des membres permanents et des non permanents. Il y eut, à l'origine, 4 membres permanents (la France, la Grande-Bretagne, l'Italie et le Japon). En 1926, l'Allemagne devint le cinquième membre permanent. Il y eut également 4 membres non permanents élus pour 3 ans (les premiers membres élus pour 3 ans furent la Grèce, la Belgique, le Brésil et l'Espagne) puis on passa à 6 membres non permanents en 1922 puis à 9 en 1926. Le Conseil se réunissait 5 fois par an.

*Il y avait enfin un secrétariat général avec un Secrétaire Général.
En outre, la S.D.N s'adjoignit un certain nombre d'agences spécialisées (un bureau central de l'opium, une commission pour les réfugiés, une commission pour l'esclavage, un comité sanitaire, l'organisation internationale du travail
...).

Elle confia également à quelques pays (Royaume-uni, France, Belgique, Nouvelle-Zélande, Australie et Japon) un mandat de gestion sur des territoires, essentiellement anciens territoires de l'ex empire ottoman ou anciennes colonies allemandes.

La S.D.N. elle-même administra la Sarre jusqu'à ce qu'un référendum, en 1935, donne 90% de la population favorable au rattachement à l'Allemagne. La Sarre fut alors rendue à l'Allemagne, c'est-à-dire à l'époque au troisième Reich.

C'est lors de la conférence de Yalta (en Crimée) tenue en février 1945, que fut décidée la création de l'ONU en remplacement de la SDN. Tous les biens de la SDN furent dévolus à l'ONU et des agences de la SDN continuèrent à fonctionner dans le cadre de l'ONU.

Bilan

Si l'on veut voir le verre à moitié plein, la S.D.N permit de régler certains conflits tels :

-celui des îles Aland (entre la Suède et la Finlande)

-celui entre Albanie et Yougoslavie

-entre Autriche et Hongrie

-entre la Grèce et la Bulgarie

-entre Allemagne et Pologne (pour la Haute-Silésie)

-entre l'Irak et la Turquie

-entre la Colombie et le Pérou

etc

En outre les agences spécialisées permirent une coopération internationale dans la lutte contre l'esclavage, l'analphabétisme, la drogue, les épidémies, l'amélioration du droit du travail etc.

Si l'on préfère le verre à moitié vide, la SDN n'empêcha pas la guerre d'Espagne, l'invasion de la Chine par le Japon, le réarmement de l'Allemagne et la seconde guerre mondiale avec tout son cortège d'invasions, d'occupations et d'horreurs... Ce qui fait conclure à l'échec de la SDN par beaucoup d'auteurs.

La S.D.N prenait des résolutions, la Cour de La Haye rendait des jugements, mais il n'y avait pas de forces internationales pour faire appliquer les décisions. En outre, des pays comme les Etats-Unis n'adhérèrent pas pour ne pas être liés par les décisions de la SDN ; d'autres comme l'Allemagne, l'Italie, le Japon quittèrent la SDN quand ils voulurent avoir les mains libres ou furent exclus comme l'URSS en 1939.

Les artisans de la paix et de la coopération des années 1920 disparurent : Gustav Stresemann, l'Allemand, décédé le 3 octobre 1929, Aristide Briand le 7 mars 1932 et Frank Kellogg l'américain le 21 décembre 1937 (il avait 81 ans).

Ces personnages auraient été aux responsabilités 10 ans de plus, est-ce que cela aurait empêché la seconde guerre mondiale ? Qui peut répondre ?

Mussolini déclara à propos de la SDN : « La SDN est très efficace quand les moineaux crient, mais plus du tout quand les aigles attaquent ». Ce fut probablement le principal problème.

L'ONU a repris l'esprit et les missions de la SDN mais avec les mêmes problèmes. Il est bien évident que l'ONU ne se comporte pas avec la Chine, la Russie ou les Etats-Unis comme avec la Serbie ou l'Irak !

Dans « Les animaux malades de la peste », Jean de La Fontaine (1621/1695) tire la conclusion suivante :

« Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ».

Cela était vrai dans l'Antiquité, au XVIIe siècle et cela l'est toujours !

J.D. 29 août 2014

le palais des Nations à Genève, photo Yann Forget

le palais des Nations à Genève, photo Yann Forget

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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 10:38

Genève et son canton sont en Suisse, l'ancien duché de Savoie est en France, sauf 24 communes de l'ancien duché de Savoie qui ont été cédées à la Suisse par le traité de Turin du 16 mars 1816. Voici la liste de ces anciennes communes savoyardes : Aire-la-Ville, Anières, Avusy, Bardonnex, Bernex, Carouge, Chêne-Thonex, Choulex, Collonge-Bellerive, Compesières, Confignon, Corsier, Hermance, Laconnex, Lancy, Meinier, Onex, Perly-Certoux, Plan-les-Ouates, Presinge, Puplinge, Soral, Troinex, Veyrier.

Il s'agit des noms de communes tels qu'ils existaient en 1816 car depuis il y a eu, dans le canton de Genève, des scissions ou fusions qui ont changé des noms communaux.

Par le traité de Paris du 20 novembre 1815, la Suisse avait déjà récupéré 6 communes françaises prises sur le département de l'Ain : Collex-Bossy, Le Grand-Saconnex, Meyrin, Pregny-Chambésy, Vernier, Versoix.

Ces 24 anciennes communes savoyardes qui appartenaient au royaume de Sardaigne avant d'avoir été annexées par la France en 1792, les 6 anciennes communes françaises plus Genève et quelques autres communes forment le canton suisse de Genève (en tout aujourd'hui : 45 communes)

Mais si Genève et le duché de Savoie sont séparés, il n'en a pas toujours été ainsi dans « la légende des siècles ».

1-Genève et la Savoie allobroges :

« la dernière ville des Allobroges et la plus voisine de l'Helvétie est Genève. Un pont la joint à ce pays ». Voilà ce qu'écrit Jules César dans la « Guerre des Gaules » (livre I en 6).

L'Allobrogie occupait sur la rive gauche du Rhône une partie des actuels départements de la Haute-Savoie, de la Savoie, de l'Isère et de la Drôme, allant de Genève jusqu'au confluent du Rhône et de l'Isère, plus une partie de territoire sur la rive droite du Rhône jusqu'au Mont Pilat. Vienne était la principale ville des Allobroges. Voir sur mon blog les notes 27/28 consacrées aux Allobroges. http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-allobroges-62129941.html

C'est en l'an 121 avant notre ère que les Romains firent la conquête de l'Allobrogie et érigèrent ce territoire en « cité de Vienne » et le rattachèrent à la Gaule narbonnaise. Genève, ville allobroge fit partie du lot et partagea le sort du reste de l'Allobrogie.

2-Genève et la Savoie romaines :

Genève fut intégrée à la cité de Vienne jusqu'au partage de la cité de Vienne en 3 cités sous l'empereur Dioclétien vers l'an 290 de notre ère : la cité de Vienne, celle de Grenoble et celle de Genève. La limite entre la cité de Grenoble et celle de Genève passait juste au nord d'Aix-les-Bains. Ainsi, Genève devint la principale ville d'une nouvelle cité qui englobait la Haute-Savoie et une partie de la Savoie.

Mais avant d'en arriver là, Genève faillit être envahie par les Helvètes c'est-à-dire par les Suisses au printemps de l'an 58 avant notre ère. Ce fut le début de la guerre des Gaules. Selon César (« Guerre des Gaules » livre I, en 2), le territoire des Helvètes avait deux cent quarante milles de long et cent quatre-vingts de large. Le mille romain valant 1.478,50 mètres, cela fait 355 kms d'est en ouest et 266 du nord au sud, soit 94.430 kms2 contre 41.285 kms2 pour la Suisse d'aujourd'hui. La Confédération « helvétique » ne possède donc qu'une partie minoritaire de l'ancien territoire des Helvètes.

Les Helvètes avaient décidé de quitter leur territoire pour venir s'installer en Gaule et voici ce qu'écrit César (Guerre des Gaules, livre I en 7 et 8) :

« César, à la nouvelle qu'ils (il s'agit des Helvètes) prétendaient faire route à travers notre province (il s'agit de la Narbonnaise), se hâte de quitter Rome, gagne à marches forcées la Gaule transalpine (c'est-à-dire la France) et arrive devant Genève. Il ordonne de lever dans toute la province le plus de soldats possible ; il y avait en tout dans la Gaule transalpine une légion ; et fait couper le pont de Genève (celui qui faisait communiquer Genève avec le territoire des Helvètes)....

En attendant, il employa la légion qu'il avait et les soldats qui étaient venus de la province à construire, sur une longueur de dix-neuf milles (soit 28 kms), depuis le lac Léman, qui déverse ses eaux dans le Rhône, jusqu'au Jura, qui forme la frontière entre les Séquanes (les Séquanes étaient installés dans la partie sud de la Franche-Comté), et les Helvètes, un mur haut de seize pieds (soit 4,74 mètres de haut) et précédé d'un fossé. Ayant achevé cet ouvrage, il distribue des postes, établit des redoutes, afin de pouvoir mieux leur interdire le passage s'ils veulent le tenter contre son gré....

Les Helvètes, déchus de leur espérance, essayèrent, soit à l'aide de bateaux liés ensemble et de radeaux qu'ils construisirent en grand nombre, soit à gué, aux endroits où le Rhône avait le moins de profondeur, de forcer le passage du fleuve, quelquefois de jour, plus souvent de nuit ; mais ils se heurtèrent aux ouvrages de défense, furent repoussés par les attaques et les tirs de nos soldats, et finirent par renoncer à leur entreprise »

Moralité : Jules César sauva Genève d'une invasion suisse ! A noter que c'est dans le texte de César sur la « Guerre des Gaules » qu'apparaît le nom de Genève pour la première fois.

3-Genève et la Savoie burgondes :

En l'an 443 de notre ère, les Romains cède la Sapaudia aux Burgondes, peuple d'origine germanique. La Sapaudia a donné son nom à la Savoie, mais la Sapaudia de l'époque était plus vaste que l'actuelle Savoie (dans cette note, le terme « Savoie » désigne les actuels départements de Savoie et Haute-Savoie) et comprenait une partie de la Suisse. Et c'est Genève qui se retrouve capitale d'un premier royaume burgonde, mais pas pour longtemps car les Burgondes transfèrent leur capitale à Lyon en 467 et entreprennent une politique d'expansion territoriale. Cette expansion les fait entrer en conflit avec les Francs dès 523 et les Burgondes vaincus en 534, les fils de Clovis se partagent le royaume burgonde et c'est Childebert qui récupère un secteur comprenant Lyon, Vienne, Grenoble, la Savoie et Genève.

4-Genève et la Savoie franques :

Sous la domination franque, Genève comme la Savoie dépendent des souverains mérovingiens puis carolingiens dont Charlemagne.

5-Genève et la Savoie dans le Saint Empire romain germanique :

En 888, avec la mort du dernier carolingien, de nouveaux royaumes de Bourgogne voient le jour dont un royaume de Bourgogne tranjurane dans lequel se retrouvent Genève et une partie de la Savoie.

En 1032, Savoie comme Genève tombent sous la coupe du Saint Empire romain germanique, mais avec des évolutions différentes. A Genève ce sont les évêques qui gouvernent tandis qu'en Savoie apparaît une nouvelle dynastie vassale du St Empire : celle de la Maison de Savoie. Voir sur mon blog la fiche N°66 : « histoire de la Maison de Savoie ».

Autour de Genève s'était créé dans les années 900 un comté de Genève, appelé plutôt par les historiens « comté de Genevois », ce qui est beaucoup plus logique car un comté de Genève ne comprenant pas la cité de Genève, prête à confusion. Cela entraîna des conflits de pouvoir entre les évêques de Genève et les comtes de Genevois. Une vingtaine de comtes se succédèrent et le dernier nommé Odon vendit le comté de Genevois en 1401 à Amédée VIII alors comte de Savoie ; mais cela n'incluait pas la cité de Genève elle-même. Les souverains de Savoie récupérèrent le titre de comte de Genève. Ils avaient déjà entrepris depuis le XIIIe siècle une politique d'expansion et annexé une partie de l'actuelle Suisse jusqu'à Sion.

Genève se trouva complètement encerclée par les possessions de la Maison de Savoie et naturellement les Comtes devenus Ducs de Savoie en 1416, rêvaient de prendre Genève dont ils auraient probablement fait leur capitale.

6-la séparation :

En 1309 l'évêque de Genève Aymon avait accordé l'indépendance à la cité de Genève qui à ses débuts fut gouvernée par 4 syndics. Le 14 novembre 1477, la cité de Genève s'alliait avec Berne et Fribourg pour se prémunir contre la Savoie.

Le 10 décembre 1525, la Savoie parvenait à imposer un protectorat à Genève mais celui-ci fut annulé dès 1526. Le 21 mai 1536 Genève adoptait la réforme et se déclarait ville protestante (probablement pour s'affranchir plus sûrement de la Savoie). Calvin résida à Genève en 1536, fut expulsé de la ville en 1538 et fut rappelé en 1541 où il résida jusqu'à sa mort le 27 mai 1564.

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, les Savoyards tentèrent de s'emparer de force de Genève qui résista. Cette « nuit de l'escalade » est célébrée chaque année à Genève. Voir "Genève" sur la note N°56 http://jean.delisle.over-blog.com/article-savoie-et-maison-de-savoie-99226231.html

Par le traité de Saint Julien du 21 juillet 1603, la Savoie reconnaissait l'indépendance de Genève. Un traité de Turin du 3 juin 1754 précisait les frontières entre Genève et Savoie. Dès 1535, Genève cité indépendante prit le nom de « République de Genève ».

7-retrouvailles :

En septembre 1792, la France envahissait la Savoie et transformait l'ancien duché de Savoie en département du Mont-Blanc dont Chambéry fut la capitale puis en 1798, la France s'emparait de Genève et adoptait un nouveau découpage administratif : Genève devenait chef-lieu d'un département du Léman tandis que Chambéry restait chef-lieu du département du Mont-Blanc. Le département du Léman fut créé par une loi du 25 août 1798. Il comprenait le pays de Gex, Genève et une partie prise sur le département du Mont-Blanc. Ce département était divisé en 3 arrondissements (Genève, Bonneville et Thonon) et 27 cantons. Puis une loi du 17 février 1800 prit encore 5 cantons au département du Mont-Blanc ((Chamonix, Saint-Gervais, Megève, Flumet et Sallanches) pour les rattacher au département du Léman. Le département dont la capitale était Chambéry conserva son nom de département du Mont-Blanc malgré que le Mont-Blanc ne s'y trouvait plus.

Réunir Genève et la Savoie, ce que les souverains de Savoie n'étaient pas parvenus à réaliser malgré plusieurs siècles d'efforts, le Directoire le fit.

8-dernière séparation :

Avec la chute de Napoléon, Genève devint un canton suisse, officiellement le 31 décembre 1815.

Lors des négociations en 1859/1860 pour la réunion de la Savoie à la France, il y eut (tant à Genève qu'en Haute-Savoie) un important mouvement de partisans d'un rattachement à la Suisse d'une grande partie de l'actuelle Haute-Savoie, mais cela échoua. Sur cette question particulière, on peut se reporter à l'étude de Paul Guichonnet (historien genevois) : « La Savoie du Nord et la Suisse » publiée par la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie en 2001 dans la série « L'Histoire en Savoie ».

9-conclusion :

Actuellement, il y a d'importants mouvements de frontaliers entre Genève et les départements français limitrophes, avec d'une part des Genevois qui viennent habiter en France et des Français plus nombreux qui travaillent à Genève. Une coopération transfrontalière se développe. Pour l'encourager, on peut rappeler que grosso-modo, sur les 25 derniers siècles, Genève et Savoie cohabitèrent une vingtaine de siècles sous la même autorité politique, dont celle de César, celle de Charlemagne et celle de Napoléon 1er.

J.D. 12/12/2013

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

plaque rue de la Corraterie à Genève commémorant l'escalade, photo Abraham Batista

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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 12:02

La Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie (dont le siège est à Chambéry 244 quai de la Rize) vient d'éditer « l'atlas historique de la Savoie de 1792 à 1914 » (sous la signature de Romain Maréchal et Yannick Milleret).

Cet ouvrage (près de 200 pages) est particulièrement bien documenté et présenté avec de nombreuses cartes. Compte tenu de mes propres centres d'intérêts, c'est la première partie intitulée « cadres administratifs entre France et Piémont » qui a retenu mon attention.

Cette période est en effet très mouvementée pour les Savoyards :

*En 1792, la Savoie (actuels départements de la Savoie, de la Haute-Savoie plus des communes cédées à la Suisse) appartient encore au royaume de Sardaigne dont la capitale est à Turin.

*le 22 septembre 1792, la Savoie est envahie par les troupes révolutionnaires françaises et la Savoie devient le 84e département français sous le nom de département du Mont Blanc, divisé en 7 districts, avec son chef-lieu à Chambéry.

*le 23 septembre 1795, les districts sont supprimés

*le 15 avril 1798 après l'annexion de Genève, un nouveau département est créé fin août 1798, sous le nom de département du Léman avec Genève comme chef-lieu. La partie nord du département du Mont-Blanc est rattachée au nouveau département du Léman ainsi que quelques communes du département de l'Ain. L'ex district d'Annecy reste dans le département du Mont-Blanc, tandis que l'ex district de Bonneville est divisé : les cantons de Chamonix, Saint Gervais, Sallanches et Megève restent avec le département du Mont-Blanc, le reste est rattaché au département du Léman. (les cantons avaient été créés en France par une loi du 15 janvier 1790)

*loi du 17 février 1800 : création des Arrondissements, en outre les 4 cantons de l'ex district de Bonneville restés avec le département du Mont-Blanc sont rattachés au département du Léman, si bien que le massif du Mont-Blanc n'est plus dans le département du Mont-Blanc qui garde néanmoins son nom.

*le traité de Paris du 30 mai 1814 restitue au royaume de Sardaigne une partie de l'ancien duché . Les arrondissement d'Annecy (appelé « genevois ») et de Chambéry (appelé « Savoie propre »), ainsi que les secteurs de Rumilly et de Saint-Julien en Genevois restent à la France et conservent le nom de département du Mont-Blanc (toujours sans le Mont-Blanc). La partie restituée au royaume de Sardaigne reprend le nom de duché de Savoie, le Sénat s'installe à Conflans et l'intendant général à L'Hôpital (aujourd'hui : Albertville).

*19 mai 1815, Genève intègre la Confédération Helvétique.

*20 novembre 1815, au second traité de Paris, la partie restée française de l'ancien duché de Savoie est restituée au royaume de Sardaigne qui redevient le duché de Savoie avec Chambéry comme capitale. Ce duché de Savoie est alors divisé en 9 « provinces » : Chablais (chef-lieu : Thonon), Carouge (chef-lieu Carouge puis Saint-Julien après la cession de Carouge à la Suisse en mars 1816), Faucigny (chef-lieu Bonneville), Rumilly (chef-lieu Rumilly), Genevois (chef-lieu Annecy), Savoie-propre (chef-lieu Chambéry également capitale du duché), Haute-Savoie (chef-lieu Conflans), Tarentaise (chef-lieu Moutiers) et Maurienne (chef-lieu Saint Jean de Maurienne)

*16 mars 1816, par le traité de Turin, le royaume de Sardaigne cède 24 communes à la Suisse pour former le canton de Genève

*14 juin 1860 à midi : la Savoie est réunie à la France et divisée en 2 départements tels qu'on les connaît encore aujourd'hui, à savoir : Savoie et Haute-Savoie (bien que l'altitude moyenne de la Savoie soit plus élevée que celle de la « Haute-Savoie » qui reprend le nom qui avait été attribué en 1815 à la « province » de Conflans).

Ainsi les Savoyards nés dans les années 1780 et qui ont vécu assez longtemps ont connu : le royaume sarde, la République française (convention, directoire, consulat), le premier empire français, la royauté française, la royauté sarde, le second empire français et la troisième république française.

J.D. 28 avril 2013

Annexe :

Investissements réalisés par le royaume de Sardaigne dans le duché de Savoie entre 1815 et 1860 :

*construction des forts de l'Esseillon en Maurienne de 1817 à 1834

*rachat en 1824 et reconstruction de l'abbaye d'Hautecombe

*inauguration en 1824 du théâtre de Chambéry (aujourd'hui théâtre Charles Dullin), la construction en fut financée par le général de Boigne.

*endiguement de l'Arc et de l'Isère, pose de la première pierre des travaux par le roi Charles-Félix le 17 août 1824

*endiguement de l'Arve commencé en 1824

*extension des thermes d'Aix-les-Bains, inaugurée en 1832 et autre extension en cours en 1860

*Pont de la Caille en 1838

*inauguration le 10 décembre 1838 de la fontaine des « 4 sans culs » à Chambéry

*en 1848, création à Cluses de l'école royale d'horlogerie

*pose de la première pierre du palais de Justice de Chambéry le 27 mai 1850 par le roi Victor-Emmanuel II et la reine.

*construction à partir de 1853 du réseau ferré savoyard

*construction du pont ferroviaire de Culoz mis en service le 2 septembre 1858

*lancement en 1857 du tunnel ferroviaire du Mont Cenis (inauguré le 2 septembre 1871)

*réaménagement de l'ancienne voie romaine qui franchissait la montagne de l'Epine

Victor-Emmanuel II à Venise, photo J.D. avril 2013

Victor-Emmanuel II à Venise, photo J.D. avril 2013

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 12:11

Quelques idées de sorties ou voyages sur le thème de l'histoire de la Savoie ou de la Maison de Savoie

 

*En Savoie :

Saint Jean de Maurienne :

La Maurienne est le berceau de la dynastie de la Maison de Savoie. La cathédrale saint Jean Baptiste (construite entre le XIe et le XVe siècle) contient dans son péristyle construit en 1771 deux éléments liés à l'histoire de la dynastie Savoie :

*une plaque réalisée à Turin en marbre de Carrare et parvenue en Maurienne en 1771 et qui représente l'empereur germanique Conrad II le salique remettant son titre de comte à Humbert.

*un mausolée qui fut édifié en 1826, suite à la redécouverte des cendres de 3 comtes de la Maison de Savoie : Humbert aux Blanches Mains, le fondateur décédé en 1048, Amédée 1er décédé en 1051 et Boniface mort en 1203

Les forts de l'Esseillon en Maurienne :

Ces forts furent construits de 1819 à 1854 sur les territoires des communes d'Aussois et d'Avrieux par les rois de Sardaigne pour protéger le Piémont d'une invasion française. Ces forts ont été acquis à partir de 1975 par les 2 communes concernées et font l'objet depuis d'importants travaux de restauration. Les forts reçurent le nom de souverains de Savoie de l'époque, à savoir : forts Marie-Christine, Charles-Albert, Charles-Félix, Victor-Emmnanuel 1er et redoute Marie-Thérèse. En vertu des accords de cession de la Savoie à la France en 1860, ces forts devaient être démolis. Seul, heureusement, le fort Charles-Félix le fut en grande partie.

Château de Charbonnières :

Ce château était situé en surplomb au dessus d'Aiguebelle et commandait  l'entrée de la Maurienne  ainsi que la route d'accès à l'Italie. Il en est fait mention dès le XIe siècle. Il fut la première résidence de la Maison de Savoie. Seraient nés dans ce château les comtes de Savoie Amédée 1er, Othon 1er, Amédée II, Thomas 1er et Philippe 1er.

Ce Château-forteresse fut assiégé et pris par les troupes françaises en 1536, 1597, 1600, 1630, 1690 et par les Espagnols en 1743.

Les sièges firent d'importants dégâts que les souverains de Savoie firent à chaque fois réparer. Mais les destructions de 1743 furent telles que le château est depuis resté à l'état de ruines. 

Château de Miolans :

Ce château situé sur la commune de Saint Pierre d'Albigny, fut construit sur un piton rocheux qui domine la vallée de l'Isère entre Albertville et Montmélian. La première bâtisse date du XIe siècle. Le château, fortifié au fil du temps, appartint à la famille de Miolans jusqu'à ce qu'il soit cédé au duc de Savoie Charles III en 1523. Les ducs de Savoie puis les rois de Sardaigne se servent de ce château comme prison d'Etat de 1564 jusqu'à l'invasion française de 1792. Le plus célèbre prisonnier détenu dans cette prison fut le marquis de Sade de décembre 1772 à avril 1773. A l'époque, le château fut surnommé « la bastille savoyarde ».

Abandonné à partir de l'occupation française de 1792, le château fut racheté le 16 août 1869 par Eugène Guiter qui fut préfet. Le château est resté ensuite dans sa famille.

Parmi les membres de la famille Miolans, signalons Geoffroy de Miolans qui accompagna le comte de Savoie Amédée III à la seconde croisade en 1147, Jean de Miolans qui fut conseiller d'Amédée VIII et Anthelme de Miolans qui fut maréchal de Savoie à la fin du XVe siècle.

Montmélian :

Le fort (ou la citadelle) de Montmélian fut durant plusieurs siècles le principal élément de défense de la Savoie. Situé en surplomb au dessus de la vallée de l'Isère, à la croisée des chemins entre l'axe Genève/Valence (via Grenoble) et l'axe Lyon/Turin via la Maurienne (col du Mont-Cenis) ou la Tarentaise (Petit Saint Bernard), le fort était vraiment dans une position stratégique.
La mention la plus ancienne de ce fort est de 1030. Y naquirent les comtes de Savoie Amédée III en 1095, Amédée IV en 1197, ainsi que Thomas II comte de Maurienne en 1199.

Le fort fut d'abord le témoin des guerres entre les Dauphinois et les Savoyards (voir la note N°74 http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-guerres-dauphiné-savoie-110715942.html) . Le Dauphinois Guigues IV d'Albon fut tué au siège du fort de Montmélian. Puis vinrent les guerres contre la France avec le siège du fort par les troupes de François 1er en 1536, d'Henri IV en 1600, de Louis XIII en 1630 et de Louis XIV en 1691 et en 1705, à la suite de quoi, Louis XIV fit démolir le fort.

Aujourd'hui, il n'en reste que quelques soubassements mais un musée historique à Montmélian en retrace l'histoire. Ce musée animé par l'Association des Amis de Montmélian, conserve un buste du roi Charles-Albert.

Le duc de Savoie Emmanuel-Philibert avait fait établir en 1563, une fonderie de canons dans l'enceinte de la forteresse de Montmélian.

Chambéry :

C'est le comte Thomas 1er de Savoie qui fit l'acquisition du bourg de Chambéry en mars 1232 et y transféra la capitale de la maison de Savoie du Bourget-du-Lac à Chambéry. C'est le comte Amédée V dit Amédée-le-Grand qui acheta le château lui-même en 1295, y fit faire de grands travaux et y installa l'administration comtale. C'est Amédée VIII qui fit construire la sainte Chapelle près du château de 1408 à 1430. C'est dans cette chapelle qu'eurent lieu les mariages de Louis XI et de Charlotte de Savoie en 1451, de Charles d'Orléans et de Louise de Savoie (parents du futur François 1er roi de France) en 1488, du duc de Savoie Charles-Emmanuel II et de Françoise Madeleine d'Orléans (nièce de Louis XIII roi de France) en 1663, du duc de Savoie Victor-Amédée II avec Anne-Marie d'Orléans (nièce de Louis XIV roi de France) en 1684, de Charles-Emmanuel III roi de Sardaigne avec Elisabeth-Thérèse de Lorraine en 1775, de Charles-Emmanuel IV roi de Sardaigne avec Clotilde sœur de Louis XVI en 1820 et d'Alphonse de Lamartine avec Mary-Ann Birch le 6 juin 1820. Cette chapelle abrita également le Saint-Suaire de 1502 à 1579 (date du départ pour Turin). Ce Saint Suaire avait été apporté à Chambéry en 1453 par Anne de Chypre qui avait épousé le duc de Savoie Louis 1er en 1433.

Avant le transfert à Turin, Chambéry fut la capitale de la Maison de Savoie durant 330 années dont près de 270 au château, appelé aujourd'hui « château des ducs », même si les comtes y prirent une place grandement aussi importante que les ducs, mais l'appellation « ducs » fait plus « classe » que celle de comtes. De quoi faire un conte sur la cour des Comtes pour en rendre compte (trop tentant!)

A Chambéry, dans la cathédrale Saint François-de-Sales, plusieurs membres de la Maison de Savoie sont représentés dans des vitraux ou peintures.

Sur la place qui borde l'Université de Savoie (rue Marcoz à Chambéry) se trouve "l'obélisque de Charles-Félix". Cet obélisque avait été dressé en 1824 dans les jardins du château pour la venue à Chambéry de Charles-Félix et fut transporté à son emplacement actuel en 1937.

  Le Palais de Justice dont la première pierre a été posée le 27 mai 1850 par le roi Victor-Emmanuel II et la reine Adélaïde d'Autriche. Fut terminé après la réunion de la Savoie à la France en 1860. Ce bâtiment avait été construit pour l'ancien Sénat de Savoie qui avait été créé par le duc Emmanuel-Philibert en 1560.

 Abbaye royale d'Hautecombe :

Cette abbaye située sur la rive ouest du lac du Bourget fut fondée en 1125 par le comte Amédée III. Elle fut transformée en faïencerie par les « révolutionnaires » de 1799 à 1807. C'est le roi de Sardaigne Charles-Félix qui fit rénover cette abbaye à partir de 1824. Décédé en 1831, c'est sa veuve Marie-Christine qui poursuivit le travail. A l'époque, la tour-phare fut appelée "tour Marie-Christine". Un certain nombre de membres de la famille de Savoie dont le dernier roi d'Italie (Humbert II) et la dernière reine d'Italie (Marie-José) sont inhumés à Hautecombe.

Château de Thomas II de Savoie :

Ce château fut construit au Bourget du Lac à partir de 1248 pour le compte du comte Thomas II (comte de Maurienne) fils de Thomas 1er (comte de Savoie). Ce château fut victime du feu au XVe siècle. Il est en cours de restauration à l'initiative du Conseil Général de la Savoie. Depuis l'été 2014, dans la "tour de la poterne" a été ouvert un espace muséographique consacré au lac du Bourget.

Les Echelles :

La commune des Echelles est un chef-lieu de canton situé à l'ouest de la Savoie. Béatrice de Savoie y naquit en 1198. Mariée à Raymond Béranger comte de Provence, Béatrice fut mère de 4 filles qui furent reines ou impératrice. Elle fit construire aux Echelles une commanderie de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem (aujourd'hui mairie) et elle possédait aux Echelles, un château dont il ne reste plus que des ruines. A l'initiative de l'office de tourisme il existe un « circuit Béatrice de Savoie ». Béatrice de Savoie a également donné son nom aux Echelles à un collège et à une résidence pour personnes âgées.

Près des Echelles sur la « voie sarde » (à gauche juste avant l'entrée du tunnel des Echelles en venant de Chambéry) se trouve l'ancienne voie romaine, complémentaire de celle qui passait par le col Saint Michel. Le duc de Savoie Charles-Emmanuel II, fit agrandir et améliorer cette ancienne voie romaine, transformée aujourd'hui en agréable promenade piétonne où l'on peut découvrir un monument dédié à Charles-Emmanuel II (duc de Savoie de 1638 à 1675), ainsi que l'accès aux grottes dites « des Echelles » mais situées sur le territoire de Saint Christophe la Grotte.

Aix-les-Bains :

Aix avait été le siège d'une résidence royale au temps de Rodolphe III dernier roi de Bourgogne. Par acte du 24 avril 1011, Rodolphe avait fait don d'Aix à son épouse Hermengarde. C'est après la mort de ce Rodolphe que se sont constituées les dynasties de la Maison de Savoie et celle des comtes de Genève. Aix-les-Bains s'est retrouvée du côté savoyard mais à la limite avec la zone d'influence de Genève. Cette limite reprenait celle qui avait été instituée à la fin du troisième siècle de notre ère au moment de la création des cités de Grenoble et de Genève par division de l'ancienne cité de Vienne.

Aix située en limite des deux pouvoirs servit à plusieurs reprises (1156, 1184, 1293) de siège pour des négociations et traités entre les ennemis (Genève et Savoie). Dès le onzième siècle, un premier château avait été construit à Aix où résidait un seigneur qui deviendra vassal des souverains de Savoie.

Ces seigneurs d'Aix recevront le titre de barons en 1476 puis de marquis en 1575.

Pierre de Seyssel seigneur d'Aix participa à la quatrième croisade dans la suite du comte de Savoie Thomas 1er. Il rapporta de Constantinople, en 1204, un morceau de la vraie croix (ou supposé tel). L'église de Sainte Marie prit alors le nom d'église Sainte Croix où cette croix fut durant des siècles objet de dévotions. Cette église qui était située sur l'actuelle place Maurice Mollard fut démolie au début du XXe siècle lorsque fut édifiée l'église Notre-Dame.

En 1491, le seigneur d'Aix avait pris partie pour le comte de Genève lors d'un conflit avec le duc de Savoie. Le château d'Aix fut pris par les troupes ducales et mis à mal.

En 1564, la Chambre des Comptes se transporta de Chambéry à Aix pour éviter une épidémie de peste. 

Une partie des anciens Thermes d'Aix qui furent inaugurées en 1832, furent construits à l'initiative de Charles-Albert roi de Sardaigne.

En 1794, Albitte représentant de la Convention en mission en Savoie fit détruire dans le château d'Aix tous les symboles « féodaux » (meurtrières, mâchicoulis, créneaux et clés de voûtes de l'escalier qui portaient des symboles : écussons et collier de l'Annonciade). Le donjon sera démoli en 1873.

Au moment de la réunion de la Savoie à la France en 1860, le dernier marquis d'Aix (Charles-Albert de Seyssel) se retira à Sommariva en Piémont. Par acte du 14 septembre 1866, il vendit le château à la ville d'Aix qui y installa son hôtel de ville, qui abrite toujours des services municipaux. Ce bâtiment a un mur mitoyen avec un temple romain dit « temple de Diane ».

*Dans l'Ain

Citadelle de Bourg-en-Bresse :

C'est en 1272 que la Maison de Savoie avait récupéré la Bresse.

En 1569 le duc de Savoie Emmanuel-Philibert fit bâtir une forteresse à Bourg-en-Bresse qui prit le nom de Fort Saint Maurice.

Le 13 août 1600, sous le règne du duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er, la ville de Bourg fut prise par les troupes d'Henri IV roi de France.

La citadelle résista, mais la Bresse fut cédée à la France par le traité de Lyon du 16 janvier 1601.

Les troupes (savoyardes) évacuèrent la citadelle le 9 mars 1601.

Cette citadelle fut rasée en 1611. Aujourd'hui, la rue de la Citadelle à Bourg-en-Bresse en rappelle seule le souvenir. 

Eglise de Brou à Bourg-en-Bresse :

On doit la construction de cette église à Marguerite d'Autriche, née à Bruxelles le 10 janvier 1480, fille de Maximilien empereur germanique et petite-fille de Charles-le-Téméraire par sa mère Marie de Bourgogne. Son frère Philippe qui deviendra Philippe 1er de Castille est le père de Charles Quint. Cette Marguerite fut mariée le 28 novembre 1501, au duc de Savoie Philibert II Le Beau (frère de Louise de Savoie, mère de François 1er). Marguerite d'Autriche fut donc la tante de Charles Quint par son frère Philippe et la tante de François 1er par son mari Philibert.

C'est pour y inhumer son mari décédé le 10 septembre 1504 qu'elle fit construire cet édifice où elle le rejoindra lors de son décès le 1er décembre 1530. Marguerite de Bourgogne, mère de Philibert II le Beau y est également inhumée. Les trois tombeaux sont dans le chœur de l'église. Derrière le chœur, il y a un ensemble de 5 vitraux ; sur le second vitrail en partant de la gauche est représenté Philibert le Beau accompagné de Saint Philibert et sur le second vitrail en partant de la droite est représentée Marguerite d'Autriche accompagnée de Sainte Marguerite. Ils sont également représentés dans le même motif et réunis dans le même vitrail dans la chapelle de Marguerite d'Autriche à gauche du chœur.

La Bresse avait été apportée en dot par Sibylle de Bôgé lors de son mariage le 5 juillet 1272 avec le comte de Savoie Amédée V dit Amédée-le-Grand

C'est par le traité de Lyon le 17 janvier 1601 que la Maison de Savoie perdit La Bresse, Le Bugey, le Valromey et le Pays de Gex suite à une guerre contre Henri IV roi de France.

L'église fait partie de l'ensemble du « Monastère royal de Brou » situé à l'entrée de Bourg-en-Bresse (en venant de Savoie), le long du Bd de Brou. En sortant de l'église, et en prenant le Bd de Brou à droite, la première rue que l'on croise est la rue « Marguerite d'Autriche » et la seconde est la rue « Philibert le Beau ».

Cathédrale Notre-Dame à Bourg-en-Bresse :

Au treizième siècle, l'église Saint Pierre (à l'emplacement où se trouve aujourd'hui l'église de Brou) était l'église paroissiale des habitants de Bourg-en-Bresse. En même temps un culte à Marie s'était développé à l'emplacement de l'actuelle cathédrale Notre-Dame de Bourg-en-Bresse. Un oratoire, s'était transformé en chapelle. Lorsque Marguerite d'Autriche duchesse de Savoie, voulant récupérer le site de Brou, demanda au pape (Jules II) le transfert du centre paroissial de Saint Pierre à Brou à Sainte Marie à Bourg; ce que fit Jules II par bulle du 16 juillet 1506.

Lorsque la Bresse devint française en 1601, l'actuelle cathédrale était en construction, le chœur, les portes et les travées de la nef étaient terminés. Après interruption, les travaux reprirent en 1640. La construction de cette cathédrale reste liée à l'histoire de la Maison de Savoie. 

Abbaye d'Ambronay :

L'Abbaye fondée au temps de Charlemagne se plaça sous protectorat savoyard en 1282. A l'extérieur, 2 tours de défense (tour des Archives et tour Dauphine), reliées par un bâtiment qui servit d'infirmerie, furent édifiées par les Savoyards au XIVe siècle pour se protéger des invasions des Dauphinois. Aujourd'hui, l'église et le cloître se visitent tandis qu'une grande partie des bâtiments est utilisée depuis 1980 comme « centre culturel de rencontres » et pour accueillir le festival de musiques anciennes .

Château de Pont-d'Ain :

Ce château fut acheté par Amédée IV dixième comte de Savoie en 1289. Il fut rebâti par Aymon le Pacifique qui fut le seizième comte de Savoie de 1329 à 1343. Naquirent dans ce château de Pont-d'Ain : Edouard (quinzième comte de Savoie) en 1284, Louise de Savoie en 1476 et Philibert le Beau (huitième duc de Savoie en 1480 qui est décédé également à Pont-d'Ain en 1504. Ce château n'est pas ouvert à la visite du public.

Château des Allymes à Ambérieu en Bugey :

Ce château fut construit par le dauphin de Viennois Jean II entre 1312 et 1321. Les Savoyards s'en emparèrent en 1335 sous Aymon le Pacifique (comte de Savoie de 1329 à 1343). Démoli en 1557, restauré à partir de 1559, ce château cessa d'appartenir à la Savoie lorsque celle-ci perdit le Bugey au traité de Lyon en 1601. 

Forteresse de Pierre-Châtel :

Cette forteresse qui surplombe le Rhône est située sur le territoire de la commune de Virignin. La première mention qui en est faîte date de 1149.

C'est en 1077 au temps du comte Amédée II que le Bugey passa sous le contrôle de la Maison de Savoie, grâce à l'empereur germanique Henri IV. Plusieurs comtes de Savoie au XIII/XIVe siècles, principalement le comte Thomas 1er, utilisèrent le lieu comme résidence temporaire. La Savoie perdit le Bugey au traité de Lyon en 1601. Le maréchal Biron s'était emparé de la forteresse en 1600 pour le compte d'Henri IV roi de France.

C'est Amédée VI dit le comte Verd qui décida en 1386 d'adjoindre une chartreuse à cette forteresse. Les Chartreux en furent chassés au moment de la Révolution française. C'est le même comte Verd qui créa vers 1362 l'ordre du Collier à Pierre-Châtel. En 1518 sous le duc de Savoie Charles III le Bon, cet ordre prit le nom de « Ordre de l'Annonciade »

Aujourd'hui, la forteresse de Pierre-Châtel est une propriété privée.

Châtillon-sur-Chalaronne (autrefois Châtillon-en-Dombes) :

La ville de Châtillon est située à peu près à mi-chemin entre Bourg-en-Bresse et Villefranche-sur-Saône. Un village se développa suite à la construction d'un château vers l'an mil. Le mariage le 5 juillet 1272 de Sibylle de Bâgé avec le comte de Savoie Amédée V donna la Bresse à la Maison de Savoie, jusqu'à ce que la France la récupère au traité de Lyon (17 janvier 1601). Dès 1273, la ville obtenait une charte de franchise, puis durant l'appartenance à la Maison de Savoie :

-la construction d'une enceinte fortifiée

-de l'église saint André (classée aux monuments historiques le 14 avril 1909)

-des Halles de 80 mètres sur 20 (classées aux Monuments Historiques le 14 novembre 1988)

-la reconstruction de la chapelle du château qui avait été incendiée en 1402

-le renforcement des 6 tours du château en 1413 et la construction d'une septième tour à partir de 1422. Les troupes françaises d'Henri IV détruisirent le château en 1598. Une reconstruction partielle a été effectuée entraînant un classement aux Monuments Historiques le 22 février 1927.

La ville conserve donc d'importantes traces de son passé « savoyard ».

Pérouges :

C'est par un traité de Paris daté du 5 janvier 1354 que le roi de France Jean-le-Bon céda plusieurs cités dont Pérouges au comte de Savoie Amédée VI (le comte Verd), Cette cité resta savoyarde jusqu'au traité de Lyon en 1601. Sa période savoyarde se distingua surtout par une résistance victorieuse en 1468 contre les troupes du Dauphiné.

Belley :

Capitale du Bugey, Belley a des liens très anciens avec la Maison de Savoie puisque au début du onzième siècle, Oddon évêque de Belley est le frère de Humbert le fondateur de la dynastie Savoie. La ville comme tout le Bugey appartint à la Savoie de 1077 au traité de Lyon en 1601. Comme souvenir de cette appartenance, on trouve encore à Belley une « rue de Savoie » et un hôtel particulier (classé aux Monuments historiques le 21 octobre 1926) appelé « hôtel des Ducs de Savoie ».

*En Haute-Savoie :

Annecy :

Le château d'Annecy a d'abord été la résidence des comtes de Genève, mais le 5 août 1401, le comte de Savoie Amédée VIII fit l'acquisition du comté de Genevois dont Annecy et Amédée VIII fit du château d'Annecy une de ses résidences. Le duc de Savoie Louis 1er (1413/1465) y fit construire la tour Perrière.

Bonneville :

à Bonneville il y a une colonne de 44 mètres de haut érigée de 1824 à 1826 en l'honneur de Charles-Félix (roi de Sardaigne de 1821 à 1831) en remerciement de l'endiguement de l'Arve

Cluses :

C'est par décret royal du 31 mars 1848 sous le règne du roi Charles-Albert qu'a été créée l'école royale d'horlogerie de Cluses. Les bâtiments de cette école servent aujourd'hui pour un lycée d'enseignement général mais un musée de l'horlogerie qui retrace l'histoire de cette activité à Cluses a été ouvert en 1993 dans un bâtiment qui servit autrefois de manufacture de coton puis de fabrique d'horlogerie et de décolletage avant de devenir musée.

Château de Ripaille :

Ce château est situé en Haute-Savoie sur la rive française du lac Léman.

C'est Bonne de Bourbon (cousine de Jean le Bon roi de France et nièce de Philippe VI autre roi de France), épouse du Comte Verd qui fut à l'origine de la construction du château de Ripaille à partir de 1371.

C'est Amédée VIII, dernier comte de Savoie, premier duc puis Félix V (pape pour les uns et anti-pape pour d'autres) qui fit agrandir Ripaille à partir de 1434 et s'y retira. Lorsque ce Félix V renonça à la tiare papale en 1449, il se contenta d'un titre de cardinal-légat

Pont de la Caille :

Situé près de Cruseille, sur la route Annecy/Cruseille, ce pont fut construit en 1838 sous le règne de Charles-Albert et inauguré le 11 juillet 1839. Il avait d'abord pris le nom de « pont Charles-Albert » et avait remplacé un pont écroulé en 1813.

Fort de l'Annonciade à Rumilly :

C'est en 1411 au temps d'Amédée VIII (encore comte de Savoie en 1411) que la Savoie récupère Rumilly qui antérieurement appartenait aux comtes de Genève.

Lorsque Emmanuel-Philibert (dixième duc de Savoie) transfère la capitale de Chambéry à Turin en 1562, il fait construire plusieurs forts, aux frontières, pour assurer la défense du duché contre de possibles invasions françaises et suisses.

C'est dans ce cadre qu'est construit entre 1569 et 1581 le fort de l'Annonciade à Rumilly. La première orthographe était fort de la Nonciade.

Louis XIII s'empara de ce fort en 1630 et le fit totalement raser.

Thonon-les-Bains : En 1016, à Strasbourg, Rodolphe III roi de Bourgogne avait désigné l'empereur du Saint Empire romain germanique comme son héritier. A la mort de Rodolphe le 6 septembre 1032, il y eut conflit entre Conrad II le Salique empereur germanique et un neveu de Rodolphe III : Eudes qui revendiquait l'héritage. Humbert de Maurienne soutint l'Empereur et en remerciement reçut le titre de comte et divers territoires dont le Chablais (en 1034). Le comte de Savoie Amédée V fit construire un premier château à Thonon-les-Bains à partir de 1290. Ce château fut agrandi et transformé par Marie de Bourgogne (épouse d'Amédée VIII d'abord comte puis duc de Savoie) à partir de 1415. Marie une des filles d'Amédée et de Marie de Bourgogne était déjà née dans ce château en janvier 1411 (elle deviendra duchesse de Milan). Ce château servit de résidence aux souverains de Savoie et fut le témoin de diverses cérémonies. Le 15 août 1424, Amédée VIII (duc depuis 1416) décerna à son fils aîné (Amédée) le titre de prince de Piémont et à son fils Louis le titre de comte de Bagé. C'est au château de Thonon que fut signé le 16 janvier 1432 un concordat entre Amédée VIII et l'archevêque de Tarentaise ainsi qu'avec les évêques de Maurienne, de Belley et d'Aoste. Ce concordat définissait les pouvoirs respectifs en matière de justice entre l’Église et les pouvoirs civils. Marguerite dernière fille d'Amédée VIII et de Marie de Bourgogne fut mariée en 1434 avec Louis III d'Anjou (roi de Naples) mais fut veuve avant d'avoir rejoint son époux. Elle vint se retirer au château de Thonon en décembre 1435. Marie de Bourgogne décéda dans ce château le 8 octobre 1422. Le château fut démoli par les troupes françaises en 1589. Sur l'emplacement un autre château fut construit à partir de 1666. Aujourd'hui il est occupé par l'office de Tourisme de Thonon et le musée du Chablais.

Abbaye Sainte Marie d'Aulps :

Cette abbaye est située sur le territoire de Saint Jean d'Aulps à 24 kms au sud-est de Thonon. Elle a été fondée en 1094 grâce aux financements donnés par le comte de Savoie Humbert II. A sa suite Humbert III fera dans cette abbaye des retraites spirituelles et poursuivra le financement. L'activité monastique s'arrêta lors de l'invasion française de 1792. Le domaine et ses bâtiments ont été rachetés pour partie en 1994 par la communauté de communes de la vallée d'Aulps et pour le reste par le Conseil Général de Haute-Savoie en 2007. Ils en ont fait un lieu touristique. 

Château de Montrottier :

Ce château situé sur le territoire de la commune de Lovagny fut construit pour le principal entre le XIIIe et le XVe siècle et restauré au XIXe siècle. Le site appartint d'abord à la famille de Montrottier puis à la famille de Grésy à partir de 1266. Un représentant de cette famille vendit le château en 1425 au duc de Savoie Amédée VIII qui le revendit le 19 mars 1427 à Pierre de Menthon qui fut ambassadeur de la Savoie successivement à Paris, à Rome puis à Gênes. Le domaine fut érigé en baronnie en 1596 par le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er puis en comté en 1632 par le duc de Savoie Victor-Amédée 1er. Le château resta dans la famille de Menthon jusqu'à l'invasion française de 1792. Il est depuis 1916 la propriété de l'académie florimontane. Cette académie fut créée durant l'hiver 1606/1607 par plusieurs personnalité dont François de Sales (futur saint François) et Antoine Favre, alors président du conseil du Genevois. Lorsque Antoine Favre devint président du Sénat de Savoie à Chambéry, en 1610, l'académie cessa de fonctionner pour reprendre vie en juin 1851.

Thorens-Glières :

Le comte de Genève Gérold II y fit élever un château en 1060 pour protéger La Roche-sur-Foron qui fut la capitale des comtes de Genève de 1033 à 1219. La Maison de Savoie s'empara de ce château en 1479 sous le règne du duc de Savoie Philibert 1er, en fait sous la régence de Yolande de France. La famille de Sales acheta le château en 1559, il fut démoli sur ordre de Louis XIII en 1630. Louis frère de Saint François de Sales fit reconstruire, quelques années plus tard, ce qui est aujourd'hui le château de Thorens et où naquit Philippine de Sales grand-mère de Camillo Cavour. 

*Dans l'Isère :

Fort Barraux :

Ce fort fut construit par le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er en 1597. Dans la nuit du 15 mars 1598, alors que ce fort n'était pas encore armé et occupé, le duc de Lesdiguières s'en empara à la tête de 1200 hommes qui firent l'escalade des murs au clair de lune. Le fort fut transformé par Vauban en 1692.

Dans ce fort fut caserné une partie du régiment de Savoie-Carignan. Ce régiment formé en 1641 par le prince Thomas de Savoie-Carignan fut donné à Louis XIV en 1659 par Charles-Emmanuel II.

Ce régiment, (en tant que régiment français) se distingua par sa participation victorieuse le 1er août 1664 à la bataille de Saint Gothard (Szentgottàrd en Hongrie) contre les Turcs.

1200 soldats de ce régiment furent ensuite envoyés au Québec pour combattre les Iroquois et les Anglais. 400 de ces soldats restèrent au Québec pour assurer un peuplement francophone. Louis XIV leur envoya un contingent de jeunes femmes françaises qui furent appelées « les filles du roi »

Septème :

Ce site se trouve dans l'Isère à 11 kms à l'est de Vienne. Il fut occupé dès les Romains. Diverses maisons fortes et châteaux s'y succédèrent. Il appartint à la Maison de Savoie au treizième siècle au moment des guerres Dauphiné/Savoie. Le comte de Savoie Philippe 1er fit renforcer le château et construire des remparts fortifiés sur un km. Le château actuellement visible date des XVe/XVIe siècles. 

Saint-Georges-d'Espéranche :

Cette commune de l'Isère, située à peu près à mi-chemin entre Vienne et Bourgoin-Jallieu, a été fondée par la Maison de Savoie qui avait acheté une terre en 1251, fit construire une muraille de 3 kms de long et un château avec 4 tours. Mais en 1349, le Dauphiné fut rattaché à la France. La Révolution fit grand carnage dans cette commune comme dans beaucoup d'autres. En 1993, la Municipalité racheta ce qu'il restait du château soit une tour et un corps de bâtiment. La Croix de Savoie figure encore dans le coin supérieur gauche du blason de la commune.

 

*Dans les Vosges :

Ville de Plombières-les-Bains :

Cette ville est située dans les Vosges à une vingtaine de kms au sud d'Epinal. C'est là que se rendit secrètement Camillo Cavour les 20 et 21 juillet 1858 et qu'il négocia avec Napoléon III, l'aide de la France pour vaincre les Autrichiens, contre la Savoie et Nice

*Dans les Alpes-Maritimes :

Nice :

Le 27 juillet 1382, Jeanne de Naples (Nièce de Philippe VI roi de France) décédait. Elle était reine de Naples mais aussi comtesse de Provence. Sa mort entraîna une guerre de succession.

Les Grimaldi originaires de Gênes s'étaient expatriés en Provence suite à la victoire des Gibelins sur les Guelfes et tentaient fortune en Provence. Jean Grimaldi prit le parti de la Maison de Savoie. Un traité négocié à Barcelonette fut ratifié à Chambéry le 25 août 1388 par le comte de Savoie Amédée VII dit le comte Rouge. Amédée fit une entrée triomphale à Nice le 28 septembre 1388. La récupération de Nice donnait à la Savoie un accès direct à la mer. Avant cela, les souverains de Savoie étaient obligés de recourir aux services de Gênes ou Venise pour leurs expéditions maritimes.

Des pourparlers entre Amédée VII et la République de Florence eurent lieu à Nice durant l'hiver 1388/1389.

Un château avait été construit au XI siècle sur la colline qui domine Nice. Le pape Benoît XIII assiégé en Avignon par les troupes françaises parvint à s'évader de nuit en barque. Amédée VIII mit à sa disposition le château de Nice que ce pape occupa du 21 décembre 1404 au 13 novembre 1406.

Nice et sa région furent érigés en comté de Nice en 1526. Ce comté correspondait quasiment à l'actuel arrondissement de Nice.

En 1543, la ville de Nice fut assiégée par terre et par mer par une coalition franco-ottomane. cela se situait dans le cadre de revendications de François 1er (fils de Louise de Savoie) sur la Savoie et dans son opposition à Charles Quint. Malgré la résistance de la population galvanisée par une héroïne locale nommée Catherine Ségurane, la ville fut prise mais pas le château. Finalement la ville fut libérée en septembre par l'intervention d'une armée impériale (de Charles Quint) commandée par le duc de Savoie Charles III et par le marquis Del Vasto gouverneur de Milan.
C'est en 1614 que fut créé le Sénat de Nice. Nice suivit le sort du reste des territoires de la Maison de Savoie avec diverses occupations françaises ou espagnoles

C'est en 1705 que les troupes françaises s'emparent du château de Nice et que Louis XIV le fait démolir (en 1706)

En 1830 le roi Charles-Félix fait créer à l'emplacement de l'ancien château un jardin paysager. C'est le 4 juillet 1807 (alors que Nice avait été annexé à la France) que né à Nice Giuseppe Garibaldi, d'abord sous le prénom « Joseph ».

En Suisse :

Château d'Arenenberg (canton de Thurgovie) :

Ce monument est situé sur la rive suisse du lac de Constance. Il fut édifié au XVIe siècle et acheté en 1817 par Hortense de Beauharnais qui vint s'y retirer. C'est essentiellement là que furent élevés le futur Napoléon III ainsi que son cousin le célèbre Plon-Plon (qui épousa Clotilde fille de Victor-Emmanuel II en 1859). Après la chute de Napoléon III, Eugénie et son fils y firent de nombreux séjours et en 1906, Eugénie fit don du château au canton de Thurgovie qui le transforma en musée.

Château de Chenaux à Estavayer-le-Lac (canton de Fribourg) :

Ce château fut construit à partir de 1392 par la famille Estavayer au bord du lac de Neuchâtel. Il fut acquis en 1432 par Humbert le Bâtard (fils d'Amédée VII dit le comte Rouge) qui compléta les défenses du château. Le château fut incendié à l'occasion des guerres de Bourgogne (de 1474 à 1477, guerre qui opposa les Suisses aux Bourguignons). Le château fut reconstruit à partir de 1476. Il est aujourd'hui le siège de la préfecture du district de Broye. Cet Humbert avait participé à une croisade en 1396, fait prisonnier il fut libéré en 1402. Depuis 1991, tous les 3 ans des fêtes médiévales célèbrent le retour d'Humbert en 1402.

Romont (canton de Fribourg)

En 1239, les sires de Billens cédèrent leur modeste château à Pierre de Savoie (qui sera le comte de Savoie Pierre II de 1263 à 1268). Pierre fit démolir la bâtisse et fit construire un château fort et fortifier la ville. Il en reste le château et plusieurs tours. Trois membres de la Maison de Savoie porteront le titre de « comtes de Romont » : Pierre II, Humbert le Bâtard et Jacques second fils du duc de Savoie Louis.

Château de Chillon (canton de Vaud) :

Ce château est situé en Suisse, sur le lac Léman dans sa partie orientale. Selon un document de la « fondation du château de Chillon » : « La plus ancienne mention écrite du château date de 1150 ; on y apprend que la famille de Savoie contrôlait déjà la forteresse et par là même le passage le long du Léman ». La première construction sur ce site date du IXe siècle. Ce château appartint à la Maison de Savoie de 1150 (au plus tard) à 1536 (date où les Bernois s'en sont emparés). Aux souverains de Savoie, il servit d'arsenal, de prison ou de résidence temporaire. En 1816 il inspira à Lord Byron « le prisonnier de Chillon ». Le comte de Savoie Pierre II (décédé en 1268) fit restaurer, agrandir et fortifier ce Château, à partir de 1261, ce qui fait écrire à certains auteurs qu'il en est le constructeur. La croix de Savoie figure encore sur les tours et dans de nombreuses salles du châteaux. Mais de nombreux touristes doivent penser qu'il s'agit de l'emblème de la Suisse. Voir la fiche N°46 http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-trois-croix-81965433.html

Château d'Yverdon (canton de Vaud) :

Ce Château, situé à Yverdon-les-Bains dans le canton de Vaud, fut construit de 1260 à 1270 sur ordre du comte Pierre II de Savoie. Il appartint à la maison de Savoie jusqu'à la conquête par les Bernois en 1536. Ce château abrite aujourd'hui un musée historique ainsi qu'un musée suisse de la mode. Sur le territoire vaudois, Pierre II fit édifier 33 châteaux pour assurer la défense du territoire.

Château de la Bâtiaz à Martigny (dans le Valais) :

Surplombant la ville de Martigny, il y eut un premier bâtiment pour assurer la défense de la ville dès le XIe siècle, mais le château actuel fut construit au début du XIIIe siècle à l'initiative de l'évêque de Sion. Pierre II, douzième comte de Savoie s'en empara en 1259, Il s'empara également de la forteresse de la Crête. Il fit compléter la construction de la Bâtiaz par la tour centrale et l'enceinte. Il en garda la propriété jusqu'en 1268 date d'un traité entre la Maison de Savoie et l'évêque de Sion qui reprit la propriété du château.

Les comtes de Savoie le récupérèrent en 1384 au temps du comte Rouge et de Bonne de Bourbon. Le château fut incendié en novembre 1475 par les Haut-Valaisans, restauré par l'évêque de Sion et à nouveau incendié en 1518.

A l'initiative de « l'association pour l'aménagement et le développement du site historique de la Bâtiaz », le château fut restauré à partir des années 1980. Il est aujourd'hui le siège d'un musée national consacré à la machine de siège médiévale.

Saint Maurice (dans le Valais) :

Saint Maurice plus connu sous le nom de Saint Maurice d'Agaune est situé sur la rive gauche du Rhône à la frontière avec le canton de Vaud.

Un premier établissement religieux y fut créé dès l'an 515 à l'initiative de Théodore d'Octodure premier évêque du Valais.

En 1033, après la victoire d'Humbert 1er (Humbert aux Blanches Mains) sur Eudes neveu de Rodolphe III dernier roi de Bourgogne, la Savoie récupère Saint Maurice.

Au début du douzième siècle, Amédée III (septième comte de Savoie) installe dans l'abbaye des chanoines suivant la règle de Saint Augustin. En 1260, Pierre II s'empare de tout le Valais. Il s'en suit de nombreuses luttes avec l'évêque de Sion ainsi qu'avec les cantons « confédérés » (le premier pacte fédéral en Suisse est du 1er août 1291). La Maison de Savoie perd le Haut Valais en 1392 et le Bas-valais en 1476.

Genève :

Pendant longtemps, les souverains de Savoie ont rêvé d'annexer Genève et même d'en faire leur capitale. Mais Genève était aux mains d'une part de l'évêque de Genève et aussi d'une famille comtale dont 17 membres se sont succédés entre le XIe et le XIVe siècle. Le dernier mourut en Avignon, le 16 septembre 1394, sans descendance après avoir été le pape Clément VII (ou anti-pape selon le côté où l'on se place). Les rivalités entre comtes et évêques de Genève auraient pu permettre aux Savoyards de s'imposer mais ce ne fut pas le cas.

*Vers 1259, Pierre fils de Thomas 1er (et qui sera comte de Savoie en 1263 sous le nom de Pierre II) envahit Genève et s'empare du château du comte de Genève (château de Bourg-de-Four dont il ne reste plus qu'une porte visible au 14 de la rue de l'Hôtel de Ville)

*Le 1er octobre 1295, le comte de Savoie Amédée V fait alliance avec les bourgeois de Genève contre leur évêque et se déclare « protecteur » de Genève et en 1297 il s'empare de la Tour de l'Ile qui appartenait aux évêques de Genève qui l'avaient fait édifier en 1215. Cette forteresse gardait le pont sur le Rhône et permettait la perception des péages. En même temps les comtes de Savoie récupérèrent le « Vidomat » (droit de rendre la justice). Ils avaient un pied dans Genève.

*En 1355, Amédée VI (le comte Verd) installa son quartier général à Genève pour mener des opérations contre les habitants du Faucigny qui s'étaient soulevés et pour faire le siège d'Hermance.

*Le 5 août 1401, le comte de Savoie Amédée VIII acheta le comté de Genevois mais sans Genève. La ville était cependant, à ce moment là, complètement « encerclée » par les possessions savoyardes.

*le 1er octobre 1405, le comte de Savoie Amédée VIII faisait acte d'allégeance à l'évêque de Genève dans la cathédrale Saint Pierre, en échange de quoi, le Vidomat était confirmé et Amédée VIII lorsqu'il venait à Genève résidait dans le couvent des Dominicains de Plainpalais (démoli au XVIe siècle). La dynastie Savoie avait un pied de plus à Genève.

*En novembre 1477, Genève faisait alliance avec Berne et Fribourg.

*En décembre 1525, la Savoie imposait un protectorat à Genève mais celui-ci était annulé dès 1526 puis Genève devint protestante.

*Les tentatives de la Savoie sur Genève se terminèrent dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 ; nuit de l'escalade où les Savoyards tentant de prendre Genève par surprise furent repoussés. Plusieurs plaques à Genève commémorent l'événement dont une rue de la Corraterie. Les Savoyards eurent 72 tués, 120 blessés et 13 prisonniers qui furent torturés, pendus et dont la tête fut fixée au bout d'une pique sur les remparts. Parmi ces 13, un Jacques fils de Charles Chaffardon de Saint Jean d'Arvey (Savoie).

Les Genevois pour leur part eurent 18 tués et 24 blessés. Cet événement, célébré chaque année, reste vivace à Genève où l'on trouve une « fontaine de l'escalade », une « tour de l'escalade », diverses inscriptions et où avait été composée une chanson de l'escalade...

Carouge :

C'est le traité de Turin du 3 juin 1754 qui régla les problèmes de frontière entre Genève et le royaume de Sardaigne, de part et d'autre de l'Arve. A ce moment, le territoire de Carouge ne comportait que 17 maisons et était plus un lieu de passage qu'une ville. Pour concurrencer Genève la rebelle, le roi de Sardaigne Victor-Amédée III chargea des architectes piémontais de créer une ville à l'emplacement de Carouge. Grâce à diverses mesures : abolition des péages, octroi de 2 foires annuelles, titre de « ville royale » accordé le 31 janvier 1786, tolérance religieuse y compris pour la communauté juive, Carouge se développa rapidement.

La ville de Carouge fut envahie par les troupes de la Révolution française le 2 octobre 1792, devint chef-lieu de district dans le département français du Mont-Blanc puis en 1798, chef-lieu de canton dans le département français du Léman, enfin cédée à la Suisse après la chute de Napoléon par le traité de Turin du 16 mars 1816.

De son passé lié à la Maison de Savoie, Carouge conserve une « place de Sardaigne » et une rue « roi Victor Amé ». 

*En Italie :

Château de Santena :

Santena se trouve à une vingtaine de kms au sud-est de Turin en direction d'Asti.

Un château fut construit à Santena entre 1712 et 1720. Ce château fut acheté par Philippe Benso marquis de Cavour qui avait épousé Philippine de Sales le 24 février 1781 à Thorens-Glières et qui utilisa la dot de Philippine pour l'acquisition de ce château et de son parc.

Dans une chapelle annexe au château sont inhumés Camillo Cavour, Philippine de Sales et quelques membres de leur famille

Turin :

Difficile de s'intéresser à l'histoire de la Maison de Savoie sans connaître Turin tellement cette ville est imprégnée de cette dynastie.

*Les monuments : le Palais royal (Palazzo Reale), le Palais Madame ( Palazzo Madama), le Palais Carignan (Palazzo Carignano), le Palazzo del Valantino (construit pour la duchesse Christine de France épouse du duc de Savoie Victor-Amédée 1er), la bibliothèque royale, l'armurerie royale, les jardins royaux, l'église San Lorenzo édifiée suite à la victoire du duc de Savoie Emmanuel-Philibert sur les troupes françaises le 10 août 1557 (jour de la Saint Laurent), l'église Santa Cristina piazza San Carlo érigée à la demande de Marie Christine en mémoire de son fils François-Jacinthe décédé à l'âge de 6 ans etc etc

*Les noms des rues, des places, des avenues : on trouve à Turin un peu partout des rues etc dénommées : Carlo Alberto, Carlo Emanuele, Carlo Felice, Conto Rosso, Conto Verde, Emanuele Filiberto, Madama Cristina, Maria Teresa, Maria Vittoria, Principe Amadeo, Principe Eugenio, Principe Tommaso, Re Umberto, Regina Margherita, Vittoria Amedeo, Vittorio Emanuele... sans compter tous les noms associés à la famille de Savoie : Cavour, Garibaldi etc

*la statuaire : le comte Verd place de la mairie, Emmanuel-Philibert place San Carlo, Charles-Albert piazza Carlo Alberto etc

Basilique de Superga (qui domine Turin)

Cette basilique fut érigée suite à un vœu de Victor-Amédée II (dernier duc de Savoie et premier roi de Sardaigne), lorsque la ville de Turin était assiégée par l'armée française de Louis XIV. La ville fut libérée en 1706 par le Prince Eugène de Savoie à la tête des armées autrichiennes.

De nombreux membres de la Maison de Savoie sont inhumés ou ont un cénotaphe à Superga

Les Résidences royales :

Turin fut la capitale de la Maison de Savoie de 1563 à 1866. Durant cette période, de nombreux palais furent construits ou rachetés par les différents souverains de la dynastie Savoie qui se succédèrent. Cet ensemble fut classé en 1997 au patrimoine mondial de l'UNESCO sous l'appellation « Résidences royales de la Maison de Savoie ». Certaines de ces résidences se trouvent à Turin même mais il existe également toute une couronne de monuments autour de Turin connue sous l'appellation « Corona di delizie » (couronne des délices).

Les Savoyards doivent connaître la ville de Turin elle-même, mais il y a beaucoup moins de gens qui connaissent la couronne des délices qui comprend, par rapport à Turin :

au nord : le château ducal d'Aglié (Castello ducale di Aglié)

au nord-ouest : le château de la Mandria (castello de La Mandria) et La Mandria (Reggia di Veneria Reale)

à l'ouest : le château de Rivoli (castello di Rivoli), sans oublier à Rivoli, la "casa del conte verde"  (bâtiment du XIVe siècle)aujourd'hui transformée en musée.

au sud-ouest : le pavillon de chasse de Stupinigi (Palazzina di Caccia di Stupinigi)

au sud : le château de Racconigi (castello di Racconigi) et le château de Moncalieri (castello di Moncalieri)

à l'est : la villa de la Reine (Villa della Regina)

La visite de cet ensemble pourrait faire l'objet d'un voyage et selon la durée du séjour pourraient y être ajoutés la basilique de Superga (voir ci-dessus) et le château de Santena (voir ci-dessus)

Vicoforte :

La localité de Vicoforte est située à 6 kms à l'est de Mondovi dans la province de Coni au sud de la région Piémont.

A partir de 1596, le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er y fait édifier un sanctuaire dédié à la Vierge (basilique Regina Montis Regalis). A partir de 1733 (et jusqu'en 1752) y est implantée une vaste coupole (37,15 mètres sur 24,90 mètres), puis 4 campaniles complètent l'église en 1891. La même année une statue dédiée à Charles-Emmanuel 1er est inaugurée sur la place devant la basilique. Entre-temps, une statue dédiée à Marguerite de Savoie (fille de Charles-Emmanuel 1er) avait été réalisée à l'intérieur de la basilique en 1709.

Charles-Emmanuel 1er et Marguerite de Savoie sont inhumés dans la basilique.

A Mondovi même, une citadelle construite sur ordre d'Emmanuel-Philibert et terminée en 1573, à aujourd'hui vocation de caserne.

 

Dans le Val d'Aoste :

*Château de Sarre : (commune de Sarre) sur le site existait déjà un château au XIIIe siècle qui appartint à différentes familles dépendantes de la Maison de Savoie. Le château fut acheté en 1869 par Victor-Emmanuel II pour en faire sa maison de chasse. Il fut racheté en 1969 par la région autonome du Val d'Aoste.

*fort de Bard : (commune de Bard). Le site fut acheté par la Maison de Savoie en 1242. Le duc de Savoie Charles-Emmanuel 1er y fait installer une garnison en 1661. La garnison du fort dut se rendre à Napoléon Bonaparte en mai 1800 après 2 semaines de siège. Puis Bonaparte fit détruire le fort. Il fut reconstruit de 1830 à 1838 sous le règne de Charles-Félix et Charles-Albert rois de Sardaigne. Camillo Cavour y effectua son service militaire. Le fort servit de poudrière à l'armée italienne jusqu'en 1975. Il fut alors racheté par la Région autonome du Val d'Aoste. Après restauration, il est transformé en "musée des Alpes" depuis 2006.

*Château Savoie : (sur la commune de Gressoney Saint Jean). ce château fut bâti à la fin du XIXe siècle pour la reine Marguerite de Savoie, reine d'Italie, qui y séjourna régulièrement jusqu'en 1925

 

A Palerme en Sicile :

Durant la guerre de succession d'Espagne, le duc de Savoie Victor-Amédée II avait pris parti successivement pour la France de Louis XIV puis contre. Cette guerre se termina par le traité d'Utrecht (en Hollande) le 11 avril 1713. Anne Stuart reine d'Angleterre et d'Irlande de 1702 à 1714 imposa de donner la Sicile (au détriment de Philippe V roi d'Espagne) et le titre de roi à son cousin le duc de Savoie Victor-Amédée II. Cet accord était confirmé par un traité direct entre l'Espagne et la Savoie le 13 juillet 1713.

C'est le 21 décembre 1713 que Victor-Amédée II et son épouse (Anne-Marie d'Orléans nièce de Louis XIV) arrivèrent à Palerme et le 24 décembre à la cathédrale de Palerme qu'eut lieu le couronnement. Le roi s'était installé au palais royal (Palazzo dei Normanni) et avait commencé à réformer la Sicile, mais il l'a quitta le 8 septembre 1714 pour retourner à Turin. Il laissa sur place un vice-roi (le comte Annibale Maffei qui avait été ambassadeur de la Savoie à Londres). Ce vice-roi tenta de poursuivre la réforme de la Sicile mais le 1er juillet 1718, les troupes espagnoles débarquaient pour reprendre le territoire, ce qu'ils firent sans peine compte-tenu des faibles troupes dont disposaient sur place la Maison de Savoie.

 

A Cagliari en Sardaigne :

Un traité de Londres en date du 8 août 1720 donna la Sardaigne à la Maison de Savoie, en compensation de la Sicile. Ainsi l'éphémère roi de Sicile devenait roi de Sardaigne. Victor-Amédée II ne mit pas les pieds en Sardaigne, mais envoya à Cagliari un vice-roi (le marquis de Saint-Rémy) qui arriva le 4 août 1720 et administra le territoire.

Il fallut attendre l'invasion du Piémont par les troupes de Bonaparte pour qu'un roi de Sardaigne (Charles-Emmanuel IV beau frère de Louis XVI) vienne s'installer à Cagliari.

La Sardaigne au fil des siècles appartint à de nombreux conquérants dont la République de Pise en 1216, l'Espagne en 1295, l'Autriche en 1713 puis la Maison de Savoie en 1720. Pendant sa courte présence le souverain savoyard occupa le Palazzo Viceregio (construit à partir de 1337) qui devint palais royal et qui conserva ce nom avant de devenir en 1885 le siège de l'administration provinciale dans le cadre du royaume d'Italie. Au dessus de la porte d'entrée du palais royal, une inscription commémore Charles-Emmanuel III. On trouve encore à Cagliari :

-un arc de triomphe Umberto primo et une terrasse du même nom

-un bastion Saint Rémy,

-une Piazza Carlo Alberto

-une Porta Cristina créée en 1825 sous le règne de Charles-Félix et qui porte le nom de sa femme

Ailleurs en Italie :

C'est la dynastie de la Maison de Savoie qui a fait l'unité italienne dans les années 1860/70. Unité que beaucoup d'Italiens souhaitaient depuis 14 siècles ! Il n'est donc pas surprenant que l'on trouve traces de la Maison de Savoie sous de multiples formes dans toute l'Italie : du palais « Victor-Emmanuel II » à Rome à la galerie « Victor-Emmanuel II » à Milan. On ne peut tout recenser sauf à remplir un dictionnaire. La famille de Savoie fait partie de l'histoire de l'Italie, on trouve la croix de Savoie sur de nombreux timbres émis par la poste italienne jusqu'à la proclamation de la République ainsi que sur des pièces et billets de banque du royaume d'Italie entre 1861 et 1946. Cette famille fait aussi, un peu, partie de l'histoire de France. Elle est en fait un lien entre les 2 pays.

 

J.D. 13 février 2012, dernière mise à jour le 21 juillet 2016

 

Cette note est complémentaire de la note N°66 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-de-la-maison-de-savoie-59295182.html

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Palais de Justice dont la première pierre a été posée le 27 mai 1850 par le roi Victor-Emmanuel II et la reine Adélaïde d'Autriche. Fut terminé après la réunion de la Savoie à la France en 1860. Ce bâtiment avait été construit pour l'ancien Sénat de Savoie qui avait été créé par le duc Emmanuel-Philibert en 1560.

 

Château des comtes puis des ducs de Savoie à Chambéry, aquarelle de Michel Duvoisin dans "Les pays de Savoie" éditions équinoxe avril 2010

Château des comtes puis des ducs de Savoie à Chambéry, aquarelle de Michel Duvoisin dans "Les pays de Savoie" éditions équinoxe avril 2010

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