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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 10:21

*L'histoire de Rome commence par le règne de sept rois dont le premier fut Romulus. Cette période de la royauté romaine s'étend de l'an 753 avant notre ère à l'an -509, date à laquelle le peuple de Rome chassa le dernier roi (Tarquin le Superbe) parce que son fils avait violé Lucrèce, une citoyenne romaine.

*Sur cette période, on a un ensemble de textes mais qui ont été écrits au minimum 5 siècles après les faits. Le résultat est qu'on ne sait pas bien démêler ce qui appartient à l'Histoire et ce qui ressort de la légende.

De mon point de vue, légendaire ou réelle, la fondation de Rome et ses rois appartiennent à l'Histoire de la Rome antique, comme la guerre de Troie appartient à l'Histoire de la Grèce, ou comme Abraham et Moïse appartiennent à l'Histoire des Hébreux c'est-à-dire à Israël etc.

*Après la royauté, dans la Rome antique, il y eut la République de -509 à -27, une République qui fit la conquête du monde méditerranéen. Cette République fut proclamée un an avant la Démocratie à Athènes.

Autre temps, autres mœurs, dans la République romaine, seuls les hommes libres participaient aux votes, ce qui excluait les esclaves, les femmes… mais enfin pour l'époque ce fut un modèle.

*Cette République prit fin après 482 années de « bons et loyaux services » lorsqu'en -27, le Sénat de Rome décerna à Octave (vainqueur d'Antoine et Cléopâtre) tous les titres et lui délégua tous les pouvoirs. Parmi les titres, il y eut celui « d'Auguste » qui devint son nom. Tous les historiens considèrent qu'alors, de fait, la République n'existait plus, l'empire commençait et avec lui une période où des êtres humains eurent un pouvoir absolu y compris le droit de vie et de mort sur leurs semblables. Il y eut bien d'autres pays ou civilisations où cela se produisit, mais Rome est plus proche de nous, à la fois géographiquement et culturellement.

*En fait dans les derniers temps de la République, les grands capitaines avaient déjà pris beaucoup de pouvoir : Marius, Sylla, Pompée, César… et c'est parce que ses ennemis le soupçonnaient de vouloir devenir roi, qu'ils assassinèrent Jules César (le 15 mars de l'an 44 avant notre ère). On attribue à Brutus, un des assassins de César la phrase : « Sic semper tyrannis » qui a été reprise comme devise sur le drapeau de l’État de Virginie aux Etats-Unis. La traduction littérale étant : « toujours pareil pour les tyrans », c'est-à-dire la mort.

En quelque sorte, l'avènement de l'empire et le pouvoir absolu des empereurs étaient la suite logique ou inévitable des dérives de la République.

Sur les premiers siècles de l'empire romain, on a aussi beaucoup de textes qui ont l'avantage d'avoir été écrits par des contemporains des événements. On peut évidemment toujours soupçonner n'importe quel auteur de parti pris et de manquer d'objectivité….

*Parmi les auteurs anciens qui ont écrit sur les conséquences du pouvoir absolu il faut citer particulièrement Suétone et Tacite.

Suétone :

On sait peu de choses sur la vie de Suétone lui-même. Par recoupements les historiens pensent qu'il est né vers l'an 70 au premier siècle de notre ère, peut-être à Rome. Pour son décès 3 dates sont avancées : 122, 130 et même 160.

Issu d'une famille appartenant à l'ordre équestre (noblesse romaine), il devint secrétaire de l'empereur Hadrien vers l'an 113, ce qui lui donna accès aux archives impériales.

Suétone écrivit beaucoup sur des sujets très divers, mais malheureusement la majorité de ses textes ne nous sont pas parvenus. Seuls, subsistent :

*très partiellement un ouvrage sur les Hommes illustres publié vers l'an 113 et qui comprenait 5 parties consacrées aux poètes, aux orateurs, aux historiens, aux philosophes et aux grammairiens et rhéteurs (ceux qui enseignaient l'éloquence)

*en entier : « vies des douze Césars » publiées vers l'an 120. Cet ouvrage concerne : -d'abord Jules César que beaucoup de gens prennent pour un empereur alors que l'on peut considérer que ses exploits constituent l'apothéose de l'histoire de la République romaine.

-puis Octave-Auguste, que l'on peut classer parmi les bons empereurs, de – 27 à +14.

-une série d'empereurs-monstres : Tibère, Caligula, Claude, Néron qui fut contraint de se suicider en 68. Julius Vindex qui commandait les légions romaines de la Gaule lyonnaise avait déclenché, au printemps 68, la révolte contre la bête-Néron. Julius Vindex fut tué mais Néron disparut. Dans la galerie de portraits de cette période, il ne faut pas oublier les femmes comme Messaline (voir la fiche N°103 http://jean.delisle.over-blog.com/article-messaline-et-theodora-n-103-116877402.html) ou Agrippine qui d'après les auteurs anciens eut des relations sexuelles avec son frère l'empereur Caligula, avec son oncle l'empereur Claude et avec son fils l'empereur Néron ! Voir fiche N° 121 (http://jean.delisle.over-blog.com/cleopatre-et-agrippine-n-121)

Il n'est pas surprenant que Juvénal (vers l'an 50/vers l'an 127) prétende dans les « Satires » que les vices de tous les humains qui se succéderont sur la terre ne pourront dépasser les vices des Romains de son temps.

-Après la mort de Néron, il y eut ce que les historiens ont appelé « l'année des 4 empereurs » (Galba, Othon, Vitellius, Vespasien). Chaque légion voulut imposer « son » empereur et il y eut la guerre entre les différentes légions avec d'abominables massacres.

-le règne de Vespasien et de son fils Titus de 69 à 81 fut un intermède heureux.

-puis il y eut le règne de Domitien de 81 à 96 qui renoua avec les pratiques des empereurs montres

-De 96, mort de Domitien à 180 il y eut une succession de « bons empereurs », période la plus heureuse de l'histoire romaine avec Nerva (de 96 à 98), Trajan (de 98 à 117), Hadrien (de117 à 138), Antonin-le-Pieux (de 138 à 161) et Marc Aurèle (de 161 à 180).

*ensuite, il y eut de tout : des bons et des mauvais comme Caracalla (empereur de 211 à 217) digne des Tibère, Caligula… Comme quoi, les humains comptent plus que les Institutions qu'ils font vivre.

Tacite :

Tacite naquit vers l'an 55 et mourut vers l'an 119. Il est, lui aussi, issu d'une famille de l'ordre équestre. Il se destina d'abord à une carrière d'avocat puis obliqua vers une carrière politique commencée sous Vespasien, poursuivie sous Titus puis Domitien. Il remplit différentes charges : questeur, prêteur, tribun...

Il publia également plusieurs ouvrages dont :

-la vie d'Agricola en 98

-la Germanie en 99 : description des différents peuples de Germanie et de leurs mœurs

-les « Histoires » vers 109 et les « Annales » vers 110. Les Annales décrivent l'histoire de Rome de l'an 14 (mort d'Auguste) à 68 (mort de Néron) tandis que les Histoires, pourtant écrites avant, vont de la mort de Néron à la mort de Domitien en 96.

Le texte de Tacite recoupe donc et complète celui de Suétone.

*En 77 Tacite avait épousé la fille de Julius Agricola un des grands généraux de l'histoire romaine. Cet Agricola avait achevé la conquête de la Bretagne (nom qui à l'époque désignait la Grande-Bretagne d'aujourd'hui). Il y acquit une grande renommée. Il mourut le 23 août 93 à Rome. Circula alors la thèse selon laquelle l'empereur Domitien aurait pris ombrage de la popularité d'Agricola et l'aurait fait empoisonner.

*C'est en 98 que Tacite publia la vie d'Agricola , soit 2 ans après la mort de Domitien. Probablement troublé par la mort de son beau-père qu'il admirait, il s'interrogea sur la responsabilité de tous, y compris la sienne, d'avoir accepté la tyrannie. Voici son texte (dans "Vie d'Agricola") :

« Nous lisons que, lorsque Arulenus Rusticus prononça l'éloge de Paestus Thrasea, et Herennius Senecio celui D'Helvetius Priscus, cela leur coûta la vie ; et que l'on ne se contenta pas des auteurs, on se déchaîna même contre leurs livres : les triumvirs (chargés des exécutions) furent chargés de brûler sur le comitium (lieu de rassemblement du peuple sur le forum) , en plein forum, les œuvres laissées par ces illustres génies. On croyait sans doute par ce feu, étouffer la voix du peuple romain, la liberté du sénat, la conscience du genre humain – et, en outre, on avait chassé ceux qui enseignaient la philosophie (en 84), condamné à l'exil toutes les activités honorables, afin que le bien ne se rencontrât plus nulle part. Nous avons donné, en vérité, un admirable exemple de résignation. L'ancien temps avait vu jusqu'où pouvait aller la liberté, mais nous avons vu, nous, jusqu'où peut aller la servitude, quand les espions nous confisquaient jusqu'à la possibilité d'échanger des paroles. Nous aurions même perdu la mémoire avec la voix, s'il était autant en notre pouvoir d'oublier que de nous taire.

Maintenant seulement la vie revient. Mais bien que, dès la naissance de ce siècle bienheureux, Nerva ait allié deux notions autrefois inconciliables, le principat (c'est-à-dire l'empire) et la liberté, bien que Nerva Trajan (Trajan avait été adopté par Nerva) augmente chaque jour le bonheur des temps, bien que la tranquillité générale ne soit plus seulement un espoir et un vœu, et que nous puissions désormais compter fermement sur l'accomplissement de ce vœu, cependant la faiblesse de la nature humaine fait que les remèdes sont plus lents à agir que les maux. Les corps mettent longtemps à grandir, mais on a tôt fait de leur ôter la vie. Il en va de même des esprits et des études : il est plus facile de les étouffer que de les ranimer. L'oisiveté a en elle-même une douceur sournoise et l'inaction, d'abord détestée, finit par être aimée. Alors, que dire de nous ? Pendant quinze années, durée considérable dans la vie d'un mortel, beaucoup sont morts du fait d'accidents fortuits, les plus énergiques, victimes de la cruauté du prince (il s'agit de Domitien), et nous restons un petit nombre à survivre, non seulement aux autres, mais encore, peut-on dire, à nous-mêmes, car tant d'années ont été arrachées du milieu de notre vie, pendant lesquelles nous sommes parvenus, jeunes, à la vieillesse, vieillards, presque au terme ultime de l'existence, en traversant le silence….. »

Ce texte de Tacite mérite d'être médité. Il met en cause la responsabilité des majorités silencieuses qui ne commettent aucun forfait mais laissent faire les autres.

Cela ne concerne pas que les dictatures. Dans une démocratie, élire un président prétentieux, menteur et incompétent n'est guère plus glorieux que de laisser un dictateur arriver au pouvoir.

J.D. 18 août 2016

drapeau de l'Etat de Virginie

drapeau de l'Etat de Virginie

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 17:32

C'est en septembre de l'an 476, 5 siècles après l'avènement d'Auguste comme premier empereur, que prit fin l'empire romain d'Occident (voir fiche N°39 http://jean.delisle.over-blog.com/article-l-empire-romain-le-4-septembre-de-l'an-476-70944795.html). Il avait succédé à 5 siècles de République romaine qui elle-même avait poursuivi l’œuvre des Rois de Rome. A noter au passage que Romulus, le fondateur légendaire de Rome est considéré comme le premier roi (latin) et que c'est sur le mont Palatin qu'il créa la ville !

Au total ce que l'on nomme « Rome antique » aura eu 12 siècles d'existence, non compris un millénaire de survie par le biais de l'empire romain d'Orient (ou empire byzantin). Sa disparition entraîna de nombreux bouleversements dans l'espace de l'ancien empire romain d'Occident. Parmi ces ruptures, en voici deux :

En dehors de l'Italie : lentement mais sûrement, des Etats-nations virent le jour comme le royaume d'Espagne, le royaume de France, le royaume d'Angleterre, le Saint empire romain germanique …. Ce mouvement concerna quasiment toute l'Europe, sauf l'Italie.

En Italie : de l'an 476 à la proclamation du royaume d'Italie le 17 mars 1861, c'est-à-dire durant quatorze siècles, l'Italie fut complètement divisée en de nombreux Etats dont les souverainetés, les limites, les noms même se modifièrent sans cesse en fonction des événements. Il y eut, dans l'Italie, des Républiques maritimes (Venise, Gênes, Pise, Amalfi, Ancône...) ; des Républiques tout court (voir fiche N° 45 http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-republiques-en-italie-79062862.html) des royaumes (de Naples, de Sicile, de Sardaigne, de Lombardie...) ; des duchés (de Toscane, de Lucques, de Parme, de Modène, de Mantoue, de Brescia...), des principautés (Bénévent...), des marquisats, sans oublier les communes libres et les Etats de l'Eglise.

Résultats en Italie : la multiplication des souverainetés entraîna la multiplication des guerres de Venise avec Gênes, de Gênes avec Pise, de Pise avec Florence, de Florence avec Milan, de Milan avec Venise.... On peut mettre tous les noms des souverainetés qui ont régné en Italie dans un chapeau et tirer au hasard, elles se sont fait la guerre, il y a de fortes chances, car en quatorze siècles, tout le monde a fait la guerre à tout le monde en Italie, avec des alliances, des changements d'alliances, des trahisons....

Résultats hors de l'Italie : Les Etats-nations en Europe se firent la guerre autant que les Cités-états de l'Italie. On peut trouver des guerres entre l'Espagne et l'Angleterre, entre l'Angleterre et la France , entre la France et l'Autriche, entre l'Autriche et la Prusse, entre la Prusse et la Pologne, entre la Pologne et la Russie, entre la Russie et la Suède etc etc Là, encore, tout le monde a fait la guerre avec tout le monde.

Mais en prime, pour les autres nations de l'Europe, l'Italie fut considérée comme un bien vacant et sans maître et cela suscita de nombreuses convoitises, particulièrement celles de la France, du Saint empire et de l'Espagne.

Pour la France, on peut citer parmi les souverains qui sont allés guerroyer en Italie : Pépin le Bref, son fils Charlemagne, Louis le Pieux (fils de Charlemagne), Charles VIII, Louis XII, François 1er (1515 c'est Marignan), Henri II, Louis XIII, Louis XIV , Louis XV, les armées de la Révolution, Napoléon Bonaparte, Napoléon III

L'Allemagne : Le Saint empire avait au moins 2 bonnes raisons d'intervenir en Italie : pour empêcher la France de s'implanter en Italie et à cause des conflits entre Papes et Empereurs. Les Italiens se rangèrent soit du côté de l'empereur (les Gibelins) soit du côté du pape (les Guelfes) ; mais comme ce serait trop simple et que les humains ne semblent pas aimer les choses simples, il y eut des divisions, par exemple entre les Guelfes qui se divisèrent entre « Blancs » et « Noirs ». Pour la petite histoire, les Noirs l'emportèrent sur les Blancs et Dante qui était du parti des Blancs fut banni de Florence et la maison de sa famille (les Alighieri, mais à son époque on écrivait Allighieri, voir illustration avec la note N°146 http://jean.delisle.over-blog.com/2013/12/dante-n-146.html) fut détruite, ce qui n'empêche pas des guides à Florence de montrer la maison natale de Dante aux touristes.

L'Espagne : dans le cadre de ses conflits avec la France, l'Espagne intervint aussi souvent en Italie (voir le sac de Rome par les soldats de Charles Quint en 1527) etc

Le résultat est que l'Italie fut durant des siècles le principal champ de bataille de l'Europe, la France fut le second mais pour d'autres raisons et c'est une autre histoire. Sans oublier les deux guerres mondiales du vingtième siècle auxquelles participa l'Italie.

L'Italie, le patrimoine et le miracle : Pour avoir circulé souvent en Italie, d'Ouest en Est, du Nord au Sud, j'ai pu constater, mais chacun le sait, l'abondance des monuments de toutes les époques depuis l'antiquité qui sont parvenus jusqu'à nous, à peu près en bon état. Ce n'est pas sans raisons que l'Italie est le pays de la terre qui possède le plus de sites inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Quand on imagine les dégâts que font les débarquements, les invasions, les sièges, les batailles, les occupations, les flux et reflux des armées, qui furent si nombreux en Italie, il a fallu un vrai miracle pour qu'il n'y ait pas plus de destructions dans le patrimoine italien, un miracle à l'italienne.

J.D. 16 février 2015

temple dit de Neptune à Paestum (5e siècle avant J.C.), basilique à Pompéi (2e siècle avant J.C.) et "Scala fenicia" (escalier des Phéniciens) à Capri; photos Michèle Delisle avril 2002

temple dit de Neptune à Paestum (5e siècle avant J.C.), basilique à Pompéi (2e siècle avant J.C.) et "Scala fenicia" (escalier des Phéniciens) à Capri; photos Michèle Delisle avril 2002

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 09:15

 

A Rome, Messaline fut une impératrice qui se prostitua,

A Byzance, Théodora fut une prostituée qui devint impératrice.

Mais ce n'est pas leur seul point commun.

 

Messaline : Arrière petite fille de Marc-Antoine et d'Octavie, cette Octavie étant elle-même demie-sœur d'Auguste et petite fille de Julia sœur de César. Messaline était également la nièce de Domitius père de Néron.

Elle naquit en l'an 25 au premier siècle de notre ère. En 38 ou 39 (à 13 ou 14 ans) elle épousa Claude, né en 10 avant notre ère et qui devint empereur le 24 janvier 41. Avec Claude elle eut une fille nommée Octavie en 39 ou 40 et un fils nommé Britannicus né le 12 février 41. Le nom « Britannicus » est dû aux victoires qui eurent lieu sous le règne de Claude en « Bretagne » (actuelle Grande-Bretagne).

Plusieurs auteurs antiques ont laissé des informations sur Messaline dont principalement Tacite dans les « Annales », Suétone dans « Vies des douze Césars » et Juvénal dans les « Satires ». Sur les deux premiers auteurs voir sur mon blog la fiche N°98 (Néron et Locuste l'empoisonneuse »). Juvénal, lui naquit vers l'an 50 et mourut en 128.

Les textes des 3 auteurs concordent pour montrer Messaline menant une vie de débauchée notoire, multipliant les amants et même se prostituant à Rome dans le bordel de Subure pour trouver des plaisirs nouveaux. Juvénal la nomme d'ailleurs « la putain impériale ». Elle fit exécuter ou exiler (comme Sénèque) ceux qui pouvaient la gêner. En 48, profitant d'une absence de Claude, elle s'organisa un mariage public avec Caius Silius (qui fut sénateur en 47 et consul en 48) dont elle espérait qu'il prendrait le pouvoir à la place de Claude.

Dans l'entourage de Claude, certains craignant de perdre leur influence avec un changement de pouvoir (spécialement un affranchi nommé Narcisse) dénoncèrent Messaline auprès de Claude. Celui-ci rentra à Rome, fit exécuter tous ceux qui avaient participer à cette mascarade de mariage. L'entourage de Claude fit promptement exécuter Messaline de peur qu'elle parvienne à obtenir le pardon de Claude et se venge de ceux qui l'avaient dénoncée. Comme l'écrit Tacite à propos d'Agrippine : (Annales livre XII- LXVII) « Si l'on risque à commencer les plus grands crimes, on gagne à les consommer ».

Messaline n'avait que 23 ans au moment de sa mort, malgré son jeune âge, son nom reste synonyme de vices et de débauche. Elle ne vit pas la suite des événements : le mariage d'Agrippine (sœur de Caligula et tante par alliance de Messaline) avec Claude, l'adoption de Néron fils d'Agrippine par Claude, le mariage de ce Néron avec Octavie fille de Messaline (ce qui faisait de Messaline la belle-mère de Néron), l'empoisonnement de Claude par Agrippine, Néron devenant empereur, l'empoisonnement de Britannicus (fils de Messaline) par Néron, l'assassinat d'Agrippine commandé par son fils, puis le suicide d'Octavie sur ordre de Néron enfin le propre suicide de Néron. Quelle belle famille !

 

Théodora : naquit vers l'an 500, fille d'un dresseur d'ours au cirque de Constantinople, originaire de Chypre. Edward Gibbon historien anglais du XVIIIe siècle consacre un assez large développement à Théodora dans « Histoire du déclin et de la chute de l'empire romain » au chapitre XL, à partir des sources antiques dont la principale est « histoire secrète » attribuée à Procope de Césarée, un contemporain de Théodora qui fut secrétaire de Bélissaire (principal général de Justinien) puis préfet de Constantinople. L'ouvrage de Procope est un véritable réquisitoire à charge contre Théodora.

Théodora eut deux sœurs. Elles perdirent leur père encore très jeunes. Pour survivre, Théodora joua d'abord la pantomine au cirque puis dès qu'elle en eut l'âge, elle gagna sa vie en vendant son corps « dans toutes les villes de l'Orient ».

A 23 ans, arrivée à Byzance, elle parvint à séduire Justinien de 17 ans son aînée. Celui-ci fit réformer la loi qui lui interdisait certaines alliances, épousa Théodora en 523, la mit sur le trône lorsqu'il devint empereur en 527 et partagea le pouvoir avec elle. Théodora vécut dans le luxe (après la luxure!). Elle organisa sa propre police et faisait arrêter tous les opposants qui finissaient au cachot après d'atroces tortures. Certains étaient remis en liberté les membres brisés afin que chacun puisse se convaincre de ce qu'il en coûtait de s'opposer à Théodora.

Durant son périple dans « toutes les villes de l'Orient », elle avait eu un fils qu'elle avait abandonné et qui avait été élevé par son père présumé. Devenu grand ce fils apprit qui était sa mère et ce qu'elle était devenue. Il se présenta à Théodora. Peu soucieuse de laisser vivre ce témoin de son passé, elle le fit supprimer.

A l'actif de Théodora signalons cependant qu'elle participa au pouvoir aux côtés de Justinien et fit prendre entre autres des mesures pour aider les prostituées. Elle fit également preuve de courage. En janvier 532, lors d'une insurrection connue sous le nom de « Nika » et née à la suite d'une course de chars, les insurgés mirent durant 5 jours la ville de Constantinople à feu et à sang et désignèrent un nouvel empereur. Justinien prit peur et voulut fuir. Théodora plus courageuse ou ayant plus à craindre parce que plus compromise, se chargea de remettre de l'ordre dans la cité. Elle y fit rentrer des légions aguerries qui vinrent à bout de la révolte après un abominable massacre.

Lorsque la santé de Théodora déclina, les médecins prescrivirent une cure thermale en Grèce. Le cortège qui accompagna Théodora ne comprenait pas moins de 4.000 personnes. Les eaux ne purent rien et Thédora décéda le 11 juin 548. Justinien lui survécut 17 ans (il décéda le 14 novembre 565), la pleura et la fit représenter partout. On peut encore voir aujourd'hui Théodora, par exemple, dans les mosaïques de l'église San Vitale à Ravenne où elle est représentée avec une auréole...ça s'impose !

 

En guise de conclusion : Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. Sous cette forme ou sous une autre cela est bien connu. Combien d'hommes à travers l'histoire ayant disposés de pouvoirs absolus devinrent des tyrans sanguinaires, des spoliateurs des fauteurs de guerres... Beaucoup moins de femmes que d'hommes parvinrent au pouvoir dans l'histoire des sociétés humaines, on peut à partir de là se demander si en cas de pouvoir elles ne sont pas meilleures que les hommes ? Les exemples de Messaline, de Thédora et de quelques autres (Agrippine etc) n'incitent guère à l'optimisme, mais à chacun de se faire une opinion.

J.D. 7 avril 2013

Théodora avec une auréole de Sainte (!) dans les mosaïques du VIe siècle de San Vitale à Ravenne

Théodora avec une auréole de Sainte (!) dans les mosaïques du VIe siècle de San Vitale à Ravenne

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 14:26

« S'il fallait déterminer dans quelle période de l'histoire du monde le genre humain a joui du sort le plus heureux et le plus florissant, ce serait sans hésiter qu'on s'arrêterait à cet espace de temps qui s'écoula depuis la mort de Domitien (en l'an 96) jusqu'à l'avènement de Commode (en l'an 180) Un pouvoir absolu gouvernait alors l'étendue immense de l'empire, sous la direction immédiate de la sagesse et de la vertu. Les armées furent contenues par la main ferme de quatre empereurs (en fait 5 empereurs) successifs, dont le caractère et la puissance imprimaient un respect involontaire, et qui savaient se faire obéir, sans avoir recours à des moyens violents. Les formes de l'administration civile furent soigneusement observées par Nerva, Trajan, Adrien et les deux Antonins (Il s'agit d'Antonin-le-Pieux et de Marc Aurèle) qui, chérissant l'image de la liberté, se glorifiaient de n'être que les dépositaires et les ministres de la loi. De tels princes auraient été dignes de rétablir la république, si les Romains de leur temps eussent été capables de jouir d'une liberté raisonnable ».

Voici ce qu'écrivait en 1776 l'historien anglais Edward Gibbon dans « Histoire du déclin et de la chute de l'empire romain », tome 1, chapitre 3.

Après la mort d'Auguste le premier empereur romain en l'an 14, il y eut une succession d'empereurs montres. Voici ce qu'écrit Edward Gibbon à ce sujet (même livre, même chapitre) :

« L'âge d'or de Trajan et des Antonins avait été précédé par un siècle de fer. Il serait inutile de parler des indignes successeurs d'Auguste : s'ils ont été sauvés de l'oubli, ils en sont redevables à l'excès de leurs vices et à la grandeur du théâtre sur lequel ils ont paru. Le sombre et l'implacable Tibère, le furieux Caligula, l'imbécile Claude, le cruel et débauché Néron, le brutal Vitellius, le lâche et sanguinaire Domitien, sont condamnés à une immortelle ignominie. Pendant près de quatre-vingt ans, Rome ne respira que sous Vespasien et sous Titus : si l'on excepte ces deux règnes, qui durèrent peu, l'empire dans ce long intervalle, gémit sous les coups redoublés d'une tyrannie qui extermina les anciennes familles de la république, et se déclara l'ennemie de la vertu et du talent ».

Il y eut non seulement une succession d'empereurs-monstres, mais après la mort de Néron le 9 juin 68, il y eut durant 18 mois une lutte sans merci pour le pouvoir. D'abord, les légions de Rome poussèrent Galba au pouvoir puis l'assassinèrent le 15 janvier 69 et rapportèrent sa tête à Othon qui avait été désigné empereur par les légions d'Espagne , mais les légions du Rhin mécontentes marchèrent contre les légions d'Othon qui se suicida le 16 avril 69. Les légions du Rhin avaient nommé Vitellius comme empereur mais furent vaincues par les légions du Danube qui avaient rejoint Vespasien nommé empereur à Alexandrie par les légions d'Orient. Vitellius fut lapidé le 22 décembre 69 par la foule à Rome et son corps jeté dans le Tibre.

Durant ce temps, ce ne fut pas un combat de légions contre des phalanges ou contre des « barbares » mais contre d'autres légions : la discipline et la tactique contre la tactique et la discipline, avec les mêmes armes, les mêmes commandements... Il y eut de très nombreuses victimes non seulement parmi les soldats mais aussi parmi la population civile. Ainsi par exemple toute la population de Crémone fut pillée, violée, massacrée par les légions de Vespasien qui avaient vaincu celles de Vitellius, au motif que la population de Crémone avait soutenu Vitellius. Voir Tacite « Histoires » livre III- XXXIII.

Ce n'était pas nouveau, il y eut dans l'histoire romaine toujours des luttes pour le pouvoir, entre les partisans de Marius et ceux de Sylla (dans les années -80), entre ceux de César et ceux de Pompée (dans les années -40), entre Antoine et Octave (dans les années -30)... A la fin du troisième siècle, il y eut même 6 empereurs auto-proclamés en même temps (Maximien, Sevère, Maximin, Maxence, Licinius et Constantin), jusqu'à que ce dernier plus fort ou plus malin que les autres, les élimine tous et reste seul maître. Mais cela entraîna encore de féroces combats entre légions au grand bonheur, probablement, des « barbares » derrière le limes (frontières fortifiées).

La nature humaine étant ce qu'elle est, les luttes pour le pouvoir ne sont pas propres à l'histoire romaine. Ainsi, par exemple, en Egypte, au temps de la VIIe dynastie (vers l'an 2260 avant notre ère), il est question de 70 pharaons en 70 jours, d'après Manéthon prêtre égyptien du IIIe siècle avant notre ère qui écrivit, en grec, une histoire de l'Egypte. Son œuvre est perdue, mais elle est partiellement connue par des auteurs postérieurs qui l'ont citée.

C'est donc après une période noire dans l'histoire de la Rome antique que vinrent 5 bons empereurs qui justifient le jugement de Gibbon placé en tête de cette note. Voici ces empereurs :

NERVA: Après la mort de Domitien en 96 (voir sur mon blog la fiche « Qui sait qui c'est? », le Sénat choisit lui-même le nouvel empereur le 18 septembre 96 et désigna Nerva d'origine sénatoriale, alors âgé de 66 ans. Nerva rappela les bannis de Domitien. Il adopta Trajan le 28 octobre 97 et l'associa au pouvoir le 1er janvier 98, pour lui succéder,

TRAJAN: Il avait commandé les armées du Rhin et devint empereur après la mort de Nerva le 27 janvier 98 (Nerva n'avait donc été empereur que 16 mois). Trajan étendit les institutions alimentaires (R.M.I. de l'époque) qui avaient été créées par Nerva, fit entreprendre de très importants travaux publics et annexa à l'empire de nouvelles conquêtes (Arménie, Mésopotamie, Assyrie, Dacie, le royaume nabatéen portant la frontière de l'empire du Tibre jusqu'au Tigre). C'est à la mort de Trajan que l'empire romain fut le plus vaste de son histoire. L'empire comprenait alors 43 provinces occupant plus de 5 millions de km2 soit 17 fois environ la superficie de l'Italie actuelle y compris la Sicile et la Sardaigne. 90.000 kms de routes assuraient les grandes liaisons entre les diverses provinces et permettaient un déplacement rapide des légions. Trajan avait épousé Pompéia Plotina mais ils n'eurent pas d'enfant

HADRIEN: Il naquit le 24 janvier 76 et perdit son père à l'âge de dix ans. Il eut alors pour tuteur Trajan cousin de son père. En 101 il accompagna Trajan lors de la guerre contre les Daces. Devint empereur après la mort de Trajan le 8 août 117, Trajan avait eu le temps de l'adopter avant de mourir et Hadrien avait épousé Vibria Sabina fille d'une nièce de Trajan. Trouvant que l'empire était devenu trop grand, il le ramena aux frontières fixées par Auguste le premier empereur (à savoir : l'Atlantique, le Rhin, le Danube, l'Euphrate et le Sahara au sud). Hadrien voyagea dans tout l'empire. En Egypte, Hadrien fonda une ville qu'il appela Antinoë en souvenir de son amant , le jeune et bel Antinoüs qui s'était noyé dans le Nil (Alexandre le Grand avait bien fondé une ville en Inde qu'il avait appelée Bucéphalie en souvenir de son cheval Bucéphale qui était mort au combat).

Hadrien adopta Antonin (dit Antonin le Pieux) un sénateur âgé de cinquante ans et le désigna pour lui succéder en lui imposant d'adopter lui-même Marc Aurèle âgé de 17 ans et en fasse, l'heure venue, son successeur.

ANTONIN LE PIEUX: devint empereur après la mort d'Hadrien le 10 juillet 138. En 126, il avait épousé Faustina l'Ancienne, nièce de la femme d'Hadrien. C'est probablement sous son règne que la prospérité générale du peuple de l'empire fut à son apogée. En 147, il associa Marc Aurèle au pouvoir. En 151, il accorda d'importants secours à plusieurs villes d'Asie Mineure ravagées par de violents tremblements de terre. En Egypte, Antonin fit ouvrir une route permettant de relier le Nil à la Mer Rouge (le canal ouvert plus de 7 siècles auparavant sous le pharaon Nekao II s'était ensablé depuis longtemps).

MARC AURELE: Il devint empereur après la mort d'Antonin le Pieux le 7 mars 161. Marc Aurèle avait épousé en 145 Faustine la Jeune, fille d'Antonin et de Faustine l'Ancienne. Marc Aurèle fut un empereur philosophe dont les « pensées » écrites au cours des campagnes sur les rives du Danube constituent un classique de la philosophie. Disciple d'Epictète, esclave affranchi (l'empereur élève d'un esclave, belle image reprise dans de nombreux textes), cet empereur cultiva la vertu comme tous les stoïciens.

Marc Aurèle, malgré son dégoût de la guerre dut faire face, sur le Danube aux premières invasions barbares (Quades et Marcomans). Marc Aurèle en sortit vainqueur mais mourut le 17 mars 180 de la peste ramenée à Rome par des légions de retour d'Orient.

Si Marc Aurèle fut un souverain modèle, il n'en alla pas de même de sa famille, spécialement de sa femme Faustine et de son fils Commode, tous deux débauchés notoires. En mourant, Marc Aurèle clôturait presqu'un siècle d'âge d'or car Commode qui lui succéda fut de la trempe des Néron et autres Tibère, Caligula...à l'heure où le peuple de Rome eut en outre à souffrir de la peste.

J.D. 11 février 2013

 

 

 

Marc Aurèle place du Capitole à Rome

Marc Aurèle place du Capitole à Rome

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