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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 16:51

1- Le personnage :

Dante Alighieri (Dante c'est le prénom, Alighieri le nom de famille, mais je le précise car beaucoup ne connaissent ce personnage que par l'appellation de « Dante ». A noter que le prénom à la naissance était « Durante » qui par contraction devint « Dante ». Quant au nom de famille en 1265, il s'écrivait Allighieri, mais a perdu un L en cours de route, j 'ai presqu'envie d'écrire qu'il a perdu une L ) est né à Florence vers la fin mai 1265. C'est le plus célèbre des poètes italiens considéré comme le « père de la poésie italienne » ou comme le premier théoricien de la « langue littéraire vulgaire », l'italien d'aujourd'hui.

Dante prit une part active à la vie de sa cité. Il fit partie du « Conseil des 100 » à partir de 1296 et devint même « Prieur » en 1300. (voir sur le blog la fiche N°144 consacrée à Florence et Venise http://jean.delisle.over-blog.com/2013/12/florence-et-venise...souvenir-n-144.html).

Au temps de Dante, le conflit entre papauté et Saint Empire avait repris. Il y avait les « Gibelins » partisans de l'empereur et les « Guelfes » partisans du pape. A Florence on était « Guelfes », mais ce parti se divisa entre Guelfes « blancs » et « noirs ». Dante avait adopté le parti des « blancs » qui furent vaincus.

Malheur aux vaincus ! Le 10 mars 1302 Dante fut condamné à l'exil perpétuel sous peine d'être brûlé vif. Les maisons des vaincus furent détruites dont celle de la famille Alighieri. Cela n'empêche pas des guides à Florence de montrer aux touristes la maison natale de Dante !

Dante erra dans différentes villes d'Italie : Vérone, Rimini, Bologne... puis Ravenne ou il mourut de la malaria le 14 septembre 1321 après avoir effectué une ambassade à Venise pour le compte du seigneur de Ravenne, et sans avoir revu sa ville natale.

Non content de l'avoir exilé en 1302, le gouvernement de Florence, par décret du 6 novembre 1315 l'avait condamné à mort ainsi que ses 3 fils.

L'exil n'empêcha par Dante d'écrire. Son œuvre est considérable soit pour exprimer ses convictions politiques et philosophiques (« De Monarchia », épîtres aux Italiens après la défaite des Guelfes blancs pour soutenir l'empereur Henri VII, « le Banquet », « la questio de aqua et terra », « il Convivio »...) soit dans le domaine poétique. Œuvre poétique influencée par Béatrice Portinari, morte le 8 juin 1290 à l'âge de 24 ans et à qui Dante avait voué un amour platonique. C'est pour elle qu'il écrivit « Vita Nuova »... où il présente la femme comme détentrice de toutes les vertus. Son œuvre la plus connue reste de loin la « Divine Comédie ».

Malgré le souvenir de Béatrice, Dante se maria en 1296 avec Gemma Donati avec qui il eut 4 enfants dont une fille qu'il nomma Béatrice et qui devint religieuse dans un couvent de Ravenne.

Devant la renommée acquise par Dante, les Florentins regrettèrent vite de l'avoir exilé. Au XVIe siècle ils demandèrent à Michel-Ange un projet de tombeau pour Dante (projet perdu) et envoyèrent une délégation à Ravenne pour récupérer l'enfant du pays. Mais Ravenne ne voulut pas le rendre, et ne le veut toujours pas. Le tombeau de Dante s'y trouve toujours. Sa tombe, située sur le côté de l'église San Francesco, fut surmontée d'un monument en 1780.

2- La Divine Comédie :

C'est l’œuvre majeure de Dante, commencée probablement en 1307 et terminée selon certains auteurs en 1316.

L’œuvre comprend un prologue et 3 parties de 33 chants chacune, au total 14.233 vers. L'épithète de « Divine » ne fut donnée qu'à partir d'une édition vénitienne de 1555.

La Divine Comédie conte une vision de Dante durant la semaine sainte de l'année 1300.
Guidé par Virgile, Dante traverse les neuf cercles de l'Enfer où il rencontre ceux qui ont péché contre la chair et contre l'esprit; puis il fait l'ascension de la montagne du Purgatoire (7 terrasses). Au sommet , il retrouve Béatrice qui lui fait traverser les neuf ciels du Paradis jusqu'à l'empirée où il est finalement admis auprès de la Trinité divin
e.

Virgile, poète latin mort mort en 19 avant J.C., avait dans « l'Enéïde » (livre VI) décrit la descente d'Enée aux enfers où il retrouve son père Anchise qui l'instruit de l'histoire de ses descendants jusqu'à Auguste. A noter que le terme « Enfers » à l'époque de Virgile correspond à la totalité de l'au-delà (enfer, purgatoire, paradis).

Dante s'est probablement inspiré de Virgile, ce qui explique qu'il en fasse son guide aux Enfers. Il le dit d'ailleurs au chant 1 de l'Enfer, parlant de Virgile :

« C'est toi mon maître, toi mon unique modèle ;

C'est de toi que j'ai pris en disciple fidèle

ce beau style puissant dont on m'a fait honneur ».

Bien avant Virgile, au chant XI de l'Odysée d'Homère, Ulysse rencontre les morts et converse avec eux. Dans la Divine Comédie, Virgile présente Dante à Homère (au chant IV de l'Enfer) et par ailleurs Virgile et Dante rencontrent Ulysse et Diomède (personnages de la guerre de Troie) aux Enfers (chant XXIV de l'Enfer).

Il n'y a donc rien de surprenant à ce que beaucoup d'auteurs et d'artistes aient établi une filiation Homère-Virgile-Dante.

La Divine Comédie inspira de très nombreux artistes : peintres, sculpteurs, auteurs...

Le 28 octobre 1965, pour le septième centenaire de la naissance de Dante, l'Unesco organisa une soirée solennelle à Paris en présence de M. Luigi Gui ministre de l'Education en Italie et du Directeur général de l'Unesco. Voici quelques phrases extraites des interventions de cette soirée :

« Que Dante paraisse à bien des égards si proche de nous, c'est peut-être parce qu'il a vécu, comme les hommes de notre génération, une époque marquée par les guerres, les luttes fratricides et les persécutions. Ce que nous admirons précisément, c'est qu'il ait conservé, au milieu des crises qu'il a traversées, une foi inébranlable dans l'homme et qu'il soit parvenu, quelles qu'aient été les injustices du sort, à sauvegarder les valeurs universelles auxquelles les hommes sont fondamentalement attachés... Dante est le seul grand poète du Moyen-Age dont le langage reste vivant et compréhensible, même pour ceux qui n'ont pas de formation littéraire spéciale ».

Voilà qui me paraît bien résumer Dante et son œuvre.

3- Toscan et langue italienne :

Au début du XIXe siècle, une multitude de dialectes régionaux et locaux étaient parlés en Italie. Ce qui en faisait des langues différentes même si toutes avaient le latin comme ancêtre commun. En outre, au nord de l'Italie se faisait sentir l'influence de la langue française et de la langue allemande par Autriche interposée : pas d'Etat-Nation, pas de langue nationale.

En 1583 fut créée à Florence « l'Academia della Crusca » chargée de réfléchir à une langue commune à tous les habitants de la Péninsule. Celle-ci proposa naturellement le Toscan aidée en cela par le prestige de Dante mais aussi de Pétrarque (mort en 1374) et de Boccace (mort en 1375). Les Toscans ne furent pas les seuls à soutenir cette idée. Ils reçurent l'appui de bien d'autres personnalités de premier plan parmi lesquelles on doit citer particulièrement Pietro Bembo, vénitien, latiniste éminent et auteur réputé qui fut secrétaire du pape Léon X puis cardinal. Il publia en 1525 : « Prose della volgar lingua » pour soutenir le Toscan.

Aussi, un consensus s'établit au moment de l'unification italienne pour que le toscan devienne la langue nationale, mais les Toscans durent concéder que leur langue prenne le nom de « langue italienne ». C'est une loi du 13 novembre 1859 (appelée loi Casati) qui imposa que cette « langue italienne » devienne langue d'enseignement obligatoire dans toutes les écoles du royaume (de Sardaigne). Mesure qui fut étendue à toutes les autres régions au fur et à mesure de leur rattachement. Ce n'est qu'en 1861 que Niccolo Tommaseo réalisa le premier dictionnaire « Nuovo Dizionario della lingua italiana », même si celui-ci eut un ancêtre dès 1612 intitulé « Vocabolario degli Accademici della Crusca ». Si par le biais de la loi Casati de 1859, l'italien était devenu de fait la langue des Italiens, il fallut attendre 1997 pour que cela soit affirmé dans la Constitution suite à la proposition de loi constitutionnelle N° 3067 du 23 janvier 1997. Initiative qui se situe dans un contexte de forte volonté de défense contre l'emprise de l'anglais. Dans ce sens également la proposition de loi N°5395 du 11 novembre 1998 pour la défense de la langue italienne « Norme in difesa della lingua italiana » ou la création en juin 2000 sur initiatives parlementaires aussi bien de droite que de gauche de l'association « la bella lingua » avec l'intention déclarée « di avviare in Italia un movimento di resistenza attiva contro l'inquinamento della lingua ».

A propos de « l'Accademia della Crusca «, notons que celle-ci eut d'abord un statut privé qui devint « ente pubblico » avec la réforme de Napoléon de 1811, sur le modèle de l'Institut de France. Elle conserva ce statut jusqu'en 1923. Un décret du 8 juillet 1937 transforma la Crusca en laboratoire philologique. La dernière réforme date du 20 novembre 1987. Le siège de la Crusca est toujours à Florence, ses missions concernent 3 domaines : l'étude de la philologie italienne, la lexicologie italienne et la grammaire italienne. La Crusca a donc en Italie le même rôle que l'Académie française en France.

4- La Dante Alighieri :

Une Société nommée « Società Dante Alighieri » fut fondée à Rome en 1889. Elle fut reconnue par le décret (italien) N° 347 du 18 juillet 1893 qui lui conféra le statut « d'ente morale » ce qui malgré le titre de Société correspond aux associations loi 1901 en France. Cette Société a en fait la même fonction, pour l'Italie que « l'Alliance française » à l'étranger pour la France. Les buts de la Société sont assez simples à résumer :

*sauvegarder et diffuser la langue et la culture italiennes dans le monde

*raviver les liens spirituels des Italiens vivant à l'étranger avec la mère patrie

*développer parmi les étrangers l'amour pour la civilisation italienne

Pour parvenir à ces objectifs tous les moyens classiques sont utilisés : cours de langue italienne et délivrance d'un diplôme reconnu en Italie, conférences, expositions, voyages, bibliothèques et centres de documentation, manifestations culturelles...

Le siège est à Rome, piazza...Firenze.

Près de 500 comités locaux ont été créés dans 80 pays dont une trentaine en France. Un comité a été créé à Chambéry en 1961. En 2001, pour les quarante ans du comité de Chambéry, j'avais réalisé une plaquette-bilan et ce dans le cadre d'un DEA « histoire et histoire de l'art » à l'Université Pierre Mendès-France (Grenoble II). J'avais reçu les encouragements et le soutien documentaire de Renée et Yvon Constantin qui étaient à l'époque respectivement Présidente et Trésorier de la Dante. Je réalise cette présente note en reprenant des textes rédigés en 2001.

5- La représentation de Dante :

En 2001, javais tenté de récapituler toutes les représentations de Dante sous toutes les formes : émissions monétaires ou philatéliques, dénomination de rues ou places, peintures, sculptures, œuvres diverses (sans oublier qu'un croiseur de la marine italienne au début du vingtième siècle fut baptisé le « Dante Alighieri »). Sans être exhaustif et probablement de loin, j'en avais rassemblé 4 pages ! On retrouve Dante non seulement partout en Italie mais aussi partout dans le monde, sauf dans les pays musulmans où Dante est « persona non grata ».

Je ne peux reprendre tout cela dans le cadre de cette note ; je vais seulement signaler que la banque d'Italie utilisa l'effigie de Dante en 1915 (billet de 50 lires), en 1931 (billet de 100 lires), en 1947 (billet de 5.000 lires), en 1948 (billet de 10.000 lires). Aujourd'hui, Dante est sur les pièces de 2 euros d'Italie.

Ajoutons quand même que la ville de Florence a tenté de se racheter. A Florence, qui s'intéresse à Dante peut trouver :

*la casa di Dante (musée consacré à Dante) à l'angle de la via Dante Alighieri et de la via San Margherita (c'est dans l'église S. Margherita de cette rue qu'est inhumée Béatrice Portinari)

*la statue de Dante place Santa Croce et dans la galerie extérieure du Musée des Offices

*le masque mortuaire de Dante au Palazzo Vecchio

*un cénotaphe consacré à Dante dans l'église Santa Croce

*des fresques ou peintures représentant Dante dans plusieurs musées.
J.D. 29 décembre 20
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Dante, galerie extérieure du musée des Offices. Photo Michèle Delisle 17 avril 2002

Dante, galerie extérieure du musée des Offices. Photo Michèle Delisle 17 avril 2002

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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 07:22

C'est en juillet 1970, qu'avec Michèle, nous sommes allés en Italie pour la première fois. Nous avions déjà nos deux filles Anne et Claire, pas encore Marc, mais Michèle l'attendait et place Saint Marc, il fut décidé que si c'était un garçon, il s'appellerait Marc.

J'ai eu cette année là deux coups de foudre : pour Florence (Firenze) et pour Venise (Venezia). Amoureux de l'Italie tous les deux, nous sommes souvent retournés en Italie ; de la Savoie, il est vrai que c'est la porte à côté, en outre, quand nous sommes nés, en Italie il y avait encore un roi issu de la Maison de Savoie.

Les deux derniers séjours sont ceux de l'an 2000 (en Italie du nord jusqu'à Venise et de 2002 (Toscane, Rome et région de Naples jusqu'à Paestum). Ces années là nous sommes partis avec un couple d'amis, Claude et Yvette, originaires de Dunkerque mais Chartrains depuis 1963 et qui ne connaissaient pas l'Italie. De cette « Grande Armée » (de 4 personnes) qui a fait ces « campagnes d'Italie » il ne reste plus que deux « grognards », deux « vieux de la vieille »; Michèle est décédée en juillet 2003 et Yvette en mai 2012.

Je ne suis pas retourné à Florence depuis. Par contre, à Venise en avril 2013 avec l'amicale des anciens de ma commune et je me trouvais à Venise le jour de mes 74 ans. J'ai repensé à mon petit-fils Romain que nous avions emmené à Venise et qui a fait ses premiers pas place St Marc pour aller vers sa grand-mère. Il avait un an moins 2 jours (c'était le 29 avril 2000).

De Florence, parmi d'autres, j'ai un souvenir très particulier : en avril 2002, nous nous étions arrêtés à Barberino Val d'Elsa (à mi-chemin entre Sienne et Florence) et le premier jour que nous avons voulu aller à Florence (le mardi 16 avril 2002), il y avait une manifestation monstre dans tout le centre ville : impossible de circuler, nous avons dû renoncer et revenir le lendemain. Les manifestants n'avaient pas des bonnets rouges comme les Bretons mais des casquettes rouges avec 4 lettres écrites dessus. Ce n'était pas SPQR mais CGIL (Confederazione Generale Italiana del Lavoro). Autre temps autres mœurs. Dans La Repubblica, nous avons pu lire le lendemain, qu'il y avait eu 300.000 manifestants à Florence. Souvenirs...

Voici quelques données sur l'histoire de ces deux villes merveilleuses :

Florence :

1- Florence antique :

Situé sur l'Arno, le site de Florence dut être occupé par des peuples italiotes avant l'arrivée des Etrusques vers le neuvième siècle avant notre ère. Mais les Etrusques préférèrent le site de Fiesole et celui de Florence fut abandonné jusqu'à ce que le célèbre Jules César n'implante une colonie sur ce lieu au printemps de l'an -59. César peut donc être considéré comme le fondateur de la ville. La ville fut appelée Florentia par les Romains. Le forum romain se trouvait à l'emplacement de l'actuelle piazza della Repubblica.

L'origine des Etrusques est encore discutée. Ils s'étendaient sur un territoire plus vaste que l'actuelle Toscane. Les Romains empruntèrent beaucoup aux Etrusques aussi bien dans le domaine des croyances que dans tous les domaines techniques. Les Etrusques fournirent 3 rois à Rome : Tarquin l'Ancien (roi de -616 à -578), Servius Tullius (roi de -578 à -534) et Tarquin le Superbe (dernier roi de la Rome antique de -534 à -509).

2- La comtesse Mathilde :

Après la chute de l'empire romain d'Occident en l'an 476, Florence tomba sous la coupe de l'empire romain d'Orient (ou empire byzantin) puis sous celle des Lombards après l'invasion de l'Italie par les Lombards en l'an 568, puis sous celle des Carolingiens après la victoire de Charlemagne sur les Lombards en l'an 774, puis sous celle de la Francie orientale (qui devint le Saint Empire romain germanique avec le couronnement d'Othon par le pape Jean XII le 2 février 962) après la mort de Charlemagne (en 814). Selon un document de l'Ente Provinciale per il turismo di Firenze, Charlemagne assista à une messe de Noël à Florence en l'an 786.

Le Saint Empire délégua le pouvoir local à des marquis dont la première capitale fut à Lucques (Lucca).

Ugo, marquis de Toscane de 961 à 1001 transféra sa capitale à Florence. Ses successeurs eurent le titre de comtes de Toscane.

Mathilde née en 1046 fut au pouvoir de 1076 à son décès le 24 juillet 1115. Femme guerrière (comme Jeanne d'Arc), elle prit le parti du pape Grégoire VII dans la « guerre des investitures » qui opposait le pape à l'empereur Henri IV, malgré que la Toscane était vassale du Saint Empire. Mathilde gagna des batailles contre les troupes de l'empereur et c'est dans un château lui appartenant (à Canossa, en Emilie-Romagne à 32 kms au sud-est de Parme) que l'empereur fit « amende honorable » devant le pape, en 1077. Mais cela ne fut qu'un épisode, cette guerre des investitures reprit entre papauté et Saint Empire et ne prit fin qu'en 1122 et Mathilde soutint jusqu'au bout la papauté.

Décédée sans enfants de ses 2 maris successifs (duc de Lorraine et duc de Bavière), Mathilde légua ses territoires à la papauté. Cela assura de fait l'indépendance de Florence. Mathilde fut inhumée en la basilique Saint Pierre à Rome (les papes lui devaient bien cela) et Le Bernin réalisa pour elle, dans la basilique St Pierre (à droite de la nef), un monument funéraire somptueux en 1635.

3- La république de Florence :

Après le décès de la comtesse Mathilde, les Florentins décrétèrent la République. Celle-ci fut dirigée par un conseil des « 100 » et un exécutif comprenant 6 « prieurs » et un « gonfalonier de justice ». Cet exécutif était appelé la « Signoria » et siégea au palazzo Vecchio appelé aussi palazzo della Signoria. Cette République prit fin avec l'arrivée au pouvoir des Médicis en 1434. La République fit 2 réapparitions mais pour de brèves périodes. Voir sur le blog la fiche N° 45 intitulée « Les Républiques en Italie »http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-republiques-en-italie-79062862.html

4- L'expansion :

En 1125, Florence annexe Fiesole, en 1301 Pistoia, en 1384 Arezzo, en 1406 Pise (Pisa), en 1532 la Toscane est érigée en duché, en 1555 annexion de Sienne (Siena), en 1569 le duché de Toscane devient le Grand duché de Toscane. Cette expansion entraîne à Florence un développement important des activités de commerces et de banques et d'une classe de personnalités issues de ces milieux. En 1262, les Florentins inventent la « lettre de change » et la même période voit apparaître le « florin d'or » qui devint monnaie internationale jusqu'à ce qu'il soit supplanté par le ducat vénitien au XVe siècle.

5- Dante :

Dante Alighieri (1265/1321) est l'une des grandes figures de Florence et c'est à l'aura de son œuvre que la langue toscane doit d'être devenue la langue officielle de l'Italie au moment de l'unification de l'Italie, mais pour ne pas alourdir cette note, je vais faire une note distincte sur Dante.

6- Les Médicis :

La période des Médicis correspond à l'apogée de Florence. Les Médicis furent d'abord des entrepreneurs (industries de la laine et de la soie), des commerçants, puis des banquiers. La banque des Médicis fut fondée en 1397.

Les Médicis eurent d'abord un pouvoir de fait puis ensuite de droit. Le premier Cosme l'Ancien plaça tout son monde dans les institutions de la République de Florence et évinça les familles les plus ambitieuses. Il eut ainsi le pouvoir de fait à compter de 1434 jusqu'à sa mort en 1464. Il y eut des retours de bâtons, c'est ainsi qu'en 1478, Julien, fils de Cosme l'Ancien, fut assassiné par le clan des Pazzi. Mais Laurent (qui deviendra Laurent le Magnifique) frère de Julien, en réchappa et organisa une répression féroce contre les Pazzi.

C'est avec l'appui de Charles Quint que les Médicis consolidèrent leur pouvoir et eurent le titre de duc de Florence.

Ils furent des collectionneurs, des amateurs d'art, des mécènes et Florence aujourd'hui doit une grande partie de ses trésors aux Médicis. Ce n'est pas l'effet du hasard si Florence prit une part très importante dans le mouvement de la Renaissance et vit l'émergence de beaucoup de talents artistiques. Cette famille fournit 2 papes à la chrétienté : Léon X pape en 1513 et Clément VII pape en 1523, elle fournit également 2 reines à la France (voir sur mon blog la fiche N°81 : »Les Médicis reines de France »)http://jean.delisle.over-blog.com/article-les-medicis-reines-de-france-113493818.html

7- parenthèse française :

Le règne des Médicis sur Florence se termina avec la mort de Jean Gaston de Médicis le 9 juillet 1737 (treizième Médicis ayant régné sur Florence et la Toscane). Il mourut sans enfants. Il était homo et ce ne sont pas ses « mignons » qui lui donnèrent une descendance ! Cela mit fin à la dynastie des Médicis.

Le Grand Duché de Toscane revint aux Habsbourg-Lorraine liés à la Maison d'Autriche. C'est Anne-Marie-Louise sœur de Jean-Gaston qui légua à Florence toutes les collections accumulées par les Médicis.

Napoléon Bonaparte fit la conquête de la Toscane en 1799, l'intégra à un royaume d'Etrurie en 1801 dont Florence devint la capitale, jusqu'à l'annexion pure et simple à la France en 1807. Florence devint le chef-lieu du département français de l'Arno. En 1809, Napoléon donna le titre de Grande duchesse de Toscane à sa sœur Elisa.

Avec la chute de Napoléon, le Grand duché de Toscane revint aux Habsbourg-Lorraine jusqu'à un référendum en 1859 qui permit à la Toscane de rejoindre le royaume de Sardaigne (en fait de Piémont) et Florence devint capitale du nouveau royaume d'Italie après Turin jusqu'en 1865 et avant Rome à partir de la fin de 1870.

8- Florence touristique :

Le centre historique de Florence fut classé au patrimoine mondial de l'Unesco dès 1982.

Dans le guide vert Michelin « Florence et la Toscane », voici la liste des monuments de Florence classés 3 étoiles :

*la Cathédrale (il duomo) avec un classement particulier 3 étoiles pour la coupole et pour le chevet.

*le Campanile

*le Baptistère (avec un classement particulier 3 étoiles pour les portes de bronze)

*le Palazzo Vecchio

*la Galerie des Offices (avec un classement particulier 3 étoiles pour la salle des Botticelli)

*la Galerie Palatine (à l'intérieur du Palais Pitti)

*le palais et Musée national du Bargello

*l'église Saint Laurent

*les tombeaux des Médicis

*la chapelle du Palais Médicis

*la Galerie des œuvres de Michel-Ange (dans la Galerie de l'Académie)

*les œuvres de Fra Angelico au couvent Saint Marc

sans parler des monuments classés 1 ou 2 étoiles dont beaucoup de villes françaises se contenteraient.

En partant du jardin de Boboli et du Palais Pitti, on a en enfilade : le Ponte Vecchio, la Piazza della Signoria avec juste à côté la Galerie des Offices et le Palazzo Vecchio, la place du Dôme avec le Dôme, le Baptistère et le Campanile, San Lorenzo, le Palais Médicis, la Galerie de l'Académie et le couvent-musée de Saint Marc.

En 1970, je fus tellement émerveillé de cette ville de Florence que je m'étais promis d'y passer la retraite. Cela ne se fera pas mais ce fut un rêve et dans la vie il faut bien avoir des rêves.

Venise :

1- fondation et évolution :

La date de l'an 811 de notre ère est parfois avancée comme date de fondation de Venise. D'autres sources donnent la date de 568 ou même de 421. La réalité est probablement plus complexe. De tous temps probablement les peuples qui habitaient la Vénétie cherchèrent refuge dans les îles de la lagune à chaque invasion et il y en eut beaucoup : les Huns et les autres. L'occupation dans ces îles dura plus ou moins longtemps selon les besoins. La Vénétie doit son nom au peuple des Vénètes qui occupaient la région avant la colonisation romaine au second siècle avant notre ère. Ce sont ces Vénètes qui ont donnaient leur nom à la Vénétie, ainsi qu'à Venise que les latins appelèrent Venetia d'où est dérivé l'actuel nom « Venezia ». Mais le peuple qui occupait l'actuel Morbihan en Bretagne s'appelait aussi Vénètes (c'est César qui le dit dans la guerre des Gaules) et les Vénètes de Bretagne (qui n'avaient pas encore de bonnets rouges!) ont eux donné leur nom à la ville de Vannes ; mais, à part le nom, on voit mal quel lien il pourrait y avoir entre les 2 populations.

A la chute de l'Empire romain d'occident (en 476), la Vénétie tomba sous la coupe de l'Empire romain d'Orient. On peut se demander si les premiers doges de Venise n'étaient des représentants de l'empire byzantin.

Quoi qu'il en soit, Venise se développa, et de cité sujette elle devint alliée avant de devenir rivale. Les habitants proclamèrent la République qui fut administrée à compter de 1172 par un Grand Conseil puis un exécutif de 10 membres appelé conseil des 10 et un Doge élu à vie par le Grand Conseil.

2- Saint Marc :

En l'an 828, 2 marins de Venise volèrent les reliques de Saint Marc l'évangéliste dans l'église saint Marc d'Alexandrie. C'est pour ces reliques que fut construit la célèbre basilique Saint Marc qui fut consacrée en 1094. Saint Marc devint le saint patron de Venise. Durant plus d'un millénaire, les chrétiens coptes d'Egypte réclamèrent la restitution de ces reliques de saint Marc. Finalement en juin 1968 le pape Paul VI accepta de rendre Saint Marc aux Coptes qui mirent ces reliques dans une cathédrale Saint Marc au Caire. Mais à mon avis, elles étaient plus en sécurité à Venise.

3- les guerres :

Au niveau des rivalités, la situation de Venise est encore plus complexe que celle de Florence. Située entre Orient et Occident, Venise prospéra grâce au commerce maritime et étendit sa domination sur les 2 rives de l'Adriatique ainsi que sur les îles de la Méditerranée orientale. Le développement de l'arsenal contribua à la puissance maritime de Venise, mais qui se heurta à l'ambition de beaucoup d'autres cités ou états.

*Il y eut la concurrence avec les autres républiques maritimes et particulièrement Gênes. La guerre entre la République de Gênes et celle de Venise s'étendit sur un siècle avec des batailles navales dont les principales furent celles de 1298 qui vit la victoire de Gênes et celle de 1372 à l'avantage de Venise. Cette guerre de « cent ans » se termina par le traité de Turin en 1381 qui consacra la victoire de Venise.

*Puis les empiétements de Milan. Au début du quinzième siècle, Venise s'était emparé d'un important territoire en Italie du Nord : Vérone, Vicence, Padoue, Udine, Brescia, Bergame … ce qui entraîna des conflits avec Milan. En 1425, Venise s'allia avec Florence contre Milan. Il y eut plusieurs traités en 1433, 1441, et 1454 qui finirent par régler les questions de frontières entre Milan et Venise.

*la rivalité avec l'empire byzantin, puis avec l'empire Ottoman. Les Vénitiens n'eurent pas la capacité de comprendre que l'empire byzantin les protégeait de l'invasion musulmane et en 1204, les Vénitiens détournèrent la quatrième croisade pour s'emparer de Constantinople (Byzance) et s'y livrer à des massacres et surtout à des pillages dont les Vénitiens rapportèrent un important butin. Cette croisade initiée par la papauté avait commencé sous le pape Célestin III puis poursuivie sous Innocent III, mais la papauté perdit le contrôle des opérations. C'est le doge Enrico Dandolo qui fut le chef de l'expédition dont Venise tira sur le court terme un supplément de richesse et de puissance. Mais en affaiblissant Byzance, Venise ouvrit à terme les portes de l'Europe à l'invasion musulmane et signa sa propre décadence. Après la prise de Constantinople (Byzance) le 29 mai 1453, les musulmans se répandirent sur l'Europe par l'est et en même temps s'emparèrent des possessions vénitiennes en Méditerranée. C'est ainsi que Venise perdit Rhodes en 1523, les îles du Dodécanèse en 1556, Chypre en 1570, la Crète en 1669 après un siège d'Héraklion qui dura 21 ans, etc, et ce malgré la victoire navale de Lépante en 1571.

La découverte de l'Amérique (1492) qui entraîna ensuite la création de nouveaux courants commerciaux à travers l'Atlantique, dont Venise fut exclue, acheva la décadence de la ville.

*Venise fut également impliquée dans les « guerres d'Italie ». Par le traité de Blois du 22 septembre 1504, le pape Jules II, le roi de France Louis XII et l'empereur d'Autriche Maximilien s'unissaient contre Venise. Une nouvelle ligue appelée « ligue de Cambrai » réunissaient, en décembre 1508, contre Venise : Jules II, Louis XII, Maximilien, Ferdinand II roi d'Aragon, l'Angleterre, La Savoie, Mantoue et Ferrare.

L'armée vénitienne fut vaincue par l'armée française de Louis XII (et Bayard) en subissant de lourdes pertes le 14 mai 1509 à Agnadel (entre Milan et Bergame). Le pape Jules II probablement inquiet de voir le renforcement de l'influence française en Italie renversa les alliances en 1511 et s'unit à Venise, à l'Angleterre, à l'Espagne et au Saint Empire contre la France. Mais le 23 mars 1513, c'est Venise qui s'alliait à la France.... Un peu compliqué mais tout cela pour montrer que l'histoire de Venise, ce n'est pas seulement l'histoire des carnavals ou des gondoles mais aussi l'histoire des guerres. C'est d'ailleurs le cas des autres cités ou Etats et ce n'est pas à la gloire de l'espèce humaine. Cette réflexion me fait penser à la tirade du loup dans la fable « Les Compagnons d'Ulysse » de la Fontaine.

*Le 12 mai 1797, la République de Venise, qui n'était plus que l'ombre d'elle même, se rendait à Bonaparte, lequel mettait fin à la République de Venise et livrait ensuite Venise et la Vénétie aux Autrichiens par le traité de Campoformio le 17 octobre 1797.

*Pour la suite voir sur mon blog, la note N°45 (les Républiques en Italie) et 55 (la fin des 4 empires)http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html.

4- Venise et l'eau :

Venise fut bâtie sur des îles de la lagune mais aussi directement sur la lagune par remblaiement, renforcé par des pilotis. La ville est confrontée à deux problèmes majeurs qui se cumulent :

*la ville s'enfonce lentement mais régulièrement c'est ainsi que depuis le 17e siècle la ville de Venise s'est enfoncée de 60 cms. Le soubassement des constructions avait été réalisé en pierres hydrofuges capables de résister à l'eau de mer. L'abaissement de la ville ne met plus les constructions à l'abri des attaques de l'eau salée à chaque « acqua alta » qui en outre sont de plus en plus fréquentes. En même temps par suite du réchauffement climatique le niveau des mers monte lentement mais semble-t-il sûrement, ce qui se cumule avec le phénomène précédent. D'importants investissements sont réalisés pour sauver Venise : traitement des soubassements, reconstitutions d'îlots disparus etc. Seront-ils suffisants ?

5- la peinture vénitienne

A Venise comme à Florence, la prospérité et les réalisations prestigieuses suscitèrent nombre de vocations artistiques et à Venise principalement dans le domaine de la peinture. Il suffit de citer des noms : Le Titien, Véronèse, Tintoret, Canaletto, Tiepolo, Carpaccio etc

Cette école vénitienne de la peinture fut souvent comparée, voire opposée à l'école de Rome qui peut aussi aligner des noms prestigieux comme Léonard de Vinci, Michel- Ange etc. L'une la vénitienne étant considérée comme l'école de la couleur et l'autre comme l'école du trait, ce qui est bien sûr réducteur, mais il y eut quand  même deux écoles différentes. Ajoutons que l'école de Rome est en grande partie une école florentine ou à tout le moins toscane, mais ces artistes ayant beaucoup travaillé à Rome (Saint Pierre, chapelle Sixtine …) ils furent assimilés à l'école de Rome.

Mais avec tout cela on comprend comme je l'ai déjà indiqué dans une autre note que l'Italie soit en tête des nations pour le nombre de classements au patrimoine mondial de l'UNESCO.

J.D. 27.12.2013

P.S. selon le journal en ligne du Figaro économie du 2 janvier 2014, à compter du 1er novembre 2014, les navires de plus de 96.000 tonnes ne pourront plus emprunter le canal de la Giudecca. Un chenal va être creusé pour détourner les navires sur la passe de Malamocco au sud, longueur du chenal, 4,5 kms, profondeur 10 mètres, largeur 250 mètres. Coût prévisionnel : 150 millions d'euros

Le Dôme de Florence, photo Michèle Delisle le 27 juin 1999, vue prise du Campanile

Le Dôme de Florence, photo Michèle Delisle le 27 juin 1999, vue prise du Campanile

le lion de Saint Marc sur la tour de l'horloge, sur le campanile et au musée Correr, photos J.D. 10 février 2015

le lion de Saint Marc sur la tour de l'horloge, sur le campanile et au musée Correr, photos J.D. 10 février 2015

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