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24 décembre 2019 2 24 /12 /décembre /2019 15:13

Les Rois mages N°601

 

 

Légende ou histoire ? A chacun de s'en faire une opinion.

L'origine est dans un texte de Mathieu l’Évangéliste (on trouve aussi écrit Matthieu) qui fut un des douze apôtres et un des 4 Évangélistes. Voici son texte :

« Jésus étant né à Bethléem de Judée (à une quinzaine de kms au sud de Jérusalem), au temps du roi Hérode (roi des Juifs de -37 à -4, mis en place par les Romains), voici que des mages venus d'Orient se présentèrent à Jérusalem et demandèrent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu, en effet, son astre se lever et sommes venus lui rendre hommage. Informé, le roi Hérode s'émut…

Sur ces paroles du roi , ils se mirent en route ; et voici que l'astre, qu'ils avaient vu à son lever, les devançait jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était né l'enfant. La vue de l'astre les remplit d'une très grande joie. Entrant alors dans le logis (c'est l'Evangile selon Saint Luc qui nous apprend que le logis en question était une crèche « parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie »), ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, tombant à genoux, se prosternèrent devant lui ; puis, ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présent, de l'or, de l'encens (substance résineuse odorante quand elle brûle), et de la myrrhe (résine aromatique produite par un arbre d'Arabie)…. ».

 

*Le contexte : C'est sous la conduite de Pompée que les Romains se sont emparés du proche Orient dans les années -60. Ils constituèrent dans le secteur 2 provinces romaines : la Syrie au nord avec Antioche pour capitale et la Judée au sud avec Jérusalem. Ce qui fut appelé plus tard « Palestine » était occupé par les Hébreux (les Juifs ; David avait fait la conquête de Jérusalem en -1003 et en avait fait la capitale des Hébreux). Le pays était alors divisé entre la Galilée au nord (avec le lac de Tibériade, et les villes de Cana et Nazareth à une centaine de kms au nord de Jérusalem), la Judée au sud (avec Jérusalem, Béthléem, Hébron à une trentaine de kms au sud de Jérusalem, puis sur la côte Jaffa au nord et Gaza au sud et à l'est la mer Morte) et la Samarie entre les deux. Le Jourdain venu du nord traverse le lac de Tibériade avant de poursuivre sa route vers le sud et de se jeter dans la mer Morte.

*En janvier -27, après la victoire d'Octave sur Antoine et Cléopâtre, le Sénat de Rome lui avait accordé tous les pouvoirs et décerné tous les titres dont celui d'Auguste qui devint son nom. Cela mettait fin, de fait, à la République romaine (commencée en -509 après le règne de 7 rois) et débutait l'histoire de l'empire romain.

Vers l'an -6, Auguste, le premier empereur de l'histoire de Rome, ordonnait un recensement de la population de tout l'empire. A ce moment là, Joseph et Marie résidaient à Nazareth donc en Galilée. Pour se faire recenser ils durent se rendre à Bethléem lieu d'origine de la famille de Joseph descendant du roi David qui était né à Bethléem. C'est durant ce voyage que Marie accoucha de Jésus.

Cette naissance est racontée par 2 évangélistes : Luc qui informe de la venue des bergers et Mathieu sur celle des mages.

 

*Les mages : Le christianisme se répandit très vite puisque une trentaine d'années après la mort de Jésus, les persécutions des chrétiens commençaient à Rome où ils étaient déjà nombreux. Voir Tacite (55/120) dans « Annales » livre quinzième.

Dans le texte de Mathieu, il est question de mages, sans préciser leur nombre, en disant seulement qu'ils venaient d'Orient et avaient été guidés par une étoile. En Égypte, chaque année vers la mi-juillet, les habitants observaient une étoile qu'ils avaient appelée Sothis et qui annonçait la crue du Nil. L'idée d'une étoile « annonciatrice » n'était donc pas nouvelle.

Probablement dès le troisième siècle les chrétiens honorèrent les mages qui étaient venus à Bethléem. Ils en supposèrent trois, peut-être parce que 3 présents sont mentionnés par Mathieu, mais plus tard on pensa que c'était pour symboliser les 3 continents connus à l'époque (Europe, Asie et Afrique).

Dès le sixième siècle, ils avaient un nom : Melchior, Gaspard et Balthazar comme on peut le voir sur une mosaïque de Ravenne dans l'église Saint Apollinaire le Neuf (San Apollinare Nuovo) construite entre 493 et 526. Voir illustration, emprunt au net. On remarque sur cette image qu'ils sont blancs tous les 3 et représentent 3 âges de la vie : 20, 40 et 60 ans. En 1989 en Égypte, j'avais fait un rapprochement en termes de rythme sonore entre : « Khéops, Khéphren et Mykérinos » d'une part et « Melchior, Gaspard et Balthazar » d'autre part….

On remarque également sur la mosaïque de Ravenne que les 3 personnages n'ont pas de couronne, ce sont donc encore des mages qui ne deviendront rois qu'un peu plus tard. Ainsi sur la représentation des mages dans des vitraux de la cathédrale de Chartres (réalisés vers l'an 1150 fenêtre de gauche sous la rosace du portail ouest quand on la regarde depuis l'intérieur de la cathédrale), les mages ont une couronne, ils sont donc devenus rois par l'imagination des fidèles entre le sixième et le douzième siècle, voir illustration (emprunt à la revue « Notre-Dame de Chartres » années 1970). Cependant, à Ravenne, les mages arrivent à Bethléem, ils portent des présents ; à Chartres, ils sont représentés dans différentes phases et quittent Bethléem sur l'illustration jointe; ils n'ont plus rien dans les mains ; à noter, par rapport aux mages, que la ville de Chartres est jumelée avec Ravenne depuis le 15 septembre 1957 et avec…. Bethléem depuis le 10 septembre 1994.

Vers l'an 1200, une magnifique chasse fut réalisée et censée contenir les reliques des 3 mages, fut installée dans la cathédrale de Cologne (Köln en Allemagne), voir illustration, emprunt au net. Comme si 1200 ans plus tard on avait pu retrouver les ossements des mages alors que l'on ne savait pas d'où ils venaient ni où ils étaient repartis en supposant qu'ils aient réellement existé. Mais enfin dans l'Antiquité on avait bien un temple à Hélène, un tombeau d'Achille….En fait et selon la tradition chrétienne, c'est Hélène (247/329) mère de l'empereur Constantin qui aurait, en 327, au cours d'un voyage en Palestine retrouvé la croix du Christ, les instruments de la passion, les ossements des mages...D'abord entreposés à Constantinople, ces ossements furent donnés par Constantin (vers 280/337) à l'archevêque de Milan et quittèrent Milan pour Cologne en 1164. La chasse en or, argent, émaux, pierreries mesure 2,20 mètres sur 1,10 et 1,53 mètres de haut.

C'est au quinzième siècle qu'il fut décidé qu'il fallait un noir et Balthazar l'un des 3 blancs fut transformé en noir. Dans la mesure où le texte de référence parle de mages venus d'Orient il aurait été plus logique de les représenter sous un aspect asiatique.

Les éléments ci-dessus montrent que le texte de base fut largement complété au fil des siècles par la ferveur populaire.

La célébration de la fête des rois (mages) début janvier (Jésus étant réputé né un 25 décembre, il fallait laissé aux mages le temps d'arriver) s'accompagna rapidement de confection de galettes ou gâteaux et l'habitude à compter du huitième siècle se prit d'y glisser d'abord une fève (censée au début symboliser Jésus) qui se transforma en objet en porcelaine à partit de 1875 puis en plastique à compter de 1960. Celui ou celle qui trouvait la fève était réputé(e) roi ou reine ; ce qui rappelait probablement une fête romaine en l'honneur de Saturne (les Saturnales; le Saturne romain était l'équivalent du Cronos grec) début janvier où un esclave devenait roi…. pour un jour seulement !

Au fil des siècles, cette coutume de la fête des rois s'est répandue peu ou prou spécialement dans les pays francophones de tradition chrétienne : France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Québec, Acadie.

Dans l'ordre : bonne fête de Noël, bonne nouvelle année et….bonne galette des rois.

J.D. 24 décembre 2019

les mages à Ravenne, leur chasse à Cologne et sur les vitraux de Chartres
les mages à Ravenne, leur chasse à Cologne et sur les vitraux de Chartres
les mages à Ravenne, leur chasse à Cologne et sur les vitraux de Chartres

les mages à Ravenne, leur chasse à Cologne et sur les vitraux de Chartres

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24 septembre 2016 6 24 /09 /septembre /2016 22:59

*La revue « Sciences et Avenir » d'octobre 2014 consacre un article (page 58) à la découverte effectuée sur le site de Fourvière à Lyon lors de travaux. Il s'agit d'un mur d'époque gauloise, antérieur à l'arrivée des Romains. Pour les spécialistes cela confirme qu'il existait un oppidum (bourg fortifié) gaulois à Lyon avant la création de la ville romaine en 43 avant notre ère par Lucius Munatius Plancus qui avait été un des lieutenants de Jules César. Selon certains auteurs (comme Camille Jullian 1859/1933, dans « Histoire de la Gaule »), César venant en Gaule en -58 pour s'opposer aux Helvètes aurait campé à Lyon et c'est à l'emplacement de ce camp qu'aurait commencé la construction de Lyon (Lugdunum).

*Dans la « Guerre des Gaules », Jules César écrit, au livre VI, dans un chapitre consacré aux druides gaulois :

« Chaque année, à date fixe, ils tiennent leurs assisses en un lieu consacré, dans le pays des Carnutes, qui passe pour occuper le centre de la Gaule. Là, de toutes parts affluent tous ceux qui ont des différents, et ils se soumettent à leurs décisions et à leurs arrêts. On croit que leur doctrine est née en Bretagne (la Grande Bretagne d'aujourd'hui), et a été apportée de cette île dans la Gaule ; de nos jours encore ceux qui veulent en faire une étude approfondie vont le plus souvent s'instruire là-bas. »

*Certains auteurs pensent que la cathédrale de Chartres a été construite à l'emplacement où se réunissaient les druides gaulois. Voir par exemple : « Chartres et l'énigme des Druides » de Jean Markale Editions Pygmalion 1988. La ville de Chartres doit d'ailleurs son nom aux Carnutes.

*Avant la conquête romaine, il y avait de nombreux peuples en Gaule, en rappelant que les Romains distinguaient 2 Gaules : la Gaule cisalpine qui correspondait à l'Italie du Nord d'aujourd'hui et la Gaule transalpine, soit la France actuelle étendue jusqu'au Rhin. Dans la Gaule cisalpine, c'est le Rubicon, fleuve côtier qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini, qui constituait la frontière entre la Gaule et l'Italie proprement dite. Cela perdura jusqu'à César, puis la Gaule cisalpine fut considérée comme étant partie intégrante de l'Italie.

*Comme tous les peuples voisins, les diverses tribus gauloises devaient se faire souvent la guerre. Mais si il n'y avait pas d'unité gauloise, le texte de César sur la réunion annuelle des druides montre qu'il y avait quand même une identité gauloise.

*Suétone (auteur latin à cheval sur le premier et le second siècle de notre ère) dans « Vies des douze Césars », au livre premier, en XXV, nous apprend qu'à la fin de la guerre en Gaule, César imposa aux peuples gaulois un tribut annuel de quarante millions de sesterces. Les représentants de ces peuples durent donc continuer à se réunir pour se répartir le tribut à payer.

*Après la fondation de la ville romaine à Lyon, elle se développa rapidement et là comme dans toutes les cités romaines, se construisirent forum, temples (dont le « sanctuaire du confluent » en -14), théâtre (entre -16 et -14), un réseau routier, un atelier monétaire (en -15) etc.

*C'est en -27 que Lugdunum était devenu la capitale des Gaules. C'est en -19 que fut réalisé « l'Amphithéâtre des Trois Gaules ». Cet amphithéâtre construit près de l'actuel jardins des plantes de Lyon, fut réalisé au confluent du Rhône et de la Saône (qui s'est déplacé depuis) au pied de la colline de la Croix-Rousse. Cet amphithéâtre avait complètement disparu. Des premières fouilles sans suite eurent lieu en 1818/1820. C'est la découverte en 1958 de l'inscription dédicatoire qui relança les fouilles, et ce qu'il reste de l'amphithéâtre fut dégagé en 1960.

*A partir de l'an -12, chaque année le 1er août, les représentants des 60 peuples gaulois se réunirent dans cet Amphithéâtre. On peut penser que la région des Carnutes fut la capitale politique de la Gaule gauloise et Lyon celle de la Gaule romaine. Il est probable qu'il y avait plus de 60 peuples avant la guerre contre César. Les Gaulois de la Narbonnaise qui avaient été annexés par Rome dans le dernier quart du second siècle avant notre ère, n'étaient pas concernés par ce tribut.

*Lyon fut la première ville de la Gaule qui se christianisa. C'est la raison pour laquelle l'évêque (ou l'archevêque) de Lyon a le titre de « primat des Gaules ». La communauté chrétienne était déjà importante lorsqu'une persécution s'abattit sur les chrétiens en l'an 177, entre juin et août.

*C'est dans cet amphithéâtre des Trois Gaules que furent martyrisés Blandine et d'autres chrétiens. Aujourd'hui, un poteau carré dans l'amphithéâtre montre l'endroit où l'on suppose que Sainte Blandine rendit son dernier soupir. Lyon avait à cette époque un évêque nommé Pothin, le premier évêque de Lyon et même de la Gaule. En 177 il était très âgé (entre 70 et 90 ans). Il mourut dans son cachot des suites des tortures de ses bourreaux.

*Les touristes ne pénètrent pas dans l'amphithéâtre, mais peuvent aisément le contempler de l'extérieur. Le cachot, ou supposé tel, où mourut le premier évêque de Lyon peut se visiter sous la chapelle de l'Antiquaille (montée Saint Barthélemy).

J.D. 25 septembre 2016

Nota : les Trois Gaules désignent un découpage administratif du territoire décidé par Auguste vers l'an -16. Il y avait la Gaule belgique au nord et à l'est, la Gaule aquitaine au sud-ouest et la Gaule lyonnaise entre les deux et qui formait un arc de cercle allant de la Bretagne à Lyon. L'expression « Trois Gaules » ne comprend pas la Gaule Narbonnaise formée antérieurement.

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

l'Amphithéâtre des Trois Gaules à Lyon, image du net

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:12

« L'an 40 sur le vif » est le titre d'un ouvrage publié aux éditions Marivole.

Jean Villette, l'auteur, est né à Chartres (Eure-et-Loir) en 1913.

Au moment où la Grande-Bretagne et la France déclarèrent la guerre à l'Allemagne (le 3 septembre 1939), il était professeur de dessin et d'histoire de l'art au collège de Saint-Erembert à Saint-Germain-en-Laye.

Il fut mobilisé avec le grade de sergent au cinquième régiment du génie au camp de Satori près de Versailles. Il prit des notes durant son temps de mobilisation. Il remit ses notes à jour en 1988. Il décéda le 30 mai 2005. Son texte a été publié en mars 2014

I)rappel du contexte :

C'est dans la nuit du 23 au 24 août 1939 qu'avaient été signés au Kremlin deux pactes germano-soviétiques ; les délégations anglaise et française qui étaient arrivées à Moscou le 10 août 1939 pour négocier avec les Soviétiques un pacte anti-fasciste avaient été priées de rentrer chez elles le 21 août !.

Grâce à quoi Hitler envahissait la Pologne dès le 1er septembre et Staline le 17 septembre. La France et la Grande Bretagne étaient liées avec la Pologne par des pactes d'alliance dont le dernier, qui garantissait l'intégrité territoriale de la Pologne, remontait au 31 mars 1939 (voir note N°173 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/05/la-pologne-de-l-entre-deux-guerres-n-173.html).

En conséquence de quoi, dès le 2 septembre 1939, en France était lancé l'ordre de mobilisation générale et le 3 septembre, Grande-Bretagne et France déclarèrent la guerre à l'Allemagne, mais pas à l'URSS quand celle-ci 2 semaines après l'Allemagne envahissait la Pologne.

En France, 4.734.000 soldats furent mobilisés dont 2.776.000 furent envoyés au « front », les autres étant mobilisés « à l'arrière » pour faire tourner les usines d'armement, effectuer les récoltes...

Devant l'évolution de la situation internationale , la Grande-Bretagne avait rétabli le service militaire obligatoire le 27 avril 1939. Dès le 10 septembre 1939, 160.000 soldats britanniques et 24.000 véhicules débarquaient en France pour rejoindre le « front », et cela continua et puis... plus rien.

Des millions d'hommes attendirent derrière la ligne Maginot. Pauvres Polonais. Cela leur fit une belle jambe que l'on déclare la guerre à Hitler si on ne voulait pas faire la guerre ! Il fallut attendre que les Allemands veuillent bien nous envahir pour que notre déclaration de guerre se transforme en guerre !

Après avoir eu le temps de régler toutes leurs affaires à l'est, les Allemands se ruèrent sur la Belgique, la Hollande et le Luxembourg le 10 mai 1940. Dès le 12 mai ils franchissaient la frontière française dans les Ardennes. Le 14 juin Paris était occupé, le 20 juin Lyon, le 22 juin la France demandait l'armistice. Les Allemands avaient fait 1.800.000 prisonniers. Il n'avait fallu qu'un mois pour qu'ils s'emparent de la France !

Le 26 mai, à Paris, le Gouvernement avait fait circuler les reliques de Sainte Geneviève ! Quand on ne sait plus quoi faire d'autre... Mais cela est symptomatique du désarroi des autorités. Paul Reynaud avait pourtant proclamé en septembre 1939 : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » !

Le gouvernement s'était d'abord replié à Tours puis à Bordeaux enfin il s'était installé à Vichy à partir du 2 juillet et c'est là que la représentation nationale vota les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940.

A la manière dont Staline avait roulé Anglais et Français dans la farine, dès le 26 septembre 1939 avait été pris un décret de dissolution du Parti Communiste français et les élus communistes arrêtés. (voir la note N°169 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/04/le-carnet-b-n-169.html)

II)le journal de Jean Villette :

Celui-ci commence au camp de Satory le 1er juin 1940 et se termine le 13 juillet 1940.

*A Satory, devant l'avancée des troupes allemandes, les chefs font évacuer le camp. Ils sont persuadés que l'armée va se regrouper derrière la Loire avant de contre-attaquer. L'objectif est donc de rejoindre le gros de l'armée au sud de la Loire. Le 5e régiment du génie ne dispose que d 'un camion et de la voiture du colonel. L'évacuation doit donc se faire à pied. Les soldats reçoivent l'ordre de ne pas emporter les fusils ! Il n'y a en effet pas de munitions pour les fusils, inutile donc de s'encombrer. Voilà donc le régiment qui part alors que la chasse allemande est déjà maîtresse du ciel. Il faut faire des détours, avancer de nuit en croisant ou doublant les colonnes de réfugiés. A la hauteur d'Etampes le colonel va dans la ville pour boire un café sans savoir que la ville est déjà occupée par les Allemands. Il se fait coffrer.

Un moment, des soldats applaudissent des avions allemands qui les survolent en disant à leurs gradés qui les enguirlandent : « ils n'ont pas la croix gammée mais des croix noires ». Et Jean Villette de commenter :

« Ce que je trouve surtout formidable, c'est qu'on nous a mis dans la tête , au cours de notre instruction, le poids d'une pince à riper ou d'une batte à bourrer, et autres balivernes, alors que personne n'a jamais parlé des caractéristiques permettant de reconnaître les avions ennemis ».

*Tout est à l'avenant. Villette rapporte de nombreuses réflexions de soldats qui ont l'impression d'avoir été trahis par les politiques. Lorsqu'il arrive à Orléans (le 15 juin), Villette n'est plus qu'avec 15 hommes, après des kms et des journées de marche. Ils s'engagent sur le pont Joffre pour traverser la Loire en même temps que des colonnes de réfugiés, mais le pont saute, dynamité par des soldats d'un autre régiment du génie. Villette n'a plus que 2 soldats avec lui. Ils parviennent à traverser la Loire par un autre pont et veulent poursuivre vers le sud espérant toujours rejoindre l'armée française, lorsqu'ils apprennent dans une ferme que les Allemands sont déjà à Bordeaux.

*Ils décident alors de retraverser la Loire et de rentrer chez eux. L'un est de Chartres, le second de Mainvilliers (dans la banlieue de Chartres) et le dernier de Saint-Germain-en-Laye. Ils se font prendre par les Allemands le 19 juin 1940 et sont internés avec beaucoup d'autres dans un camp à Voves (à une vingtaine de kms au sud-est de Chartres), camp qui avait été préparé pour recevoir des prisonniers allemands. Enfin, ils sont libérés le 13 juillet 1940.

Le récit de Jean Villette rejoint par beaucoup de points celui d'Antoine de Saint-Exupéry écrit en 1942 : « Pilote de guerre ». La désorganisation totale que l'un a vu du ciel au cours de reconnaissances, rejoint ce qu'à vu l'autre à pied à travers la campagne française.

*Après la première guerre mondiale, l'Allemagne avait perdu ses colonies, des territoires, avait livré tous ses armements et payé d'invraisemblables indemnités de guerre et 20 ans plus tard ils sont rentrés en France comme dans du beurre malgré la mobilisation de millions d'hommes et le soutien anglais!

*Comment cela a-t-il été possible ?

Je n'ai pas la réponse bien entendu mais voici quelques réflexions dont chacun fera ce qu'il voudra.

III)éléments d'explication :

*l'instabilité politique :

En Allemagne, Hitler devint chancelier en janvier 1933 et resta au pouvoir jusqu'à la chute du IIIe Reich en 1945. Il y eut donc continuité dans les ambitions, les programmes, les actions...

En France Albert Lebrun fut élu Président de la République le 10 mai 1932 et réélu le 5 avril 1939. mais sous le régime de la troisième République c'était le Président du Conseil des Ministres qui était le véritable chef de l'exécutif. Or voici la liste des Présidents du Conseil sous la Présidence d'Albert Lebrun :

-Edouard Herriot (du 3 juin au 14 décembre 1932)

-Joseph Paul-Boncour (du 18 décembre 1932 au 28 janvier 1933)

-Edouard Daladier (du 31 janvier au 24 octobre 1933)

-Albert Sarraut (du 26 octobre au 24 novembre 1933)

-Camille Chautemps (du 26 novembre 1933 au 27 janvier 1934)

-Edouard Daladier (du 30 janvier au 7 février 1934)

-Gaston Doumergue (du 9 février au 8 novembre 1934)

-Pierre-Etienne Flandin (du 8 novembre 1834 au 1er juin 1935)

-Fernand Bouisson (du 1er au 7 juin 1935)

-Pierre Laval (du 7 juin 1935 au 24 janvier 1936)

-Albert Sarraut (du 24 janvier au 4 juin 1936)

-Léon Blum (du 4 juin 1936 au 29 juin 1937)

-Camille Chautemps (du 29 juin 1937 au 13 mars 1938)

-Léon Blum (du 13 mars au 10 avril 1938)

-Edouard Daladier (du 10 avril 1938 au 20 mars 1940)

-Paul Reynaud (du 20 mars au 16 juin 1940)

-Philippe Pétain (du 16 juin au 11 juillet 1940)

Soit 17 Présidents du Conseil de juin 1932 à juillet 1940. Or chacun peut constater la propension qu'ont les élus qui arrivent au pouvoir à critiquer ceux qui étaient avant eux, à commencer par faire tout le contraire pour revenir finalement à la même politique. Classique ! Mais ce n'est pas cela qui donne de l'efficacité à l'action ! C'est peut-être une des raisons de la faiblesse de la France à l'époque.

*l'incapacité à tenir compte des autres pays :

Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, la gauche obtint 386 députés et la droite 222. Léon Blum appelé à former le gouvernement, mit en application le programme du Front populaire : semaine de 40 heures de travail (au lieu de 48 auparavant), congés payés (2 semaines), conventions collectives, nationalisations...

Cela partait d'un bon sentiment mais au mauvais moment car pendant que les Français profitaient de ces acquits sociaux, de l'autre côté du Rhin, chez Messerschmitt, Krupp et beaucoup d'autres, seul, le réarmement accéléré de l'Allemagne, était à l'ordre du jour.

Cela n'a pas changé depuis, nos parlementaires votent à jets continus des lois (sociales, fiscales, environnementales, administratives...) sans jamais se préoccuper des autres pays c'est-à-dire de nos concurrents commerciaux. Le 26 juin 2015, à un journaliste qui faisait remarquer à un ministre (Michel Sapin) que le code du travail français était beaucoup plus gros que celui des pays voisins ; le ministre répondit : « si il est plus gros, il n'y a qu'à l'imprimer en caractères plus petits, il sera moins gros ».

Sur l'intelligence de cette réponse chacun émettra le jugement qui lui convient.

Le code du travail français (le Dalloz) avait 2600 pages en 2005 et 3500 en 2015 !

En arrivant au pouvoir en 2012, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault demanda un audit sur la compétitivité de l'économie française. Ce rapport connu sous le nom de « rapport Gallois » fut remis au gouvernement le 5 novembre 2012. En voici quelques extraits d'abord au niveau du constat fait par le rapport :

« Les auteurs font état des pertes de part de marché depuis les années 1970 et qui semblent encore s'accélérer. Ils reprennent une conclusion de la Conférence nationale de l’industrie en 2011 : « L’industrie française atteint aujourd’hui un seuil critique, au-delà duquel elle est menacée de déstructuration. » Ils énumèrent les chiffres suivants :

  • part de ce secteur dans la valeur ajoutée totale passée de 18% en 2000 à un peu plus de 12,5 %, en 2011

  • emploi industriel passé de plus de 26 % de l’emploi salarié total en 1980 (5,1 millions de salariés) à 12,6 %,en 2011 (3,1 millions de salariés)

  • part de marché des exportations françaises en Europe passée de 12,7 %, en 2000, à 9,3 % en 2011

  • solde de la balance commerciale passé d’un excédent de 3,5 milliards d’euros en 2002 à un déficit de 71,2 milliards d’euros en 2011.

Les auteurs constatent que l’opinion publique a « le sentiment que l’industrie « fout le camp » et, pire, que c’est irrémédiable. ».

Puis le rapport avance des propositions qui sont connues pour la plupart mais aussi plus inusitées comme l'arrêt de l'inflation législative en citant comme exemple la taxe professionnelle qui a fait l'objet de 68 modifications en 35 ans !

Mais le rapport Gallois fut mis sous le coude, car il était en totale contradiction avec les promesses électorales qu'avait fait le candidat Hollande. Il faut ressortir la plaquette qui avait été diffusée durant la campagne présidentielle, plaquette intitulée : « Le changement c'est maintenant, mes 60 engagements pour la France ». En 41 pages de textes, l'auteur y emploie 225 fois le mot « JE » et tout est conjugué au futur, pas au conditionnel, surtout pas. Quelques rappels :

« Je favoriserai l'emploi et la production en France » page 8

« Le déficit public sera réduit à 3% du produit intérieur brut en 2013 » page 11

« Je renégocierai le traité européen issu de l'accord du 9 décembre 2011 » page 12

« Je ferai en sorte que tous ceux qui ont 60 ans et qui auront cotisé la totalité de leurs annuités retrouvent le droit de partir à la retraite à taux plein à cet âge-là » page 16

« J'agirai pour que soient construits au cours du quinquennat 2,5 millions de logements intermédiaires, sociaux et étudiants » page 18

« Je réduirai de 30% la rémunération du président de la République et des ministres » page 32. Cette disposition a été adoptée à l'article 40 de la loi de finances rectificatives pour 2012 (en juillet 2012) mais annulée le 9 août 2012 par le Conseil constitutionnel. Depuis on n'en entend plus parler ! Etc, etc.

Mais il est vrai que « la reprise, elle est là », comme il dit depuis 3 ans ! : La méthode Coué comme Paul Reynaud en 1939 ! Il ne reste plus qu'à ressortir Sainte Geneviève !

*La division :

Après la première guerre mondiale, les Allemands furent très divisés, Hitler les rassembla. Les Français furent autant divisés mais personne ne les rassembla. En outre l'alliance de Staline et d'Hitler amena les communistes à être opposés à la guerre. Ils ne rejoignirent la Résistance qu'à partir de l'invasion de l'URSS par Hitler le 22 juin 1941. De plus, le pacifisme avait fait des adeptes en France. Les Français ne voulaient plus de la guerre, ce qui était louable, mais nous n'étions pas seuls au monde.

Nous ne le sommes toujours pas mais je doute de la capacité de nos dirigeants à tirer les leçons du passé.

J.D. 17 août 2015

L'an 40 sur le vif N°252
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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 20:30

Toutes les villes honorent ceux de leurs natifs devenus célèbres. Ainsi, par exemple, on trouve à Lons-le-Saunier (Jura) du Rouget de Lisle à toutes les sauces, à Chartres (Eure-et-Loir) c'est Marceau qui est à l'honneur.

J'ai effectué un montage, joint en illustration, où l'on voit, de haut en bas,

-à gauche :

*la statue de Marceau place des Epars à Chartres, avec en arrière plan, l'ancien hôtel des ducs de Chartres (voir la fiche N°36 http://jean.delisle.over-blog.com/article-chartres-ferrare-savoie-nemours-orleans-68294695.html).

La statue en bronze de 3,30 mètres de haut, œuvre du sculpteur Auguste Préau fut inaugurée le 21 septembre 1851. Elle fut financée par une souscription ouverte en 1845

*la rue Marceau, où naquit Marceau au N° 22, mais qui l'année de naissance de Marceau s'appelait rue du Chapelet

*la caserne Marceau, construite à partir de 1874 d'abord pour le 130e régiment d'infanterie puis pour le 102e.

*le lycée Marceau inauguré en 1887 et qui prit le nom de Marceau en 1893

-à droite :

*la place Marceau, en son centre, se trouve une colonne dédiée à Marceau qui fut érigée en 1801

*le banquet Marceau,

*la loge Marceau (du Grand Orient de France)

Pour effectuer ce montage, j'ai emprunté des illustrations à Roger Joly dans un livre intitulé : « Chartres au début du siècle » (il s'agit du vingtième siècle), livre publié en 1992 aux éditions « le cherche midi ».

Vie de Marceau :

*François Severin Marceau-Desgraviers naquit à Chartres le 1er mars 1769 rue du Chapelet. Il fut élevé à Luisant (banlieue de Chartres)

*A 16 ans (donc en 1785) il s'engagea dans l'infanterie dans le Régiment de « Savoie-Carignan ».

*Le 14 juillet 1789, il s'engage dans la garde nationale de Chartres et se retrouve capitaine en octobre 1789, devient aide de camp de Lafayette, puis lieutenant-colonel en mars 1792.

*Affecté à l'armée des Ardennes, il obtient la capitulation de Verdun occupée par les Prussiens.

*En 1793, il est affecté à l'armée du Nord puis à l'armée de l'Ouest pour combattre les Chouans. Il participe aux batailles victorieuses (pour les Républicains) de Cholet le 17 octobre 1793, du Mans les 12 et 13 décembre 1793 et de Savenay les 22/23 décembre 1793

*Il se retrouve à l'armée de Sambre-et-Meuse avec le grade de général de division. Il prend une part importante à la victoire de Fleurus le 26 juin 1794 contre les Austro-Hollandais

*Vainqueur des Autrichiens le 18 octobre 1795, il est atteint d'une balle le 19 septembre 1796 à Altenkirchen (en Allemagne en Rhénanie-paltinat) et décède le 21 septembre à 27 ans. Autrichiens et Prussiens lui rendirent honneur.

*D'abord inhumé à Coblence dans un tombeau dessiné par Kléber une partie de ses cendres furent transférées au Panthéon le 4 août 1889, une autre aux Invalides, enfin la dernière partie dans le socle de sa statue à Chartres place des Epars.

*Marceau a également son nom sur l'Arc de Triomphe à Paris. Un timbre consacré au général Marceau fut édité par la poste française en 1969.

*Vie courte mais glorieuse. Il traversa toute la période révolutionnaire sans avoir à son actif aucun massacre, mais au contraire la réputation de respecter les populations et les vaincus. Un beau modèle.

J.D. Le 28 janvier 2015

Marceau à Chartres

Marceau à Chartres

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 16:48

Sous l'Ancien Régime, la religion du souverain était la religion de la nation . C'est ainsi que la France devint officiellement une nation catholique lors du baptême de Clovis en l'an 496. Elle fut l'une des premières nations à être officiellement catholique et à le rester sans discontinuité ce qui fait que la France s'auto-proclama « la fille aînée de l'Eglise ». Pépin le Bref fut proclamé « défenseur de l'Eglise romaine » par le pape Etienne III le 28 juillet 754. Louis XIII dédia solennellement la France à la vierge Marie le 10 février 1639. Catherine de Médicis en 1562, Lacordaire le 14 février 1841 à Notre-Dame de Paris... proclamèrent la France « fille aînée de l'Eglise ». Le pape Jean-Paul II lui-même rappela aux évêques de France le 1er juin 1980 que leur pays était « la fille aînée de l'Eglise ».

Le lien entre le pouvoir et l'Eglise fut durant des siècles un atout pour celle-ci, mais lorsque le peuple contesta l'absolutisme du pouvoir royal, la Révolution fut anti-cléricale. Durant la révolution française, des églises furent détruites, des biens saisis, des communautés religieuses dissoutes, le clergé dut jurer fidélité à la constitution, ce que beaucoup refusèrent et de nombreux religieux ou religieuses en perdirent la tête (sous la guillotine!).

Pour la petite histoire citons le cas de la ville de Chartres. Les « révolutionnaires » détruisirent les églises Saint Saturnin, Saint Maurice, Saint Michel, Saint Barthélémy, Saint Chéron, Saint Brice, Saint Martin le Viandier, Saint Hilaire, tandis que Sainte Foy devint un théâtre, Saint André un magasin à fourrage... Les « révolutionnaires » voulaient aussi démolir la cathédrale, mais ils discutèrent longtemps pour savoir où évacuer la masse énorme des matériaux, assez longtemps pour qu'intervienne le concordat et qu'il ne soit plus question de démolir les églises. Sans cette circonstance, cet incomparable joyau de l'architecture et de l'art qui fut parmi les premiers monuments à être classé au patrimoine mondial de l'Unesco aurait été démoli par des citoyens auto-proclamés révolutionnaires ! Voir le livre sur Chartres de Jean Markale publié aux éditions « France Loisirs » en 1988, chapitre III.

Toujours est-il que c'est à l'occasion de la Révolution française de 1789 qu'eut lieu, en France, la première séparation de l'Eglise et de l'Etat. Cela divisa beaucoup les Français surtout dans le contexte d'une Europe encore dirigée par des souverains de « droit divin ».

Le Concordat signé le 15 juillet 1801 (Napoléon Bonaparte était premier consul et Pie VII pape) ramena la paix civile. Il affirmait que le catholicisme était « la religion prépondérante en France ». Tous les biens ecclésiastiques avaient été vendus en 1790. En contrepartie, le Concordat accorda la rémunération par l'Etat des évêques et des prêtres. Les archevêques et les évêques furent nommés par le pouvoir mais reçurent l'institution canonique du pape. Ce Concordat régla les relations entre le pouvoir et l'Eglise jusqu'en 1905 (sauf pour l'Alsace et la Lorraine où il s'applique encore). Entre temps, des chartes de 1814 (sous Louis XVIII) et de 1830 (sous Louis Philippe) réaffirmèrent que le catholicisme était la religion de la majorité des Français. Avec le retour des rois (Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe) puis le second empire de Napoléon III, la France était redevenue une nation chrétienne, mais avec la troisième République, l'anti-cléricalisme redevint à la mode. Tous les partis de gauche, la franc-maçonnerie… militèrent pour une séparation des Eglises et de l'Etat. Plusieurs événements particulièrement importants avaient défrayé la chronique à la fin du XIXe siècle et au début du XXe :

L'affaire Dreyfus : Cette « affaire » divisa profondément la France de 1894 à 1906. Le capitaine Alfred Dreyfus, alsacien de confession juive, fut accusé de trahison, fin 1894, pour avoir livré des documents à l'état-major allemand et ce alors que le pays n'avait pas encore digéré la défaite de 1870 et la perte de l'Alsace et de la Lorraine. Il fut condamné le 22 décembre 1898 à la déportation à perpétuité et déporté à l'île du diable (au large de la Guyane). Et ce malgré que le colonel Georges Picquart chef du contre-espionnage français ait établi en 1896 que le coupable n'était pas Dreyfus mais un commandant nommé Esterhàzy. L'état-major ne voulut rien entendre, Picquart fut éloigné en Tunisie et des faux furent même fabriqués pour condamner Dreyfus. C'est le 13 janvier 1898 que fut publié dans l'Aurore le célèbre « J'accuse » d'Emile Zola. Dreyfus finira par être innocenté et réintégré dans l'armée en 1906.

L'affaire des fiches : En mai 1900, le général Louis André devint ministre de la guerre dans le gouvernement Waldeck-Rousseau et le resta lorsque Emile Combes succéda à Waldeck-Rousseau en juin 1902. Il demanda au Grand-Orient de France de lui fournir des fiches sur les officiers de l'armée afin de favoriser l'avancement des officiers « républicains » au détriment des officiers « catholiques ». Mais le 28 octobre 1904, un député de Neuilly nommé Jean Guyot de Villeneuve révéla le pot-aux-roses devant les députés et lu, à l' Assemblée, un certain nombre de fiches sur lesquelles on pouvait lire à propos d'un officier : « va à la messe », d'un autre : « sa femme va à la messe chaque dimanche », d'un troisième : « ses enfants sont élevés par les prêtres » , d'un quatrième : « a un frère jésuite » etc. Cela déclencha le scandale dans l'opinion publique alors même que l'affaire Dreyfus était en cours. Cette affaire entraîna la chute du gouvernement d'Emile Combes le 24 janvier 1905.

D'autres affaires : En mars 1904, le Président de la République (Emile Loubet) s'était rendu en visite officielle à Rome ce qui avait entraîné des tensions avec le Vatican. En réplique, le 30 mai 1904, la Chambre (des députés) avait voté la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.

La loi du 1er juillet 1901 sur les associations contenait des articles relatifs aux congrégations religieuses. Celles-ci étaient soumises à une autorisation de l'Etat. 84 congrégations sur 753 se soumirent à la demande d'autorisation et de nombreuses communautés religieuses furent alors fermées, leurs membres étant expulsés sans ménagement par la force publique.

Une loi du 7 juillet 1904 interdit la fonction d'enseignement aux congrégations religieuses.

La France fut profondément divisée. De manière simpliste il y eut la gauche républicaine, dreyfusarde, souvent anti-militariste et anti-cléricale et la droite catholique (bonapartistes, monarchistes, boulangistes...) patriotique, anti-dreyfusarde, anti-sémite... Mais avec des exceptions et beaucoup de nuances.

En 1899, tous les courants de la gauche avaient réussi à se réunir dans un « bloc des gauches ». Les élections législatives qui se déroulèrent les 27 avril et 11 mai 1902 virent s'affronter le bloc des droites contre le bloc des gauches. C'est ce dernier qui l'emporta avec 338 élus contre 251 à la droite. C'est dans ce contexte que fut votée la loi de séparation des Eglises et de l'Etat.

Dès 1869, (Napoléon III était encore empereur), à l'occasion d'élections législatives, Léon Gambetta réclamait une loi de séparation dans son programme. Dans les années qui suivirent il fut imité par tous les ténors de la gauche. Mais dans ce concert il y eut à boire et à manger. Certains « bouffeurs de curés », comme Emile Combes (surnommé « le petit père Combes »), un ancien séminariste !, voulaient en faire un instrument de déchristianisation du pays. D'autres voulaient seulement normaliser les relations entre Eglises et Etat.

En juin 1903, la Chambre (des députés) nomma une commission de 33 membres chargée d'étudier les conditions dans lesquelles était possible la séparation des Eglises et de l'Etat. Aristide Briand fut nommé rapporteur de cette commission et très vite le rapport de la commission devint le rapport Briand. Avec et sans jeu de mots, Briand fut l'un des plus brillants parmi les hommes politiques français du XXe siècle. Le premier projet « Briand » fut remis aux députés le 17 mars 1905. Voici le commentaire que fait à ce sujet Georges Suarez dans sa biographie de Briand (tome II de 1938, chapitre 1) :

« Il comprenait 45 articles répartis en 6 titres. Dans un long exposé des motifs, d'une centaine de pages, le rapporteur (A. Briand) retraçait l'historique des relations de l'Eglise avec le pouvoir civil, de Clovis à Mirabeau, et de la Révolution au Ministère Combes. C'est, pensons-nous, l'étude la plus complète, la plus minutieuse qui ait jamais été faite sur le sujet. L'objet était de démontrer l'incompatibilité à travers les âges du pouvoir spirituel avec les gouvernements civils et de faire ressortir la gêne constante où étaient contraints d'évoluer leurs rapports sous un régime d'obligations mutuelles. Il mettait en évidence les bienfaits de la loi de Séparation avec un tact égal pour chacun, ne témoignait pas moins de souci pour l'existence future de l'Eglise que pour les garanties de l'Etat. Enfin, dans sa conclusion, Briand émettait le souhait que la séparation fût loyale et complète entre les Eglises et l'Etat... ».

Sur l'état d'esprit de Briand, voilà ce qu'écrit Suarez (même chapitre) :

« Témoin des plus avilissants débats qui aient jamais souillé un régime (il s'agit de tous les débats qui eurent lieu à la Chambre sur Dreyfus, l'affaire des fiches etc), Briand voyait les faits confirmer son instinctive méfiance pour l'arbitraire et les aspirations de l'esprit de parti. Jamais il n'avait eu, autant qu'au cours de ces duels mortels, la sensation du mal qu'un gouvernement peut faire, en prétendant gouverner avec une partie de la nation contre l'autre. Par ses violences maladroites, Combes avait fourni au catholicisme, le moyen de révéler sa force. Par ses bas procédés de police, il avait compromis pour longtemps les principes au nom desquels il prétendait gouverner. Par l'étroitesse de sa politique et la désarmante simplicité de ses objectifs, il avait mis en danger la défense nationale tandis que dans la pièce à côté, son ministre Delcassé édifiait patiemment un système qui ne pouvait se passer d'une armée ni d'une marine fortes. L'exemple de Combes, qu'il avait vu se dérouler de son modeste observatoire lui prouvait qu'il n'avait pas tort de penser qu'on ne dirige pas les destins d'un peuple en le divisant et qu'un gouvernement ne peut se priver pour durer, sinon de l'unanimité de la nation, du moins de la tolérance de l'opposition... »

Difficile en lisant ce texte de ne pas penser au récent débat sur le « mariage pour tous ». mais la sectaire Taubira n'arrive pas à la cheville de Briand !

Le pape s'opposa à ce projet de loi, mais en France même, une partie du clergé y compris des évêques s'y rallièrent. Il faut dire que depuis 1789, le clergé en avait vu de toutes les couleurs et cette loi leur paraissait probablement un moindre mal.

La loi fut adoptée à la Chambre des Députés le 3 juillet 1905 par 341 voix contre 233, au Sénat le 6 décembre par 181 voix contre 102 et enfin fut promulguée le 9 décembre 1905.

La loi reconnaît la liberté de conscience, interdit tous financements publics des cultes, mais l'entretien des édifices construits avant 1905 reste à la charge de l'Etat pour les cathédrales et à la charge des communes pour les églises. Aujourd'hui (13 août 2013) un article sur le journal en ligne du Point a pour titre : « une vague de démolition d'églises menace le patrimoine ». Certaines communes n'ayant plus les moyens d'entretenir les églises préfèrent les démolir, mais durant le même temps, les mosquées fleurissent dans tous les coins avec souvent des financements publics déguisés en subventions à des associations culturelles !

La loi de 1905 prévoyait la dévolution des biens de l'Eglise à des associations cultuelles, mais pour cela il fallut des inventaires. Des zélés prétendirent même ouvrir les tabernacles ce qui révolta beaucoup de paroissiens et cela faillit dégénérer en guerre civile. Voici le commentaire de Suarez sur ce sujet (même livre chapitre 2):

« Les traditions étaient restées fortes ; les sanglantes bagarres que provoquait aux abords des églises la résistance des catholiques contre les inventaires, conséquence de l'article 3 de la loi de Séparation en témoignaient vigoureusement. Depuis l'affaire Dreyfus, les catholiques avaient subi sans broncher toutes les persécutions, toutes les brimades, toutes les injures. On avait caricaturé leur foi, calomnié leurs prêtres, chassé leurs religieuses. Ils avaient été traités comme des parias dans leur propre pays. Mais en cette année 1905, leur réveil est terrible. La politique s'en mêle et jette le trouble dans les consciences. Il faut mobiliser la troupe, la gendarmerie, la police, pour venir à bout des fidèles, qui, agenouillés sur les degrés de leurs temples, n'opposent qu'une arme, la prière, aux charges des brigades centrales. Des officiers démissionnent pour ne pas tenir l'emploi qu'on leur impose. L'armée déjà ébranlée par l'Affaire Dreyfus, le scandale des fiches et la détestable gestion du général André, se désorganise un peu plus... »

Devant cette résistance , Clémenceau enverra une circulaire aux Préfets pour suspendre les inventaires partout où ils posaient problème et cela ramènera le calme.

Un siècle après ces événements on peut se demander pourquoi tous les courants qui se mobilisèrent contre le cléricalisme sont absolument muets aujourd'hui face à l'islamisation de la Société ?

J.D. 13 août 2013

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