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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 15:00

1-Saint Louis :

*Le futur roi Louis IX naquit le 25 avril 1214. Il est le fils de Blanche de Castille (1188/1252, fille d'Alphonse VIII roi de Castille et d'Aliénor d'Angleterre, et par elle, nièce de Richard Cœur de Lion) et du roi de France Louis VIII (1187/1226). Il est également, par son père, le petit fils de Philippe-Auguste (1165/1223).

*A la mort de son père, le 8 novembre 1226, il devint roi de France et fut couronné à Reims le 29 novembre 1226. Il avait 12 ans. Il régna donc d'abord sous la régence de sa mère jusqu'en 1234.

*Il dut faire face à des révoltes de seigneurs ainsi qu'à la guerre contre l'Angleterre. Cette dernière se termina par le traité de Paris le 28 mai 1258.

Durant son règne, Louis IX parvint à affermir le pouvoir royal, à en agrandir le domaine, à réformer les institutions, à imposer une monnaie unique sur l'ensemble du domaine royal, à créer la Sorbonne, l'hospice des Quinze-Vingts...Sans oublier que son règne correspond à l'époque de la construction des grandes cathédrales françaises.

*Il acheta à Constantinople les instruments de la passion du Christ, d'abord la couronne d'épines puis le reste et c'est pour eux qu'il fit construire la Sainte Chapelle de Paris à partir de 1242.

*Il épousa Marguerite de Provence, fille de Raymond Béranger comte de Provence et de Béatrice de Savoie (voir note N°5 http://jean.delisle.over-blog.com/article-beatrice-de-savoie-55880926.html).

Le mariage fut célébré le 27 mai 1234 en la cathédrale Saint Étienne de Sens (Yonne) par Guillaume de Savoie évêque de Valence et oncle de Marguerite. Elle fut couronnée reine de France dès le lendemain.

*Il participa à la septième croisade puis à la huitième.

*A la septième croisade, Louis IX embarqua d'Aigues-Mortes le 25 août 1248, guerroya en Egypte où il fut fait prisonnier le 7 avril 1250. Sa femme prit le commandement de l'armée et parvint à réunir la rançon demandée par les musulmans. Louis fut libéré et se rendit en terre sainte avec le reste de son armée. Il réorganisa le domaine chrétien au Proche-Orient, faisant particulièrement renforcer les défenses des places fortes. Il embarqua de Saint Jean d'Acre pour la France le 24 avril 1254. Pendant ces 6 années d'absence, en France ce fut Blanche de Castille qui assura encore la régence.

*Pour la huitième croisade, Louis IX partit encore d'Aigues-Mortes en mai 1270, débarqua près de Tunis le 15 juillet 1270, s'empara de la ville de Carthage le 24 juillet 1270 et mourut de maladie (la peste) sur le site de Carthage le 25 août 1270.

Louis IX fut canonisé par l’Église en août 1297.

L'inhumation et la canonisation de Saint Louis mériteraient d'en écrire un gros roman !

Son fils (1245/1285) devint roi de France sous le nom de Philippe III. Il fut en conflit avec son oncle, Charles d'Anjou (1227/1285) qui fut roi de Naples et de Sicile pour l'inhumation de Louis IX, que Philippe voulait ramener en France et Charles en Sicile. Finalement Charles eut les entrailles et le reste du corps fut disséqué et bouilli pour enlever les chairs. Le reste du squelette fut ramené en France via la Sicile et l'Italie. Il arriva à Paris le 21 mai 1271 et fut inhumé à Saint Denis le 22 mai. Plusieurs tombeaux se succédèrent. Le dernier en or de 1298 disparut vers 1420 récupéré et fondu par les Anglais lors de la guerre de Cent Ans. Entre temps, des morceaux d'os de Saint Louis avaient été donnés à de nombreux souverains d'Europe.

Quant à la canonisation, entre le décès de Louis IX en 1270 et la canonisation 27 ans plus tard, 10 papes se succédèrent, chacun voulant reprendre le dossier !

2-Carthage :

Selon les fouilles archéologiques et les datations au carbone 14, la cité de Carthage fut fondée en l'an 814 avant notre ère, par les Phéniciens de la cité de Tyr, c'est-à-dire une soixantaine d'années avant Rome. Voir « Carthage » de Serge Lancel Fayard 1992. Cette date ne correspond pas avec celle issue des légendes (Enéide de Virgile…).

Aujourd'hui la ville est située sur le golfe de Tunis dans la banlieue nord-est de Tunis. A noter que l'antique Utique (ça rime) avait été fondée par les Phéniciens sur le golfe de Tunis à une trentaine de kms au nord de Carthage, mais environ 3 siècles avant Carthage.

Très vite, Carthage devint la principale cité phénicienne en Méditerranée occidentale, tandis que Rome prospérait de l'autre côté de la mer. Inévitablement les 2 cités entrèrent en conflit : ce furent les guerres « puniques » de -264 à -146 date de la destruction de Carthage par les Romains.

Plusieurs notes de ce blog sont déjà consacrées aux guerres puniques et à Carthage, voir spécialement la note N°18 http://jean.delisle.over-blog.com/article-hannibal-1-texte-59402856.html et ses annexes et la note N°224 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/02/la-reine-didon-n-224.html

La reconstruction d'une ville (romaine) sur l'ancien site de Carthage se fit sous le règne d'Auguste (de -27 à +14).

A partir de la christianisation de l'empire romain (édit de Milan en 313), la Tunisie devint un important centre de la chrétienté notamment sous l'influence de Saint Augustin (354/430), un des « pères de l'Eglise » qui fut évêque d'Hippone (Annaba au nord-est de l'Algérie).

Les Vandales s'emparèrent de la ville romaine de Carthage en l'an 439, les Byzantins la reprirent en 534 et les Arabes s'emparèrent de la Tunisie entre les années 647 et 670. Les Ottomans s'imposèrent à partir de 1574 et les Tunisiens s'affranchirent des Ottomans en 1612 sous la direction de Mourad Bey.

Lors d'un congrès tenu à Berlin en 1878, Allemands et Anglais donnèrent leur feu vert à la France pour annexer la Tunisie et ce au détriment du nouveau royaume d'Italie qui avait des visées sur ce pays. L'annexion par la France fut effective en 1881.

Des soulèvements pour l'indépendance commencèrent en 1952. Par accords des 3 juin 1955 et 20 mars 1956, la France concéda l'indépendance à la Tunisie mais en conservant la base de Bizerte (sur la Méditerranée, au nord de la Tunisie) qui fut finalement rétrocédée à la Tunisie le 15 octobre 1963.

3-Saint Louis à Carthage :

3a-la chapelle Saint Louis :

Le 8 août 1830, Hussein II bey de Tunis faisait don au roi de France Charles X du terrain situé à Carthage sur la colline de Byrsa où était décédé Saint Louis.
En fait, Charles X venait d'être renversé par la révolution des 27 au 29 juillet 1830 (les Trois Glorieuses). Louis-Philippe prit le relais. La première pierre d'une chapelle dédiée à Saint Louis fut posée le 25 août 1840. Cette chapelle fut construite sur le modèle de la chapelle royale de Dreux (au nord de l'Eure-et-Loir). Cette chapelle terminée en 1845 fut détruite en 195
0.

3b-la cathédrale Saint Louis :

Sur la même colline de Byrsa et proche de la chapelle, une cathédrale dédiée à Saint Louis fut mise en chantier en 1884, année où le cardinal Charles Lavigerie fut nommée archevêque de Carthage. Cette cathédrale Saint Louis fut consacrée le 15 mai 1890. Lavigerie fondateur de l'ordre des « pères blancs » fit construire en annexes de la cathédrale des locaux pour l'ordre des pères blancs qui y organisèrent un musée Saint louis qui regroupait nombre d'antiquités découvertes dans les parages. L'ensemble fut cédé à la Tunisie en 1964.

Depuis, la cathédrale a été transformée en édifice culturel pour expositions etc et dénommé « Acropolium » en 1993. les locaux des pères blancs sont eux devenus le musée national de carthage.

3c-la statue de Saint Louis :

Une statue de Saint Louis, réplique de celle figurant à Saint Denis fut envoyée à Carthage par le roi Louis-Philippe et fut mise en place le 11 août 1841. Elle figure dans les jardins du musée national de Carthage.

On trouvera en illustration, des représentations de la chapelle en 1888, de la cathédrale et de la statue, empruntées sur le net.

J.D. 8 septembre 2016

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage
chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

chapelle, statue et cathédrale Saint Louis à Carthage

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 17:21

Cette expression de « Grande Grèce » se rapporte aux colonies grecques hors de la Grèce proprement dite. Mais selon les auteurs, on ne trouve pas le même champ géographique. Pour les uns ce sont les implantations en Italie du sud, pour d'autres celles sur l'actuelle côte turque (qui furent à l'origine des guerres « médiques » entre Perses et Grecs au début du cinquième siècle avant notre ère), etc.

Le concept qui me paraît le plus simple et le plus opérationnel est de considérer que firent partie de la « Grande Grèce » toutes les implantations grecques hors de la Grèce elle-même.

On trouvera en annexe une carte de cette Grande Grèce que j'ai empruntée à Wikipédia. L'auteure s'appelle Christine Moulin, il s'agit d'une Française installée en Grèce depuis une trentaine d'années. D'après ce que j'ai vu sur internet, elle organise des voyages à la demande. Voir son site : http://contact@decouvrirlagrece.com

(publicité gratuite)

Cette carte illustre très bien la rivalité qu'il y eut entre Phéniciens et Grecs pour la conquête de la Méditerranée occidentale. Ils se firent la guerre jusqu'à ce que le Raminagrobis Romain, qu'ils n'avaient pas vu venir, les mette d'accord en les croquant l'un et l'autre, comme la belette et le petit lapin de la fable. Voir la fiche N°269 http://jean.delisle.over-blog.com/2016/01/l-invasion-des-peuples-de-la-mer-n-269.html

Il convient d'ajouter que les différentes cités grecques se firent, elles aussi, souvent la guerre et que ces implantations extérieures de colonies renforçaient leur pouvoir à l'intérieur de la mère-patrie.

Les Grecs, comme les Égyptiens et les Romains furent de grands bâtisseurs et laissèrent d'importants monuments dans beaucoup de leurs colonies. Le résultat est qu'aujourd'hui on trouve plus de monuments grecs hors de Grèce que dans la Grèce elle-même et en outre, des monuments parmi les mieux conservés.

Parmi toutes ces réalisations fabuleuses, je vais en citer deux : Paestum, à une centaine de kms au sud de Naples et Agrigente sur la côte sud de la Sicile.

Paestum :

Le site de Paestum, sur le territoire actuel de Cappacio Paestum en Campanie, a été fondé sous le nom de Poseidonia vers l'an 600 avant notre ère par des Grecs de la cité de Sybaris : cité grecque elle-même fondée vers l'an 720 avant notre ère dans le golfe de Tarente. Sybaris se trouve aujourd'hui sur le territoire de la commune de Cassano all'Ionio, ville de Calabre sur le golfe de Tarente.

Les Lucaniens se sont emparés de la cité au quatrième siècle avant notre ère. La Lucanie, antique région, était à cheval sur les actuelles régions italiennes de Campanie (capitale Naples), et de Basilicate (capitale Potenza). Ils donnèrent à la ville le nom de Paeston.

Les Romains ont pris la cité en l'an 273 avant notre ère et l'ont appelé : Paestum.

La cité a alors suivi le sort de Rome. Son déclin commença lors d'une épidémie de malaria au quatrième siècle de notre ère et la ville fut détruite par les Sarrasins vers l'an 877.

Elle disparut complètement et fut redécouverte en 1748 à l'occasion de travaux. Le site fut classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1998.

Le site s'étend sur 120 hectares dont seulement 25 ont été fouillés. Il comprend des antiquités de la période romaine (amphithéâtre, forum…), de la période des Lucaniens (une enceinte de 4,75 kms de long), mais surtout de la période grecque parmi lesquelles 3 temples majeurs.

Les découvreurs du XVIIIe siècle leur ont donné des noms en fonction de vocations supposées, mais qui n'ont pas été confirmées par les études plus récentes, mais ces noms du XVIIIe ont néanmoins subsisté.

Temple dédié à Héra :

Ce temple de style dorique fut construit vers l'an 550 avant notre ère. Il fut baptisé du nom de « Basilique » au XVIIIe siècle mais était dédié à Héra, qui dans la mythologie grecque était la fille de Cronos et de Rhéa et par conséquent la sœur de Zeus dont elle fut également l'épouse.

Ce temple mesure 24,35 mètres sur 54. Il possède 18 colonnes de chaque côté et 9 colonnes sur les faces avant et arrière. Ces colonnes ont 4,68 mètres de hauteur.

Temple dédié à Athéna :

Ce temple fut appelé « temple de Cérès » au XVIIIe siècle.

Cérès, déesse romaine correspond à la Déméter grecque. Elle est aussi dans la mythologie grecque fille de Chronos et de Rhéa. De son frère (Zeus), elle eut une fille : Perséphone (Proserpine pour les Romains). Déméter était la déesse de la terre et aussi celle des mystères d'Eleusis.

Athéna, fille de Zeus, était la déesse de la guerre (la Minerve des Romains) son symbole était la chouette. C'est en son honneur que la capitale des Grecs doit son nom d'Athènes.

Ce temple fut construit vers l'an 500 avant notre ère mélangeant les styles dorique et ionique. Il comporte 13 colonnes sur les côtés et 6 sur les faces avant et arrière.

Second temple à Héra :

ce temple construit vers l'an 450 avant notre ère fut appelé de Poseidon au XVIIIe siècle en référence au nom premier de la cité (Poseidonia). Au vingtième siècle il fut attribué à Héra, ce qui est contesté dans les textes les plus récents. Il serait en effet surprenant que la déesse Héra ait eu 2 temples dans la même cité. Une dédicace à Poseidon semble plus logique. D'autres auteurs récents attribuent ce temple à Zeus. Avoir dans la même cité un temple à Héra et un à Zeus a aussi sa logique.

Poseidon, le Neptune des Romains, est le dieu de la mer. Son symbole est le trident. Il est lui aussi fils de Chronos et de Rhéa et frère aîné de Zeus.

Zeus était le maître des Dieux, l'équivalent du Jupiter romain et d'Amon-Ré en Égypte. Les humains l'ont imaginé grand séducteur autant de déesses que de femmes. Son symbole est souvent la foudre.

Ce temple a 24,30 mètres sur 59,90 avec un fronton dorique, 14 colonnes de chaque côté et 6 sur les façades avant et arrière.

Le musée :

Situé de l'autre côté de la route et à mi-chemin entre l'amphithéâtre et le temple dit de Cérès, un musée a été inauguré en novembre 1952. Il fut agrandi en 1966 puis en 1970. Aujourd'hui il présente sur 3 étages toutes les découvertes effectuées lors des diverses campagnes de fouilles, ce qui illustre à la fois l'histoire de la cité mais de façon plus générale l'art grec.

Agrigente :

Le site d'Agrigente est situé presque au milieu de la côte sud de la Sicile.

La cité a été fondée vers l'an 580 avant notre ère par les Grecs de la cité de Gela, située aussi sur la côte sud de Sicile (à environ 75 kms à l'est d'Agrigente) et elle-même fondée vers l'an 690 avant notre ère par les Grecs de l'île de Rhodes. Akrakas fut le premier nom donné à la cité par les Grecs.

Cette cité connut un développement très important, ce qu'il reste des ruines grecques a reçu le nom de « Vallée des Temples » et a été classé au patrimoine de l'Unesco en 1997.

Comme tout le reste de la Sicile, les habitants de cette cité virent les combats à répétition entre Grecs et Phéniciens représentés par Carthage, puis entre Romains et Carthaginois, sans oublier les guerres entre les différentes cités grecques !

Après la première guerre punique (de -264 à -240), Rome annexa la Sicile. Ils donnèrent à Akrakas le nom d'Agigentum.

Après la chute de l'empire romain d'Occident, en l'an 476, la Sicile fut prise par les Byzantins (Empire romain d'Orient) en l'an 535, puis par les Arabes au IXe siècle. Ils donnèrent à la ville le nom de Girgenti.

Il y eut ensuite les Normands à partir de 1087, les Espagnols (dynastie d'Aragon) à compter de 1282, puis le royaume de Naples et des deux Siciles (en 1442)… Même les souverains de la Maison de Savoie eurent le titre de rois de Sicile de 1713 à 1720.

Enfin l'expédition de Garibaldi et de ses chemises rouges en 1860 permit de réunir la Sicile au nouveau royaume d'Italie.

Des nombreux monuments construits par les Grecs à Agrigente aux VIe et Ve siècles avant notre ère, il ne reste de traces que de 9 d'entre eux, mais une partie du site antique est encore enfoui sous les maisons et cultures de l'actuelle ville d'Agrigente. La muraille qui ceinturait la ville grecque mesurait 12 kms de long. Parmi les temples dont il reste traces, citons :

le temple de la Concorde : construit vers l'an 430 avant notre ère, de style dorique et comportant 34 colonnes. Il fut transformé en basilique chrétienne en l'an 579 et cela le sauva probablement de la destruction. En outre il fut l'objet d'une restauration en 1748, et c'est le restaurateur de l'époque qui lui donna son nom de temple de la Concorde mais on ne sait pas à quelle divinité il était dédié. Il avait 17 mètres sur 38 environ. Il est le seul temple d'Agrigente à peu près conservé.

Le temple de Zeus : construit vers -480, de 112 mètres sur 56 avec des colonnes de 20 mètres de haut aurait été le monument le plus important d'Agrigente, mais il fut détruit par les Carthaginois en -406.

le temple d'Héra : construit vers -450, de 17 mètres sur 38 avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Détruit par les carthaginois en -406. Quelques colonnes ont pu être redressées.

Le temple de Castor et Pollux de la moitié du cinquième siècle (avant notre ère) de 14 mètres sur 32 environ avec 13 colonnes de côté et 6 de face. Il reste 3 colonnes debout. Dans la mythologie grecque, les jumeaux Castor et Pollux étaient les enfants de Zeus et de Léda reine de Sparte et par conséquent les frères de la belle Hélène.

Le temple d'Héraclès : construit vers l'an -500, il possédait 38 colonnes dont 8 furent relevées en 1924. Héraclès (Hercule pour les Romains) était fils de Zeus et d'Alcmène épouse du roi de Tirynthe (ville de Grèce en Argolide). Héraclès ou Hercule est surtout connu pour la légende des 12 travaux.

Le temple d'Athéna : construit au début du Ve siècle (avant notre ère) mesurait 15 mètres sur 35 environ avec 6 colonnes par 13

le temple à Déméter : construit vers -480/-470, mesurait 13 mètres sur 30 environ

le temple d'Héphaïstos : construit vers -430, mesurait 17 mètres sur 35 avec 6 colonnes sur 13. Héphaïstos (Vulcain pour les Romains) était le fils d'Héra seule ou d'Héra et de Zeus selon les versions. Il est le maître des forges.

Agrigente a aussi son musée archéologique qui rassemble nombre des découvertes effectuées sur le site.

En conclusion et pour employer la terminologie d'un célèbre guide touristique, les sites de Paestum et d'Agrigente méritent plus qu'un détour, carrément un voyage.

J.D. 20 juillet 2016

carte de l'expansion grecque et phénicienne

carte de l'expansion grecque et phénicienne

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973
temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

temples de Paestum, de haut en bas : Basilique ou Héra, Athéna ou Cérès, Héra ou Poseidon, photos Michèle Delisle avril 2002, et temple de la Concorde à Agrigente, photo J.D. 10 juillet 1973

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19 février 2015 4 19 /02 /février /2015 16:48

Didon est la fondatrice de la cité de Carthage. Mais sans que l'on sache, comme pour beaucoup de personnages de la même époque (tels Romulus et Rémus etc), si il s'agit de personnages ayant réellement existé, de personnages totalement légendaires ou de personnages historiques « améliorés » par la légende, c'est-à-dire transformés. Imaginaire ou réelle, Didon doit surtout sa notoriété à Virgile.

I-Virgile (Publius Vergilius Maro) naquit le 15 octobre de l'an 70 avant notre ère, dans un environnement campagnard, près de la rivière Mincio, en Lombardie dans une commune nommée Andes mais qui prit le nom de Virgilio en l'honneur du grand homme. Cette commune est mitoyenne de Mantoue.

A noter qu'au moment de la naissance de Virgile, le nord de l'Italie était encore appelé la « Gaule cisalpine », et c'est le Rubicon (petit fleuve côtier qui se jette dans l'Adriatique entre Ravenne et Rimini) qui servait de frontière entre l'Italie et la Gaule. De l'autre côté des Alpes, il y avait la « Gaule transalpine », qui correspondait à la France d'aujourd'hui étendue jusqu'au Rhin.

C'est entre -295 et -191 que les Romains firent la conquête de la Gaule cisalpine c'est-à-dire de l'Italie du Nord. C'est en -81 que la Gaule cisalpine fut érigée en cité (comme la Gaule narbonnaise...) et en -42 qu'elle fut intégrée à l'Italie.

A 12 ans, Virgile commença des études à Crémone, qu'il poursuivit à Milan puis à Rome avant de commencer une carrière de poète.

Virgile est l'auteur d'un certain nombre d’œuvres, dont les plus connues sont :

« Les Bucoliques » (publiées en -37), « Les Géorgiques »(publiées en -28) et surtout « l'Enéide ».

Virgile consacra les 11 dernières années de sa vie à l'écriture de l'Enéide. Pour sa documentation il fit plusieurs voyages en Grèce. C'est au retour de son dernier voyage qu'il tomba malade et mourut le 21 septembre de l'an 19 avant notre ère à Brindes (Brindisi dans les Pouilles).

Il fut inhumé près de Naples sur la route menant à Pouzzoles. Il avait eu le temps avant de décéder, de composer lui-même l'épitaphe qui fut gravée sur son tombeau :

« Mantoue m'a donné le jour, les Calabres (au temps de Virgile et jusqu'au VIIe siècle de notre ère, les Pouilles faisaient partie de la Calabre) m'ont ravi, Parthénope (Naples) me possède maintenant ; j'ai chanté les pâturages (les Bucoliques), les campagnes (les Géorgiques), les chefs (c'est-à-dire les héros dans l'Enéide) ».

Avant de mourir, Virgile avait demandé de détruire « l'Enéide » qu'il pensait n'avoir pas eu le temps d'achever et encore trop imparfaite. C'est Auguste qui, heureusement s'y opposa. Virgile eut le soutien et l'amitié d'Auguste et de Mécène

II-Didon et L'Enéide:

*En écrivant l'Enéide, Virgile est l'un des très nombreux continuateurs de la légende de Troie dont Homère fut l'initiateur (voir les notes N°3 http://jean.delisle.over-blog.com/article-guerre-de-troie-partie-1-55734368.html et 4 http://jean.delisle.over-blog.com/article-guerre-de-troie-partie-2-55734390.html).

*Signalons tout d'abord qu'il existait une légende de la reine Didon avant Virgile. Voir, par exemple, dans « Carthage » de Serge Lancel éditions Fayard mai 1992.

*Selon la légende antérieure à Virgile, Pygmalion roi de Tyr (en Phénicie, dans l'actuel Liban) tua Sychée (appelé aussi Acherbas, prêtre de Melquart ou Hercule) le mari de sa sœur Elishat (traduit Elissa par les Grecs). Celle-ci craignant pour sa vie s'enfuit de Tyr avec un certain nombre de ses partisans. La flotte qui emportait Elishat s'arrêta à Chypre, y embarqua des femmes (les Romains à leurs débuts avaient enlevé des Sabines), puis arriva en Libye (dans l'actuelle Tunisie mais qui ne s'appelait pas encore Tunisie).

*C'est en arrivant qu'Elishat prit le nom de Didon (qui signifiait « l'errante »). Elle fonda Carthage (nom qui en Phénicien correspond à « ville neuve ». Carthage est aussi appelée parfois « la nouvelle Tyr ») mais poursuivie par les assiduités du roi des Libyens (Hiarbas), Didon s'immola par le feu.

*Cette légende inspira Virgile. Son œuvre comprend 12 livres :

*le livre 1 décrit la pérégrination en mer, d'Enée prince troyen, et son arrivée à Carthage

*les livres 2 et 3 reviennent rétroactivement sur la fin de la ville de Troie, avec le cheval construit par les Grecs, la prise et le sac de la ville, la mort de Priam roi de Troie et beau-père d'Enée, la fuite d'Enée qui emmène son père (Anchise), son épouse (Créüse), son fils ((Iule, appelé aussi Ascagne) et des survivants de Troie. Créüse, fille de Priam et épouse d'Enée disparait, construction de 20 navires avec lesquels les Troyens survivants s'enfuient de Troie. Ils passent en Crète puis en Epire (actuelle Albanie) où Enée retrouve Andromaque (ex épouse d'Hector), s'arrêtent à Tarente puis en Sicile où Anchise le père d'Enée trouve la mort à Drépane (Trapani). Enfin, ils arrivent à Carthage.

*le livre IV contient le principal de l'histoire de Didon qui accueille Enée et ses compagnons et connaît une liaison amoureuse avec Enée qui dure quelques semaines. Mais Enée doit accomplir le destin que lui ont assigné les dieux : aller dans le Latium (région de l'Italie autour de Rome) pour y être l'ancêtre des Romains.

Dépitée du départ de son amant, Didon se transperce avec l'épée laissée par Enée puis s'immole par le feu. Mais avant, elle appelle les Tyriens (les Carthaginois) à avoir toujours la haine des descendants d'Enée (les Romains). Voici le texte de Virgile :

« Voilà ma prière, voilà le cri suprême qu'avec mon sang j'exhale. Pour vous ô Tyriens, poursuivez de votre haine sa race et toute sa descendance à venir : point d'amitié ni d'alliance entre les deux peuples. Que de nos ossements il sorte un vengeur (Hannibal), qui poursuive par la torche et le fer les colons dardaniens (dans la mythologie, Dardanos fils de Zeus, est l'ancêtre des Troyens), maintenant, plus tard, toujours, tant qu'il y aura des forces pour la lutte. Rivages contre rivages, flots contre flots, armes contre armes, puissent les deux peuples combattre, eux et leurs descendants »

*Cela « justifie » après coup les guerres puniques, la haine d'Hannibal pour les Romains... mais en tenant compte que lorsque Virgile écrit il y a plus d'un siècle que la troisième guerre entre Rome et Carthage est terminée et que Carthage est complètement détruite (en -146)

*les livres V à XII décrivent la suite du destin d'Enée : au livre V il repasse en Sicile et y célèbre des jeux funèbres en mémoire de son père. Au livre VI Enée descend aux enfers, où il retrouve son père qui l'instruit de la destinée des descendants d'Enée (l'avenir de Rome). A noter que le terme « d'enfers » dans l'antiquité désigne l'au-delà de manière globale et non le lieu de punition qu'il est devenu. Ce thème de la descente aux enfers est traité aussi par Homère avant Virgile et l'est ensuite par Dante qui, dans la Divine Comédie, se fait conduire à Homère par Virgile. La perche était trop tentante et inspira de nombreux artistes sur le thème de la filiation Homère-Virgile-Dante

*Les derniers livres sont consacrés à l'arrivée d'Enée dans le Latium. Il épousa Lavinia fille de Latinus roi des Latins, Mais celle-ci avait été promise à Turnus roi des Rutules, un peuple voisin. Furieux, Turnus mobilisa et fit la guerre à Enée, qui en sortit vainqueur.

*A noter qu'il existe encore à 50 kms au sud de Rome une commune nommée Lavinio Lido di Enea. Certains préfèrent voir la plage de débarquement des Troyens à Lavinium (sur l'actuelle Pratica di Mare à une vingtaine de kms au sud de Rome) ville qu'avait fondée Enée et qu'il avait appelée Lavinium en l'honneur de son épouse. *Ascagne fils d'Enée abandonnera Lavinium pour fonder sa propre ville : Albe-la-Longue (Albalonga) aujourd'hui Castel Gondolfo. C'est de la descendance d'Ascagne que naîtront Romulus et Rémus les fondateurs légendaires de Rome, comme sont tout aussi légendaires Enée, Ascagne...

III Anachronisme

Virgile est classé parmi les poètes et non parmi les historiens. On ne peut donc lui reprocher un mélange d'époques.

Les savants d'Alexandrie avaient fixé la date de la guerre de Troie entre l'an -1195 et l'an -1185. Cette date a depuis toujours été admise par les historiens mais comme date légendaire de la guerre de Troie, le mot légendaire disant bien ce qu'il veut dire. On ne sait pas si Achille exista mais il existait au temps d'Alexandre le Grand un tombeau d'Achille, un temple à Hélène etc. Réelle ou légendaire, la guerre de Troie fait partie de l'histoire de la Grèce et plus largement du monde occidental.

Selon les fouilles archéologiques effectuées au XXe siècle et les datations au carbone 14, Carthage aurait été fondée vers l'an 814 avant notre ère, c'est-à-dire près de 4 siècles après la guerre de Troie. Faire passer Enée fuyant Troie à Carthage qui ne sera fondée que beaucoup plus tard n'a donc historiquement pas de sens.

Mais il s'agit d'une œuvre épique et non historique. En outre que savait Virgile de la fondation de Carthage ?

On peut donc lui pardonner son anachronisme et ne retenir qu'une œuvre majeure qui comme les récits d'Homère et ceux de Dante appartiennent à l'histoire de l'Occident. On attribue à Virgile d'avoir dit :

"on se lasse de tout excepté de comprendre".

J.D. 19 février 2015

Nota : la récapitulation thématique des notes de ce blog se trouve sur la fiche N°76 http://jean.delisle.over-blog.com/article-blog-liste-des-articles-111165313.html

et la récapitulation des illustrations sur la fiche N° 219 http://jean.delisle.over-blog.com/2015/01/illustrations-jointes-aux-notes-du-blog-n-219.html

Didon et Enée, émail peint sur cuivre en 1540 par Léonard Limosin à Baltimore (The Walters Art Gallery)

Didon et Enée, émail peint sur cuivre en 1540 par Léonard Limosin à Baltimore (The Walters Art Gallery)

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 10:25

 

Hannibal

Mais où sont donc passés les 37 éléphants d'Hannibal ?

 

Les historiens distinguent classiquement 3 guerres entre Rome et Carthage; appelées « guerres puniques ». Le « punique » était le dialecte phénicien parlé à Carthage.

La première guerre de l'an 264 à l'an 241 avant notre ère, la seconde de l'an 219 à l'an 202, et la dernière de l'an 149 à l'an 146.
Mais comme entre chaque guerre, on préparait la suivante; on pourrait tout aussi bien considérer qu'il n'y eut qu'une seule guerre qui s'étala sur 118 années et fut de ce fait la première guerre de cent ans. ( la guerre appelée de « cent ans » entre Français et Anglais s'étala sur 116 années de 1337 à 1453).

La guerre entre Rome et Carthage fut aussi la première guerre mondiale tant par l'étendue des zones de combats (toute l'Afrique du Nord, l'Espagne, la Gaule, l'Italie, la Yougoslavie, la Grèce et toutes les îles de la Méditerranée), par la mise en oeuvre de concepts toujours en vigueur (fabrication industrielle de l'armement y compris navires de guerre, contrôle des zones de recrutement et d'approvisionnements, opérations combinées terre/mer...) et aussi par le nombre de combattants engagés. Ainsi pour une seule bataille navale (celle d'Ecnome en -256), près de 300.000 hommes étaient embarqués selon Polybe qui écrit (Histoires livre I-26) : « la force marine romaine comprenait cent quarante mille hommes, chaque navire embarquant trois cents rameurs et cent vingt soldats. Les carthaginois...leur effectif dépassait cent cinquante mille hommes ».

Avant de se lancer sur les traces d'Hannibal, essayons de comprendre le pourquoi et le comment des choses.

 

1 Les origines lointaines de la guerre :

Les Phéniciens avaient développé des cités très prospères (Tyr, Sidon, Byblos...) sur la côte de l'actuel Liban. La richesse de ces villes provenait essentiellement du commerce maritime. Mais leur paix fut troublée au début du XIIe siècle avant notre ère par « les peuples de la mer ». Il est question de ces « peuples de la mer » sur une inscription égyptienne du temple de Médinet Habou. Ces « peuples de la mer », après avoir détruit des villes hittites (situées en Anatolie dans l'actuelle Turquie) dont la capitale Hattusas (ce qui entraîna la disparition de la civilisation hittite), ravagèrent les côtes de la Phénicie, détruisant une des principales villes phéniciennes (Ougarit) et tentèrent de débarquer en Egypte où ils furent repoussés par Ramsès III. La date de ces événements concorde avec la date supposée de la légendaire guerre de Troie.

On peut penser que c'est à la suite de ces faits que les Phéniciens partirent explorer et conquérir la Méditerranée occidentale. On ne sait pas grand chose sur cette exploration. On constate seulement qu'à partir de la fin du XIe siècle et du début du Xe siècle, les Phéniciens implantent et développent des colonies en Méditerranée occidentale et renforcent encore ainsi leur position dans le commerce maritime.

Les plus anciennes implantations phéniciennes sont réalisées de part et d'autre du détroit de Gibraltar côté Atlantique. D'abord à Lixus (Laraché) au nord du Maroc puis à l'emplacement de l'actuelle Cadix en Espagne (vers -1.110), comme si les Phéniciens avaient voulu protéger l'accès à la Méditerranée, faute de pouvoir découvrir ce qu'il pouvait y avoir de l'autre côté d'une mer nouvelle pour eux. On trouve ensuite une implantation à Utique, au nord de l'actuelle ville de Tunis; position idéale pour contrôler le passage entre la Sicile et la Tunisie, c'est-à-dire entre la Méditerranée occidentale et la Méditerranée orientale. Puis, soit à partir d'implantations directes de Phénicie, soit à partir du développement ou du dédoublement de leurs colonies, les Phéniciens multiplièrent leurs implantations et contrôlèrent ainsi toute l'Afrique du Nord, le sud de l'Espagne, les Baléares, la Corse, la Sardaigne, l'ouest de la Sicile, Malte...

Parmi toutes leurs cités, Carthage connut le principal développement, domina les autres colonies phéniciennes et assura même la survie de le civilisation phénicienne après la disparition des cités-mères (suite à la conquête de la Phénicie par Alexandre-le-Grand en -332). A noter que selon l'archéologie, Carthage aurait été fondée en -814, ce qui ne cadre pas avec le légendaire passage d'Enée à Carthage chez la reine Didon. Par contre cette date pourrait coïncider avec la cité d'Utique dont la création est plus ancienne.

La prospérité qu'apportèrent ces colonies aux cités phéniciennes suscita l'envie. Selon Hérodote (historien grec du Ve siècle avant notre ère appelé « le père de l'histoire » par Cicéron), les Lydiens se seraient implantés en Toscane où mélangés aux autochtones, ils seraient les ancêtres des Etrusques. Cela pourrait expliquer l'importance des connaissances des Etrusques. Connaissances dont ont largement bénéficié les Romains.. Voir « L'Enquête » d'Hérodote I-94. La Lydie se trouvait dans l'actuelle Turquie au sud de l'espace occupé par les Troyens. Hérodote situe cette arrivée des Lydiens en Toscane au XIIIe siècle avant notre ère, mais les historiens pensent aujourd'hui que c'est plutôt vers le VIIIe siècle.

Puis, ce furent les Grecs qui, à peu d'intervalle des Lydiens mais de façon plus systématique, se lancèrent dans la ruée vers l'ouest. Ils occupèrent tout le golfe de Tarente au sud de l'Italie, la côte italienne en remontant jusque dans le Latium (région autour de Rome), l'est de la Sicile.... Les Grecs de la cité de Phocée allèrent fonder Marseille en Gaule et Empurias en Espagne. Tacite par exemple, dans ses « Annales » (livre IV- LVIII) indique que les Grecs s'étaient installés à Capri, tandis que Plutarque fait descendre les Sabins des Spartiates (Vies parallèles, Romulus 16-1, Numa1-5). Or les Sabins occupaient dans le Latium le site le plus proche de la colline du Palatin où Romulus fonda, selon la légende, la ville de Rome.

La conquête de la Méditerranée occidentale devint un enjeu stratégique majeur pour les grandes puissances de l'époque et naturellement, Grecs, Phéniciens, Etrusques se firent la guerre. Certaines batailles, à l'époque, furent célèbres :

*la bataille d'Alalia en Corse en -535 (Victoire des Carthaginois sur les Grecs)

*la bataille d'Himère au nord de la Sicile en -480 (victoire des Grecs sur les Carthaginois)

*la bataille de Sélinonte au sud de la Sicile en -409 (victoire des Carthaginois) etc

C'est probablement parce que les grandes puissances de l'époque étaient occupées à se faire la guerre pour le contrôle de la Méditerranée occidentale qu'elles ne virent pas monter la puissance romaine. Parti d'une des collines de Rome, un peuple avait agrandi son territoire en annexant ceux des voisins; d'abord les plus proches : Sabins et Latins, puis ceux un peu plus loin : Herniques, Volsques, Marses, Eques, puis ceux encore plus loin : Samnites, Etrusques, Brutiens etc. Ce peuple s'était aguerri dans des combats toujours recommencés et avait mis au point une formidable machine de guerre. Rome avait été fondée par des paysans, des terriens. L'extension de cette cité s'était faite uniquement sur terre. De la fondation de Rome le 21 avril -753 (date légendaire issue d'un texte de Plutarque, mais non contredite par l'archéologie) jusqu'à la première guerre punique, c'est à dire pendant 5 siècles, Rome n'eut quasiment pas de marine.

L'absence totale de Rome des routes maritimes explique probablement que les grandes puissances de l'époque, toutes puissances maritimes, ne se soient pas inquiétées de Rome. Alexandre-le-Grand, mort à Babylone le 11 juin -323, n'a par exemple probablement jamais entendu prononcer le mot « Romain ». On a de cet état de fait une confirmation indirecte par l'exemple suivant : les cités grecques du golfe de Tarente, menacées par les Samnites, appelèrent la mère-patrie (la Grèce) à la rescousse. Alexandre débarqua dans le golfe de Tarente en -328 avec des phalanges. Il ne s'agit bien sûr pas d'Alexandre-le-Grand qui à cette date était en route vers l'Inde, mais de son oncle maternel qui s'appelait aussi Alexandre. Cet Alexandre remporta plusieurs victoires avant d'être tué d'un javelot dans le dos, ce qui mit fin à son expédition. Mais, si il combattit les Samnites où les Brutiens, il ne s'intéressa pas aux Romains, preuve qu'il ne les avait pas identifiés comme un danger. Ils étaient pourtant probablement déjà les plus forts. Tite-Live par exemple consacre une partie de son « Histoire romaine » (Livre IX, 17 à 19) à se demander si Alexandre-le-Grand aurait pu vaincre les Romains. Après une analyse exhaustive des effectifs, de l'armement, de la stratégie, du commandement, des ressources.... (un vrai rapport d'état-major), il conclut que les Romains du temps d'Alexandre-le-Grand, auraient vaincu ce dernier. Naturellement Tite-Live était Romain...

Mais il faut convenir que depuis la mort du roi Numa en -672, les Romains n'avaient pas cessé de combattre et cela leur avait donné une grande efficacité dans l'art de la guerre. Ils avaient déjà eu des généraux prestigieux tel Camille. Ce qui arriva à Pyrrhus d'abord et à Hannibal ensuite pourrait conforter la thèse de Tite-Live.

Si, lorsqu'Alexandre débarque en -328, les Romains ne sont pas encore considérés comme une grande puissance, on est à une période charnière, car moins de 50 ans plus tard (en -280), Pyrrhus débarque avec une armée dans le golfe de Tarente et il vient pour détruire la puissance romaine. On méditera au passage sur les capacités de la marine, déjà capable à l'époque de transporter, une armée avec des éléphants, des chevaux... depuis l'Epire (actuelle Albanie), jusqu'au Golfe de Tarente. Selon Plutarque (Vie de Pyrrhus), Pyrrhus débarqua avec 20.000 phalangites, 3.000 cavaliers, 2.000 archers, 500 frondeurs et 20 éléphants.

Pyrrhus recrute dans les cités grecques d'Italie, constitue une ligue anti-romaine avec tous les peuples que Rome avait vaincus les uns après les autres, des Etrusques au nord, aux Brutiens au sud, en passant par les Samnites, les Senons ou les Lucaniens à l'est. Les Romains envoient leurs légions à la rencontre de Pyrrhus. La première bataille eut lieu à Héraclée en -280, sur le Golfe de Tarente, à 4 kms à l'intérieur des terres. Les phalanges contre les légions, le choc des titans ! Les éléphants feront la différence. Les Romains n'en avaient encore jamais vus et ces chars d'assaut sèment la panique dans leurs rangs. Pyrrhus reste maître du champ de bataille; mais si il avait mis les légions en déroute il ne les avait pas détruites. C'est ce qui fut appelé une « victoire à la Pyrrhus ». L'Histoire a retenu le nom de Gaius Minucius, premier hastaire de la quatrième légion (hastaire de « hasta » : lance) qui parvint à blesser et à renverser un éléphant sauvant ainsi l'armée romaine (voir Mommsen, « Histoire romaine », livre II chapitre VII).

La seconde bataille eut lieu dans les Pouilles en -279 à Ausculum (Ascoli di Puglia). Contre les éléphants, les Romains avaient organisé leurs défenses (c'est le cas de le dire), en multipliant les archers et les frondeurs, en équipant les roues de leurs chars avec des faux, ainsi qu'avec des réchauds enflammés mis en avant des chars au moyen de bras soudés aux chars. Malgré l'importance des armées de Pyrrhus et de ses alliés, (70.000 fantassins, 18.000 cavaliers et encore 19 éléphants), les Romains ne cèdent pas. La bataille laisse beaucoup de victimes sur le terrain mais ni vainqueurs ni vaincus. Pyrrhus s'embarque alors en Sicile (en -278) à l'appel des cités grecques attaquées par les Carthaginois. Pyrrhus défait les Carthaginois assurant la mainmise des Grecs sur toute la Sicile, puis revient à Tarente en -276, mais entre-temps, les Romains avaient réglé le sort de tous les peuples qui s'étaient alliés avec Pyrrhus. La troisième bataille a lieu en -275 à Bénévent ( Benevento, ancienne capitale des Samnites sous le nom de Maleventum que les Romains avaient rebaptisé Beneventum, à une centaine de kms à l'est de Naples). Pyrrhus est écrasé et rembarque avec les débris de son armée pour la Grèce. Stupeur à Carthage lorsque l'on apprend que Pyrrhus vainqueur des Carthaginois a été vaincu par les Romains. Le Sénat de Carthage envoie la marine avec des troupes et consignes de conquérir les villes grecques du golfe de Tarente, mais trop tard; les Romains avaient terminé la conquête de l'Italie du sud.

Les Phéniciens qui avaient combattu les Grecs depuis 3 siècles pour rester les maîtres de la Méditerranée occidentale découvraient tout à coup qu'un ennemi pouvait en cacher un autre. Deux grandes puissances dans le même espace, c'en était une de trop; la guerre était inévitable.

 

2) Les causes proches de la guerre :

Sitôt Pyrrhus parti, les Carthaginois avaient repris pied en Sicile, regagné le terrain perdu et même plus, en occupant presque toute la Sicile. Quelques années plus tard, les habitants de Messine entrèrent en guerre contre ceux de Syracuse. Moins forts, les Mamertins (habitants de Messine), proposèrent à Rome (en -265) de devenir citoyens romains pour obtenir l'aide de Rome contre Syracuse. Les Mamertins avaient la réputation d'être des brigands, et d'autre part, Rome avait un traité d'alliance avec Syracuse. Un grand débat eut lieu tant au Sénat que parmi la plèbe. Voir Polybe (histoires livre I 10/11). La question clairement posée (pour une fois!) était faut-il donner la priorité à la raison d'Etat (aider Messine c'était prendre pied en Sicile et arrêter l'expansion de Carthage, dont la tentative avortée de s'emparer du golfe de Tarente avait alerté les Romains), ou à la morale en respectant la parole donnée à Syracuse au moyen d'un traité ? Finalement la raison d'état l'emporta. Théodor Mommsen, célèbre historien allemand du XIXe siècle consacre un long développement à ce débat (Histoire romaine, livre III, chapitre II). Pour les Carthaginois, l'arrivée des Romains en Sicile n'était pas supportable; ce fut la guerre.

 

3) la première guerre punique et ses suites

Cette première guerre dura 24 ans, connut des fortunes diverses mais se termina à l'avantage des Romains. Les Romains s'étaient emparés d'une galère carthaginoise que la tempête avait jetée sur leurs côtes. Ils copièrent ce bâtiment et firent de la production de navires en grandes séries, d'abord 120 puis plusieurs centaines ensuite, alignant les coques sur les plages. Ils recrutèrent des marins dans les cités grecques d'Italie du sud ou à Marseille. Cela faisait plusieurs siècles que Grecs et Phéniciens se battaient, les marins grecs n'eurent donc aucun état d'âme à s'allier aux Romains contre leurs ennemis séculaires. Les Romains équipèrent leurs navires de ponts mobiles avec des grappins (appelés aussi « corbeaux ») qui s'accrochaient aux navires ennemis. Ils embarquèrent des légionnaires qui par le biais des ponts mobiles déferlaient sur les navires carthaginois et s'y battaient comme à terre. Les batailles navales furent ainsi à l'avantage des Romains : celle de Myloé (-259), celle d'Ecnome (-256, 700 navires s'affrontèrent), celle des îles Egates (10 mars -241).

Plusieurs fois la tempête détruisit la flotte romaine. A chaque fois, sans se décourager les Romains fabriquèrent d'autres navires et c'est sur mer qu'ils gagnèrent cette première guerre contre Carthage. Un traité de paix fut signé : Carthage devait payer un tribut annuel à Rome, abandonna la Sicile aux Romains et l'Espagne fut divisée en 2 zones d'influence. Le rio Jucar, fleuve qui se jette dans la Méditerranée à une vingtaine de kms au sud de Valencia, servit de ligne de démarcation entre Rome au nord, et Carthage au sud.

La guerre terminée, les Carthaginois épuisés n'avaient plus les moyens de payer les mercenaires qu'ils avaient recrutés pour combattre Rome. Mécontents, ceux-ci tournèrent leurs armes contre Carthage. Le Sénat de Carthage fit appel à Hamilcar Barca, général carthaginois qui lui-même n'avait pas été vaincu par les Romains. Hamilcar mobilisa et extermina les mercenaires au terme d'une guerre qui dura près de 5 années et fut l'objet de part et d'autre de cruautés inouïes.

Rome profita de ces troubles internes à Carthage pour s'emparer en -238 de la Corse et de la Sardaigne (c'est seulement en -218, que Rome s'empara aussi de Malte). Après la Sicile, ils étaient ainsi les maîtres de la mer dans la Méditerranée occidentale. C'était contraire au traité de paix avec Carthage, mais une nouvelle fois, la raison d'état l'emporta sur la morale. On peut comprendre la fureur des Carthaginois. Ces descendants de marins réputés depuis des siècles avaient été battus sur mer par des terriens, qui maintenant leur enlevaient sans coup férir leur empire maritime. Après avoir vaincu les mercenaires, Hamilcar Barca alla en Espagne pour y consolider les positions carthaginoises.

A la mort d'Hamilcar en -229, ce fut son gendre Hasdrubal qui prit le commandement de l'armée carthaginoise d'Espagne et lança la construction de la ville de Carthagène (ville située sur la Méditerranée à 110 kms au sud d'Alicante). Lorsqu'Hasdrubal fut assassiné en -221, ce fut son beau-frère Hannibal qui lui succéda. Hannibal, né en -247, était le fils aîné d'Hamilcar Barca. Avant de partir pour l'Espagne, son père lui avait fait jurer devant les dieux de Carthage d'avoir toujours la haine des Romains. Ce thème sera repris par Virgile dans « l'Enéïde » où la reine Didon se suicidant appelle sa descendance (les Carthaginois) à haïr la descendance d'Enée (les Romains)

 

4) la seconde guerre punique

Hannibal était convaincu qu'une seconde guerre avec Rome était inévitable et qu'il valait mieux la porter en Italie plutôt que de la subir une seconde fois sur son territoire. Les Carthaginois avaient perdu le contrôle de la mer. Seule une invasion terrestre pouvait donc être envisagée. Il rassembla à Carthagène une formidable armée : 100.000 fantassins, 10.000 cavaliers et des éléphants.

Au printemps -219, il part assiéger Sagonte, ville côtière du parti romain située à 25 kms au nord de l'actuelle Valencia. Les Sagontins ont le temps de faire partir des émissaires pour prévenir le Sénat romain. Curieusement, les Romains tergiversent et envoient une délégation à Sagonte pour rencontrer Hannibal qui se moque des Romains et renvoie cette délégation vers Carthage. Les Romains naviguent d'Espagne vers Carthage, exposent leurs griefs au sénat de cette ville qui ne veut rien entendre. La délégation romaine repart pour Rome en promettant la guerre. Mais le temps des différentes navigations, et après 8 mois de siège, Hannibal emporte Sagonte d'assaut et retourne prendre ses quartiers d'hiver à Carthagène.

Au printemps -218, il repart avec sa formidable armée en direction de l'Italie. Il combat et détruit dans la moitié nord de l'Espagne tout ce qui était dans le parti romain, ne conserve avec lui que 60.000 fantassins, ses cavaliers et ses éléphants, franchit les Pyrénées probablement au col du Perthus et poursuit sa route vers l'Italie en suivant la voie côtière. Lorsqu'Hannibal arrive au delta du Rhône, les Romains qui avaient mis longtemps à réagir, débarquent à Marseille en venant de Pise (qui à l'époque était un port) par bateaux. Cette armée romaine comptait 20.000 fantassins (3 fois moins que l'armée d'Hannibal), 2.000 cavaliers (5 fois moins qu'Hannibal) et pas d'éléphants. Hannibal en avait 37. (Polybe, Histoire livre III 42 11). L'armée romaine était commandée par les frères Scipion : Publius qui était alors consul et Gnaeus qui avait été consul 4 ans plus tôt (les 2 frères seront tués en Espagne 6 ans plus tard).

L'histoire nous apprend qu'Hannibal voulant éviter l'armée romaine remonta la vallée du Rhône et arriva en Italie par un col des Alpes que cherchent depuis 20 siècles historiens, géographes, stratèges, touristes... Dès ce stade, on peut se poser quelques questions élémentaires :

*Pourquoi Hannibal aurait-il voulu éviter l'armée romaine dans le delta du Rhône alors qu'il était venu pour la détruire. Ce qu'il fit partout où il la rencontra soit avant d'arriver au delta du Rhône (en Espagne), soit après, aussi bien en Italie du nord (bataille du Tessin et de la Trébie), qu'en Italie du centre (bataille du lac Trasimène) où qu'en Italie du sud (bataille de Cannes etc) ?

*Lorsque 2 armées de taille très inégale se rencontrent, laquelle à intérêt à éviter le combat, celle qui est 3 à 5 fois plus forte ou la plus faible et laquelle au contraire avait intérêt à souhaiter le combat pour ne pas laisser d'ennemis derrière elle?

Si Hannibal avait remonté la vallée du Rhône, logiquement, les Scipion auraient dû rebrousser chemin, rejoindre les légions stationnées en Italie du nord et attendre Hannibal à sa descente des Alpes; mais ce n'est pas ce que nous enseigne l'histoire. Publius Scipion, avec une faible escorte, retourna en Italie du nord (qui ne s'appelait pas encore Italie mais « Gaule cisalpine ». Le célèbre Rubicon entre Ravenne et Rimini servait à l'est de frontière entre la Gaule et l'Italie. Ce n'est qu'au temps de Jules César que la Gaule Cisalpine prit aussi le nom d'Italie. Mais l'existence, à cette époque, de 2 Gaules peut entraîner des confusions dans les récits concernant les Gaulois entre ceux de la Gaule Cisalpine, l'actuelle Italie du nord et ceux de la Gaule transalpine, l'actuelle France étendue jusqu'au Rhin), prit le commandement des légions qui s'y trouvaient tandis que son frère et les troupes continuaient vers l'Espagne avec les navires qui les avaient amenés à Marseille. Theodor Monnsen vit bien l'absurdité de cette décision des frères Scipion puisqu'il écrit (Histoire romaine, livre III chapitre IV) : « Du moins Scipion pouvait-il encore, à la première nouvelle du passage du fleuve, s'en retourner avec toute son armée : en passant par Gênes il ne lui fallait que sept jours pour arriver sur le Pô. Là il opérait sa jonction avec les corps plus faibles stationnées dans la contrée : il attendait l'ennemi et le recevait vigoureusement. Mais non, après avoir perdu du temps en courant sur Avignon, il semble que Scipion, homme habile pourtant, n'ait eu alors ni courage politique ni tact militaire; il n'ose pas prendre conseil des circonstances, et modifier la destination de son corps d'armée; il le fait rembarquer pour l'Espagne en majeure partie sous le commandement de Gnaeus son frère »

Mais, cette décision des Scipion, contre toute logique, Hannibal pouvait-il la prévoir ? Si l'on répond non, il faut admettre que l'intérêt d'Hannibal était de détruire cette armée romaine avant de lui laisser le loisir d'aller grossir les rangs d'autres légions. Ne pas profiter de la disproportion des forces pour détruire cette armée et la laisser dans son dos, aurait été pour Hannibal une stupidité. Alors d'où vient cette histoire d'Hannibal remontant la vallée du Rhône et passant par les Alpes pour éviter le combat avec les Romains, dans la région de Marseille ? Elle a une source et une seule, elle s'appelle Polybe.

 

5) Mais qui est Polybe ?

Polybe est un grec, qui fit partie d'un contingent d'otages que les Grecs remirent aux Romains après la bataille de Pydna, en Macédoine, en -168.

Arrivé à Rome, Polybe est recueilli par Scipion Emilien, petit fils de Scipion l'Africain et arrière petit fils de Publius Scipion qui débarqua à Marseille quand Hannibal arriva au delta du Rhône. Scipion Emilien emmena Polybe à Carthage pendant la dernière guerre punique qui se termina par la destruction totale de Carthage en -146.

De retour à Rome, Polybe écrivit l'histoire des guerres entre Rome et Carthage. C'était 75 ans après le supposé passage des Alpes, 40 ans après la mort d'Hannibal, à une époque où il ne reste plus pierre sur pierre à Carthage et plus un survivant de l'armée d'Hannibal. Polybe n'a disposé que de la source romaine d'informations et, obligé des Scipion, il a colporté une histoire à la gloire des Scipion. Pour ceux-ci, il était en effet plus glorieux d'écrire qu'ils n'avaient pu arrêter Hannibal au delta du Rhône parce qu'il était passé ailleurs plutôt que d'expliquer que, beaucoup plus faibles, ils l'avaient laissé passer (en rembarquant dans leurs navires ou en s'enfonçant dans le delta du Rhône..) Cette histoire d'Hannibal traversant les Alpes tient donc du canular, mais dont Polybe n'est pas l'inventeur mais seulement le colporteur zélé.

Cette histoire d'Hannibal passant par un col des Alpes a dû circuler (pour justifier le clan Scipion) dès la seconde guerre punique, car des auteurs en ont parlé avant Polybe. Ces auteurs expliquent que la passage d'une armée par un col des Alpes est physiquementimpossible, mais qu'Hannibal y est parvenu grâce à l'aide des dieux ! Le texte de ces auteurs n'a pas subsisté (mais est-ce un hasard? L'histoire est faite par les vainqueurs!). On en a connaissance par Polybe qui écrit (Histoires livre III – 47) en parlant de ces auteurs, dont il ne cite pas le nom : « Ils nous montrent les montagnes des Alpes si inaccessibles et si rudes que non seulement elles ne sauraient être franchies aisément par des chevaux ou des armées, encore moins par des éléphants, mais pas même par de l'infanterie légère; et de la même manière, ils nous dépeignent les lieux comme un tel désert que, si un dieu ou un héros ne s'était pas présenté pour montrer la route aux gens d'Hannibal, ils se seraient égarés et auraient tous péri »

Polybe qui est zélé mais pas bête, ne croit pas à l'intervention des dieux pour aider Hannibal à franchir les Alpes. Alors il remplace les dieux par des guides gaulois, assure que des populations locales ont fourni à Hannibal les approvisionnements nécessaires même si dans le récit de Polybe, d'autres Gaulois attaquent Hannibal pendant la traversée des Alpes. C'est à l'occasion de ce récit de Polybe que l'on parle des Allobroges pour la première fois. Polybe valide le passage par les Alpes même si à l'occasion de la description de « l'île » formée par la réunion du Rhône et de l'Isère, Polybe écrit : « Elle est comparable par la grandeur et la forme à ce qui en Egypte est appelé le Delta, à cette exception près que la mer limite l'un des côtés du Delta et les bouches des fleuves, tandis que l'île est bornée par des montagnes d'un accès et d'une traversée difficiles, montagnes presque inaccessibles pour dire le mot » (histoires, livre III-49).

 

6) arguments

Selon Polybe, Hannibal est arrivé en Italie en novembre -218, puisqu'il écrit (livre III-54) au moment où Hannibal arrive au sommet (du col par lequel il est supposé être passé), : »La neige s'était déjà amassée sur les sommets, car on approchait du coucher des Pléïades. A la vue de ses soldats, découragés à la fois par leurs malheurs et les souffrances attendues, Hannibal les réunit... ». Cette référence aux « Pléïades «  (période où cette constellation se couche au lever du soleil), situe l'événement entre le 7 et le 9 novembre -218.

Hannibal ne quitta l'Italie qu'en -203. Il infligea aux Romains des défaites qui figurent parmi les plus importantes de leur histoire. Des légions entières ont été mises hors de combat, des consuls tués. Si les Scipion avaient rejoint l'Italie avec l'armée débarquée à Marseille et uni leurs forces à celles qui ne purent arrêter Hannibal ni dans la région de Milan (bataille du Tessin), ni dans la région de Plaisance (bataille de la Trébie), cela aurait changé le cours de l'histoire probablement dès la première bataille. Polybe écrit par exemple à propos de la bataille du Tessin : « Ceux qui étaient en avant s'élancèrent les uns contre les autres et laissèrent longtemps le combat indécis » (Histoires, livre III-65). Si à cette première bataille, les Romains avaient eu le renfort des 2.000 cavaliers et 10.000 fantassins qui continuèrent vers l'Espagne, la campagne d'Hannibal était probablement terminée. Polybe savait quelle main le nourrissait et le protégeait, en accréditant l'histoire du passage des Alpes, il détourna l'attention de la faute des Scipion.

Après Polybe, une multitude d'auteurs ont repris cette épopée du passage des Alpes. Tite-Live le premier reprend le récit mais 140 ans après Polybe (c'est-à-dire plus de 200 ans après le « passage »).Tite-Live, comme tous ceux qui ont écrit, arrange le récit à son goût, inventant même une histoire de roche qui bloquait le passage et qu'Hannibal fait dissoudre avec du vinaigre. Comme si en partant d'Espagne Hananibal pouvait prévoir qu'il aurait besoin de vinaigre pour dissoudre une roche !

Mais Polybe, source unique de l'histoire, se trahit au moins 2 fois :

Pour expliquer pourquoi Hannibal devait prendre Sagonte en -219, alors qu'il aurait pu contourner la ville et filer directement sur l'Italie, ce qui lui aurait permis de bénéficier de l'effet de surprise, Polybe écrit (Histoires, livre III-17) : « ...mais surtout il pourrait continuer sa marche en avant en toute sécurité; ne laissant derrière lui aucun ennemi ».

Ce qui était vrai pour Sagonte, le fut encore au nord de l'Espagne, où Hannibal prit le temps en -218 de réduire tous les alliés des Romains avant de franchir les Pyrénées. Mais alors pourquoi aurait-il laissé des ennemis derrière lui dans le delta du Rhône ? Il est quand même curieux que ceux innombrables qui se sont penchés sur l'histoire d'Hannibal ne se soient pas posé la question.

On peut aussi se demander ce que les Carthaginois savaient des Alpes au temps d'Hannibal? Probablement rien. Alors comment Hannibal pouvait-il savoir qu'en partant vers le nord il se retrouverait en Italie qui est à l'est ? Comment pouvait-il savoir qu'il trouverait l'approvisionnement nécessaire aux hommes et aux bêtes sur son chemin. Polybe a pensé à cet argument et l'a prévenu en racontant qu'Hannibal avait envoyé des émissaires aux Gaulois qui lui ont fait savoir qu'il pourrait passer à travers les Alpes. Polybe écrit en effet (Histoires livre III-34) : « Enfin, ses messagers revinrent et lui firent part du bon vouloir et de l'impatience des Gaulois; ils lui dirent que le passage des sommets des Alpes était certes particulièrement pénible et difficile, mais non impossible cependant. Il fit sortir ses troupes de leurs quartiers d'hiver... »

Mais la scène se passe à Carthagène au printemps -218. Or en admettant qu'Hannibal ait voulu combattre les Romains partout sauf dans le delta du Rhône, la remontée de la vallée du Rhône et le passage par un col des Alpes ne pouvaient s'envisager que dans le cas, et seulement dans ce cas, où les Romains allaient arriver à Marseille précisément au moment où Hannibal arrivait lui au delta du Rhône. Si les Romains étaient arrivés quelques jours plus tôt, Hannibal les aurait croisés entre le delta du Rhône et l'Espagne, dans le cas contraire c'est Hannibal qui aurait été entre le delta du Rhône et l'Italie au moment de l'arrivée des Romains à Marseille.

La probabilité d'une concomitance des 2 événements est tellement menue, qu'on voit mal Hannibal s'inquiéter du passage des Alpes depuis Carthagène, en admettant en outre qu'entre l'automne -219 et le printemps -218, ses émissaires aient eu le temps d'aller jusque dans les Alpes, de rencontrer des chefs de tributs, de s'entendre avec eux et de revenir sans encombre à Carthagène. Tout cela semble bien cousu de fil blanc. On peut aussi se demander si une armée de milliers de fantassins, de chevaux de mulets de charge, et d'éléphants pouvait traverser un col des Alpes fin octobre/début novembre. Un siècle et demi plus tard, pour pouvoir passer avec leurs armées, les Romains devront faire ouvrir des routes. La première étant celle du Mont Genèvre que Pompée fit ouvrir en -77, puis quelques années plus tard, César fera ouvrir les routes du St Bernard (le Grand et le Petit). Une majorité de chercheurs semblent faire passer Hannibal par la Maurienne (Mont Cenis ou col du Clapier), mais il est caractéristique que les Romains ne connurent pas ces cols. Alors Hannibal....

Pour se rendre compte du caractère extravagant de cette histoire, il suffit d'essayer de calculer la longueur d'un convoi de 37 éléphants de 10.000 chevaux, de milliers de mulets de charges et de fantassins, circulant en file indienne sur les sentiers des Alpes.

Pour disculper les Scipion, Polybe a colporté le plus grand canular de l'histoire. Hannibal a suivi la route de la côte tout simplement. Certains auteurs ne sont pas passés loin de s'en faire la réflexion. Ainsi, dans un ouvrage sur le parcours d'Hannibal, édité en 1966, un auteur (G. Devos) écrit : « Pourquoi Hannibal ne serait-il pas passé par Arles, Marseille et la côte méditerranéenne, ce qui était plus facile en lui évitant le franchissement d'un col. C'est l'évidence même, un tel trajet lui aurait coûté moins de peine et moins de morts » Puis aussitôt l'auteur explique qu'Hannibal ne voulait combattre les Romains qu'en Italie même. Mais il ne se demande pas pourquoi. Mommsen fait de même.

En -207, Hasdrubal, frère d'Hannibal arriva en Italie avec une armée de secours. Celle-ci fut détruite par les Romains en Italie du Nord avant d'avoir pu faire sa jonction avec l'armée d'Hannibal. Mais aucun des auteurs qui ont cherché le passage d'Hannibal ne se sont demandés par où était passée l'armée d'Hasdrubal ? Dommage. Car celle-ci à l'évidence a suivi la route de la côte !

 

7) la fin de l'histoire

Durant les premières années de sa présence en Italie, Hannibal fut vainqueur partout. Après la bataille de Cannes (près de Foggia sur la côte Adriatique) où entre les morts et les prisonniers, les Romains perdirent 70.000 soldats et le consul Paul Emile, les Romains semblaient perdus. Alors beaucoup de villes (dont Capoue) passèrent du côté des Carthaginois. Philippe V de Macédoine fit de même. Dans cette situation désespérée, les Romains firent preuve d'une énergie exemplaire; remettant sur pied 28 légions en enrôlant même les esclaves et les condamnés emprisonnés. Ils se battirent sur tous les fronts : en Espagne, en Yougoslavie, en Grèce, en Italie. Si les Romains connurent de nombreuses défaites terrestres, ils restèrent maîtres de la mer et avec les îles ils purent s'approvisionner et renouveler leurs effectifs plus facilement qu'Hannibal. Ils finirent par débarquer en Tunisie en -203 où le Sénat de Carthage rappela Hannibal qui fut vaincu par un autre Scipion à la bataille de Zama en -202 ce qui mit fin à la seconde guerre punique. Hannibal dut s'exiler au proche orient, mais les conquêtes romaines à cette époque furent si rapides qu'Hannibal n'eut bientôt plus de lieu de refuge et se suicida en -183 pour ne pas tomber aux mains des Romains.

J.D. décembre 1998, dernière mise à jour : 1 septembre 2010

Nota : sur le non passage des Alpes par Hannibal, j'ai eu l'occasion de faire une conférence le 3 décembre 1998 à Chambéry-Curial dans le cadre des conférences de la Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie, ainsi que le 28 octobre 1999 à Challes-les-Eaux à la demande d'une association locale

 

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