Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 19:13

Anachronismes N°663

 

En 1846, Victor Hugo rédigea un long poème (295 vers) intitulé : « Aymerillot » qui fut intégré dans « la légende des siècles ».

Ce poème commence ainsi :

 

« Charlemagne, empereur à la barbe fleurie,

Revient d’Espagne ; il a le cœur triste, il s’écrie :

Roncevaux ! Roncevaux ! ô traître Ganelon !

Car son neveu Roland est mort dans ce vallon

Avec les douze pairs et toute son armée... »

 

Cela situe l’action de ce poème en l’an 778, année de l’expédition de Charlemagne en Espagne pour combattre les Sarrasins, c’est-à-dire les musulmans. C’est du 15 août 778 qu’est datée la mort de Roland. Or Charlemagne ne fut couronné empereur qu’en l’an 800 ; en l’an 778 il n’était donc pas encore « l’empereur à la barbe fleurie » mais seulement roi des Francs depuis l’an 768 et roi des Lombards depuis 774.

Après avoir franchi les Pyrénées du côté atlantique (ce qui est donné par la localisation de Roncevaux), l’armée chemine et arrive vers Narbonne. Cela peut se comprendre si l’on pense que Charlemagne retournait à Aix-la-Chapelle (Aachen). Pépin le Bref (fils de Charles Martel et père de Charlemagne) y avait déjà un palais, Charlemagne s’y installa de manière épisodique dès l’an 768 et de façon permanente en 790. On ne sait pas très bien où naquit Charlemagne vers l’an 742; des historiens (Français) le font naître en France tandis que d’autres (Allemands) le font naître en Allemagne ! Toujours est-il qu’il installa sa capitale à Aix-la-Chapelle, y mourut en l’an 814 et y fut inhumé. Il a sa statue sur pied à Aix-la Chapelle et une équestre sur le parvis de Notre-Dame à Paris.

Dans le poème de Victor Hugo, à l’approche de Narbonne, Charlemagne demande :

 

« Mon sage conseiller, Naymes, duc de Bavière,

Quelle est cette cité près de cette rivière ? 

.Que j’aurais cette ville avant d’aller plus loin »

et le conseiller répond :

« Alors, achetez-la, car nul ne peut la prendre,

Elle a pour se défendre, outre ses béarnais,

Vingt mille turcs ayant chacun double harnais... »

 

La ville de Narbonne avait été prise par les Arabes en 719 mais reprise par Pépin le Bref père de Charlemagne en 759. En 778, la ville n’était pas occupée par les Turcs !

Dans le poème, Charlemagne interroge ses chevaliers les uns après les autres, en leur proposant de reprendre Narbonne. Mais lassés de guerroyer, tous trouvent un prétexte pour refuser. Parmi les chevaliers à qui Charlemagne propose de reprendre Narbonne :

« Garin, qui, se trouvant un beau jour à Venise,

Emporta sur son dos le lion de Saint-Marc... ».

Or ce n’est qu’en l’an 828 que 2 Vénitiens se rendirent en Égypte, enlevèrent la dépouille de Saint Marc, la ramenèrent à Venise où ledit Saint Marc devint Saint patron de Venise à la place de Théodore Tiron. A la date où se situe ce poème, il n’y avait donc pas de lion de Saint Marc à Venise.

Il s’agit de Garin de Montglane (Glanum près de Tarascon) grand-père d’Aymeri que les autres soldats avaient surnommé « Aymerillot » compte-tenu de sa jeunesse. Or, c’est ce jeune Aymeri qui propose à Charlemagne de reprendre Narbonne et il reprit Narbonne (dans le poème).

Victor Hugo était poète et non historien et en tant que poète il pouvait bien prendre de la liberté par rapport à l’histoire, mais pour être inséré dans la légende des siècles, c’est quand même curieux !

On trouvera en illustration une carte de l’empire carolingien et la statue de Charlemagne qui trône devant l’hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle depuis 1620 (emprunt au net).

J.D. 16 septembre 2020

 

l'empire carolingien et Charlemagne à Aix-la-Chapelle
l'empire carolingien et Charlemagne à Aix-la-Chapelle

l'empire carolingien et Charlemagne à Aix-la-Chapelle

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2020 5 04 /09 /septembre /2020 17:42

Les femmes du Panthéon N° 662

 

*78 personnalités sont actuellement inhumées au Panthéon de Paris parmi lesquelles : 73 hommes et 5 femmes. A noter qu’aux Invalides, n’y sont que 3 femmes sur 121 inhumés : Catherine de Wurtemberg épouse de Jérôme Bonaparte et 2 autres femmes (Claire Langorai et Louise Rémi) qui se trouvèrent parmi les victimes d’un attentat le 28 juillet 1835 dirigé contre Louis-Philippe, qui échoua, mais fit 18 victimes qui furent regroupées aux Invalides.

*Le bâtiment du Panthéon fut construit entre 1757 et 1790 à dessin d’en faire une église dédiée à Sainte Geneviève (420/500) patronne de Paris. Cette Geneviève avait animé les hommes lors du siège de Paris par Attila en l’an 451 et à nouveau 15 ans plus tard lors du siège de Paris par Childéric chef Franc (et père de Clovis).

*Puis la Révolution passant par là, la vocation de l’édifice fut modifiée, ainsi que son nom : Panthéon vient du grec « pantheion » qui signifie « tous les dieux ». C’est le décès de Mirabeau le 2 avril 1791 qui entraîna une décision de l’Assemblée Nationale Constituante le 4 avril et un transfert au Panthéon de Mirabeau le 5 avril. Par une ironie de l’histoire, le premier entré fut aussi le premier sorti puisque la Convention décida le 21 juillet 1794 le retrait de Mirabeau du Panthéon pour cause de collusion avec le roi (Louis XVI).

*L’architecte du Panthéon fut Jacques-Germain Soufflot (1713/1780).  Il avait d’abord exercé ses talents à Lyon avant de venir à Paris. Il y a une rue Soufflot à Paris qui atterrit au Panthéon, ainsi qu’à Lyon dans le cinquième arrondissement. Voici les femmes du Panthéon :

 

*Sophie Berthelot : Elle naquit à Nantes le 17 février 1837 sous le nom de Sophie Niaudet. Elle épousa en 1861 Marcellin Berthelot (1827/1907) qui fut médecin, chimiste, savant en beaucoup de domaines puis sénateur et ministre à 2 reprises. Elle eut 6 enfants dont André (1862/1938) qui fut historien et homme politique ; Daniel (1865/1927) qui fut savant ; Philippe (1866/1934) diplomate ; René (1872/1960) philosophe. Sophie décéda le 18 mars 1907 et son mari quelques minutes plus tard. Selon la version de la famille, il mourut de chagrin, selon certains auteurs il se serait suicidé pour ne pas survivre à son épouse. Le 24 mars, le parlement votait une loi pour l’inhumation de Marcellin Berthelot et de son épouse au Panthéon. Ils y furent transférés dès le 25 mars 1907 et furent les 17e et 18e occupants au Panthéon, Sophie étant la première femme. Voici un extrait de l’hommage que lui rendit Aristide Briand lors du transfert au Panthéon :

« Mme Berthelot avait toutes les qualités rares qui permettent à une femme belle, gracieuse, douce, aimable et cultivée d'être associée aux préoccupations, aux rêves et aux travaux d'un homme de génie. Elle vécut avec Berthelot dans une communauté de sentiments et de pensées qui les groupa en un couple parfait où n'aurait tressailli qu'un même cœur et brillé qu'un seul esprit [...] »

 

*Marie Curie : Elle naquit le 7 novembre 1867 à Varsovie sous le nom de Maria Salomea Sklodowska. Elle vint à Paris, où se trouvait déjà une de ses sœurs, en 1892, épousa Pierre Curie le 26 juillet 1895 avec qui elle eut 2 filles dont l’une (Irène Joliot-Curie obtiendra un prix Nobel de chimie en 1935). Ils firent des recherches sur les radiations  (découverte du radium et du polonium). Cela valut à Marie un prix Nobel de physique en 1903 et un de chimie en 1911. Pierre Curie décéda le 19 avril 1906. Le 1er mai de la même année, Marie était nommée professeur à la Sorbonne et directrice d’un laboratoire universitaire. Durant la guerre de 14, elle organisa un service automobile de laboratoires pour aider à diagnostiquer les blessés. Elle fut à l’origine de la fondation de l’Institut Curie à Paris en 1920, d’un Institut Curie à Varsovie en 1932. Elle collabora avec Albert Einstein dans le cadre d’une « commission internationale de coopération intellectuelle ». Ses recherches sur les radiations l’obligèrent à un séjour dans un sanatorium du plateau d’Assy (en Haute-Savoie) où elle décéda le 4 juillet 1934. C’est le 20 avril 1995 que Marie et Pierre Curie fut inhumés au Panthéon. Marie aura été la première femme a obtenir un prix Nobel, à en obtenir 2, à être prof à la Sorbonne, à être directrice d’un labo universitaire et à être admise au Panthéon pour ses propres mérites.

 

*Geneviève De Gaule-Anthonioz et Germaine Tillon : J’ai associé ces 2 femmes car elles eurent une curieuse communauté de destin : Elle furent toutes les deux résistantes durant la guerre de 40, déportées l’une et l’autre à Ravensbrück (camp de concentration au nord de Berlin) où elles firent connaissance, en sortirent vivantes, Geneviève libérée par l’armée rouge en avril 1945 et Germaine expédiée en Suède le 24 avril 1945 par la Croix rouge. Elles furent toutes deux Grand Croix de la légion d’honneur le 13 juillet 1999. En 2015, Hollande alors président décida de leur transfert au Panthéon. Les 2 familles préférèrent qu’elles restent dans le cimetière où elles étaient. Le 27 mai 2015, ce furent donc 2 cercueils vides, contenant seulement de la terre de leur cimetière respectif qui firent leur entrée au Panthéon ! Ainsi, 5 femmes furent admises au Panthéon mais 3 seulement s’y trouvent.

Ajoutons que Geneviève De Gaulle était la fille de Xavier De Gaulle frère aîné de Charles.

 

*Simone Veil : née Simone Jacob à Nice le 13 juillet 1927. Elle venait de passer le baccalauréat lorsqu’elle fut arrêtée par la Gestapo. Ses parents, son frère et ses 2 sœurs furent également arrêtés et déportés en Allemagne. Ses parents et son frère y laissèrent la vie, seules les 3 filles survécurent. C’est en rentrant de déportation qu’elle apprit sa réussite au bac ! Elle épousa Antoine Veil en avril 1946 et fit une carrière politique tout à fait exceptionnelle : Ministre dans le gouvernement français de 1974 à 1979 (où elle fit voter la loi sur l’interruption volontaire de grossesse) puis de 1993 à 1995 ; députée européenne de 1979 à 1993, première présidente du parlement européen de 1979 à 1982, au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007, élue à l’Académie française le 20 novembre 2008. Elle décéda le 30 juin 2017 et fut transférée au Panthéon ainsi que son mari (décédé en avril 2013) le 1er juillet 2018. De nombreux établissements scolaires, hospitaliers, des rues…. portent son nom.

En illustration : un portrait de Marie Curie, emprunt au net

J.D. 4 septembre 2020

Marie Curie

Marie Curie

Partager cet article
Repost0
2 septembre 2020 3 02 /09 /septembre /2020 17:47

Voltaire et Goldoni N° 661

 

Extrait d’une comédie de Voltaire datée 1760 et intitulée : « Le Café ou l’Écossaise »

« Votre très humble et très obéissant serviteur, Jérôme Carré, natif de Montauban, demeurant dans l’impasse de Saint-Thomas-du-Louvre ; car j’appelle impasse, Messieurs, ce que vous appelez cul-de-sac. Je trouve qu’une rue ne ressemble ni à un cul ni à un sac. Je vous prie de vous servir du mot d’impasse, qui est noble, sonore, intelligible, nécessaire, au lieu de : celui de cul... »

Trop drôle !

 

*Voltaire emprunta le titre de cette comédie à Carlo Goldoni, natif de Venise en 1707 et qui émigra à Paris en 1762 où il mourut en 1793. Goldoni fut l’auteur de plus de 200 pièces, principalement (mais pas que) des comédies. A partir de son séjour à Paris, Goldoni rédigea ses œuvres en français. Il donna des cours d’italien à Clotilde et Élisabeth les sœurs de Louis XVI.

Il a sa statue à Venise, à Paris (square Jean XXIII) et à Florence.

*Sur Goldoni, voir la note N°420 http://jean;delisle.over-blog.com/2018/01/la-maison-de-goldoni-a-venise-n-420.html

La comédie qui inspira le titre de Voltaire est « la bottega del caffè » comédie de 1751. Le fond de la comédie de Voltaire fut inspiré par une autre comédie de Goldoni : « La Pamela nubile » de 1750.

*En retour, Goldoni adapta en italien la comédie de Voltaire « le Café ou l’Écossaise »

*Sur Voltaire, voir la note N°534 http://jean.delisle.over-blog.com/2019/04/etrange-histoire-d-un-livre-d-histoire-n-534.html

Voltaire avait l’esprit vif et la plume alerte ; cela lui valut quelques ennemis. En voici :

-Jean-Jacques Rousseau : Ils furent d’abord amis (à l’époque où ils collaborèrent tous deux à l’encyclopédie), une amitié dont la rupture est datée de 1760 ; puis devinrent ennemis et ce fut la guerre à coups de pamphlets et satires. Par une curieuse ironie de l’histoire ; ils se sont retrouvés au Panthéon ! Voltaire y fut transféré le 11 juillet 1791 et Rousseau le 11 octobre 1794. Voltaire en fut le second « locataire » (juste après Mirabeau) et Rousseau le cinquième.

Ils se sont également retrouvés en 1862 dans la chanson de Gavroche :

« Je suis tombé par terre

c’est la faute à Voltaire

le nez dans le ruisseau

c’est la faute à Rousseau »

A noter que ce personnage de Gavroche a été inspiré à Victor Hugo par le garçon qui figure dans le tableau d’Eugène Delacroix : « La Liberté guidant le peuple » (œuvre de 1830 exposée au Louvre).

 

-Elie Fréron (1718/1776) qui fut un adversaire des philosophes. Il avait repris en 1745 une revue : « les lettres de la comtesse » puis fondé en 1749 une revue intitulée : « lettres sur quelques écrits de ce temps » qui était devenue le 3 février 1754 : « l’Année littéraire » que Voltaire surnomma : « l’Âne littéraire » ! Cette revue avait pour devise : » Parcere personis, dicere devitiis » (épargner les personnes, censurer les vices) ce qui était tiré des Épigrammes de Martial, poète latin (40/104).

Fréron ayant critiqué Voltaire, celui-ci traita Fréron de « vermisseau né du cul de Desfontaines » (un abbé membre de l’Académie de Montauban qui avait poussé Fréron à ses débuts) ; ou avait publié une épigramme que voici :

« l’autre jour, au fond d’un vallon

un serpent piqua Jean Fréron

Que pensez-vous qu’il arriva ?

Ce fut le serpent qui creva »

Pour se critiquer, les auteurs prenaient moins de gants que maintenant !

En illustration : un tableau exposé au musée de la Révolution à Vizille qui montre le cortège qui accompagna Voltaire au Panthéon ainsi que son tombeau au Panthéon, emprunt au net.

J.D. 2 septembre 2020

 

Voltaire et Goldoni N°661
Voltaire et Goldoni N°661
Partager cet article
Repost0
27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 11:23

Dix petits nègres N°660

 

*« Dix petits nègres » était le titre d’un roman policier paru en novembre 1939 en Grande-Bretagne puis en 1940 en France dans la collection « Le masque ».

*Œuvre d’Agatha Christie (Agatha Mary Clarissa Miller 1890/12 janvier 1976) une romancière anglaise auteure de 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre. Ce roman « dix petits nègres » a été édité dans toutes les langues à plus de 100 millions d’exemplaires ; il est celui des romans d’Agatha Christie qui eut le plus de succès et le sixième livre au monde toutes catégories confondues.

*l’action du roman se passe dans une île de huit hectares située à 250 mètres de la plage au sud-est de l’Angleterre. Cette île appelée autrefois St Michaël’s Island était devenue Burgh Island. L’action du roman d’Agatha Christie la fit appeler : « l’île du Nègre ».

L’histoire est inspirée d’une comptine créée aux États-Unis en 1868 sous le titre « Ten little indians » et reprise en Angleterre l’année suivante sous le titre : « Ten little niggers ».

Dans le roman, le mot « nègre » est utilisé 74 fois. Ce qui depuis plus de 80 années, ne semblait déranger personne.

*Dans le contexte de « Black Lives Matter », l’héritier des droits de succession sur l’œuvre d’Agatha Christie a demandé de modifier le titre qui est devenu : « ils étaient dix » et dans le roman le mot « nègre » est remplacé par le mot « soldat » de même que l’île du nègre devient l’île du soldat !

*D’avril à juillet 1994, dans la région des grands lacs en Afrique centrale, les Hutus ont massacré un million de Tutsis dans des conditions souvent atroces. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu des manifestations monstres, des pétitions, toutes les bonnes âmes faire de grandes déclarations, mais le mot « nègres » dans un roman, quel scandale !

J’espère que toutes les bonnes âmes vont faire saisir les millions d’exemplaires qui traînent dans la nature !.

Dans le même ordre d’idées, le 10 mai 2001, Christiane Taubira alors députée avait fait voter une loi mémorielle contre l’esclavage, en ne prenant en compte que la traite transatlantique qui a duré 4 siècles mais en ignorant volontairement les razzias de noirs en Afrique pour alimenter les pays arabo-musulmans en esclaves, ce qui a duré 13 siècles. Les esclaves en Amérique ont aujourd’hui des millions de descendants, contrairement à ceux dans les pays arabo-musulmans, quatre fois plus nombreux, qui étaient systématiquement castrés à leur arrivée ! Mais, qui en parle ?

On trouvera en illustration un portrait d’Agatha Christie, emprunt au net.

J.D . 27 août 2020

Dix petits nègres N°660
Partager cet article
Repost0
21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 17:58

Le vice N° 659

 

 

C’est le 21 août 2010 que j’ai mis une première note sur le blog, grâce aux conseils d’un journaliste de RCF qui m’a, ce jour là, rendu un fier service.

Ce premier article était le texte d’une conférence que j’avais faite le 26 mars 2010 à la salle des fêtes de ma commune de résidence (Saint Jean d’Arvey en Savoie) pour les 150 ans de la réunion de la Savoie et de Nice à la France. http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-reunion-de-la-savoie-et-de-nice-a-la-france-en-1860.html

J’avais 71 ans ; j’étais depuis le début 2007 en traitement pour des cancers successifs et 4 jours avant la conférence j’avais eu une chimiothérapie à l’hôpital de Grenoble et je m’étais demandé si je tiendrais pour la conférence ? Mais j’avais tenu et dix ans plus tard et un infarctus en bonus-cadeau supplémentaire, papy Jean il est rafistolé par tous les bouts mais il tient encore (le matériel d’avant-guerre c’est solide!) et la tête est toujours bonne !

Le blog se porte pas mal avec autour de 3000 consultations par mois et un record à 7838 en juin 2020.

Pour le dixième anniversaire, j’ai pensé distraire les lecteurs avec quelques considérations sur le vice !

C’est un peu scabreux mais pas hors sujet puisque chacun peut se dire que le vice a toujours tenu une grande place dans l’histoire des sociétés humaines, surtout chez les dirigeants ; ce n’est pas que les autres soient meilleurs mais ayant moins de pouvoir, ils ont moins de possibilité ! Il est connu depuis longtemps que : « le pouvoir corrompt » et que « le pouvoir absolu corrompt absolument » !

Et voici un titre paru page 69 de l’hebdomadaire Le Point daté du 20 août 2020 : « La politique, c’est l’arène des vices, non des vertus. » ! Cela tombe comme mars en carême, même si le rédacteur aurait aussi pu écrire : « la reine des vices »  !

*Commençons par nous rappeler cette assemblée populaire tenue en août de l’an 216 avant Jésus-Christ à Capoue (Capua en Campanie à 25 kms au nord de Naples, ville d’environ 18.000 habitants aujourd’hui) où les habitants condamnèrent à mort leurs dirigeants (les sénateurs) parce que « corrompus » ; puis sur le constat que tous ceux qui prendraient la place seraient aussi corrompus au bout de peu de temps, ils gracièrent ceux qu’ils venaient de condamner et les laissèrent en poste !

Quelle leçon !

Cela sort d’un texte de Tite-Live (-59/+17) dans son « Histoire romaine » au livre XXIII.

J’ai ensuite cherché des personnages pouvant représenter dignement le vice. Pour les hommes, j’ai renoncé, tellement ils sont légions à pouvoir prétendre obtenir un titre ! Le lecteur déçu pourra se reporter à : « Vies des douze Césars » de Suétone (69/126). Il pourra aussi méditer sur le personnage qui inspira Voltaire pour sa tragédie du début des années 1740 et intitulée : « Le fanatisme ». je n’en dirais pas plus !

Pour les femmes, c’est plus simple, j’ai choisi Agrippine pour la médaille d’or, Lucrèce pour l’argent et Margot pour compléter le podium. C’est naturellement arbitraire, bien d’autres femmes comme Messaline (l’impératrice qui se prostituait) ou Théodora (la prostituée qui devint impératrice) auraient pu avoir une médaille ; mais il fallait bien faire un choix.

 

*Agrippine la Jeune : Elle naquit le 6 novembre de l’an 15 sous le règne de Tibère. Elle fut en famille avec pratiquement tous les « Julio-Claudiens » voir tableau avec les articles 33 et 34. Ayant dans ses ancêtres : Julia la sœur de Jules César, Marc Antoine, Auguste qui fut le premier empereur, Caligula le troisième empereur fut son frère, Claude le quatrième son oncle et Néron le cinquième son fils qu’elle avait eu d’un premier mariage avec Domitius.

D’un mariage avec Messaline, Claude (empereur de 41 à 54) avait eu 2 enfants : Octavie et Britannicus. Claude fit exécuter Messaline qui avait conspiré contre lui, puis épousa sa nièce Agrippine. Après Claude, le pouvoir devait revenir à son fils Britannicus. Mais Agrippine qui avait de l’ambition pour son fils Néron lui fit épouser Octavie fille de Claude ; empoisonna Claude pendant que Néron éliminait Britannicus !

Agrippine eut le pouvoir par son fils interposé, mais lorsque Néron commença à vouloir s’affranchir de sa mère, elle s’offrit à son fils, espérant maintenir son pouvoir, mais ledit fils la fit poignarder par des soldats le 20 mars de l’an 59.

Selon les auteurs antiques (Suétone et Tacite), Agrippine eut des relations sexuelles avec son frère l’empereur Caligula, avec son oncle Claude et avec son fils. Elle fut probablement la seule femme sur terre qui aurait pu se vanter d’avoir couché avec 3 empereurs romains : beau palmarès !

 

*Lucrèce Borgia : Elle naquit en Italie le 18 avril 1480, fille de Vannozza Cattanei et de Rodrigue (Rodrigo) Borgia qui était alors cardinal et qui devint le pape Alexandre VI en août 1492. Il reconnut 7 enfants (dont Lucrèce) de 4 femmes différentes. Lucrèce reçut une bonne éducation puisque elle parlait latin, grec, italien, français et s’adonnait au dessin, au chant et à la musique. Elle fut mariée 3 fois : la première fois, en juin 1493 avec Giovanni Sforza seigneur de Pesaro et Gradara (villes italiennes sur l’Adriatique) et demi-frère du duc de Milan. Elle en divorça. Pour accepter le divorce, le mari exigea une compensation financière. La seconde fois en 1498 avec Alphonso d’Aragon fils du roi de Naples. Celui-ci fut assassiné par les Borgia. C’était plus expéditif et moins coûteux qu’un divorce ! La dernière fois avec Alfonso d’Este duc de Ferrare en décembre 1501. Lucrèce s’installa à Ferrare et y développa les arts. Elle mourut en couches le 24 juin 1519.

D’une grande beauté, elle fit fantasmer nombre d’auteurs qui, prenant peut-être leurs désirs pour des réalités lui prêtèrent tous les vices. Elle eut particulièrement la réputation d’avoir eu des relations sexuelles avec son père le pape et avec ses 2 frères Giovanni et César Borgia. César, jaloux de son frère le fit assassiner. Belle famille.

Cela se passait en outre dans un contexte compliqué d’affrontements entre puissances européennes pour le contrôle de l’Italie où la papauté (Alexandre VI) manigança énormément.

Victor Hugo consacra un drame en 1832 à Lucrèce Borgia.

Dans »la légende des siècles » en LIV, un poème de 740 vers s’intitule : « la vision de Dante ». Voici comment il se termine :

« Et comme je fuyais, dans la nuée ardente

Une face apparut et me cria : Mon Dante,

Prends ce pape qui fit le mal et non le bien,

Mets-le dans ton enfer, je le mets dans le mien ».

Cela aurait pu se rapporter au pape Borgia !

On trouvera en illustration un tableau de 1515 de Bartolomeo Veneto qui représente Lucrèce.

 

*Margot : Marguerite de Valois dite la reine Margot naquit le 14 mai 1553, fille de Catherine de Médicis et du roi de France Henri II.

Catherine de Médicis (1519/1589) nièce du pape Léon X et cousine du pape Clément VII avait épousé le 28 octobre 1533 Henri qui fut le roi de France Henri II. Dans le cadre de grandes négociations diplomatiques ; il y eut un double mariage : entre le roi d’Espagne Philippe II et Elisabeth fille d’Henri II et d’autre part entre Marguerite sœur d’Henri II avec le duc de Savoie Emmanuel-Philibert. C’est à l’occasion de ces mariages que Henri II trouva la mort lors d’un tournois.

Catherine de Médicis eut 10 enfants d’Henri II dont 3 fils qui furent rois de France successivement et Marguerite qui épousa le 18 août 1572 Henri qui était roi de Navarre sous le nom d’Henri III depuis le 9 juin. A la date de son mariage Henri était encore protestant ; son mariage attira à Paris toute la crème du protestantisme de l’époque. L’occasion parut trop belle ; ce fut la Saint Barthélemy !

Cet Henri III roi de Navarre devint le roi de France Henri IV le 2 août 1589 et la Margot, de reine de Navarre devint reine de France. Henri n’abjura le protestantisme qu’en 1593 et ne fut couronné roi de France, en la cathédrale de Chartres, que le 27 février 1594. L’annulation du mariage d’Henri et de Margot fut prononcé le 24 octobre 1599. En fait ils s’étaient déjà séparés et Margot s’était retirée en Auvergne. Elle revint à Paris en 1605 et mourut le 27 mars 1615.

Elle fit également fantasmer beaucoup d’auteurs (dont Alexandre Dumas en 1845), de réalisateurs de films qui lui firent une réputation sulfureuse de « reine lubrique issue d’une famille maudite » (les Médicis par sa mère).

J.D. 21 août 2020

 

Lucrèce Borgia, emprunt au net

Lucrèce Borgia, emprunt au net

Partager cet article
Repost0
17 août 2020 1 17 /08 /août /2020 14:45

Eilat N°658

 

*Eilat est une ville portuaire au point le plus au nord du golfe d’Aquaba, c’est en même temps la ville la plus au sud du territoire de l’État d’Israël. Sur l’histoire d’Israël, voir la note N°6 http://jean.delisle.over-blog.com/article-histoire-d-israel-55889409.html

*La mer Rouge, dans sa partie nord, se prolonge par deux golfes : à l’ouest le golfe de Suez, à l’est le golfe d’Aquaba. Ces deux golfes encadrent la presqu’île du Sinaï et se rejoignent dans la mer Rouge. Voir carte, emprunt au net.

Ce golfe d’Aquaba est bordé par l’Égypte (Sinaï) à l’ouest, Israël et la Jordanie au nord et l’Arabie à l’est.

*Eilat est l’un des 3 ports dont dispose Israël (les 2 autres : Haïfa et Ashdod, se trouvent sur la Méditerranée). Aquaba, très proche d’Eilat, qui appartient à la Jordanie est le seul accès de ce pays à l’espace maritime.

Le golfe d’Aquaba débouche dans la mer Rouge par le détroit de Tiran (13 kms de large) qui doit son nom à l’une des 2 îles qui se trouvent à la sortie du golfe. Ces deux îles (Tiran et Sanafir) qui appartenaient à l’Égypte ont été données par ce pays à l’Arabie en 2017.

*C’est le blocage du détroit de Tiran par l’Égypte le 23 mai 1967 qui déclencha la guerre des six jours (du 5 au 10 juin 1967). La marine israélienne l’emporta le 6 juin 1967 sur les navires égyptiens dans ce détroit de Tiran tandis qu’en 3 heures, l’aviation israélienne avait quasiment détruit toute l’aviation de l’Égypte, de la Syrie et de la Jordanie.

Il faut relire Flavius Josèphe (37/100) dans « guerre des Juifs » en I-371 la raclée que les Hébreux ont infligé aux Arabes en l’an 32 avant notre ère (1999 années avant la guerre des 6 jours !). Comme quoi, il n’y a rien de nouveau sous le soleil !

Mais la situation évolue : traité entre l’Égypte et Israël en 1979, entre la Jordanie et Israël en 1994 et le 13 août 2020 entre les Émirats Arabes Unis et Israël. Il faut dire que fin juillet 2020, l’Iran a renouvelé un traité d’assistante militaire et économique avec la Russie et en a signé un nouveau avec la Chine (le 25 juillet).

Dès la mort de Mahomet (à Médine, à 300 kms au nord de La Mecque) le 8 juin 632 (la bataille de Poitiers, c’est le 25 octobre 732 et le rapprochement des 2 dates 632/732 et des 2 lieux Médine/Poitiers est instructif !), les musulmans se sont divisés entre partisans de Aïcha et d’Ali.

Aïcha fut l’une des 14 épouses de Mahomet dont 9 simultanées (il avait 51 ans quand il l’a épousée, elle avait 7 ans) et Ali fut d’abord le cousin de Mahomet puis devint son gendre en épousant Fatima une des filles de Mahomet. Ce qui était au départ une querelle de personnes a perduré parce que recoupé par d’autres critères : le monde perse (chiites) contre le monde arabe (sunnites). Le renforcement de l’Iran chiite depuis Khomeyni a entraîné un rapprochement entre Arabes et Israéliens.

Le site d’Eilat est très ancien puisque cité par deux fois dans la bible hébraïque et dans l’Ancien Testament de la bible chrétienne (dans le second livre des rois).

Lorsque l’ONU décida d’attribuer un territoire pour les gens de confession juive par partage de la Palestine (résolution N°181 du 29 novembre 1947), Eilat se trouva dans la partie attribuée à Israël ; mais le nouvel État dut en faire la conquête militaire le 10 mars 1949.

Aujourd’hui Eilat a dans les 66.000 habitants et sa position sur la mer Rouge en fait un port mais aussi une station touristique et balnéaire. Eilat est jumelée avec une vingtaine de villes dont Antibes en France et Sorrente en Italie.

J.D. 17 août 2020

golfe d'Aquaba
golfe d'Aquaba

golfe d'Aquaba

Partager cet article
Repost0
14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 13:22

Le Hatay N°657

 

Beaucoup de lecteurs n’ont probablement jamais entendu parler de l’État du Hatay. Ils ont quelques excuses ; car cet État devenu indépendant le 2 septembre 1938, avait déjà disparu le 23 juillet 1939 par absorption par la Turquie après 324 jours d’existence ; l’État du Hatay devenant la province turque du Hatay. Le moins que l’on puisse dire est que ce ne fut pas un État long ! Et le moins que l’on puisse ajouter, c’est que la Turquie a « hâté » la fin du Hatay !

Il eut pour capitale Antioche sur l’Oronte et comme langue officielle principale : le Turc avec comme langues secondaires l’Arabe et le Français. La capitale a été re-dénommée par les Turcs Antakya (ville d’environ 250.000 habitants aujourd’hui) ; c’est le point le plus au sud de la Turquie avec comme frontières à l’est et au sud la Syrie et à l’ouest la mer Méditerranée. Cet État de 4700 kms2 avait environ 200.000 habitants. Antioche avait été un haut lieu de la chrétienté dès le premier siècle de notre ère et cessa de l’être avec la conquête musulmane.

L’histoire de cet État est indissociable de celle du Proche-Orient.

Les notions de « Proche-Orient » et de « Moyen-Orient » ne datent que du vingtième siècle et il semble qu’autant d’auteurs, autant de définitions géographiques !

Pour le « Proche-Orient » on trouve cependant un minimum de consensus sur l’espace suivant : De l’Égypte à la Turquie en englobant outre ces 2 pays, Israël, la Palestine, le Liban, la Syrie, la Jordanie, et l’Irak.

Ce Proche-Orient est le point de rencontre à la fois de 3 continents (Europe, Asie, Afrique) et de 3 grands courants religieux (le juif, le chrétien et le musulman) qui non seulement se firent des guerres entre-eux mais connurent de nombreuses divisions internes. Il est encadré par 3 mers (Mer Noire, Méditerranée et Mer Rouge) ; il possède 3 fleuves principaux : Nil, Euphrate et Tigre ; sa principale capitale au fil des siècles eut 3 noms : Byzance, Constantinople et Istanbul ; et il vit la guerre de ....Troie !

Il fut le berceau de nombreuses civilisations antiques : les Égyptiens, les Mitaniens, les Hittites, les Phéniciens, les Nabatéens, les Hébreux, les Sumériens, les Babyloniens, les Assyriens…

Puis vinrent les Mèdes, les Perses et les Grecs à partir de la conquête d’Alexandre (-334/-324) avant la conquête romaine (-64) puis des Arabes au VIIe siècle avant les Byzantins en 969, puis les Turcs en 1084, les Francs en 1098 (qui créèrent une principauté d’Antioche dont le premier prince fut un Bohémond de Tarente fils de Robert de Hauteville dit Guiscard, à l’occasion des croisades), les Mamelouks en 1268, les Ottomans en 1517.

Tout le Proche-Orient appartenait encore à l’empire Ottoman lorsque commença la première guerre mondiale. Cet empire s’allia avec l’empire allemand et l’empire d’Autriche-Hongrie et fit partie des vaincus. Voir fiche N°55 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-fin-des-4-empires-97643758.html

Il perdit la totalité de ses territoires du Proche-Orient. La Société Des Nations (S.D.N. ancêtre de l’ONU) confia le 24 avril 1920 un mandat de gestion réparti entre la Grande-Bretagne (Palestine, Jordanie, Irak) et la France (Syrie et Liban). Peu après, c’est le 29 octobre 1923 que fut proclamée la République turque, mettant fin à l’empire ottoman (ainsi qu’au califat, aux marchés aux esclaves...). C’est durant ce même mois d’octobre 1923 que la capitale fut transférée d’Istanbul à Ankara. On remarque au passage que les fonctions de capitale de l’empire byzantin puis de l’empire ottoman étaient concentrées sur la rive européenne des détroits alors que Ankara est en Asie. Aujourd’hui la Turquie a sa capitale côté Asie, 86 % de sa population en Asie et 97 % de la superficie de son territoire également côté asiatique !

C’est dans ce contexte que la région d’Antioche qui appartenait à l’empire ottoman passa sous le contrôle de la Syrie en 1925 alors que la Syrie était sous mandat de gestion de la France. Les Syriens en firent une région connue sous le nom de « Sandjak d’Alexandrette ». C’est ce « Sandjak » qui devint l’État indépendant du Hatay le 2 septembre 1938 et que la Turquie récupéra le 23 juillet 1939 au grand dam de la Syrie qui n’a toujours pas accepté cette annexion.

On trouvera en illustration une mosaïque d’Antioche de la période grecque qui représente Orphée (musicien, fils d’Apollon et de la muse Calliope) charmant les animaux, emprunt au net.

J.D. 14 août 2020

mosaïque grecque à Antioche

mosaïque grecque à Antioche

Partager cet article
Repost0
8 août 2020 6 08 /08 /août /2020 11:04

Nunc est bibendum N°656

 

« Nunc est bibendum » Horace odes I-17 (vers l’an -30)

en traduction littérale, ce vers signifie : « c’est maintenant qu’il faut boire » ; le sens étant : « il faut profiter de la vie pendant qu’on le peut ». Dans le sens littéral, ce vers pourrait constituer un bon mot d’ordre par ces temps de canicule !

Ce vers fut repris en 1898 par les frères Michelin comme slogan sur la première affiche publicitaire représentant le bonhomme Michelin, avec ce complément : « le pneu Michelin boit l’obstacle », voir illustration, emprunt au net. Le bonhomme fut vite appelé « le bibendum Michelin ».

 

Horace : Quintus Horatius Flaccus dit Horace naquit à Vénouse (Venosa, province de Potenza en Italie ; région Basilicate, appelée également Lucanie ; cette ville a aujourd’hui dans les 12.000 habitants) le 8 décembre -65. A l’âge de 20 ans il fut envoyé en Grèce pour apprendre le Grec et la philosophie. Il s’y trouvait encore lorsque les assassins de César (Brutus et Cassius) arrivèrent, recrutèrent une armée dans laquelle s’enrôla Horace. Cette armée fut vaincue le 22 octobre -42 par celle d’Antoine et d’Octave (futur empereur Auguste).

Horace parvint à prendre la fuite. Il profita d’une amnistie pour rentrer à Rome où il se lia d’amitié avec Virgile ainsi qu’avec Mécène confident d’Auguste. Ils restèrent toujours très liés et lors de son décès le 27 novembre -8, Horace fut inhumé sur l’Esquillin (une des sept collines de Rome) près de la tombe de Mécène.

Horace fut l’auteur d’une œuvre abondante : Épîtres, Épodes, Odes, Satires, chant séculaire. Il a sa statue à Venosa, voir illustration, emprunt au net.

 

Venosa : cette ville d’abord samnite fut prise par les Romains en -291. Ils l’appelèrent Venusia. En -208, lors d’une bataille contre Hannibal, 2 consuls y furent tués. En 1057, Robert de Hauteville surnomme « Giscard » (le rusé) s’empara de la Lucanie. Lors de son décès le 17 juillet 1085, Robert Giscard fut inhumé à Venosa dans l’abbaye de la Trinité. En 1133, les troupes de Roger II de Sicile massacrèrent toute la population.

A Venosa on peut visiter : l’abbaye du XIe siècle (classée monument national en 1897) ; la cathédrale Sant’Andrea construite entre 1470 et 1502 ; le parc archéologique ; le château aragonais (1470) et des catacombes juives.

 

 

Michelin : ci-après, une chronologie simplifiée de la saga Michelin :

*28 mai 1889 : création de l’entreprise par les deux frères André et Edouard Michelin à Clermont-Ferrand place des Carmes.

*1891 : création du pneu démontable

*5 juin 1892 : l’entreprise organise une course cycliste Paris-Clermont. Edouard Michelin fait secrètement semer des clous sur le parcours pour montrer la supériorité du pneu « démontable »

*1898 : création du bibendum Michelin. Le nom est tiré d’un vers latin d’Horace poète (-65/-8) dans les « Odes » (en I-37) : « Nunc est bibendum » : « c’est maintenant qu’il faut boire » !

*1899 : la « jamais contente » voiture électrique équipée de pneus Michelin dépasse les 100 kms/heure

*1900 : premier guide « rouge »

*1906 : première usine hors de France (à Turin)

*1907 : première usine aux États-Unis

*1908 : première carte de France Michelin

*1908 : grand prix Michelin : Paris/Puy-de-Dôme en avion biplaces

*1910 : premières plaques de signalisation routière et premières cartes routières

*1926 : création des « guides verts ».

*1929 : création d’autorails sur pneus appelés « Michelines »

*1946 : création du pneu « radial »

*2009 : création d’un musée Michelin à Clermont-Ferrand appelé « L’Aventure Michelin ».

 

données de 2019 sur le groupe Michelin :

*68 sites de production répartis dans 17 pays

*170 millions de pneus produits (14 % du marché mondial du pneu ; 40 % des ventes en Europe, 36 % en Amérique du Nord et 24 % ailleurs ; second producteur mondial après le Japonais Bridgestone)

*17 millions de cartes et guides touristiques

*125.400 salariés

*24,135 milliards d’euros de C.A.

J.D. 8 août 2020

affiche Michelin 1898 et statue d'Horace à Venosa
affiche Michelin 1898 et statue d'Horace à Venosa

affiche Michelin 1898 et statue d'Horace à Venosa

Partager cet article
Repost0
6 août 2020 4 06 /08 /août /2020 17:02

Le chien de Bassano del Grappa N°655

 

C’est le 2 mars 1796 que le Directoire nomma Napoléon Bonaparte Général en chef de l’armée d’Italie. Il avait 26 ans.

Une « armée du midi » avait été créée le 13 avril 1792 et c’est à la tête de cette armée que Montesquiou s’était emparé du duché de Savoie et de Nice en septembre 1792 ; puis cette même armée avait été divisée le 1er octobre 1792 entre une armée des Alpes et une armée des Pyrénées. L’armée des Alpes fut enfin à son tour divisée le 1er novembre 1792 entre une armée de Savoie et une armée d’Italie que Bonaparte rejoignit à Nice le 27 mars 1796 puis passa en Italie où il combattit principalement le royaume de Sardaigne et l’Autriche, allant de victoire en victoire (Montenotte, Arcole, Lodi, Rivoli , Mondovi…)

Le 8 septembre 1796, Bonaparte et son armée affrontèrent les Autrichiens commandés par le général-comte (ou le comte-général si l’on préfère) Dagobert Sigmund von Wurmser (cela ne s’invente pas!) à Bassano del Grappa ville de Vénétie (voir fiche N°558 http://jean.delisle.over-blog.com/2019/07/les-duches-italiens-de-napoleon-premiere-partie-n-558.html).

Ce Dagobert autrichien n’avait pas mis sa culotte à l’envers, il n’en prit pas moins une déculottée mémorable !

Les Français récupérèrent 5 drapeaux, 35 canons attelés, 200 chariots et firent 2 à 3000 prisonniers (selon les sources).

Bonaparte avait été bien secondé par Augereau qui était entré dans Bassano par l’est ; par Masséna qui s’était emparé des canons autrichiens qui défendaient le pont de Bassano et avait pris la ville par l’ouest, mais aussi par Lannes et par Murat qui commandait déjà la cavalerie. Cette première campagne d’Italie se termina par un traité avec l’Autriche (traité de Campo-Formio du 18 octobre 1797) qui mit également fin à la première coalition contre la France.

Parcourant le champ de bataille après la victoire, Bonaparte était tombé en arrêt devant le cadavre d’un soldat tué au combat, abandonné de tous sauf de son chien !

Bonaparte à Sainte-Hélène se souvint de cet épisode et en fit le récit devant Emmanuel de Las Cases (1766/1842, il a sa statue à Lavaur dans le Tarn) qui le publia en 1823 dans « Le mémorial de Sainte-Hélène ». L’original de ce document avait été confisqué par les Anglais en 1816, restitué en 1821. Il fut retrouvé en 2005 par Peter Hicks dans les archives de la « British Library » (bibliothèque nationale d’Angleterre à Londres) et réédité chez Perrin en 2017.

Voici le texte de Bonaparte :


"Par un beau clair de lune et dans la solitude profonde de la nuit, un chien sortant tout à coup de dessous les vêtements d’un cadavre, s’élança sur nous et retourna presque aussitôt à son gîte, en poussant des cris douloureux ; il léchait tour à tour le visage de son maître, et se lançait de nouveau sur nous ; c’était tout à la fois demander du secours et rechercher la vengeance.
Soit disposition du moment, soit du lieu, l’heure, le temps, l’acte en lui-même, ou je ne sais quoi, toujours est-il vrai que jamais rien, sur aucun de mes champs de bataille, ne me causa une impression pareille.
Je m’arrêtais involontairement à contempler ce spectacle.
Cet homme, me disais-je, a peut-être des amis ; il en a peut-être dans le camp, dans sa compagnie, et il gît ici abandonné de tous excepté de son chien !
Quelle leçon la nature nous donnait par l’intermédiaire d’un animal !
Ce qu’est l’homme ! Et quel n’est pas le mystère de ses impressions ! J’avais sans émotion ordonné des batailles qui devaient décider du sort de l’armée ; j’avais vu d’un œil sec exécuter des mouvements qui amenaient la perte d’un grand nombre d’entre nous ; et ici je me sentais ému, j’étais remué par les cris et la douleur d’un chien !
Ce qu’il y a de bien certain, c’est qu’en ce moment j’eusse été plus traitable pour un ennemi suppliant ; je concevais mieux Achille rendant le corps d’Hector aux larmes de Priam."
Ce texte inspira un peintre : Thomas Jones Barker (1815/1882) qui réalisa un tableau montrant Bonaparte, le soldat et son chien. Voir illustration, emprunt au net.
On pourrait croire que le texte de Bonaparte est un commentaire du tableau mais c’est en fait l’inverse : le commentaire a inspiré le tableau. Le tableau fut repris par le graveur Charles George Lewis (1808/1880).
J.D. 6 août 2020

 

 

Bonaparte à Bassano

Bonaparte à Bassano

Partager cet article
Repost0
3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 18:04

Anne de Chypre duchesse de Savoie N° 654

 

I) Chypre :

L’île de Chypre occupe une position stratégique dans la Méditerranée orientale. Les côtes de Turquie ne sont qu’à 69 kms au nord, celles de Syrie à 104 kms à l’est, l’Égypte est à 500 kms au sud et la Crète à 560 kms à l’ouest. Sur une carte, Chypre a la forme d’un porte-avions dont la proue est dirigée vers le nord-est. L’île a une superficie de 9251 kms2 soit un peu plus que la Corse (8.682). Elle fut peuplée dès la haute antiquité et appartint successivement aux Grecs, aux Phéniciens, aux Égyptiens, aux Assyriens, aux Perses, aux Grecs à Rome (à compter de l’an -58), à Byzance, aux Arabes, aux Francs en 1192, dans le cadre d’un royaume latin de Chypre, à Venise (en 1489), aux Ottomans (en 1575), passa sous administration britannique en 1878 et devint indépendante le premier octobre 1960 sous le nom de « République de Chypre », avec Nicosie comme capitale.

L’armée turque intervint à compter du 20 juillet 1974, obtint une partition de l’île avec principalement le nord (37 % du territoire, dont une partie de Nicosie) dénommée « République turque de Chypre du Nord ». Une ligne de démarcation sépare depuis les 2 Chypres, les Turcs l’ont appelée : ligne Attila (tout un programme!). La partie turque compte dans les 326.000 habitants (musulmans) contre 1 million (très majoritairement orthodoxes) environ pour la « République de Chypre ». Il convient de replacer cette intervention militaire dans son contexte historique : les Turcs (Ottomans à l’époque) s’étaient emparés de la Grèce en 1456 et avaient mis le pays sous la férule. Les Grecs se soulevèrent dans les années 1820 pour retrouver leur indépendance. Les Turcs se livrèrent à une répression féroce. Voir : « L’archipel en feu » de Jules Verne ou la série « Les Orientales » de Victor Hugo !

La partie non turque adhéra à l’Union Européenne à compter du 1er mai 2004 et entra dans la zone euro le 1er janvier 2008.

C’est dans le centre ouest de l’île que se trouve le Mont Olympe (1951 mètres d’altitude) où les anciens Grecs situaient le domaine de 12 principaux dieux dont Zeus. Dès l’antiquité des mines de cuivre furent exploitées sur l’île dont le nom est dérivé du grec « kupros » (cuivre).

 

II) le royaume latin de Chypre :

C’est à l’occasion des croisades que fut créé un royaume latin de Chypre. Un Arménien nommé Isaac Doukas Comnène s’imposa comme roi. Peu après Richard Cœur de Lion faisait halte avec sa flotte en route pour la terre sainte (troisième croisade). Le roi de Chypre prétendit faire payer des droits d’escale. Refusant le racket, Richard fit sortir ses troupes et s’empara de l’île ; puis, n’ayant pas l’utilité de la garder, il la vendit à une famille française nommée « Lusignan » originaire du village du même nom qui compte aujourd’hui dans les 2700 habitants et qui se situe dans la Vienne à 25 kms au sud-ouest de Poitiers sur l’axe Poitiers/Niort. Les habitants sont curieusement appelés les Mélusins et Mélusines à cause d’une légende selon laquelle la famille Lusignan compterait la fée Mélusine dans ses ancêtres !

Guy de Lusignan (1159/1194) fut le premier roi de Chypre de cette famille et d’autres succédèrent dont un Janus de Lusignan (1375/1432), appelé aussi Jean de Lusignan qui se maria en 1411 avec Charlotte de Bourbon elle-même fille de Jean  comte « de La Marche et de Vendôme » et de Catherine de Vendôme. Le royaume de Chypre prit fin en 1489 lorsque Venise s’en empara. Janus et Charlotte eurent 2 enfants : Jean et Anne.

 

III) Anne de Lusignan ou Anne de Chypre :

Elle naquit le 24 septembre 1418 à Nicosie et fut mariée en février 1434 avec Louis fils du duc de Savoie Amédée VIII. Elle fit le voyage de Chypre à Nice par bateau avec un détour au fond de l’Adriatique pour aller visiter Venise ; « Venise un jour, Venise toujours » : belle formule ; l’auteure se reconnaîtra.

Anne arriva accompagnée de Chypriotes qui s’intégrèrent. Elle apportait également des pieds de vigne qui prospérèrent en Savoie (la Savoie de l’époque qui comportait la Bresse…) et dont les descendants donnent les vins appelés « roussettes ».

Lorsque Amédée VIII devint pape en 1439, il abandonna le duché à son fils qui devint le duc de Savoie Louis 1er, mais son épouse étant plus futée que lui, c’est elle qui dirigea le duché, malgré 19 maternités (dont 3 décès en mortalité infantile). C’est en 1453 que Anne fit acheter le Saint Suaire réputé avoir enveloppé le corps du Christ. C’est en 1578 que les Turinois empruntèrent le Saint Suaire à Chambéry pour soit-disant le montrer à Charles Borromée archevêque de Milan de passage à Turin. Mais 442 années plus tard, les Turinois ont toujours oublié de le rendre !

Sa fille Charlotte fut mariée à Chambéry (chapelle du château) le 9 mars 1451 avec le dauphin Louis qui devint roi de France en 1461 sous le nom de Louis XI. Anne de Chypre fut donc la belle-mère du roi de France Louis XI et par conséquence la grand-mère du roi de France Charles VIII.

Côté grands-parents, Anne de Chypre a des « Bourbons-Vendôme » qui figurent également parmi les ancêtres de Henri III roi de Navarre qui devint Henri IV roi de France.

Anne de Chypre décéda à Genève le 11 novembre 1462 et fut inhumée dans l’église sainte Marie de Bethléem de Genève.

 

IV cathédrale de Chartres :

Que vient faire la cathédrale de Chartres avec Chypre et la Savoie ?

La famille Vendôme finança la construction d’une chapelle dans la cathédrale de Chartres. Lorsque l’on entre dans cet édifice par le portail royal (côté ouest) et que l’on remonte vers le chœur, la chapelle « Vendôme » se trouve sur la droite et les parents d’Anne sont représentés avec leurs armoiries et au dessus d’eux Saint Louis.

Henri IV fut couronné roi de France en la cathédrale de Chartres le 27 février 1594. Sut-il que des membres de la famille Bourbon-Vendôme étaient représentés sur les vitraux de ce monument ?

On trouvera en illustration la représentation du vitrail avec les parents d’Anne de Chypre ; emprunt au livre « La grâce d’une cathédrale » édition : « La nuée bleue » 2013.

J.D. 3 août 2020

 

ajout du 9 août 2020 : L’île de Chypre se trouve-t-elle en Europe ou en Asie ? Géographiquement, il semble qu’elle soit en Asie, mais le fait qu’une grande partie soit proche de la Grèce (langue, religion.. ) et qu’en outre la République de Chypre ait adhéré à l’Union européenne semble inviter à classer Chypre en Europe ; la solution étant peut-être de mettre la partie « grecque » en Europe et la partie « turque » en Asie ?

 

 

vitrail de la chapelle Vendôme cathédrale de Chartres

vitrail de la chapelle Vendôme cathédrale de Chartres

Partager cet article
Repost0