Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
11 mai 2019 6 11 /05 /mai /2019 18:52

Le Gargano N°543

 

Le Gargano est un promontoire italien d'une superficie d'environ 2.000 km² qui surplombe l'Adriatique. Le point culminant est au Mont Calvo à 1055 mètres. Administrativement le Gargano dépend de la province de Foggia à la limite nord de la région des Pouilles. Il est à mi-chemin entre Pescara (au nord) et Bari (au sud). A l'origine il s'agissait d'une île. L'espace avec le continent fut comblé par les alluvions apportés par le torrent Candelaro.

On peut considérer que, de fait, l'autoroute A14 qui vient de Bologne, longe une grande partie de la côte adriatique et qui dessert le talon de la botte italienne, constitue la limite ouest du Gargano.

Voici les principaux centres d'intérêt historique et/ou touristique :

 

*Manfredonia : Cette ville située sur le flanc sud du Gargano est l'antique Sipontum censée avoir été fondée par Diomède un des Héros grecs de la guerre de Troie (voir fiche N°3 http://jean.delisle.over-blog.com/article-guerre-de-troie-partie-1-55734368.html). La ville fut conquise en l'an 335 avant Jésus-Christ par Alexandre (pas le Grand mais son oncle) puis par les Romains en l'an -189.

Elle fut ravagée en l'an 663 par des Slaves puis détruite par un tremblement de terre en l'an 1223. Reconstruite, entre 1256 et 1263, par le roi de Sicile Manfred (fils d'un empereur germanique) qui a donné son nom à la nouvelle ville. Elle fut à nouveau détruite en 1620, cette fois par les Ottomans. Manfred avait fait construire une forteresse pour protéger la ville des attaques et un port qui eut une grande activité dans les relations commerciales avec l'Orient et servit même de port d 'embarquement pour des croisés.

La forteresse a été transformée en musée national du Gargano ouvert à la visite depuis 1980. Un nouveau port en eaux profondes a été réalisé en 1970 et un carnaval annuel se développe depuis 1952. La ville a aujourd'hui dans les 57.000 habitants.

 

*Monte Sant'Angelo : n'est qu'à 5 kms environ au nord-est de Manfredonia, mais alors que cette ville est en bord de mer, Monte Sant'Angelo est un peu à l'intérieur des terres à 796 mètres d'altitude. Selon les croyances, l'archange Saint Michel est apparu le 8 mai de l'an 490, dans une grotte, à l'évêque de Manfredonia nommé Lorenzo Maiorano puis serait revenu en 492 et une autre fois en 493. Pour célébrer cet événement, un sanctuaire à Saint Michel a été réalisé à l'endroit des apparitions avec des extensions au fil des siècles. Le sanctuaire est donc en partie dans la grotte, avec une église extérieure dédiée à Marie et un campanile.

Le lieu a très vite attiré les pèlerinages. Au Moyen-Age, une voie de pèlerinages (la via Francigena) partait de Canterbury pour aller jusqu'à Rome en passant par Arras, Reims, Langres, Besançon, Pontarlier, Lausanne, Martigny, Aoste, Pavie, Lucques… Elle fut prolongée de Rome jusqu'à Monte Sant'Angelo et recoupa une autre voie de pèlerinages interne à l'Italie et appelée « Via Sacra Laugobardorum » (voie des Lombards). De nombreux croisés venaient demander la protection de Saint Michel avant d'embarquer à Manfredonia.
La ville de Monte Sant'Angelo a aujourd 'hui dans les 12.500 habitants.

 

*San Giovanni Rotondo : C'est une cité d'environ 27.000 habitants fondée en 1095 sur l'emplacement d'un village pré-existant et daté du quatrième siècle avant Jésus-Christ. La ville est située à l'intérieur du promontoire du Gargano sur l'axe allant de San Severo (à l'ouest) à Monte Sant'Angelo (à l'est).

La ville a été le théâtre d'importantes manifestations en 1920 et le 14 octobre 11 « rouges » y furent tués. Elle est devenue un lieu de pèlerinage parce que le Padre Pio y a vécu du 28 juin 1916 à sa mort le 23 septembre 1968.

Francesco Forgione naquit le 25 mai 1887 à Pietrelcina (province de Bénévent, région Campanie, la ville a aujourd'hui dans les 3.000 habitants). Il fit une carrière religieuse, à compter de janvier 1903 dans l'ordre des Capucins (une des branches de la famille franciscaine, le nom de « Capucins » vient du capuchon qui leur couvre la tête). Les Capucins avaient un couvent à San Giovanni Rotondo depuis 1540.

A San Giovanni Rotondo, Padre Pio fut le fondateur en 1956 de la « Casa Sollievo della Sofferenza » (Maison pour le soulagement de la souffrance). Mais il est surtout célèbre pour avoir reçu les « stigmates » à compter du 20 septembre 1918. Les « stigmates » sont des blessures aux mêmes endroits que le Christ lors de la crucifixion.

Padre Pio fut béatifié par le pape Jean-Paul II le 2 mai 1999 et sanctifié par le même pape sous le nom de Saint Pie de Pietralcina dès le 16 juin 2002.

Entre le culte à Saint Michel et la notoriété du Padre Pio, le région du Gargano est devenue un important centre de pèlerinages.

 

*Le parc national : c'est une loi (italienne) du 6 décembre 1991 qui a classé une bonne moitié du Gargano (1181km2) en parc national à cause :

-de l'importante forêt centrale appelée « Foresta Umbra »

-de deux lacs (lac de Varano et lac de Lesina) sur la côte nord du Gargano, proche de la mer et reliés l'un et l'autre à l'Adriatique

-d'un ensemble d'îles au nord du Gargano appelées autrefois « îles Diomède » et maintenant « îles Tremiti ». L'ensemble de ces îles forment une commune italienne peuplée de 520 habitants.

 

On trouvera en illustration un panneau dans le Val d'Orcia (Toscane) indiquant la Via Francigena (photo du 22 avril 2019)

J.D. 11 mai 2019

 

Le Gargano N°543
Partager cet article
Repost0
7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 17:23

Latran suite N°542

 

I) les États de l’Église :

États de l’Église, États du Pape, État du Vatican, toutes ces appellations recouvrent la même réalité à savoir que l’Église a possédé des territoires qu'elle a administré en pleine souveraineté. Voici la genèse de cette situation :

*Constantin, empereur de 306 à 337 fit don au pape Miltiade (décédé le 10 janvier 314) d'un vaste terrain à Rome. Ce fut son successeur, Sylvestre 1er (pape de 314 à 335) qui fit construire durant son pontificat, avec l'appui de Constantin, la basilique Saint Jean de Latran, celle de Saint Pierre de Rome, de Saint Paul hors les Murs, l'église du Saint Sépulcre à Jérusalem et celle de Sainte Sophie à Constantinople.

Selon la légende, c'est Constantin lui-même qui creusa les premières pelletées de terre pour Saint Pierre de Rome. Toujours selon la légende, Constantin fut guérit de la peste par Sylvestre. Dante le dit dans la Divine Comédie au chant XXVII de l'Enfer.

Un vitrail complet dans le déambulatoire de la cathédrale de Chartres retrace la vie de ce Sylvestre qui fut canonisé Saint par l’Église. On trouvera en illustration une représentation du vitrail montrant Sylvestre baptisant Constantin (emprunt au net).

*En l'an 754 Étienne II (pape de 752 à 757) se rendit en France et rencontra Pépin le Bref (Maire du Palais en 741 et roi des Francs de 751 à 768) à Ponthion (dans l'Oise) et lui demanda l'aide de la France contre les Lombards qui envahissaient l'Italie.

*En 756, Pépin descendit avec une armée, fila la triquée aux Lombards, leur prit 22 cités dont Ferrare, Ravenne, Bologne, Rimini, Ancône… et en fit don au pape. Ce fut vraiment le début des États de l’Église.

*En 774, Charlemagne (fils de Pépin le Bref, petit-fils de Charles Martel) vint lui aussi en Italie contre les Lombards. Il confirma le legs fait par Pépin le Bref et ajouta Viterbe, Piombino et la Sabine (ancien territoire des Sabins proche de Rome). Ces donations en pleine souveraineté à la papauté furent confirmées le 13 février 962 par Othon 1er (premier empereur du Saint Empire romain germanique)

*En 846, les Sarrasins pillent Rome dont Saint Pierre. Ils emportent 3 tonnes d'or et 30 tonnes d'argent, mais ne profitent pas de leur butin car leurs navires coulent au large de la Sicile par suite d'une tempête.

*En 996, Othon III empereur germanique nomme son cousin pape (Grégoire V, pape de 996 à son décès le 18 février 999)

*En 1077, l'empereur germanique Henri IV est obligé de faire « amende honorable » à Canossa (voir fiche N°530 http://jean.delisle.over-blog.com/2019/03/canosa-et-canossa-n-530.html). En fait si Constantin accorda la liberté des cultes (édit de Milan en 313) et favorisa la construction d'églises, il pensait bien pouvoir contrôler le pouvoir religieux. A la suite, les empereurs romains d'Occident puis d'Orient et empereurs germaniques eurent la même prétention. C'est le pape Grégoire VII (pape de 1073 à 1085) qui parvint à imposer l'indépendance de l’Église.

*En 1213, la papauté fait l'acquisition du duché de Spolète (au nord de Rome entre Terni et Pérouse)

*En 1229, la papauté acquiert Avignon et le comtat Venaissin

*En 1278, la comtesse Mathilde de Toscane lègue ses biens à la papauté

*En 1302, une bulle affirme la primauté de la papauté sur les pouvoirs des autres souverains.

*En 1527, le pape Jules II acquiert Parme et Plaisance. La même année les troupes de Charles Quint ravagent Rome.

* En 1545 le pape Paul III érige Parme et Plaisance en duché au profit de son fils Pierre-Louis Farnèse.

*En 1791, la France de la Révolution récupère Avignon et le comtat Venaissin.

*années 1800 : le 15 juillet 1801 un concordat est signé à Paris mettant fin à l'anti-cléricalisme de la Révolution.

*18 avril 1802 : publication à Paris de 77 « articles organiques » qui transforment l’Église de France en Église nationale.

*2 février 1808, l'armée française occupe Rome

*17 mai 1809 : les États pontificaux sont rattachés à la France

*5/6 juillet 1809 : enlèvement du pape (Pie VII) détenu à Savonne de 1809 à 1812 puis à Fontainebleau de 1812 à 1814

*25 janvier 1813, à Fontainebleau le pape signe le texte d'un nouveau concordat puis annule sa signature 3 jours plus tard

*24 mai 1814 : retour triomphal du pape à Rome, la papauté récupère ses États.

*1848 : Charles-Albert roi de Sardaigne (dont la capitale était à Turin) publie un code civil (voir la fiche N°180 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/06/le-code-civil-savoyard-n-180.html) dont voici les premiers articles du titre préliminaire :

« article 1 : la religion catholique, apostolique et romaine est la seule religion de l’État.

Article 2 : Le roi s'honore d'être le protecteur de l'église, d'en faire observer les lois dans toutes les matières qu'il appartient à l'église de régler…

Article 3 : Les autres cultes qui existent dans l'état ne sont que tolérés…. »

*1860 : les États pontificaux (sauf le Latium) sont rattachés au royaume de Sardaigne qui devient le royaume d'Italie le 17 mars 1861.

*20 septembre 1870 : prise de Rome par l'armée italienne. En 1871, Rome devient la capitale du nouveau royaume. Le pape s'enferme au Vatican. La religion catholique cesse d'être la religion de l’État.

 

II)Les accords de Latran :

Ils furent signés le 11 février 1929, au palais de Latran, entre Mussolini qui avait alors le titre de Président du Conseil des Ministres (du royaume d'Italie) et le cardinal Pietro Gaspari secrétaire du pape Pie XI. Ces accords organisaient la souveraineté de la papauté sur la cité du Vatican, créant ainsi un État de 44 hectares (au retour de sa souveraineté en 1814 il avait encore 67.759 km², en rappelant que 1km2 égale 100 hectares) et rétablissaient le catholicisme comme religion du royaume d'Italie. Cette disposition sera supprimée par la République italienne en 1984.

J.D. 7 mai 2019

 

 

Le pape Sylvestre baptise l'empereur Constantin, vitrail cathédrale de Chartres

Le pape Sylvestre baptise l'empereur Constantin, vitrail cathédrale de Chartres

Partager cet article
Repost0
6 mai 2019 1 06 /05 /mai /2019 21:09

Latran, première partie N°541

 

Latran c'est d'abord le nom d'une antique famille romaine : les Laterani dont l'un des membres (Plautius Lateranus) est cité 2 fois par Tacite dans les « Annales » : la première fois (livre onzième en XXXVI) parce qu'il fut l'un des amants de Messaline alors qu'elle était l'épouse de l' empereur Claude (avant Agrippine) et la seconde fois (livre quinzième en LX) parce qu'il fut soupçonné en l'an 65 d'avoir participé à un complot contre Néron et Tacite écrit :

« Traîné au lieu réservé pour le supplice des esclaves, il est égorgé par la main du tribun Statius et meurt plein d'une silencieuse constance, et sans reprocher au tribun sa propre complicité ».

Sa famille possédait un domaine que Néron (empereur de 54 à 68) confisqua à son profit. Ces biens furent rendus à cette famille par Septime Sévère (empereur de 193 à 211). Des fouilles effectuées au vingtième siècle via dell'Amba Aradam (voie qui va de la Piazza di Metronia à la Piazza San Giovanni in Laterano) ont permis de retrouver les traces d'une villa de la famille des Laterani.

On retrouve le nom de « Latran » dans une rue (qui va du Colisée à la place Saint Jean de Latran), une place (juste au nord de la basilique, sur cette place un obélisque égyptien du XVe siècle avant Jésus-Christ, le plus haut de Rome, apporté à Rome au quatrième siècle et retrouvé en 1587 dans le Grand Cirque : Circus maximus), une basilique, un baptistère (à l'ouest de la basilique, il comporte des chapelles dédiées à Saint Jean-Baptiste et à Saint Jean l’Évangéliste), un palais (contigu à la basilique côté nord), un hôpital (à l'ouest du baptistère), un cloître (dans l'angle sud de la basilique, avec sous le porche du cloître une statue en bronze du roi de France Henri IV réalisée vers l'an 1600, voir illustration emprunt au net), l'Escalier Saint (Scala Sancta à l'est du palais de Latran, il est constitué de marches ramenées de Jérusalem et supposées avoir été les marches du palais de Ponce Pilate que Jésus aurait gravies), de nombreux conciles (environ 250 dont 5 conciles œcuméniques en 1123, 1139, 1179, 1215 et 1512) et des accords entre la papauté et Mussolini en 1929. A noter à l'est de l'ensemble de Latran la place de la porte Saint Jean (piazza di Porta San Giovanni) sur laquelle est érigée une statue à Saint François d'Assise.

 

La basilique Saint Jean de Latran (San Giovanni in Laterano):

Le terme de « basilique » est attribué par les papes à des églises qui par leur ampleur, leur histoire, leurs reliques ou leur réputation méritent d'être distinguées des autres églises ; à ne pas confondre avec les cathédrales qui sont des églises où siège l'évêque du diocèse. Dans le monde actuellement, 1728 églises ont le titre de « basiliques » dont 567 en Italie. En 1300, le pape Boniface VIII décida que 2 basiliques auraient le titre de « Majeures » : Saint Pierre de Rome et Saint Paul hors les Murs. En 1350, le pape Clément VI ajouta Saint Jean de Latran et en 1390 Boniface IX Sainte Marie Majeure.

La basilique Saint Jean de Latran avait été consacrée le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre Ier sur un terrain donné en 313 par l'empereur Constantin et qui avait appartenu aux Laterani. Elle fut réparée ou agrandie à plusieurs reprises. Elle avait subi d'importants dégâts lors des invasions « barbares », à l'occasion d'un tremblement de terre en l'an 896 et d'incendies en 1308 et 1360.

Elle est l'église la plus ancienne de Rome : Saint Pierre ne fut consacrée qu'en 326. Elle fut d'abord dédiée au Saint Sauveur et aux 2 Saints Jean (le Baptiste et l’Évangéliste). La basilique de Saint Jean de Latran fut réputée dès l'origine « Mater et Caput » c'est-à-dire « mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde ».

Elle fut le premier siège des papes qui logèrent dans le palais de Latran contigu et le resta jusqu'en 1309. Elle est toujours la cathédrale de Rome dont le pape est l'évêque. A Saint Pierre il est donc le chef de l’Église, à Saint Jean de Latran il est l'évêque de Rome.

Depuis Henri IV, les rois de France ont le titre de « chanoine honoraire de la basilique de Saint Jean de Latran ». Chaque année, le 13 décembre, une messe est célébrée à Saint Jean de Latran pour la France.

Les Présidents de la République française ont hérité de ce titre à la suite des rois de France. Sous la cinquième République, les Présidents suivants se sont rendus à Rome recevoir leur titre de « chanoine honoraire » : Charles De Gaulle, Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron.

C'est parce que Saint Jean de Latran fut le premier siège papal que les reliques des crânes réputés être ceux de Saint Pierre et Saint Paul y sont conservées au sommet du baldaquin (à la croisée du transept et de la nef).

Trois papes sont inhumés à Saint Jean de Latran : Martin V (pape de 1417 à 1431), Clément XII (pape de 1730 à 1740) et Léon XIII (pape de 1878 à 1903).

De nombreux artistes réputés ont travaillé à l'édification ou à la décoration de Saint Jean de Latran. Au regard de l'histoire signalons particulièrement :

-les battants de la porte centrale proviennent des portes de la Curie, c'est-à-dire du Sénat romain. Elles furent installées à Saint Jean de Latran en 1656.

-sous le porche, en entrant à gauche une statue de l'empereur Constantin transférée de thermes romains

-les 4 colonnes de la chapelle du Saint Sacrement qui proviennent de l'antique temple de Jupiter sur le Capitole.

J.D. 6 mai 2019

 

 

Henri IV à Saint Jean de Latran

Henri IV à Saint Jean de Latran

Partager cet article
Repost0
1 mai 2019 3 01 /05 /mai /2019 11:33

Assise, Sainte Claire N° 540

 

Chiara Offreduccio di Favarone naquit à Assise le 16 ou le 18 juillet 1194 dans une riche famille.

En 1212, elle eut l'occasion d'entendre un prêche de François d'Assise et eut envie elle aussi de mener une vie de prières et de pauvreté. Par l'intermédiaire de son cousin Rufin qui faisait partie des compagnons de François, elle obtint un rendez-vous, le rencontra le 20 mars 1212 (dimanche des Rameaux) et lui fit part de son désir. François lui coupa les cheveux, lui donna une robe de bure et l'envoya d'abord chez des nonnes bénédictines près de Bastia en Corse.

De retour à Assise elle fut rejointe par sa sœur Catherine qui prit le nom de sœur Agnès en religion, par sa tante puis par d'autres. Même sa mère lorsqu'elle devint veuve la rejoignit. François et ses compagnons aidèrent cette communauté à s'installer à Saint Damien à Assise sous le nom d'ordre des Pauvres Dames. Elles furent très vite appelées « les Cordelières » puis « les Clarisses ».

L'ordre eut des sous branches appelées : Urbanistes, Capucines ou Damiénistes.

L'ordre se répandit très vite. Il est aujourd'hui présent dans 76 pays et compte 16.000 religieuses. Il y a 34 couvents de clarisses en France, la première fondation y fut effectuée à Reims dès 1220.

Claire rédigea la règle de l'ordre, il fut modifié au XVe siècle par Sainte Colette (1381/1447).

Le pape Innocent IV approuva la règle établie par Claire le 9 août 1253 soit 2 jours avant le décès de Claire. Elle fut canonisée dès le 26 septembre 1255 par le pape Alexandre IV à Santa Maria d'Anagni. Cette ville est située à une quarantaine de kms au sud-est de Rome et c'est là que le roi de France Philippe IV le Bel fit arrêter le pape Boniface VIII en septembre 1303, il fut libéré par la population. Dante cite ce Boniface VIII dans la Divine Comédie au chant XIX de l'Enfer.

Une église dédiée à Sainte Claire était mise en chantier dès 1257 et le corps de la sainte y fut transféré le 3 octobre 1260.

Le 14 février 1958, le pape Pie XII déclarait Claire d'Assise sainte patronne de la télévision. Elle est également la sainte patronne de diverses professions (brodeuses, lavandières…). Une ville au Québec et de nombreux lieux portent le nom de Sainte Claire.

Parmi les clarisses célèbres : Louise de Savoie nièce de Louis XI (à ne pas confondre avec une autre Louise de Savoie mère de François 1er) et Agnès de Prague fille du roi Ottokar 1er (et c'est pas une blague!).

A Assise, les processions se font de la basilique Saint François à celle de Sainte Claire comme à Naples où elles vont de la cathédrale à l'église Sainte Claire.

On trouvera en illustration la façade de l'église sainte Claire d'Assise, photo J.D. 20 avril 2019

J.D. 1er mai 2019

 

façade de l'église Sainte Claire à Assise

façade de l'église Sainte Claire à Assise

Partager cet article
Repost0
30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 17:54

Assise, Saint François N° 539

 

*Quel lien y-a-t-il entre le pape, l'ONU et la ville de San Francisco ?

Ce lien, c'est Saint François d'Assise.

C'est en effet en son honneur que le pape élu le 13 mars 2013 a pris le nom de François ; c'est en l'honneur du même saint qu'en 1776, les Espagnols ont appelé « San Francisco » la ville qu'ils venaient de fonder sur la façade du Pacifique et c'est dans cette ville que s'est tenue du 25 avril au 26 juin 1945 la conférence internationale qui a décidé la fondation de l'ONU pour remplacer la Société des Nations.

*la date de naissance, à Assise (du duché de Spolète qui appartenait encore au Saint Empire romain germanique) , du futur saint François n'est pas exactement connue : entre mai et septembre de l'an 1181 ou 1182. Sa mère : Joanna Pica de Bourlemont, originaire de Provence, le fit baptiser dans l'église Saint Damien d'Assise sous le nom de « Giovanni di Pietro Bernardone ». Son père un riche marchand drapier du nom de Pietro Bernardone dei Moriconi était en France au moment de la naissance. Il y avait effectué d'excellentes affaires qui avaient arrondi sa petite fortune. De retour à Assise, il décida de changer le prénom de son fils et de l'appeler « François » qui dans le vocabulaire de l'époque voulait dire « Français » (voir par exemple ce texte de Du Bellay de 1549 : »La Deffence et illustration de la langue Francoyse » imprimé à Paris pour Arnoul l'Angelier, tenant sa Bouctique au second pillier de la grand' sale du Palays). François devenant « Francesco » est resté.

*Profitant de la fortune paternelle, François eut une jeunesse assez dissipée. Il participa, en 1202, à la guerre contre Pérouse, fait prisonnier il ne dût sa libération, au bout d'un an, qu'à la fortune de son père. Voir fiche n°538. On trouvera en illustration une statue équestre de François qui le représente probablement durant cette guerre, photo J.D. à Assise le 20 avril 2019.

D'abord malade de retour de captivité ; en 1205 et selon la tradition, il entendit le christ de l'église Saint Damien à Assise lui demander de « réparer son église en ruine ».

*Ce fut le début d'une nouvelle vie pour François. Il vendit des biens pour aider des pauvres et pour réparer des églises. Son père, mécontent de la nouvelle orientation de son fils lui intenta un procès. En présence de l'évêque d'Assise nommé Guido, François rendit à son père ce qui lui restait d'argent et même ses habits. L'évêque lui donna une cape pour couvrir sa nudité.

François se mit alors au service des pauvres, des lépreux, de la nature. Il est souvent représenté avec des oiseaux, ou un loup (car il calma un loup qui terrorisait la population de Gubbio), son « cantique des créatures » est célèbre. Le 29 novembre 1979, le pape Jean-Paul II le déclara saint patron de tous ceux qui s'intéressent à l'écologie.

*Il fut rejoint par des compagnons de plus en plus nombreux. Il dut rédiger une règle qui fut approuvée par le pape Innocent III en 1210. Ce pape avait vu en rêve François soutenant la basilique Saint Jean de Latran. La première communauté reçut le nom de : « ordre des frères mineurs ». L'usage adopta très vite le terme d'ordre franciscain.

Dès 1209, François avait 12 compagnons, dix ans plus tard ils étaient déjà 5.000 et avaient multiplié les établissements. En 1300 ils étaient 40.000 répartis dans de nombreux pays, 60.000 en 1500, 100.000 à la veille de la Révolution française (celle de 1789).

*François participa à la cinquième croisade (1217/1221). En septembre 1219 il parvint à rencontrer Al-Kamil sultan d’Égypte et tenta de le convertir, mais peine perdue ! Cependant cela valut aux Franciscains d'être désignés en 1342 par le pape Clément VI comme gardiens des lieux saints à Jérusalem. C'est pour la même raison que le pape Jean-Paul II choisit Assise pour l'organisation en octobre 1986 d'une rencontre inter-religieuse. D'autres rencontres du même type se sont également déroulées à Assise en 1993, 2002, 2011 et 2016.

*Il mourut à Assise le 3 octobre 1226. Dès le 16 juillet 1228 il était canonisé par le pape Grégoire IX, qui le même jour posait la première pierre de la basilique Saint François à Assise. Le corps de Saint François y fut transféré en avril 1230. Cette basilique sur 2 niveaux fut décorée par les plus grands artistes de l'époque : Simone Martini, Giotto, Cimabue, Pietro Lorenzetti…

François avait vœu de pauvreté, qu'aurait-il pensé du faste de la basilique qui lui fut consacrée à Assise et ailleurs ?

*Ces successeurs se divisèrent sur l'application de la règle ce qui entraîna un éclatement de l'ordre en plusieurs branches : Franciscains, Capucins, Conventuels, Observants, Déchaussés, Récollets. A la fin du vingtième siècle, l'ordre comportait encore 36.000 membres répartis en 20.000 Franciscains, 12.000 Capucins et 4.000 Conventuels.

*Cinq Franciscains devinrent papes : Nicolas IV (1288/1292), Sixte IV (1471/1484), Sixte V (1585/1590), Clément XIV (1769/1773) et Pie XI (1922/1939), sans compter deux autres classés anti-papes par l’Église : Nicolas V (128/1330) et Alexandre V en 1409.

Parmi les Franciscains célèbres, il faut citer Saint Bernardin de Sienne, Saint Antoine de Padoue et plus récemment le Padre Pio très connu en Italie. En outre, 26 Franciscains tués par les Républicains durant la guerre civile en Espagne furent béatifiés en juin 2015 par le pape François.

En 1255, le roi de France Louis IX (Saint Louis) avait fait don à l'ordre des Franciscains d'une bible en 17 volumes. Ils sont conservés dans la bibliothèque historique de l'Institut Théologique d'Assise.

J.D. 30 avril 2019

Saint François à Assise

Saint François à Assise

Partager cet article
Repost0
28 avril 2019 7 28 /04 /avril /2019 19:24

Assise, histoire N° 538

 

*Assise (Assisi) est une ville italienne de la province de Pérouse (Perugia) dans la région Ombrie (Umbria), située à mi-chemin entre Pérouse (à une vingtaine de kms à l'ouest) et Foligno (au sud-est).

La ville qui a aujourd'hui dans les 28.000 habitants permanents, fut fondée vers l'an 1000 avant Jésus-Christ par les Ombriens, peuple italique originaire de Lydie, antique royaume situé sur l'actuelle côte turque.

Dans « L'Enquête » au livre I, l'historien grec Hérodote (-484/-420) explique qu''il y eut une grande famine en Lydie et que ne pouvant plus nourrir toute la population, les Lydiens décidèrent que la moitié d'entre-eux, tirés au sort, devraient s'expatrier. Voici ce qu'écrit Hérodote :

« Les Lydiens bannis par le sort descendirent à Smyrne, se firent des vaisseaux qu'ils chargèrent de tous leurs biens, et partirent à la recherche d'une terre qui pût les nourrir ; ils longèrent bien des rivages jusqu'au jour où ils arrivèrent en Ombrie, où ils fondèrent des villes et où ils demeurent encore aujourd'hui ».

 

*Sept tables de bronze découvertes à Gubbio (à une trentaine de kms au nord d'Assise) en 1444, ont permis de connaître l'écriture des Ombriens. Ces tables appelées « tables eugubines » sont conservées au palais des consuls à Gubbio.

Quelques siècles après leur arrivée en Italie, les Ombriens effrayés comme d'autres de la montée en puissance de Rome, s'allièrent aux Étrusques, aux Samnites ainsi qu'à des Gaulois Senons (de la région de Sens dans l'Yonne) contre Rome. Il y eut des combats à partir de -310 avec des hauts et des bas mais les Romains finirent par l'emporter en -295 à la bataille de Sentinum (près de Sassoferrato à une quarantaine de kms au nord-est d'Assise) et annexèrent les territoires des vaincus ; voir Tite-Live (vers -60/+17) dans son « Histoire romaine » livres IX et X.

La construction de la voie « Flaminia » à partir de -220, qui, partant de Rome rejoignait l'Adriatique au sud de Rimini (Ariminum) assura le développement de l'Ombrie.

De son époque romaine, Assise conserve quelques traces dont un temple à Minerve (transformée en église « Santa Maria »), sur le trajet entre l'église Sainte Claire et la basilique Saint François. Dans la basilique Saint François (niveau supérieur) une belle inscription au sol : « SPQR » (Senatus PopulusQue Romanus : le Sénat et le peuple romain ; ce que Astérix traduirait probablement par : Sono Pazzi Questi Romani : ils sont fous ces Romains !) rappelle aussi le passé romain de la ville.

 

*Dès l'an 545, la ville d'Assise fut ravagée par les Ostrogoths, puis envahie par les Lombards qui créèrent un duché de Spolète (à une quarantaine de kms au sud d'Assise entre Terni et Foligno) en 570 et y rattachèrent Assise. Ce duché fut pris par Charlemagne en 774 passa au Saint Empire romain germanique en 962, aux États de l’Église en 1213.

 

*Durant la guerre des investitures entre la papauté et le Saint Empire, Assise fut gibeline c'est-à-dire du côté de l'empereur tandis que Pérouse (à 20 kms à l'ouest) était guelfe c'est à dire pour le pape. Il y eut une bataille entre les deux cités en novembre 1202 dite bataille de « Ponte San Giovanni » (pont qui enjambe le Tibre à l'est de Pérouse). C'est au cours de cette bataille que le futur Saint François d'Assise fut fait prisonnier et libéré (un an plus tard) grâce à la rançon payée par son père. C'est à la suite de cet événement qu'il eut la grâce et changea de vie.

 

*Vers l'an 1200 Assise devint une commune libre mais l'Ombrie fut récupérée par la papauté et resta sous sa dépendance jusqu'à l'invasion française et le rattachement de l'Ombrie à une République Romaine de courte vie (de février 1798 à septembre 1799) puis fut incorporée en 1809 au département français de Trasimène avec Spolète comme chef-lieu. A la chute de Napoléon, l'Ombrie se retrouva à nouveau dans les États du pape et ne rejoignit le royaume de Sardaigne qu'en novembre 1860 avant que celui-ci ne devienne le royaume d'Italie le 17 mars 1861.

J.D. 28 avril 2019

 

inscription au sol de la basilique St François, photo J.D. 20 avril 2019

inscription au sol de la basilique St François, photo J.D. 20 avril 2019

Partager cet article
Repost0
27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 16:20

La chimère d'Arezzo N° 537

 

I) Arezzo :

Arezzo, l'ancienne Arretium, est une commune italienne de Toscane, à la limite avec l'Ombrie, d'environ 100.000 habitants aujourd'hui. Elle est située à une dizaine de kms à l'est de l'autoroute A1 qui joint Rome à Milan en passant par Florence, Bologne, Modène, Parme, Plaisance... Cette A1 a repris le tracé de l'antique via Cassia.

Arezzo est également à mi-chemin entre la Méditerranée (à l'ouest) et l'Adriatique (à l'est). La rivière « Arno » passe juste au nord d'Arezzo avant de se diriger vers Florence.

Elle fut la ville natale de Mécène (-69/-8, ami d'Auguste), de Guido d'Arezzo (997/1050), de Pétrarque (1304/1374), de Piero della Francesca (1412/1492), de Giorgio Vassari (1511/1574) etc

La ville fut fondée par les Étrusques au cinquième siècle avant Jésus-Christ. Elle forma une ligue avec Volterra et Pérouse pour s'opposer à l'expansion de Rome, mais ces 3 cités furent vaincues en -295 à Roselle (à une dizaine de kms au nord-est de Grosseto) et passèrent sous la coupe de Rome dont elles suivirent le sort jusqu'à la chute de l'empire romain d'Occident en l'an 476. A l'occasion des guerres civiles, au premier siècle avant Jésus-Christ, les habitants d'Arretium prirent par deux fois le mauvais parti : celui de Marius contre Sylla, puis celui de Pompée contre César.

En -284, la ville fut attaquée par la tribu gauloise des Sénons (tribu originaire de la Gaule transalpine dans la région de l'Yonne, ils ont laissé leur nom à la ville de Sens ; appelée « Agendicum » dans l'Antiquité , comme les Parisii pour Paris, les Carnutes pour Chartres, les Vénètes pour Vannes…). Voici le récit de cette invasion des Sénons selon l'historien grec Polybe (vers-200/-125) dans « Histoires » livre II :

« Les Gaulois vinrent avec une forte expédition assiéger la ville d'Arrétium. Les Romains venus à la rescousse et ayant livré bataille devant les murs furent battus. Le consul L. Cécilius Métellus ayant trouvé la mort dans le combat, ils le remplacèrent par M. Curius Dentatus qui envoya une députation en Cisalpine (l'Italie du Nord était à l'époque de Polybe, et jusqu'à César, appelée la Gaule Cisalpine tandis que l'actuelle France étendue jusqu'au Rhin était appelée Gaule transalpine) pour demander la libération des prisonniers, mais les Gaulois, au mépris du droit des gens, tuèrent les députés. Sous le coup de la colère, les Romains se mirent en campagne sur-le-champ, le peuple gaulois des Sénons vint à leur rencontre et livra combat. Les Romains sortis vainqueurs de la bataille, en tuèrent la plupart, expulsèrent les autres et devinrent maître de toute la contrée... »

Après la chute de l'empire romain d'Occident, Arezzo fut envahie par les Lombards , qui furent eux-mêmes chassés par Charlemagne. Elle devint une commune libre en 1098, tomba sous la coupe de Florence en 1384 puis fut durant six années (du 30 mai 1808 au 30 mai 1814) rattachée au département français de l'Arno dont le chef-lieu était Florence ; avant de revenir au royaume de Sardaigne qui devint royaume d'Italie en 1861. Sur les départements français qui avaient été créés en Italie entre 1802 et 1809, voir la fiche N°21 http://jean.delisle.over-blog.com/article-garibaldi-et-verdi-61434798.html

Au niveau touristique, la ville doit surtout sa renommée aux fresques de Piero della Franscesca réalisées entre 1452 et 1466 à l'église San Francesco (Saint François d'Assise).

 

II)la Chimère :

Il s'agit d'une sculpture en bronze de 78,5 centimètres de haut sur 129 centimètres de long, exécutée au cinquième siècle avant notre ère et qui s'inspira de la mythologie grecque. Une inscription sur la patte droite porte les lettres : TINSCVIL, il s'agit d'une dédicace à Tinia principal dieu étrusque. Homère en parle déjà dans l'Iliade, au livre VI. Cette chimère fut tuée par Bellérophon fils de Poséidon et roi de Corinthe qui, pour lutter contre la chimère monta sur Pégase le cheval ailé messager des dieux ; il fut en cela aidé par Athéna. Voici le texte d'Homère :

« Bellérophon s'en fut donc en Lycie (ancien royaume situé sur l'actuelle côte turque)…. Le roi (de Lycie) commença par donner à son hôte l'ordre de tuer la Chimère invincible. Elle était de race divine et non de race humaine, lion par devant, serpent par derrière et chèvre au milieu; son haleine terrible soufflait l'ardeur flamboyante du feu. Le héros la tua, en se fiant aux présages des dieux... ». Le mythe de Bellérophon avait inspiré à Euripide une tragédie aujourd'hui perdue.

A noter, en outre, que Bellérophon est le nom qui avait été donné au navire qui emmena Napoléon à Sainte-Hélène en 1815.

La sculpture d'origine fut découverte à Arezzo à l'occasion de la construction d'une forteresse commandée par les Médicis. Trois sculptures en bronze furent exhumées : une statue de Minerve, attribuée à Praxitèle, en 1552, la chimère en 1553 et l'Arringatore (l'orateur) en 1566. Cosme 1er (1519/1574) qui reçut du pape le titre de grand duc de Toscane en 1569 se les appropria. Cosme 1er tenta de s'identifier à Bellérophon. Dans le contexte de la Toscane du seizième siècle, se comparer à un héros antique qui avait vaincu un animal réputé invincible…

La Chimère fut exposée d'abord au palazzo Vecchio de Florence puis au palazzo Pitti. Elle fut transférée à la Galerie des Offices en 1718 puis au musée archéologique national à Florence en 1871 où elle se trouve encore.

Une restauration de l'original a été effectuée au dix-neuvième siècle. A cette occasion, deux copies ont été exécutées qui peuvent se voir à Arezzo. On en trouvera l'image en illustrations (photos J.D. 17 avril 2019)

J.D. 27 avril 2019

la Chimère et l'inscription sur sa patte avant droite
la Chimère et l'inscription sur sa patte avant droite
la Chimère et l'inscription sur sa patte avant droite

la Chimère et l'inscription sur sa patte avant droite

Partager cet article
Repost0
9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 14:09

Alexandre VI Borgia N°536

 

Rodrigo de Borja (son nom sera italianisé en Borgia) naquit le 1er janvier 1431 en Espagne dans le royaume de Valence.

Son oncle, Alphonse de Borja, né le 31 décembre 1378 fut évêque de Valence puis élu pape sous le nom de Calixte III le 8 avril 1455. Le tonton Calixte avait le sens de la famille (cela s'appelle aussi du népotisme) il nomma son neveu Rodrigo archevêque-cardinal de Valence en septembre 1456 alors qu'il n'était même pas encore ordonné prêtre ! Il ne sera prêtre qu'en 1468.

Calixte III décéda en 1458 ; lui succédèrent comme papes : Pie II (1458/1464), Paul II (1464/1471), Sixte IV (1471/1484) puis Innocent VIII décédé le 25 juillet 1492.

Le 11 août 1492, Rodrigo fut élu 214e pape sous le nom d'Alexandre VI. Les mauvaises langues prétendent qu'il acheta des suffrages, compte-tenu de la vie qu'il mena avant et ensuite, ce ne serait pas surprenant.

C'est le concile de Latran en 1139 qui imposa le célibat des prêtres. Avant ce concile, ce n'était pas une obligation. Les apôtres de Jésus étaient d'ailleurs des hommes mariés. Il est question de la belle-mère de Pierre (le futur Saint Pierre, premier chef de l’Église) dans les évangiles de Saint Matthieu (en 8-14) , de Saint Luc (en 4-38) et de Saint Marc (en I-29/31).

Certains papes eurent une ou plusieurs maîtresses. Mais Alexandre VI fut le premier pape à reconnaître officiellement ses enfants. Il en reconnut 7 de 4 femmes différentes. De Vannozza Cattanei il eut 4 enfants dont les célèbres César Borgia, Lucrèce Borgia et Giovanni Borgia. Ce dernier fut assassiné dans la nuit du 15 au 16 juin 1497. Comme il partageait une maîtresse avec son frère César, celui-ci fut soupçonné, mais on ne sera probablement jamais le fin mot de l'affaire.

Sous le pontificat d'Alexandre VI, le Vatican devint une cour de débauche. Voici ce qu'écrit Voltaire dans « Essai sur les mœurs et l'esprit des nations » au chapitre CX :

 

« Le pape Alexandre VI avait alors deux grands objets : celui de joindre au domaine de Rome tant de terres qu'on prétendait en avoir été démembrées, et celui de donner une couronne à son fils César Borgia. Le scandale de ses amours et les horreurs de sa conduite ne lui ôtaient rien de son autorité. On en vit point le peuple se révolter contre lui dans Rome. Il était accusé par la voix publique d'abuser de sa propre fille Lucrèce, qu'il enleva successivement à trois maris, dont il fit assassiner le dernier (Alphonse d'Aragon) pour la donner enfin à l'héritier de la maison d'Este. Ces noces furent célébrées au Vatican par la plus infâme réjouissance que la débauche ait jamais inventée, et qui ait effrayé la pudeur. Cinquante courtisanes nues dansèrent devant cette famille incestueuse, et des prix furent donnés aux mouvements les plus lascifs. Les enfants de ce pape, le duc de Gandie (Giovanni Borgia) et César de Borgia alors diacre, archevêque de Valence en Espagne et cardinal avaient passé publiquement pour se disputer la jouissance de leur sœur Lucrèce. Le duc de Candie fut assassiné dans Rome : la voix publique imputa ce meurtre au cardinal Borgia (César), et Guichardin n'hésite pas à l'en accuser. Le mobilier des cardinaux appartenait après leur mort au pontife, et il y avait de fortes présomptions qu'on avait hâté la mort de plus d'un cardinal dont on avait voulu hériter. Cependant le peuple romain était obéissant et toutes les puissances recherchaient Alexandre VI ».

 

Pour se procurer de l'argent, tout fut bon à Alexandre VI, bien secondé par son clan et spécialement par César Borgia (qui servit de modèle à Machiavel pour « le prince ») : vente des indulgences, vente des postes ecclésiastiques, organisation d'une année sainte en 1500…

Tous ces comportements entraînèrent des réactions comme celle d'un moine dominicain de Florence : Jérôme Savonarole (1452/1498) qui prêcha et imposa la vertu de façon si rigoureuse que les Florentins se révoltèrent et livrèrent Savonarole qui fut brûlé vif le 23 mai 1498 piazza della Signoria à Florence (au sol sur la place, une plaque en rappelle le lieu). Le 23 mai 1497, Alexandre VI l'avait excommunié !

Les débauches du Vatican favorisèrent aussi probablement la réforme prêchée d'abord par Martin Luther (1483/1546) puis par Jean Calvin (1509/1564)…

Si les critiques de Luther étaient fondées, le drame est que ce Luther ne valait pas mieux que les papes qu'il critiquait ! Sur Luther voir la fiche N°54 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-satire-93135143.html

Pour agrandir ses territoires et assurer l'avenir de sa progéniture, Alexandre VI se rapprocha d'abord du roi de France Charles VIII, puis trouvant les ambitions françaises sur l'Italie trop envahissantes, le 31 mars 1495, il parvint à constituer une alliance anti-française qui reçut le nom de « ligue de Venise » et qui comprit : la République de Venise, le duché de Milan, les États Pontificaux, le Saint Empire romain germanique, le royaume d'Aragon.

Les armées françaises étaient descendues jusqu'à Naples. Sur le chemin du retour vers la France, les coalisés de la ligue de Venise voulurent barrer la route aux Français. Une bataille eut lieu à Fornoue (Fornovo di Taro en Emilie-Romagne à 25 kms au sud-ouest de Parme) le 6 juillet 1495. Les coalisés ne purent arrêter la « furia francese ». Malgré leur défaite, François II Gonzague, marquis de Mantoue fit réaliser en 1496, un tableau intitulé « la Vierge de la victoire » par Andrea Mantegna (1431/1506). Depuis 1798, ce tableau se trouve au Louvre ; François II Gonzague y est représenté en armure agenouillé aux pieds de la Vierge.

Alexandre VI mourut le 18 août 1503. Il fut d'abord remplacé par Pie III qui ne fut pape que 26 jours (le pontificat le plus court fut celui d'un pape nommé Étienne qui décéda 3 jours après son élection en l'an 752) ; puis par Jules II qui fut pape de 1503 à 1513 et reprit contre le roi Louis XII, la politique anti-française d'Alexandre VI et dont à la suite François 1er hérita.

Les Borgia inspirèrent de nombreux auteurs, réalisateurs de films… En Espagne, il y a même une route « Borgia ».

On trouvera en illustration un tableau anonyme représentant le bûcher de Savonarole à Florence (source : Wikimedia.org/windex)

J.D. 9 avril 2019

 

 

 

bûcher de Savonarole à Florence

bûcher de Savonarole à Florence

Partager cet article
Repost0
7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 11:11

Le traité de Picquigny N° 535

 

Qui connaît le traité de Picquigny ?

Probablement pas grand monde et pourtant ce fut celui qui mit fin « de jure » à la guerre de Cent Ans.

Cette guerre commencée en 1337 entre Anglais et Français, se termina, de fait, par la victoire française de Castillon en Gironde le 17 juillet 1453. La ville prit le nom de « Castillon la Bataille » le 5 décembre 1953. Sur la guerre de Cent Ans, voir la fiche N°109 http://jean.delisle.over-blog.com/la-guerre-de-cent-ans-n-109

C'est seulement le 29 août 1475, soit 22 années après la fin des combats, par le traité de Picquigny entre le roi de France Louis XI et le roi d'Angleterre Édouard IV que se termina, en droit, cette guerre de Cent Ans.

Picquigny est une commune du département de la Somme qui a aujourd'hui dans les 1400 habitants. Elle est située à une vingtaine de kms à l'ouest d'Amiens sur la route d'Amiens à Abbeville. La rencontre entre les deux rois se fit sur une île de la Somme appelée depuis : « île de la Trêve ».

Cette commune de Picquigny possède les restes d'un château-fort (château des « Vidames » qui représentaient l'évêque dans l'administration du territoire) dont la première construction remonte au début du septième siècle. Des templiers y furent internés en octobre 1307, Charles le Téméraire incendia le château en 1470 et Charles Quint le village de Picquigny en 1553. Séjournèrent dans ce château : Charles VIII (en juin 1493), Henri IV (en avril 1597), Richelieu (en 1636) et madame de Sévigné qui y passa 4 jours en avril 1689. Le château appartint à partir de 1912 à la Société des Antiquaires de Picardie qui l'a revendu à un privé en 2013.

La commune possède également une collégiale du XIe siècle qui fut d'abord la chapelle des châtelains avant de devenir église paroissiale.

 

Le traité : Après la bataille de Castillon, la guerre de Cent Ans fut mise en sommeil.

*En France, Louis XI était devenu roi en 1461 et il donnait la priorité à la lutte contre l'ambitieux duc de Bourgogne : Charles le Téméraire.

*En Angleterre, il y eut la « guerre des Deux-Roses » de 1455 à 1485 entre les descendants de deux frères, fils d’Édouard III roi d'Angleterre. Les deux branches revendiquaient le pouvoir : la branche dite « de Lancastre » (emblème la rose rouge) et la branche dite d'York (emblème la rose blanche). La guerre se termina par le mariage le 18 janvier 1486 de Henri Tudor (branche Lancastre) avec Élisabeth (branche York). Henri Tudor (1457/1509) devint le roi d'Angleterre Henri VII.

*Edouard IV s'allia par traité le 25 juillet 1474 avec Charles le Téméraire et débarqua des troupes à Calais le 6 juillet 1475.

*Louis XI plutôt que de faire la guerre, acheta la paix par le traité de Picquigny. Il versa 500.000 écus d'or à l'Anglais dont une partie sous forme de rente, en échange de quoi, les Anglais rembarquèrent, reconnurent Louis XI comme seul roi de France légitime et libérèrent Marguerite d'Anjou.

*Cette Marguerite d'Anjou (1430/1482) était la petite-fille de Yolande d'Aragon, la fille de René d'Anjou roi de Naples (qui a donné son nom au château d'Angers et à celui de Tarascon), la nièce par alliance de Charles VII, la cousine de Louis XI. Elle avait épousé Henri VI roi d'Angleterre en 1445. Dans le cadre de la guerre des Deux Roses, Henri VI fut assassiné le 21 mai 1471 alors qu'il était emprisonné à la Tour de Londres. Entre 1588 et 1593, William Shakespeare consacra une trilogie à Henri VI et à la guerre des Deux-Roses. Marguerite d'Anjou fut elle-même emprisonnée à la Tour de Londres en 1471 et son fils assassiné. Suite au traité de Picquigny, elle fut libérée le 24 janvier 1476 et put rentrer en France. Elle a sa statue à Paris au jardin du Luxembourg.

On trouvera en illustration une photo de ce qu'il reste du château et de la collégiale de Picquigny (source : Wikimédia.org/windex)

J.D. 7 avril 2019

 

vue de Picquigny

vue de Picquigny

Partager cet article
Repost0
5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 11:22

Étrange histoire d'un livre d'histoire N° 534

 

I) Voltaire :

C'est le 21 novembre 1694 que naquit à Paris François-Marie Arouet plus connu sous son surnom de Voltaire : anagramme de AROUET LJ (Le Jeune) en latin : AROVET LI. (C'est en 1718 qu'il prit ce nom de Voltaire)

Fils d'un notaire, il put faire des études chez les Jésuites et se lança dans une carrière littéraire : comédies, tragédies, poésie, philosophie, pamphlets, histoires : « Brutus » en 1730, « histoire de Charles XII » (roi de Suède) en 1731, « La mort de César » en 1735, « Le fanatisme ou Mahomet le prophète » en 1741, Catilina en 1750, « le siècle de Louis XIV » en 1751, « l'histoire des croisades » en 1754, « la Pucelle d'Orléans » en 1755, « l'histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand » en 1759, « Le Triumvirat » en 1764, « Précis du siècle de Louis XV » en 1768, « L'anniversaire de la Saint-Barthélemy » en 1772...…

Il participa à la rédaction de l'encyclopédie avec Diderot etc, mais la trouvant trop encombrante, il rédigea lui-même un « dictionnaire philosophique » publié en 1764.

Luttant contre tous les absolutismes et toutes les intolérances, il se rendit célèbre par des interventions dans les procès de Jean Calas, de Sirven, du chevalier de la Barre...il fut 2 fois embastillé, dont 11 mois en 1717/1718, et dût en outre s'exiler à plusieurs reprises : en Angleterre de 1726 à 1729, en Prusse de 1750 à 1753, chez la marquise du Châtelet en Lorraine avec qui il entretint une liaison, à Genève en 1755, d'où il s'établira en 1759 à Ferney dans l'Ain (qui deviendra Ferney-Voltaire par délibération municipale du 24 novembre 1793 et où sera inaugurée une statue représentant Voltaire le 27 juillet 1890). Voltaire y passera les dernières années de sa vie qui se termina le 30 mai 1778 soit 11 ans avant la Révolution. Il n'aura donc pas vu la prise de la Bastille : dommage !

C'est en 1791 qu'il fut transféré au Panthéon ; il avait été nommé « historiographe du Roi » (Louis XV) en 1746 et reçu à l'Académie en 1778.

 

II) L'étrange histoire :

Dans les années 1720, Voltaire se lança dans la rédaction d'une histoire universelle.

En 1729, il en adressa une copie manuscrite, en l'état, à Frédéric II roi de Prusse.

Peu d'années plus tard commençait la « guerre de succession d'Autriche » qui dura 7 années (de 1741 à 1748), il ne faut pas pour autant la confondre avec la guerre appelée « guerre de sept ans » qui elle dura de 1756 à 1763 ; voir la note N°381 http://jean.delisle.over-blog.com/2017/08/les-trois-cotillons-n-381.html.

Le 1er octobre 1745, se déroula la bataille de Sorr (en Bohême dans l'actuelle République Tchèque). Frédéric II était à la tête de ses troupes contre les troupes autrichiennes commandées par Charles de Lorraine qui était alors Gouverneur général des Pays-Bas autrichiens (il le fut de 1744 à 1780) et qui était en même temps le beau-frère de Marie-Thérèse impératrice d'Autriche. Frédéric II dût abandonner ses bagages qui tombèrent entre les mains de Charles de Lorraine. Parmi ces bagages, le manuscrit de Voltaire dont un valet de Charles de Lorraine s'empara et le vendit pour 50 louis d'or à un éditeur : Jean Néaulme à La Haie.

Ce Néaulme fit imprimer et mettre en vente sans scrupules l’œuvre de Voltaire, sous le titre de : « Abrégé de l'Histoire universelle » et sous la signature de Voltaire.

Voltaire tenta de s'opposer à la diffusion de son travail en l'état où il était en 1729 et qu'il avait depuis corrigé et complété. Pour ne rien arranger, c'est une époque où il était interdit de séjour en France ! Il se retira à Genève où il fit venir de Paris l'original de son étude, qu'il avait intitulé : « Essai sur les Révolutions du monde et sur l'histoire de l'esprit humain depuis le temps de Charlemagne jusqu'à nos jours 1740 » et fit publier partout des avis contre l'édition de Jean Néaulme. Mais rien n'y fit, plus Voltaire tentait de s'opposer à « l'Abrégé de l'histoire universelle » plus Monsieur ou Madame Tout le Monde se l'arrachait !

Finalement en 1756, Voltaire fit publier à Genève aux éditions Cramer : « Essai sur l'Histoire générale et sur les Mœurs et l'Esprit des nations ». Trois ans plus tard il lui donna le titre de : « Essai sur les Mœurs et l'esprit des nations ». Une réédition en 2019 à la demande (hachette livre/BNF) à partir d'une édition de 1877 est simplement intitulée : « Essai sur les mœurs ».

Cette étude de Voltaire correspond à la connaissance que l'on avait dans la première moitié du dix-huitième siècle, de l'histoire de l'espèce humaine depuis la plus haute antiquité jusqu'au siège de Vienne par les musulmans et à la délivrance de la ville par une armée chrétienne commandée par le roi de Pologne Jean III Sobieski le 12 septembre 1683, bataille à laquelle participèrent Charles de Lorraine et le prince Eugène de Savoie.

On trouvera en illustration une photo (collection musée d'Orsay) de la statue en bronze grandeur nature de Voltaire avenue Voltaire à Ferney-Voltaire.

J.D. 5 avril 2019

Voltaire à Ferney-Voltaire

Voltaire à Ferney-Voltaire

Partager cet article
Repost0