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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 09:29

Jeu de cartes N° 733

(dans « Isabel de Bavière », chapitre IX d’Alexandre Dumas 1835)

 

 

 

« Cependant le roi était en voie de guérison (Il s’agit de Charles VI)… Une des choses qui avaient le plus contribué à le distraire de sa mélancolie, c’était une invention nouvelle d’un peintre nommé Jacquemin Gringonneur, et qui demeurait dans la rue de la Verrerie… Jacquemin vint avec un jeu de cartes.
Le roi prit grand plaisir à ces peintures… mais il s’en amusa bien davantage lorsqu’il apprit que chacune de ces figures avait une signification, et pouvait remplir un rôle
dans un jeu allégorique, image de la guerre et du gouvernement. Jacquemin lui apprit que l’as devait avoir la primauté sur toutes les autres cartes et même sur les rois, parce que son nom était tiré d’un mot latin qui signifie argent ; or, chacun sait que l’argent est le nerf de la guerre. Voilà pourquoi lorsqu’un roi n’a pas d’as il est si faible qu'il peut être battu par un valet qui en a. Il lui dit que le trèfle, cette herbe de nos prairies, avait pour but de rappeler à celui qui le coupait, qu’un général ne doit jamais asseoir son camp dans un lieu où le fourrage peut manquer à son armée. Quant aux piques , il n’était pas difficile de deviner qu’ils désignaient les hallebardes que portaient à cette époque les fantassins ; et les carreaux, les fers dont on armait le bout de ces traits qu’on appelait viretons et qu’on lançait avec une arbalète. De leur côté, les cœurs étaient évidemment l’emblème du courage des capitaines et des soldats. D’ailleurs les quatre noms donnés aux quatre rois, David, Alexandre, César et Charlemagne, prouvaient que, quelque nombreuses et braves que soient les troupes, il faut encore, si l’on veut être sûr de la victoire, mettre à leur tête des chefs prudents, courageux et expérimentés. Mais comme à de braves généraux il faut de braves aides-de-camp, on leur avait choisi pour valets, parmi les anciens, Lancelot et Ogier, qui étaient des pairs de Charlemagne, et parmi les modernes, Renaud (Renaud châtelain de Coucy) et Hector (Hector de Galard). Comme ce titre de valet n’avait rien que d’honorable, et que les plus grands seigneurs le portaient jusqu’à ce qu’ils eussent été faits chevaliers, les susdits valets représentaient les nobles et avaient sous leurs ordres les dix, les neufs, les huit et les sept, qui n’étaient rien autre chose que les soldats et les hommes des communes.
Quant aux dames, ce ne fut que sous le règne suivant qu’elles furent baptisées ; Argine, dame de trèfle, dont le nom est l’anagramme de regina, désigna la reine Marie d’Anjou, femme de Charles VII ; la belle Rachel, dame de carreau, n’était autre qu’Agnès Sorel ; la pucelle d’Orléans se fit reconnaître sous le nom de la chaste et guerrière Pallas ; enfin, Isabel de Bavière, se trahissant par son titre de dame de cœur, ressuscita sous le nom de l’Impératrice Judith, femme de Louis-le-Débonnaire, qu’il ne faut pas confondre, sous peine de commettre une grave erreur, avec la prude Judith qui coupa la tête d’Holopherne. »

 

Nota : Isabel de Bavière, plus connue sous le nom d’Isabeau de Bavière, naquit à Munich vers 1370, fille d’Etienne III duc de Bavière et de Taddea Visconti (de Milan).

Elle épousa Charles VI (1368/1422, roi de France depuis le 16 septembre 1380) le 17 juillet 1385 et fut couronnée reine de France à Notre-Dame de Paris le 23 août 1389. Son règne se déroula durant la guerre de Cent Ans (1337/1453), après l’épidémie de peste noire qui ravagea la population (1346/1352), tandis que Charles VI commença à perdre la raison à compter d’août 1392 et alors que Louis d’Orléans (frère du roi) était assassiné le 23 novembre 1407 et que Jean sans Peur duc de Bourgogne était lui aussi assassiné le 10 septembre 1419 ; ce qui déclencha la guerre entre Armagnacs et Bourguignons, sans pour autant arrêter la guerre entre Anglais et Français !

Elle mourut le 24 septembre 1435 et fut inhumée en la basilique saint Denis.

On trouvera en illustration un tableau montrant Christine de Pizan remettant à la reine son livre « La cité des Dames ».

J.D. 4 septembre 2022

 

 

 

Jeu de cartes N°733
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