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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 09:15

Les amants pendus N°705

 

En 1851, Alexandre Dumas publia « Une année à Florence ». Pour se rendre en Italie, il était passé par Monaco où il raconte les tribulations d’un prince de Monaco ; tribulations dignes des contes libertins de Jean de la Fontaine ou de l’Heptaméron de Marguerite d’Angoulême (sœur de François 1er et reine de Navarre, 1492/1549). Voici le texte de Dumas (en respectant l’orthographe utilisée par Dumas en son temps) :

« vers 1550, au moment de la formation des grandes puissances européennes, le seigneur de Monaco, craignant d’être dévoré d’une seule bouchée par les ducs de Savoie ou les rois de France, se mit sous la protection de l’Espagne. Mais, en 1641, cette protection lui étant devenue plus onéreuse que profitable, Honoré II résolut de changer de protecteur, et introduisit garnison française à Monaco. L’Espagne, qui avait à Monaco un port et une forteresse presque imprenables, entra dans une de ces belles colères flamandes comme il en prenait de temps en temps à Charles-Quint et à Philippe II, et confisqua à son ancien protégé ses possessions milanaises et napolitaines. Il résultat de cette confiscation que le pauvre seigneur se trouva réduit à son petit État. Alors, Louis XIV, pour l’indemniser, lui donna en échange le duché de Valentinois dans le Dauphiné, le comté de Carlades dans le Lyonnais, le marquisat des Baux et la seigneurie de Buis en Provence ; puis il maria le fils d’Honoré II (qui deviendra le prince Louis 1er) avec la fille de M. Le Grand (Il s’agit de Catherine Charlotte de Gramont nièce de Louis XIV). Ce mariage eut lieu en 1688 (le 13 juin), et valut à M. de Monaco et à ses enfans le titre de princes étrangers. Ce fut depuis ce temps-là que les Grimaldi changèrent leur titre de seigneur contre celui de prince.

Le mariage ne fut pas heureux ; la nouvelle épousée, qui était cette belle et galante duchesse de Valentinois si fort connue dans la chronique amoureuse du siècle de Louis XIV, se trouva un beau matin d’une enjambée hors des états de son époux, et se réfugia à Paris, tenant sur le pauvre prince les plus singuliers propos. Ce ne fut pas tout : la duchesse de Valentinois ne borna pas son opposition conjugale aux paroles, et le prince apprit bientôt qu’il était aussi malheureux qu’un mari peut l’être.

A cette époque on ne faisait guère que rire d’un pareil malheur ; mais le prince de Monaco était un homme fort bizarre, comme l’avait dit la duchesse, de sorte qu’il se fâcha. Il se fit instruire successivement du nom des différens amans que prenait sa femme, et les fit pendre en effigie dans la cour de son château (le château avait été construit par la République de Gênes à la fin du douzième siècle. C’est en 1297 qu’un François Grimaldi s’en empara. On trouvera en illustration une représentation de ce château et de sa cour ; emprunt au net). Bientôt la cour fut pleine et déborda sur le grand chemin, mais le prince ne se lassa pas et continua de faire pendre. Le bruit de ces exécutions se répandit jusqu’à Versailles, Louis XIV se fâcha à son tour, et fit dire à Monsieur de Monaco d’être plus clément ; Monsieur de Monaco répondit qu’il était prince-souverain, qu’en conséquence il avait droit de justice basse et haute dans ses États, et qu’on devait lui savoir gré de ce qu’il se contentait de faire pendre des hommes de paille.

La chose fit si grand scandale qu’on jugea à propos de ramener la duchesse à son mari. Celui-ci pour rendre la punition entière, voulait la faire passer devant l’effigie de ses amans ; mais la princesse douairière insista si bien que son fils se départit de cette vengeance, et qu’il fut fait un grand feu de joie de tous les mannequins. Ce fut dit madame de Sévigné le flambeau de ce second hyménée. »

4 août 2021

 

 

Les amants pendus N°705
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